LABIALES
ANTEROLINGUALES
CLAQU.
is
Ik
Ih
In
POSTEROLINGUALES
CLAQU.
SIMP.
llk
llh
lin
(non transcrit)
(1) On pourrait peut-être se demander pourquoi les claquantes affriquées postérolinguales présentent dans la position cérébrale de la langue un relâchement latéral et non pas « frontal ». Nous croirions volontiers qu'une telle réalisation serait acoustiquement moins expressive et pourrait facilement être confondue avec celle des claquantes affriquées antérolinguales. Le relâchement latéral paraît donc être la seule solution possible du problème phonétique que pose la réalisation d'une fricative claquante postérolinguale.
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transcription latine proposée par D. M. Beach, transcription dans laquelle les différentes claquantes sont exprimées par des groupes de signes On y verra combien la catégorie des affriquées est ici poK-\alente*.
Ces exemples peuvent suffire à donner une idée de la variété des systèmes consonantiques résultant de la combinaison de diverses corrélations de mode de franchissement du second degré.
c) Vopposiiion de géminalion en lanl que corrélalion de mode de franchissement du troisième degré.
Les corrélations de mode de franchissement du second degré ne peuvent valoir en tant que telles que si leurs deux termes d'opposition sont à considérer comme monophonématiques. Dans une langue comme l'ukrainien apparaissent très souvent des groupes formés d'une consonne sonore et d'une aspiration sonore. Mais comme ces groupes excèdent toujours la durée d'une seule consonne et qu'où bien ils se séparent en deux syllabes : pid-horoju a au pied de la montagne», vid-horodyty « délimiter »j ou bien ils sont analysables étymologiquement iz-hodyty s'a «se mettre d'accord, s'accorder ensemble »), ils ne peuvent pas être considérés comme des réalisations d'un phonème unique, mais seulement comme des réalisations d'un groupe de phonèmes {d-rh, z^h. etc.) et par conséquent, il ne peut pas être question en ukrainien d'une corrélation d'aspiration. Or, il y a dans beaucoup de langues des consonnes dites « géminées ». Elles se distinguent des consonnes non eréminées par leur durée plus longue et la plupart du temps aussi par une articulation plus énergique, ce qui rappelle la corrélation d'intensité. Mais en position inter\"ocalique les consonnes géminées sont réparties entre deux syllabes, leur implosion appartenant à la syllabe précédente et leur explosion à la syllabe suivante. En outre ces consonnes géminées n'apparaissent que dans les positions où la langue en question admet des groupes de consonnes ; elles exercent sur les sons environnants la même action que les troupes de consonnes et sont traitées en général exactement comme les groupes de consonnes. Toutes ces marques indiquent une valeur polyphonématique. c'est-à-dire invitent à interpréter les consonnes géminées comme des groupes
(1) Une autre particularité réside dans le fait que les séries apicales et gutturales forment une opposition bilatérale comme étant les seules séries linguales. Et de plus cette opposition est neutralisable : A- et Aj ne peuvent se trouver devant i et en cette position l et ts doivent être considérés comme " occlusives linguales en général .
formés de deux consonnes identiques^. Cela est évident sans plus ample explication dans les langues où les consonnes géminées apparaissent seulement à la jointure de morphèmes, par ex. en russe ou en polonais (exception faite des mots étrangers). Mais dans les langues où les consonnes géminées n'apparaissent pas seulement en cette position (par ex. en sanscrit) et en particulier dans les langues où elles ne se présentent jamais à la limite de morphèmes (par exemple en japonais), les consonnes géminées occupent une sorte de position intermédiaire entre le phonème unique et le groupe de phonèmes. Au point de vue de ces langues les géminées sont des phonèmes consonantiques particuliers qui se distinguent des autres phonèmes consonantiques par le fait que leur début et leur fin existent phonologiquement comme deux points séparés, tandis que dans tous les autres phonèmes consonantiques le début et la fm se confondent phonologiquement en un point.
