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Les caractéristiques prosodigues

A) Les centres de syllabe

Dans la majeure partie des langues du monde, les particularités prosodiques distinctives n'existent que dans les voyelles. Aussi pourrait-on être tenté de ranger ces particularités parmi celles des voyelles et d'en traiter en même temps que des degrés d'aperture et des classes de localisation. De fait l'auteur de ces lignes avait suivi cette voie dans un article précédent^. Mais cela reposait sur une erreur : les particularités prosodiques n'appartiennent pas aux voyelles en tant que telles, mais aux syllabes. Une partie des phonèmes dont se compose la syllabe peut être prosodiquement sans importance. Ordinairement ces phonèmes sont des consonnes, mais ce peuvent être aussi des voyelles, qui dans ce cas ne forment pas syllabe. D'autre part, il se présente dans certaines langues des syllabes qui ne contiennent aucun phonème vocalique de

(1) TCLP, I, 50 et suiv.

sorte que la partie prosodiquement importante est occupée par un phonème consonantique : dans ce cas on parle de consonnes « faisant syllabe », Enfin certaines particularités prosodiques déterminées peuvent appartenir à tout un groupe de phonèmes, de valeur polyphonématique (soit «voyellesvoyelle», soit « voyelle +consonne »). C'est pourquoi les particularités prosodiques ne peuvent être traitées comme particularités des voyelles (au même titre que les degrés d'aperture ou les classes de localisation), mais comme particularités d'une partie déterminée de la syllabe, de sorte que cette partie de la syllabe doit être définie différemment dans les diverses langues^.

Toute partie de la syllabe qui selon les règles de la langue en question est détentrice de particularités prosodiques distinctives sera appelée « centre de syllabe ». Suivant la langue un centre de syllabe peut être : a) une voyelle, b) un groupe polyphonématique de voyelles, c) une consonne, d) un groupe polyphonématique « voyelle +consonne ». // n'y a aucune langue dans laquelle les voyelles ne fonclionneraieni pas comme cenlre de syllabe. Dans la plupart des langues du monde les voyelles sont les seuls centres de syllabe possibles. Dans des langues comme le grec ancien, outre les voyelles, des groupes polyphonématiques de voyelles (grec ancien at., ot, si, au, ou, eu, ut) peuvent aussi se présenter comme centres de syllabe ; en serbo-croate c'est le cas des voyelles et de la liquide r ; dans beaucoup de langues africaines (par ex. en lamba, en éfik, en ibo) des voyelles et de la « nasale homorgane » ; en zoulou des voyelles et de la nasale m (sauf devant labiale) ; dans les dialectes hanak du tchèque, des voyelles et des liquides r, /. Les voyelles, certains groupes polyphonématiques de voyelles et les liquides /, r se présentent comme centres de syllabe en slovaque (et moins nettement en tchèque). Les groupes « voyelle + sonante » semblent n'apparaître comme centres de syllabe que dans les langues où des groupes polyphonématiques de voyelles se présentent avec la même fonction, par ex. en danois, en lithuanien, en letton, en siamois. Les quatre types possibles de centres de syllabe (voyelles, consonnes, groupes polyphonématiques de voyelles et groupes « voyelle +nasale ») apparaissent tous dans certains dialectes chinois, par ex. dans celui de Péking.

(1) Voira ce sujet N. S. Troubetzkoy, « Anleitung zu phonologischen Beschreibungen » (Brno 1935), 21 et suiv.

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Il faut remarquer que parmi les consonnes seules celles qu'on appelle sonantes, c'est-à-dire les nasales et les liquides, entrent en ligne de compte comme centres de syllabe indépendants ou comme termes d'un groupe « voyelle— consonne» servant de centre de syllabe. La question de savoir si une consonne faisant syllabe au point de vue phonétique doit être considérée comme centre de syllabe monophonématique dépend principalement du fait de savoir s'il existe dans la langue en question une voyelle indéterminée dont la réalisation puisse être sentie comme l'élément vocalique lié presque inévitablement à la consonne faisant syllabe. Nous avons déjà indiqué plus haut que c'est sur cela que repose la différence entre le ^ r » considéré comme monophonématique dans le serbo-croate srce et le (t âr » considéré comme polyphonématique dans bulgare sàrce « cœur ». Les langues qui emploient les consonnes faisant syllabe comme centres de syllabe monophonématiques ne possèdent dans leur système phonologique aucune voyelle indéterminée. Cette règle s'applique à toutes les langues énumérées ci-dessus et nous ne lui connaissons pas d'exceptions.