Il existe donc dans certaines langues une corrélation de gémination consonantique particulière, dont la marque de corrélation est l'existence distincte du début et de la fin d'un phonème consonantique, en opposition avec la coïncidence du début et de la fin. Il est clair que cette corrélation ne peut pas être comptée parmi les corrélations de mode de franchissement du second degré, car sa marque se distingue par principe de celles des six corrélations énumérées ci-dessus (chap. IV, 4Bb). Par conséquent, la corrélation de gémination peut être appelée : « corrélation de mode de franchissement du troisième degré ».
Tandis que les oppositions de mode de franchissement du second degré existent à l'intérieur des divers degrés d'obstacle, la corrélation de gémination existe en principe à l'intérieur des diverses classes de mode de franchissement du second degré. Sans doute cette corrélation embrasse dans quelques langues toutes les classes de mode de franchissement. Mais dans de très nombreuses langues elle est limitée à quelques classes déterminées. Par ex. l'opposition entre consonnes géminées et non géminées n'existe que pour les sonantes dans quelques langues du Daghestan : à savoir en tabassarane, en
(1) N. S. Troubetzkoy, «Die phonologischen Grundlagen der sogenannten ' Quantitât », in verschiedenen Sprachen », Scrilli in onore di Alfredo Trombelli (Milano 1936), 167 et suiv. ; « Die Quantitât als phonologisches Problem », Actes du /F* Congrès inlernalional de Linguistes (Copenhague 1938) et Morris Swadesh, " The Phonemic Interprétation of Long Consonants », Language XIII (1937), 1 et suiv.
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aghoiil, en lakke, en darguine, en koubatchine, en artchine et en ande^ en japonais elle n'existe que dans les nasales et dans les bruyantes sourdes^; en grec ancien (ionien-attique) dans toutes les consonnes à l'exception des « moyennes » ; en coréen seulement dans les sonantes et les occlusives douces^, etc.
Il y a des langues qui n'ont aucune corrélation de mode de franchissement du second degré, mais qui ont d'une part des oppositions de degrés d'obstacle primaires et d'autre part la corrélation de gémination. A ces langues appartient par ex. le tamoul déjà mentionné, où la corrélation de gémination embrasse toutes les sonantes (sauf r et R) et toutes les bruyantes*, de même en vogoul (« manse »)^, en ostiak (« chanty )))^, et dans quelques autres langues. En particulier il faut rattacher également à ce type le fmnois : le g finnois n'apparait que dans le groupe « ng », qui du point de vue de la phonologie finnoise doit être considéré comme une nasale dorsale géminée, c'est-à-dire comme w» [hanko « fourche » : gén. sg. hangon = liniu « oiseau » : gén. sg. linnun = kampa « peigne » : gén. sg. kamman, etc.) ; d'autre part l'opposition i-d (où du reste le finnois « d » n'est pas une véritable occlusive) est il est vrai bilatérale, mais isolée, de sorte qu'en somme le finnois ne possède aucune corrélation de mode de franchissement du second degré. Mais en même temps toutes les consonnes finnoises (à l'exception de /', u, d. h non admis en fin de syllabe)' participent à la corrélation de gémination.
Le rapport entre la corrélation de gémination et la corrélation d'intensité prend diverses formes selon les langues. Comme les termes marqués de la corrélation d'intensité ont souvent une durée plus grande que les termes non marqués (à tel point que dans quelques langues cette différence de
(1) N. S. Troubetzkoy, « Die Konsonantensysteme der ostkaukasischen Sprachen », Caucasica VIII.
(2) O. Pletner et E. Polivanov, « Grammatika japonskogo razgovornogo jazyka », Moskva 1930, 150.
(3) A. Cholodovic, « O latinizacii korejskogo pisma », Soveiskoje Jazijkoznanije I, 147 et suiv.
(4) Voir R. J. Firth, op. cil.; en outre les bruyantes géminées sont réalisées comme des occlusives sourdes non aspirées (avec occlusion longue), c'est-à-dire qu'elles présentent la même réalisation (à part l'occlusion plus longue) que dans les groupes « r+bruyante ».
(5) V. N. Cernecov dans Jazijki i pis'mennosV narodov Severa I, 171.
(6) y. K. ètejnic, ibidem, 201 et suiv.
(7) Morris Swadesh, Langiiage XIII, 5.