Tandis que, dans le dialecte chinois de Péking. le centre de syllabe de mots comme l* « deux • est sûrement une liquide (qu'on peut avec Henri Frei* considérer comme l), le centre de syllabe de mots comme s* « quatre », s* «pierre », z* «jouri, s* 0 dix » fait difficulté. Phonétiquement il y a dans une prononciation particulièrement soignée une sorte de voyelle ayant un degré d'aperture très petit et un point d'articulation beaucoup plus en avant que celui de i par exemple, de sorte que dans son émission on entend un bruit fricatif semblable à un bourdonnement. Comme variante facultative apparaît à sa place un z ou un z faisant syllabe : assez souvent (notamment en finale atone) il n'a en somme pas de réalisation. A Péking ce phonème apparaît exclusivement après sifflantes : c, c^, s. c, c^, s et f. On le transcrit d'habitude par l : Henri Frei l'appelle < voyelle zéro » (128) et Ton pourrait être tenté de poser dans un mot comme si « quatre .■< un s faisant syllabe. Mais comme à Péking la rencontre d'une sifflante et d'un i normal ne se présente pas, on pourrait plutôt considérer l comme une variante combinatoire de / après sifflante. Dans d'autres dialectes chinois cette voyelle « bourdonnante » gingivale n'apparaît pas seulement après sifflantes ; quelques dialectes, par ex. celui de Hsiang-Hsiang, province du Honang, distinguent même deux voyelles de ce genre : l'une antérieure, l'autre postérieure. Mais sa réalisation dépend toujours de la consonne précé-

(n Dans t Bullelin de la Maison Franco-Japonaise^ VIII (1936), n" 1, 126 et suiv. Des cas comme chinois de Péking /* = deux " s'opposent nettement au point de vue mentionné ci-dessus de L. Hjelmslev (vers lequel B. Trnka, TCLP VI, 62, paraît pencher, d'après lequel un mot monophonématique ne peut consister qu'en une voyelle : à la différence d'allemand s.', français rrr!, russe s!, d, chinois Z* n'est pas une interjection, mais un nom de nombre tout à fait normal.

dente et elle peut dans ces dialectes être considérée comme « voyelle indéterminée ». Il est significatif que des parlers de ce genre ne paraissent pas connaître les liquides faisant syllabe.

Un seul et même phonème peut, dans une langue donnée, apparaître tantôt comme centre de syllabe, tantôt comme ne faisant pas syllabe. La plupart du temps ces deux fonctions sont conditionnées par le contexte. En tchèque par ex. / et r forment syllabe s'ils se trouvent après une consonne et si aucune voyelle ne les suit. Dans toutes les autres positions ils ne font pas syllabe. Mais il y a des langues où le fait de « former syllabe » est une particularité distinctive, c'est-à-dire où il n'est pas complètement conditionné par l'entourage phonique. Telle est par ex. la langue écrite serbo-croate, où r et i entre une consonne et une voyelle font syllabe dans une partie des mots et ne la font pas dans d'autres mots : par ex. groce (3 syllabes) « petit gosier » — groza (2 syllabes) «frisson d'horreur»; piem (écrit pijem) «je bois» — pièna (écrit pjena) « écume ». Le même fait peut être observé aussi entre voyelle et consonne. Mais ici tout dépend de savoir si entre la voyelle et r existe une limite morphologique : zardali « se rouiller » — varnica « étincelle », zaimaii « prendre à crédit » — zàjmiii « prêter ». En vieux-tchèque r, / entre deux consonnes faisaient syllabe dans quelques mots et ne la faisaient pas dans d'autres : en vers des mots comme mrtuy « mort », plny « plein » sont traités comme dissyllabes, et des mots comme hrvi « au sang », slza « larme » comme monosyllabes. Dans des cas de ce genre on peut parler d'une corrélation de syllabisation particulière. Toutefois ces cas sont extrêmement rares et la plupart du temps le fait pour un phonème de faire ou de ne pas faire syllabe est automatiquement réglé par l'entourage phonique.

Là où le fait pour un phonème de faire ou de ne pas faire syllabe est conditionné extérieurement, il en résulte diverses circonstances spéciales. En allemand écrit i n'apparaît pas devant voyelles, / par contre se présente exclusivement devant voyelles. Par conséquent i et / ne sont pas ici deux phonèmes différents, mais seulement deux variantes combinatoires d'im même phonème ^ Certes il y a aussi bien un / bref qu'un i long,

(1) Mais cela ne vaut que pour la langue écrite dans sa prononciation scénique. Dans les dialectes et dans une prononciation de la langue écrite teintée de dialectisme, i et / sont des phonèmes différents. Il en est ainsi par ex. dans les dialectes où ù est devenu i et où par suite le groupe // est admis :

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et même cette opposition est distinctive {Mitte « moitié » — Miete « loyer », ivirr « embrouillé « — wir « nous », Biss « déchirement » — Ries « rame de (papier) », etc.) — tandis que / est toujours bref. Par conséquent l'opposition de quantité est neutralisée pour i devant voyelle. La même chose a lieu aussi dans d'autres langues où le fait pour certains phonèmes de faire syllabe est réglé extérieurement : ces phonèmes possèdent des particularités prosodiques seulement dans les positions où ils apparaissent comme centres de syllabe. Un cas compliqué existe en bulgare : entre deux voyelles il ne peut pas y avoir un i faisant syllabe, mais seulement un /; après consonne / n'apparaît pas, mais seulement I, qui peut être soit accentué, soit inaccentué : par ex. zîvolo « le vivant » — zivàiài « la vie », nie « nous » — cèrniial «le noir», vàrvi «cela va» — kràvi «vaches»; à l'initiale devant voyelle on n'admet que / à l'exclusion de i, tandis que devant consonne ce n'est pas / qui est admis, mais seulement i. qui peut être soit accentué, soit inaccentué : par ex. imam «j'ai» — imàne «bien, avoir». Mais après une voyelle en finale ou entre une voyelle et une consonne, il peut y avoir soit un /', soit un i accentué, le / inaccentué étant exclu en cette position : par ex. moj « mon » — moi « mes », dvôjka «paire» — dvoica «nombre deux». En cette position phonique l'opposition d'accentuation est donc remplacée par l'opposition de syllabisation. Par conséquent i et / bulgares doivent être considérés comme deux phonèmes qui se trouvent l'un vis-à-vis de l'autre dans un rapport d'opposition neutralisable^.

jinar = jûnger, jidis = jûdisch ; ou en allemand du nord où / n'est qu'une variante combinatoire de la spirante y (devant les voyelles antérieures ou après les voyelles non postérieures).

(1) Dans les langues où les centres de syllabe sont des phonèmes vocaliques de valeur exclusivement monophonématique, l'opposition entre voyelle et consonne peut être définie de la façon suivante : les voyelles sont des phonèmes qui peuvent fonctionner comme centres de syllabe, les consonnes sont au contraire des phonèmes qui n'apparaissent pas comme centres de syllabe. On pourrait tenter d'aller encore plus loin dans cette direction : comme il n'y a aucune langue où les voyelles n'apparaissent pas comme centres de syllabe, on pourrait définir les voyelles comme des phonèmes qui, soit dans leur variante fondamentale, soit comme terme marqué d'une corrélation de syllabisation, fonctionnent comme centres de syllabe — • et les consonnes comme des phonèmes qui dans leur variante fondamentale ou comme termes non marqués de la corrélation de syllabisation ne forment pas syllabe. Cette définition est défendue par R. Jakobson. Mais on peut y objecter plusieurs choses : d'abord la variante fondamentale ne se laisse pas toujours déterminer objectivement ;

B) Syllabe et more

Inierpréiation phonologique de la quanlilé

De la revue des centres de syllabe possibles que nous venons de passer, il résulte que ceux-ci peuvent être monophonématiques ou polyphonématiques. Il y a des langues qui ne possèdent que des centres de syllabe monophonématiques et d'autres qui, à côté des centres de syllabe monophonématiques, en présentent aussi qui sont polyphonématiques. Mais on peut se demander si les centres de syllabe dits « longs » ne doivent pas être considérés comme redoublés ou géminés. Une réponse unique ne peut être donnée pour toutes les langues : le problème doit plutôt être examiné séparément dans chacune d'elles. On peut bien entendu poser certains types 1.

a) Doivent être considérés comme sûrement polyphonématiques (c'est-à-dire comme centres de syllabe redoublés, géminés) les centres de syllabe longs dans les langues où entre le début et la fin de tels centres de syllabe peut se placer une limite morphologique. Par ex. en finnois le « partitif » a la terminaison a ou a : talo «cour » — taloa; dans les mots qui finissent en a, a, au lieu de cela, la voyelle finale est allongée : Icukka « fleur « — kukkaa^ leipà « pain » — leipâd. La terminaison d'illatif est généralement n avec allongement de la voyelle qui termine le thème : ialo « cour » — taloon « vers la cour », kylà « village » — kyldàn « vers le village ». En lakke (Caucase oriental) mayi « toit » fait au pluriel mayiiiy

ensuite on ne peut en somme parler de centres de syllabe que dans les langues où existent des particularités prosodiques distinctives. Dans des langues comme le géorgien ou l'arménien où n'existe absolument aucune particularité prosodique, la « syllabe » n'est pas un concept phonologique, mais phonétique, qui ne peut être défini qu'avec le secours du concept de « voyelle » — alors que la définition de la voyelle ne peut aucunement être prise pour base. C'est pourquoi la définition donnée ci-dessus (p. 97-98) de l'opposition entre «voyelle» et «consonne » devra être maintenue. Note du traducleur : comp. A. Martinet, BSL XLII (1942-45), fasc. 2, p. 29.

(1) Voir à ce sujet N. S. Troubelzkoy, « Die phonologischen Grundlagen der sogenannten Quantitàt in den verschiedenen Sprachen « dans Scritti in onore di Alfredo TrombeUi (Milano 1936), 155 et suiv. ; du même auteur » Die Quantitàt als phonologisches Problem » [Actes du IV^ Congrès international de Linguistes, Copenhague, 1938, pp. 117-122) ; comp. également R. Jakobson, « Uber die Bescliaffenheit der prosodischen Gegensâtze », Mélanges offerts à- J. van Ginneken (Paris 1937), 25 et suiv.

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mais zunîtu «montagne » fait au pluriel zuniû ; du verbe iian « laisser » on forme un parfait avec objet de 1^^ et de 3^ classe iuira, de qaqan « sécher » qauqra, mais de uian « placer » iitra, etc. Dans tous les cas de ce genre, les voyelles longues doivent être considérées comme la somme de deux voyelles brèves semblables et cette valeur peut ensuite être étendue également à toutes les voyelles longues de la même langue.