PRINCIPES DE PHONOI.OGIE 187
durée est même obligatoire), il existe entre la corrélation d'intensité et la corrélation de gémination une grande ressemblance^. La différence entre les deux corrélations réside avant tout en ceci, que les consonnes géminées apparaissent seulement dans les positions phoniques où dans la langue en question des groupes de consonnes sont aussi admis, tandis que les consonnes « lourdes » (c'est-à-dire les termes marqués de la corrélation d'intensité) n'apparaissent pas seulement en cette position. Ainsi par ex. en lakke //, mm n'apparaissent qu'entre voyelles (position où sont admis aussi différents groupes de consonnes, à savoir « liquide i-consonne », « consonne + liquide », « nasale +consonne », « consonne + nasale »), tandis que les consonnes lourdes p', ^, A:', k-, c", c', X', X' , S', S' apparaissent non seulement en cette position, mais aussi à l'initiale (où les groupes de consonnes ne sont pas admis) 2. Il y a également des cas compliqués où la corrélation d'intensité et la corrélation de gémination forment un faisceau corrélatif difficilement analysable. Un tel cas existe par ex. en lapon : les groupes de consonnes n'y sont admis qu'entre voyelles et c'est seulement en cette position qu'apparaissent les consonnes « longues » qui par suite doivent être considérées comme des géminées. Mais ces consonnes longues présentent différents degrés de durée, qui possèdent une valeur distinctive. Dans le dialecte lapon maritime de Maattivuono^ les consonnes géminées présentent deux degrés distinctifs de durée. Mais ces deux degrés de durée existent aussi dans les groupes de consonnes, et dans le degré de durée le plus élevé le premier terme du groupe de consonnes est très long et très fort, l'accent syllabique est montant ; dans le degré de durée le plus bas, l'accent syllabique est au contraire égal ou descendant et le premier terme du groupe de consonnes bref et faible. Il est clair que l'opposition entre le premier terme plus long et le premier terme plus bref du groupe de consonnes ne peut pas être une opposition de gémination, mais seulement une opposition d'intensité. Et comme les rapports d'accentuation et de durée, dans les
(1) Cette ressemblance est encore renforcée souvent par le fait que les occlusives géminées sont non aspirées, tandis qu'au contraire leurs correspondantes non géminées sont aspirées : comp. par ex. le tamoul, l'artchine, etc.
(2) X. S. Troubetzkoy, Caucasica VIII.
(3) Paavo Ravila. « Das Quantitâtssystem des seelappischen Dialekts von Maattivuono » (Helsinki 1932) : excellente description non phonologique, mais phonétique.
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dialectes lapons en question, sont exactement les mêmes pour les consonnes géminées et pour les groupes de consonnes, les géminées « plus longues » doivent être considérées comme «lourdes » et les géminées « plus courtes » comme « légères » : dans le lapon de Maattivuono le rapport entre nom. sg. boTiu «arbrisseau» et gén. ace. boiiu correspond exactement au rapport de nom. sg. luXhi « bourre de cartouche » et de gén. ace. luniu (les consonnes « lourdes » étant transcrites en lettres capitales). Il y a d'autres dialectes lapons où l'on distingue phonologiquement non pas deux, mais trois types de groupes consonantiques : des groupes où le premier élément est « lourd », d'autres où c'est le second élément qui est « lourd », d'autres encore où les deux éléments sont « légers ». Devant les groupes du premier type sont seules admises des voyelles tout à fait brèves, devant ceux du second type on distingue des voyelles brèves et demi-longues et devant les groupes du troisième type des demi-longues et des longues. De même dans ces dialectes lapons on distingue aussi trois types de géminées qui exercent la même influence sur la quantité des voyelles précédentes et par conséquent doivent être transcrits Tt, iT et il; Pp, pP et pp, etc.^. Dans ces cas et dans d'autres semblables l'intensité d'une consonne géminée ne reste donc pas immuable : il existe entre le début et la fm de cette consonne une opposition d'intensité. En lapon ces différences d'intensité s'accompagnent d'une variation dans la durée totale des consonnes géminées [Tt est plus long que iT et celui-ci plus long que ii). Mais cela n'est pas essentiel phonologiquement, ni nécessaire. Il semble y avoir des langues où la différence d'intensité entre le début et la fm d'une consonne géminée n'exerce pas d'influence sur la durée totale de cette consonne. Un cas de ce genre paraît exister dans la langue gweabo du Libéria 2, déjà mentionnée plus haut. On y distingue trois types de géminées : le premier type se distingue des deux autres, non seulement par sa durée un peu plus courte,
(1) Cela paraît être le cas dans le dialecte d'Inari. 11 est vrai que le système phonologique de ce dialecte ne se laisse pas déduire de l'ouvrage de Frans Aimas (« Phonetik und Lautlehre des Inari-lappischen », Mém. de la Soc. Finno- Oiigrienne XLII et XLIII) célèbre pour son exactitude phonétique, mais plutôt des textes réunis et édités par Paavo Ravila (« Reste lappischen Volksglaubens » = Mém. de la Soc. Finno-Ougrienne XLVIII).