ù) Cette même valeur des centres de syllabe longs, à savoir celle de « groupe monosyllabique de deux centres de syllabe semblables » existe aussi dans les langues où les centres de syllabe longs reçoivent, dans le fonctionnement du système, le même traitement que des diphtongues polyphonématiques. Dans certains dialectes de la Slovaquie centrale et dans la langue écrite slovaque existe ce qu'on appelle la « loi rythmique » en vertu de laquelle les centres de syllabe longs sont abrégés immédiatement après une syllabe longue. Cet abrègement n'a pas lieu seulement après les syllabes à voyelle longue ou à liquide longue, mais aussi après les syllabes à diphtongues te, uo (écrit o), ia, iii. Ces diphtongues de leur côté, après une syllabe à centre de syllabe long (ou à diphtongue) sont remplacées par des voyelles brèves monophtongues^. Ainsi les voyelles longues et les diphtongues polyphonématiques ie, uo, ia, iu sont dans ce cas traitées d'une façon tout à fait semblable ; il s'en suit que les centres de syllabe longs possèdent la valeur de groupes monosyllabiques de deux voyelles semblables.

c) Cette même valeur des centres de syllabe longs existe aussi dans les langues où, pour la délimitation du mot (voir plus loin), les longues sont traitées suivant la formule «une longue = deux brèves ». Comme exemple bien connu on peut citer le latin de l'époque classique : l'accent délimitant le mot ne peut frapper sa dernière syllabe, mais se place toujours sur l'avant-dernière « more » avant la dernière syllabe, c'est-à-dire soit sur l'avant-dernière syllabe (ou pénultième) si celle-ci est longue, soit sur l'antépénultième, si la pénul-

(1) Par contre les diphtongues d'aperture décroissante sont en slovaque traitées autrement : seule la première voyelle a chez elles valeur de centre de syllabe et n'est soumise à l'action de la loi r^i^hmique que si elle est longue. Les diphtongues décroissantes à 1^« voyelle brève (par ex., ay, au) sont considérées comme des groupes « voyelle brève + consonne » et n'occasionnent par conséquent aucun abrègement de la voyelle longue de la syllabe suivante. \'oir R. Jakobson, «Z fonologie spisovné slovenstiny », Slovenskà miscellanea (Bratislava 1931), 156 et suiv.

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tième est brève. En outre une syllabe terminée par une consonne est considérée comme longue. Une voyelle longue vaut donc deux voyelles brèves ou «une voyelle brève +une consonne ».

Des règles semblables existent aussi en moyen indien, sans cependant qu'il y ait restriction aux dernières syllabes du mot : la dernière syllabe est toujours atone et l'accent repose sur la syllabe longue la plus proche de la fin du mot, étant considérées comme longues non seulement les syllabes dont le centre de syllabe est long, mais encore celles qui contiennent un groupe «voyelle brève+consonne ». En arabe vulgaire l'accent ne repose sur la dernière syllabe que si elle se termine par une voyelle longue + consonne ou par une voyelle brève + deux consonnes, d'où il résulte que les voyelles longues ont la valeur prosodique d'un groupe «voyelle brève + consonne »^. — • En polabe l'accent repose sur la syllabe qui contient l'avant-dernière more du mot, c'est-à-dire soit sur la dernière syllabe du mot si elle est longue, soit sur l'avant-dernière syllabe si la dernière est brève ; en outre sont seules comptées comme longues les syllabes qui renferment un centre de syllabe long ou une diphtongue biphonématique ou, au, ai, ai^. — En païoute méridional (groupe shoshon de la famille outoaztèque) le ton principal repose sur la deuxième more du mot (si cette more n'appartient pas à la syllabe finale) et un ton secondaire sur toutes les mores paires du mot (c'est-à-dire sur les mores quatrième, sixième, etc.), de sorte que les voyelles longues et les diphtongues comptent comme centres de syllabe à 4eux mores et les voyelles brèves comme centres de syllabe à une more*. — En tubatoulabal (famille outo-aztèque) le ton principal repose sur la dernière more du mot et un ton secondaire sur les mores seconde, quatrième, etc., à partir de la fin de mot, selon un rythme ïambique*. Dans le dialecte nord-est du maïdou (groupe californien de la famille pénoutia) le ton principal paraît toujours reposer sur la deuxième more du mot, et en outre les syllabes avec voyelle longue ou diphtongue et les syllabes fermées à voyelle brève comptent pour deux mores, tandis que les syllabes ouvertes à voyelle brève comptent pour une more*. Dans tous ces cas un centre de syllabe long égale deux centres de syllabe brefs.

(1) H. \V. T. Gairdner, « The Phonetics of Arabie », The American Universiiy of Cairo Oriental Sludies, 1925, 71.

(2) N. S. Troubetzkoy, « Polabische Studien », Sitzungsber. Akad. Wien CCXI, 126 et suiv.