(2) E. Sapir, « Notes on the Gweabo-Language of Libéria », Language VII 36 et 37, et aussi N. S. Troubetzkoy dans Scrilli in onore di Alfredo Trombelli (Milano 1936), 169 et suiv.
mais avant tout par son articulation « plus légère », c'est-à-dire moins énergique (E. Sapir désigne ces consonnes par 'b, 'd, 'm, 'n, '«, 'n, 'w, '</), le deuxième type (d'après E. Sapir 'B, 'D, 'G, 'GW, 'GB, 'DJ, 'F,'Z, 'M, 'N, '.Y, 'iV) se distingue du troisième (d'après E. Sapir "B, "D, "DJ; 'W, "F, etc.) seulement par la distribution de l'intensité, à laquelle la voyelle suivante participe également. Il y a donc ici, comme en lapon, une combinaison de la corrélation de gémination et de la corrélation d'intensité.
Il n'est donc pas difficile de distinguer la corrélation de gémination de la corrélation d'intensité. Il est souvent plus difficile de décider si dans une langue donnée existe la corrélation de gémination ou ce qu'on appelle la « corrélation de coupe de syllabe ». Ce problème devra être discuté à sa place, en liaison avec les particularités prosodiques.
C) Particularités de résonance
Seule appartient en propre aux particularités de résonance consonantique l'opposition entre consonnes nasales et « orales ».
Les nasales sont habituellement caractérisées par une occlusion buccale avec abaissement du voile du palais et se trouvent par conséquent vis-à-vis des occlusives dans un rapport d'opposition bilatérale. Dans la plupart des langues du monde, l'opposition « occlusive-nasale » est non seulement bilatérale, mais encore proportionnelle, car elle existe au moins dans deux séries de localisation : la série labiale et la série apicale [d-n = h-m). Dans le petit nombre de langues qui ne possèdent aucune bruyante labiale, la nasale dorsale (ou gutturale) existe en général comme phonème indépendant, ce qui crée de nouveau une proportion [l-n = A-o). Il en est ainsi en aléoute (ounangan)^, en houpa^, et en chasta costa^. Parmi les langues que nous connaissons seul le tlingit présente un rapport oppositionnel isolé « occlusive-nasale » [d-n), n étant ici la seule nasale et la classe de localisation labiale n'existant pas*.
(1) V. Jochel'son, " Unanganskij (aleutskij) jazyk », Jazyki i pis'mennosC narodov Severa III, 130 et suiv.
(2) Pline Earle Goddard dans Handbook of Americ. Ind. Languages I.
(3) E. Sapir, ibidem II, 9.
(4) John R. Swanton dans Bull, of the Bureau of Americ. Ethnology XL.
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Comme le rapport entre occlusive et nasale est dans toutes les langues (à très peu d'exceptions près) bilatéral et proportionnel, et qu'il peut être conçu comme privatif, on peut le considérer comme une corrélation. Cette corrélalion consonantique nasale existe dans (presque) toutes les langues, m.ais elle n'est que rarement neutralisable. Un cas net de neutralisation en fin de mot est fourni pour cette corrélation par l'ostiak-samoyède (ou solkoup)^ : en finale l'opposition entre occlusive et nasale y est phonologiquement non pertinente, c'est-à-dire qu'un seul et même mot présente en finale tantôt une occlusive orale sourde, tantôt la nasale correspondante, si bien qu'en cette position m et p (ou n et /, ou » et k) sont des variantes facultatives d'un archiphonème, tandis que dans toutes les autres positions m, n et » d'une part et p, i, I: d'autre part sont distingués comme étant des phonèmes particuliers.