(3) Edward Sapir, « Southern Paiute, a Shoshonean Language », Proceedings of Ihe American Academy of Arts and Sciences, 65, no^ 1-3^ 37 et suiv.

(4) Charles F. Voegelin, « Tûbatulabal Grammar », Univ. of California Publ. in Amer. Archeol. and Elhnol., 34, n» 2, 75 et suiv. En outre dans les syllabes longues seule la première more peut être accentuée. D'après la loi du rythme ïambique, si un ton secondaire tombe sur la deuxième more d'une voyelle longue, il est transporté sur la première more de cette voyelle — mais alors les accents secondaires qui suivent sont eux aussi déplacés d'une more.

(5) Cela peut être déduit des matériaux publiés par Roland B. Dixon dans Handbook of American Indian Languages I, 683 et suiv. (les rares exceptions à la règle se laissent expliquer sans difficulté). A ce qu'il semble les accents secondaires sont répartis en maïdou selon le même principe qu'en païoute : là où R. B. Dixon marque dans un mot deux accents, le second tombe toujours sur une more paire (par ex. kûlû'nanamaâ't « sur le soir », basa'kômoscû'mdi

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d) La division en deux termes des centres de syllabe longs est encore nettement reconnaissable dans les langues qui distinguent phonologiquement deux sortes d'accent dans ces centres de syllabe longs. En outre la nature phonétique de ces accents n'est pas essentielle. Ce qui est bien plutôt essentiel, c'est que le début et la fm du centre de syllabe long sont traités différemment au point de vue prosodique, de sorte que cette dilïérence de traitement possède une valeur distinctive : peu importe qu'il s'agisse de la mise en relief musicale ou expiratoire (ou au contraire de la non-mise en relief) du début par une sorte d'accent et de la fm par une autre sorte d'accent. A ce type appartiennent par ex. le lithuanien, le Slovène, etc. Très souvent dans des 'langues de ce genre ces deux mêmes espèces d'accent apparaissent aussi dans les centres de syllabe polyphonématiques (diphtongues, groupes de voyelles et de sonantes), de sorte que les centres de syllabe longs sont expressément identifiés avec les groupes de deux phonèmes, par ex. en lithuanien, en siamois, en japonais, etc. Sans aucun doute une telle assimilation entre les centres de syllabe longs et ceux qui sont diphonématiques n'a pas toujours nécessairement lieu. Dans le chinois du nord on distingue des syllabes brèves et des syllabes longues : les brèves sont soit aiguës, soit graves ; les longues ont leur dernière partie soit aiguë, soit grave. Mais en outre les monophtongues et les diphtongues sont traitées pareillement, non seulement dans les syllabes longues, mais aussi dans les syllabes brèves. Si l'on considère les syllabes longues du chinois septentrional comme valant deux mores et les brèves une more, on doit accorder que dans ce système phonologique, il y a aussi des diphtongues polyphonématiques valant une naore. Il existe donc ici un certain désaccord entre la structure prosodique et la structure phonématique de la syllabe^. En

« au bout du bâton », etc.). Dans quelques cas, R. B. Dixon n'a entendu que ce ton secondaire (comp. des graphies comme ûnVdi, âkâ'nas, âlsoia, ââ'nkano, sâmô'eslodi, etc.). On remarquera incidemment que le dialecte nord-est du maïdou est géographiquement limitrophe du païoute.

(1) Dans de nombreux dialectes du nord de la Chine, le ton «bref grave » est en outre réalisé en descendant, le ton « bref aigu » est par contre réalisé en montant. De la même manière le ton « long à dernière partie aiguë » est à deux sommets (c'est-à-dire descendant puis montant), tandis que le ton « long à dernière partie grave » est au contraire montant puis descendant, de sorte que les syllabes longues doivent être assimilées du point de vue prosodique à un groupe de deux syllabes brèves. Comp. E. D. Polivanov i Popov-Tativa,

ce qui concerne le birman où se rencontrent de même des diphtongues dans des syllabes \ alant une more, la situation n'est pas tout à fait claire, car le caractère polyphonématique des diphtongues ne peut être démontré.

e) Ce qui vient d'être dit sur les langues dont les centres de syllabe longs possèdent deux sortes d'accentuation peut être également répété à propos des langues où les centres de syllabe longs présentent ce qu'on appelle le « coup de glotte » {danois siôd). Que ce coup de glotte consiste en une fermeture complète de la glotte ou en un fort rétrécissement de celle-ci, cela n'est pas essentiel. Ce qui est important, c'est que par cette articulation le centre de syllabe long est séparé en deux parties^. Le fait que dans les langues en question les centres de syllabe longs se divisent en deux groupes : l'un ayant une interruption entre le début et la fin, et l'autre n'ayant pas d'interruption de cette sorte, tandis que cette opposition n'a pas lieu dans les centres de syllabe brefs, ce fait montre clairement que l'existence dans ces langues d'un début et d'une fin comme deux moments distincts est quelque chose d'essentiel, mais seulement pour les centres de syllabe longs. Dans les langues qui connaissent l'opposition « avec coup de glotte-sans coup de glotte » pour les centres de syllabe longs, la même opposition apparaît aussi pour les diphtongues et pour les groupes « voyelle -f-sonante », ce par quoi le caractère double des centres de syllabe longs est clairement démontré. A ce type appartiennent par ex. le danois, le letton, etc.