En principe chaque série de localisation, à l'exception de la série laryngale, peut posséder sa nasale propre. Sans doute la distinction entre la nasale de la série apicale et la nasale de la série sifflante n'est possible que quand la différence articulatoire entre ces deux séries réside non pas seulement dans la forme de la langue, mais aussi dans le point de contact sur le palais, et se trouve fortement marquée. Comme exemple on pourrait citer le gwéabo où les nasales se répartissent en cinq séries de localisation (séries labiale, apicale, palatale, labio-vélaire et sifflante, la nasale « n » correspondant à la série apicale et la nasale « n » à la série sifflante)^. Mais en général la série sifflante reste sans nasale propre, à moins qu'elle ne soit plutôt une série palatalo-sifflante ou sifflantepalatale. Le nombre des langues où chaque série de localisation, à l'exception de la série sifflante pure et de la série laryngale, possède en propre une nasale est assez grand, et il y a des langues de ce genre aussi bien en Afrique (nouba, etc.) et en Asie (tamoul, chinois central, coréen, etc.) qu'en Amérique (esquimau). Mais par contre il y a également dans toutes les parties du monde des langues où les nasales n'existent que dans une partie des séries de localisation. En particulier, il est à remarquer que dans beaucoup de ces
(1) Plu> précisément dan? le dialecte taz de cette langue : B. N. Prokofjev, " Sel'kupskaja (ost'akosamojedskaja) grammatika « (Leningrad 1935), 5. 22 et suiv.
(2) E. Sapir dans Langiiage VII, 37.
langues la corrélation de nasalité, à l'intérieur d'une série de localisation, est incompatible avec la corrélation de rapprochement, c'est-à-dire que ces deux corrélations s'excluent réciproquement à l'intérieur de la même série de localisation. Ainsi par ex. en tchèque et en slovaque où la corrélation de nasalité existe dans les séries labiales, apicales et palatales {p-m, i-n, V-n), tandis que la corrélation de rapprochement apparaît dans la série gutturale et dans les deux séries sifflantes [k-ch, c-s, c-s) ; le même rapport entre les deux corrélations se présente encore en Europe dans le haut-sorabe [p-m, t-n, c-n w k-ch, c-s, c-s) et le croate-cakave, en Afrique par ex. dans le chichewa {p-m, l-n, k-D, c-n w c-s, p-JY, en Amérique par ex. dans le tsimshian (dialecte nass : p-m, l-n w k-x, k-x, k-x, c-s)-, le chinook [p-m, l-n ~ k-x, k-x, k-x, c-s, c-s, X-/)^, le kwakiutl [p-m, l-n w k-x, k-x, c-s, ï-i)*, le tonkawa [b-m, d-n ~ g-x, g-x, c-s, à-h)^, etc. ; au Caucase par ex. en avar [p-m, l-n co k-x, k-x, c-s, l-i)^, en lakke', etc. Il semble que si une opposition entre momentanées et duratives existe dans toutes les séries de localisation, elle est réalisée dans une partie des séries par la corrélation de rapprochement et dans les autres par la corrélation de nasalité : en effet les nasales sont des sonantes et par suite des duratives. Dans quelques-unes de ces langues on peut également remarquer cet amalgame particulier de la corrélation de rapprochement et d'une corrélation de mode de franchissement du second degré, dont nous avons déjà parlé ci-dessus (p. 170-171 et suiv.) ; il en est ainsi en tchèque et en haut-sorabe [p-h-m w k-x-y). En chichewa la corrélation d'aspiration n'existe que dans les séries qui présentent une corrélation de nasalité, et manque dans les séries qui présentent la corrélation de rapprochement. Le même phénomène se retrouve aussi dans la langue des Indiens du pueblo de Taos [p-p^-m, t-l^-n oj k-x, k°-x°, c-s)^. Toutes ces
(1) Mark Hama Watkins, «A Grammar of Chichewa» {Language Disserialions, n» XXIV).
(2) Franz Boas dans Handbook of American Indian Languages I, 289.