Dans toutes les langues mentionnées jusqu'ici les centres de syllabe longs peuvent être considérés comme « redoublés » ou « géminés ». Leur longueur ou plus précisément leur extensibilité, en opposition avec l'inextensibilité des centres de syllabe «brefs», est l'expression externe de leur caractère double, c'est-à-dire du fait que leur début et leur fin ne coïncident pas en un point, mais sont sentis comme deux moments distincts. D'après R. Jakobson qui résume les conditions de ce caractère double, il faut poser cette valeur des centres de syllabe longs en général pour toutes les langues dans lesquelles se rencontrent des diphtongues longues — même si ces langues ne peuvent être rangées dans l'un des cinq types énumérés ci-dessus. L'existence de diphtongues monosyllabiques à valeur diphonématique serait justement le sixième critère capable d'établir le caractère double des centres de syllabe longs*. Cette hypothèse nous paraît quelque peu douteuse : la seule présence de diphtongues polyphonématiques ne suffit pas à prouver que les monophtongues longues

« Posobije po kitajskoj transkripcii » (Moskva 1928), 90 et suiv., et aussi E. Polivanov, « Vvedenije v jazykoznanije dl'a vostokovednych vuzov » (Leningrad 1928), 118 et suiv.

(1) R. Jakobson dans TCLP IV, 180 et suiv.

(2) Mélanges van Ginneken, 32 et suiv.

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doivent elles aussi être considérées comme des groupes monosyllabiques formés de deux voyelles brèves identiques. Une telle valeur ne peut être considérée comme prouvée objectivement que si les monophtongues longues sont dans la langue en question traitées réellement tout à fait de la même manière que les diphtongues poK^phonématiques (notre type b\ Là où ce n'est pas le cas, il n'existe aucune raison objective pour attribuer aux centres de syllabe longs la valeur de géminées. Dans la langue courante tchèque (moyenne Bohème) les voyelles longues ne sont pas admises à Tinitiale, tandis que la diphtongue ou peut se présenter en cette position : oiirad « autorité, oucel « compte », etc.) ; dans la langue tchèque écrite les voyelles longues sont au contraire admises à l'initiale (par ex. ùl » ruche »), mais les diphtongues ne sont pas admises. Dans le système phonologique du tchèque, rien ne paraît démontrer que ou doive être assimilé aux voyelles longues.

Il y a donc des langues où les centres de syllabe longs sont sentis comme des groupes monosyllabiques formés de deux centres de syllabe brefs qualitativement semblables. Dans ces langues l'extensibilité des centres de syllabe longs n'est qu'une expression de leur caractère double. Mais ce caractère double (ou plus généralement multiple) peut aussi être exprimé autrement. Dans beaucoup de langues africaines et américaines plusieurs registres de voix sont employés comme procédé distinctif. Habituellement chaque syllabe a une hauteur musicale déterminée. Mais souvent le début d'une syllabe n'a pas la même hauteur que sa fin, la hauteur se modifiant à l'intérieur de la syllabe, de sorte qu'il existe des syllabes musicalement montantes, descendantes, descendantes-montantes, etc., et qu'en outre tous ces modes prosodiques possèdent une valeur distinctive. Pour quelques langues ayant un système prosodique de ce genre, les observateurs déclarent expressément que les syllabes n'ayant pas la même hauteur musicale au début et à la fm sont plus longues que les syllabes ayant une hauteur stable et « plate » (ainsi par ex. en éfik^). Dans la plupart des cas cela n'est pas indiqué par les observateurs et il n'est pas impossible que leur silence soit simplement attribuable à leur négligence. Mais on pourrait plutôt supposer que dans beaucoup de langues ayant un « système de tons » développé la pluralité prosodique d'un centre de syllabe ne serait pas exprimé par sa durée, mais exclusivement par les variations de hauteur à l'intérieur de ce centre de syllabe. Il peut même se faire que dans une langue de ce type, deux réalisations phonétiques

(1) Ida C. Ward, «The Phonetic and Tonal Structure of Efik » (Cambridge 1933), 29 : «une voyelle sur un ton montant ou descendant est généralement plus longue que sur un ton uni, haut ou bas ».

différentes de la « pluralité » existent l'une à côté de l'autre : tandis que les centres de syllabe géminés ayant une même hauteur musicale dans leurs deux parties sont réalisés par des voyelles (ou des sonantes faisant syllabe) longues et à ton plat, au contraire les centres de syllabe géminés qui ont une hauteur musicale différente dans leurs deux parties sont réalisés par des voyelles (ou des sonantes faisant syllabe) brèves et à ton variable (c'est-à-dire descendant ou montant)^.

La valeur de géminées ou plus généralement de phonèmes multiples attribuée aux centres de syllabe longs peut être appelée « traitement arithmétique de la quantité » et les langues dans lesquelles ce traitement apparaît peuvent être appelées « langues qui comptent les raiores », puisque chez elles la plus petite unité prosodique ne coïncide pas toujours avec la syllabe.