(3) Franz Boas, ibidem, 565.
(4) Franz Boas, ibidem, 429.
(5) Harry Hoijer, « Tonkawa, an Indian Language of Texas » (tiré à part de Handbook of American Indian Languages III), 3.
(G) N. S. Troubetzkoy, C.aucasica VIII.
(7) N. S. Troubetzkoy, ibidem.
(8) G. L. Trager dans Le Maître Phonétique, 3« série, n° 56, 59 et suiv.
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remarques ne suffisent pas à établir des lois ou même seulement des types de structure. On doit également renoncer provisoirement à expliquer les phénomènes mentionnés ci-dessus.
On peut en tout cas souligner expressément que l'incompatibilité réciproque de la corrélation de nasalité et de la corrélation de rapprochement n'est nullement un phénomène général, et ne vaut que pour un petit nombre de langues : dans la plupart d'entre elles les deux corrélations coexistent dans les mêmes séries de localisation (par ex. k-x-u, f-6-;i), ou bien dans certaines séries de localisation n'existent ni l'une ni l'autre de ces corrélations : par ex. en lithuanien où la série gutturale ne comporte que les deux occlusives k et g sans nasale ni fricative.
Une nasale n'est pas toujours dans un rapport d'opposition bilatérale vis-à-vis d'une occlusive orale déterminée. En houpa. en chasta-costa et en aléoute^ m est le seul phonème labial. Il y a des langues ayant une nasale palatale et n'ayant pas d'occlusive palatale : par ex. le slovène, le français, etc. En Slovène (notamment dans la langue écrite) la nasale palatale ^ nj » pourrait se trouver dans un rapport d'opposition bilatérale et proportionnelle vis-à-vis du / palatal « // » (aï; l = n: l, peut-être aussi = m: v). Mais en français la situation est autre : la nasale palatale (écrite gn) pourrait se trouver dans un rapport d'opposition bilatérale seulement vis-à-vis de / (écrit i, y, hi, ill) et l'opposition fi-j semble être isolée dans le système phonologique français (dans la mesure où l'on ne veut pas la relier à l'opposition m-v)^. En tout cas des faits de ce genre prouvent que les nasales peuvent former des corrélations non seulement avec les occlusives, mais aussi avec les sonantes orales.
Dans les langues où existent seulement deux nasales (habituellement m et n), celles-ci sont entre elles dans un rapport d'opposition bilatérale, dont le parallélisme vis-à-vis de h-d, p-î n'est pas très significatif à cause précisément de son caractère bilatéral : en effet tandis que m et n sont les seules nasales, p et f ne sont pas les seules ténues, ni b et d
(1) V. Jocherson, l. c.
(2) La chose n'est pas tout à fait claire. En tout cas l'opposition n-fi est très nettement marquée en français et reçoit une charge fonctionnelle beaucoup plus forte que l'opposition entre n et n'importe quelle consonne non nasale i voir Gougenheim, c Éléments de phonologie française », 1935, 44 et suiv.
les seules moyennes, etc. Le lien existant entre la paire de phonèmes m-n et la paire p-t (ou b-d, etc.) se trouve de ce fait relâché et le rapport m-n présente souvent une tendance à avoir la valeur d'un rapport privatif — m représentant le terme marqué de l'opposition et n le terme non marqué. La neutralisation de l'opposition m-n en finale (l'archiphonème étant représenté par n) est un phénomène qui apparaît dans beaucoup de langues, par ex. en grec ancien, en croate cakave, en italien, en finnois, en avar^, en lakke^, en japonais, etc. Dans les mêmes langues la même neutralisation de l'opposition m-n intervient aussi à l'intérieur du mot devant consonne, le représentant de l'archiphonème étant alors conditionné extérieurement, c'est-à-dire qu'il se conforme à la série de localisation de la consonne suivante. Il en résulte dans quelques langues, en certaines positions, un phonème nasal de localisation indéterminée, donc un phonème qui du point de vue phonologique est caractérisé exclusivement par son degré minimum d'obstacle.
Ces consonnes nasales sans particularités de localisation apparaissent aussi (comme résultats d'une neutralisation d'opposition en finale ou devant consonne) dans les langues qui, en d'autres positions, distinguent non seulement m et n mais aussi d'autres nasales et dans lesquelles par suite les difi'érentes nasales se trouvent entre elles dans des rapports d'oppositions multilatérales : il en est ainsi par ex. en tamoul où devant voyelle cinq nasales sont distinguées les unes des autres (m, n, n, », ri), tandis que devant les bruyantes ces oppositions n'existent pas, car la nasale se règle toujours sur la localisation de la bruyante : mb, nd, nd, log, n3. De même dans quelques dialectes de la Chine centrale quatre nasales sont distinguées phonologiquement les unes des autres (m, n, o, n), mais ces oppositions sont neutralisées en finale et le phonème nasal qui se présente en cette position est réalisé après voyelle antérieure comme n et après voyelle postérieure comme o. Il s'agit donc dans tous ces cas de la neutralisation des oppositions entre toutes les nasales et c'est seulement par là que la neutralisation est possible, autrement dit c'est
(1) P. K. Usiar, «Etnografija Kavkaza. C. I, Jazykoznanije.Vyp. 3, Avarskij jazyk » (Triflis 1889), 9.
(2) Ibidem I, vyp. 4, « Lakskij jazyk . (Tiflis 1890), 7. Uslar ajoute que le n final est prononcé m (levant b et remarque : « Du reste c'est peut-être seulement une illusion acoustique, car les indigènes ne sont pas eux-mêmes sûrs de la prononciation » — ce qui est un trait caractéristique de la neutralisation d'une opposition distinctive.
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seulement à cause de cela qu'un archiphonèrae résulte de cette neutralisation, archiphonème qui peut être distingué de tous les autres phonèmes figurant en cette position par des particularités phonologiques spécifiques.
Comme il a déjà été dit, les particularités spécifiques de la « nasale indéterminée » (ou de l'archiphonème nasal) sont sa résonance nasale et ses propriétés de sonante (c'est-à-dire le degré minimum d'obstacle). Par là cet archiphonème se rapproche des voyelles nasalisées. Et de fait il existe souvent entre la « nasale indéterminée » et les \'oyelles nasalisées un rapport étroit. Souvent les voyelles nasalisées ne sont pas des phonèmes indépendants, mais seulement des variantes combinatoires du groupe <^ voyelle— nasale indéterminée» : c'est par ex. le cas dans la grande majorité des dialectes polonais, où la nasale indéterminée (avec réalisation conditionnée extérieurement) n'apparaît que devant les occlusives, tandis que les voyelles nasales n'apparaissent par contre que devant les fricatives. D'autre part, dans la langue écrite polonaise (de même qu'en portugais) où les voyelles nasalisées apparaissent non seulement devant les fricatives, mais aussi en finale, ces voyelles («ç», «^», c'est-à-dire è, ô) paraissent être des phonèmes indépendants, dont les groupes « e, o-j- nasale (homorgane) indéterminée » peuvent être considérés comme des variantes combinatoires devant les occlusives. Là où les nasales faisant syllabe se règlent dans leur réalisation d'après les particularités de localisation de la consonne suivante (comme c'est le cas dans de nombreuses langues africaines et dans quelques langues américaines), on peut parler aussi bien d'une nasale indéterminée faisant syllabe que d'une voyelle nasalisée indéterminée.