A ces langues s'opposent celles qui « comptent les syllabes » dans lesquelles les unités prosodiques coïncident toujours avec les syllabes et dans lesquelles les centres de syllabe longs (si toutefois il en existe) sont considérés comme des unités à part, et nullement comme la somme de plusieurs unités plus petites. A ce type appartiennent avant tout les langues ayant des centres de syllabe exclusivement monophonématiques, comme par ex. le hongrois, les dialectes hanak du tchèque, le tchétchène (dont les diphtongues sont pour partie monophonématiques, pour partie à considérer comme « voyelle +// ou w », et où en outre seules les voyelles apparaissent comme centres de syllabe, y et w étant des phonèmes différents de i et u). Nous comptons aussi dans ce groupe des langues où existent il est vrai des diphtongues polyphonématiques, mais où ces diphtongues n'ont pas le même traitement que les centres de syllabe longs : par ex. le tchèque commun et écrit. Enfin des langues comme l'allemand, l'anglais et le hollandais doivent aussi être rangées parmi celles qui comptent les syllabes (voir ci-dessous).

Le rapport d'opposition entre centres de syllabe longs et brefs est toujours logiquement privatif. Dans la mesure où

(1) Ce cas se présente peut-être dans le dialecte gê de l'éhwé. Les syllabes « à ton inégal » paraissent y être toujours brèves, même là où elles résultent d'une contraction, par ex. dans .eléy.i « il vient » (de .e.le, 'ey.i), tandis que les syllabes longues paraissent toujours de ton égal. C'est du moins l'impression qu'on a en lisant la description de ce dialecte dans D. Westermann et Ida C. Ward, « Practical Phonetics for Students of African Languages », 158-166, ainsi que les exemples et les textes qui y sont cités.

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ce rapport se transforme, par le fait de pouvoir être neutralisé, en un rapport effectivement privatif, les centres de syllabe brefs apparaissent toujours, dans les langues qui comptent les mores, comme non marqués, et les centres de syllabe longs comme marqués. En slovaque plus précisément en slovaque écrit et dans certains dialectes de la Slovaquie centrale) il ne peut y avoir après un centre de syllabe long ou une diphtongue qu'un centre de syllabe bref; en finnois il ne peut y avoir devant voyelle qu'une voyelle brève (par ex. sing. puu «arbre » — part. plur. puiia) ; en latin il ne peut y avoir devant consonne finale, sauf s, qu'une voyelle brève ; en prâkrit (c'est-à-dire en moyen indien) il ne peut y avoir en syllabe fermée que des voyelles brèves ; dans le dialecte croate-cakave de Novi il ne peut y avoir avant une syllabe à accent long décroissant qu'une voyelle brève ; en slovène (et en arabe vulgaire d'Egypte) il ne se présente dans les syllabes atones que des voyelles brèves ; en lamba (langue bantoue de la Rhodésie septentrionale) et en ganda (Est Africain) il ne peut y avoir en finale que des voyelles brèves, etc. On peut donc considérer dans ces langues la gémination des centres de syllabe comme marque de corrélation.

Les langues qui comptent les syllabes n'offrent pas à ce point de vue une semblable unité. En tchèque où (spécialement dans la langue courante de la moyenne Bohème) il n'y a à l'initiale que des voyelles brèves, on pourrait considérer les centres de syllabe brefs comme non marqués et l'on pourrait regarder comme marque de corrélation la longueur (ou l'extensibilité) des centres de syllabe longs. Toutefois si l'on met en ligne de compte le fait que la longueur est un « facteur d'intensité » et qu'en tchèque (comme dans d'autres langues de ce type, par ex. en hongrois, en tchétchène, etc.) aucun autre facteur d'intensité ne possède de valeur distinctive^, on inclinera plutôt à considérer l'intensité comme marque de corrélation, et au contraire la longueur (ou l'extensibilité) comme une sorte de réalisation de l'intensité.

Tout autre est l'aspect qu'offrent des langues comme l'allemand, le hollandais et l'anglais. L'intensité est réalisée par un accent expiratoire ("■ dynamique A libre. L'opposition de cjuantité est neutralisée en finale. En outre, il ne peut y

(1) Dans ces langues le renforcement expiratoire (l" accent djTiamique ») est lié à la première syllabe du mot et ne possède aucune valeur distinctive, mais seulement un rôle délimitatif.

avoir dans les syllabes finales ouvertes accentuées que des phonèmes vocaliques longs. C'est pourquoi ce ne sont pas les centres de syllabe brefs, mais les longs qui doivent être considérés comme les termes non marqués de la corrélation. Il ne peut donc s'agir ici que d'une opposition entre d'une part des voyelles normales, se déroulant complètement, et d'autre part des voyelles tronquées, interrompues dans leur déroulement par l'attaque de la consonne suivante, de sorte que la « coupe brusque de syllabe » est la marque de corrélation. Dans cette « corrélalion de coupe de syllabe » la longueur n'est que l'expression du déroulement complet et sans entraves de la voyelle, et la brièveté que l'expression de l'entrave apportée au déroulement de la voyelle par la consonne suivante.