Les nasales sont toujours des sonantes, c'est-à-dire des consonnes ayant un degré minimum d'obstacle, même si dans leur articulation l'espace buccal est tout à fait fermé : l'écoulement de l'air par le nez, rendu possible par l'abaissement du voile du palais « dévalorise » pour ainsi dire l'occlusion buccale. Mais il y a des langues où les nasales avec occlusion buccale complète se distinguent phonologiquement des nasales avec occlusion buccale incomplète. Comme on le sait, c'est ce qui est admis pour l'ancien irlandais où m, n avec occlusion complète se distinguent de m, n « adoucis » à occlusion incomplète^. En tout cas ces langues
(1) Dans les descriptions de langues vivantes que nous connaissons des cas de ce genre ne se sont pas présentés. En yorouba (Nigeria méridionale), les y
sont rares. Mais dans certaines autres langues la véritable corrélation nasale se distingue de la corrélation de seniinasalité ou corrélation de nasalisation consonantique. Dans ces langues, aux occlusives normales s'opposent d'une part des nasales normales et d'autre part des occlusives à implosion nasalisée et à explosion non nasalisée. Ces occlusives seminasalisées produisent l'impression acoustique de groupes formés d'une nasale très brève et d'une occlusive ; elles ne peuvent exister en tant que phonèmes particuliers que si dans la langue donnée elles se distinguent phonologiquement d'une part des occlusives habituelles (non nasalisées] et d'autre part des groupes « nasale +occlusive ». Un cas de ce genre se présente par ex. dans la langue peul (foulfoulde) où des semi-nasalisées 6, d, g, ] s'opposent en tant que phonèmes indépendants aux non nasalisées 6, d, g, j, aux véritables nasales m, n. d et n et aux groupes à premier élément nasal mb, nd, log, nj^. Tandis que les véritables nasales sont des sonantes et par suite des duratives, les seminasalisées peuvent être considérées comme des momentanées. Le rapport b : m peut être comparé au rapport « momentanéedurative » et dans une langue où un tel rapport existe, m, n, ©, n doivent être appelés des « duratives nasales » et b, d, g, J des « momentanées nasales ». L'explosion non nasale de ces momentanées nuit aussi peu à leur caractère phonologique de nasales que le dénouement fricatif des affriqu-ées à leur caractère d'occlusives. En chichevva existent non seulement
et IV nasalisés paraissent n'être que des variantes (facultatives ?) de la nasale palatale et de la nasale labio-vélaire : voir D. Westermann et Ida C. Ward, t Practical Phonetics for Students of African Languages », London 1933, 168 et suiv. Dans certains dialectes Slovènes il existe un / nasalisé (provenant de la palatale vieux-slave n, slovène écrit nj) comme phonème autonome (A. Isacenko, « Les papiers Slovènes du Podjunje en Carinthie », Revue des Éludes Slaves XV, 1935, 57), mais à côté de ce ], les dialectes en question ne contiennent aucune nasale palatale à occlusion buccale complète, vis-à-vis de laquelle / se trouverait dans un rapport d'opposition bilatérale.
(1) D. Westermann, « Handbuch der Ful-Sprache « (Berlin 1909), 197 ; Henri Gaden, «Le Poular, dialecte peul du Fouta Sénégalais» (= Colleclion de la Revue du Monde Musulman, t. I, Paris 1913), 2. — Il est intéressant qu'à la jointure de morphèmes la rencontre d'un m avec un b ne produise ni un b, ni un groupe mb, mais une géminée bb (H. Gaden, op. cil., 8, 9, 15, I) ; par contre la réunion des phonèmes /, d, l, b avec b, d, g, ] produit les groupes mb, nd, J9g, nj (ibidem. 8, § 15, G). Après les nasales l'opposition b, d, "g, J — b, d, g, j est neutralisée (représentants de l'archiphonème b, d, g, /). D'autre part l'opposition m, n, n, n — b, d, g, "J est neutralisée devant b, d, g, j (représentants de l'archiphonème : m, n, n, ).
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des semi-nasales sonores 6, d, y, 3^ 2^ mais aussi des sourdes P, L 4? p5 £ ^^ d^^ fricatives semi-nasales y, /, z, s, de sorte que tous les degrés d'obstacle apparaissent sous une forme nasale et sous une forme non nasale. Dans quelques autres langues africaines des rapports de ce genre sont à supposer également^ mais dans la mesure où aux consonnes semi-nasales ne s'opposent pas phonologiquement des groupes correspondants formés d'une nasale normale et d'une consonne non nasalisée^ il ne peut pas être question d'une corrélation de nasalité consonantique. ,
La corrélation nasale ou de nasalité paraît être la seule corrélation de résonance consonantique. Dans les descriptions de langues ayant diverses « corrélations d'obscurcissement » vocalique, il est souvent affirmé que les différences dans la qualité de la voix existent non seulement dans les voyelles^ mais aussi dans les consonnes. Toutefois dans la mesure où l'on peut tirer une conclusion de ces descriptions il paraît seulement s'agir de variantes combinatoires des phonèmes consonantiques au voisinage des « voyelles troubles » correspondantes.