D'ailleurs une langue ayant la corrélation de coupe de syllabe n'est pas nécessairement une langue qui compte les syllabes. Un type très particulier d'association entre cette corrélation et la corrélation de gémination prosodique existe dans la langue hopi (spécialement dans le dialecte du village de Mishongnovi dans l'Arizona), langue qui appartient à la famille Uto-aztèque. Nous extrayons ces renseignements d'une lettre privée de Benjamin L. Whorf, dont nous le remercions cordialement. Le hopi ne connaît ni diphtongues, ni groupes ])Olysyllabiques de voyelles, ni différences distinctives dans le déroulement tonique, ni possibilité de découpage morphologique des voyelles longues. La loi selon laquelle le ton principal doit reposer sur la seconde more du mot (si toutefois cette more n'appartient pas à la syllabe finale) n'a plus aujourd'hui qu'une signification historique, étant donné qu'actuellement elle ne vaut plus pour toutes les catégories grammaticales et qu'on ne distingue plus parmi les syllabes atones celles qui primitivement n'avaient qu'une more et celles qui en avaient plusieurs. Au point de vue de l'état actuel du hopi les rapports prosodiques •doivent être conçus tout autrement. Ce qui est particulier dans cette langue, c'est l'existence pour les voyelles (qui sont les seuls centres de syllabe) de trois degrés quantitatifs et cela avec valeur distinctive : par ex. pas « très » — pas « champ » — pas « tranquille » (de même iêva « noix » — leva « lancer qc. », ^àla •< tranchant » — qâla « rat », sive « réservoir » — • sïve « charbon de bois », etc.). Là où les oppositions de quantité sont neutralisées (à savoir devant les occlusives dites « préaspirées » ^p, ^t, ^k, ^k, ^q, ^c) ce qui apparaît comme représentant de l'archiphonème ce n'est ni le degré quantitatif bref, ni le degré quantitatif long, mais le degré moyen. 11 s'en suit que dans une série d'oppositions telle que â-a-â il ne s'agit pas de deux oppositions graduelles, mais de deux oppositions privatives dont le terme non marqué est la voyelle de durée moyenne. Cela est aussi confirmé par les cas où non pas les deux, mais une seule des deux oppositions est neutralisée. L'opposition â-a est neutralisée dans les syllabes finales ouvertes accentuées (plus précisément marquées d'un accent secondaire) et dans cette position â n'est pas admis. En d'autres termes en hopi — de même qu'en allemand, en hollandais et en anglais — - il ne peut y avoir de voyelles brèves que devant consonnes. Cela paraît de plus démontrer que les brèves en hopi ne sont qu'une expression de la « coupe brusque de syllabe » ■et que les paires â-a, è-e, etc., forment en hopi une corrélation de coupe de

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syllabe*. Quant à l'opposition a-â, e-é, etc., elle n'existe dans les mots polysyllabiques qu'en syllabe ouverte, et aussi bien à l'intérieur du mot qu'en finale (plus rarement il est vrai)*. Dans les syllabes fermées des mots polysyllabiques cette opposition est au contraire neutralisée et en outre le représentant de l'archiphonème qui apparaît dans ces syllabes est la voyelle de durée moyenne. Une telle restriction ne nous est d'ordinaire connue que dans les langues qui comptent les mores (japonais, moyen-indien, etc.) : elle repose sur l'assimilation d'une consonne fermant une syllabe à une more prosodique : â = al, et sur la fixation d'un nombre maximum de mores qui ne peut être dépassé dans une syllabe*. C'est pourquoi l'opposition entre voyelles moyennes et voyelles longues doit être considérée comme une opposition de gémination prosodique. Phonologiquement les voyelles « longues » valent dans cette langue deux mores et les voyelles « moyennes » une more, de sorte qu'entre â et a (ou entre î et /, etc.) existe une différence dans le nombre des mores ; au contraire l'opposition entre les voyelles « brèves » et les voyelles « moyennes » du hopi réside non dans le nombre des mores (car ces deux types de voyelles valent une more), mais dans la coupe de syllabe (c'est-à-dire dans le mode de liaison aux consonnes suivantes). Ainsi donc il existe en hopi une association particulière de la corrélation de coupe de syllabe et de la corrélation de gémination prosodique*.

(1) Avec cela cadrerait encore une particularité de la réalisation des voyelles en hopi. Il a déjà été démontré (dans la discussion du vocalisme de l'anglais, p. 127-129 et suiv.) que les langues ayant une corrélation de coupe de syllabe ont une tendance particulière à réaliser les phonèmes vocaliques à déroulement complet par des diphtongues. Quelque chose de ce genre paraît exister aussi en hopi : la voyelle la plus sombre et la plus fermée est réalisée dans les syllabes moyennes et longues par ou, et au contraire par U dans les syllabes brèves.

(2) Les voyelles longues sont rares en cette position, mais se rencontrent pourtant. M. B. L. Whorf nous écrit : « ... les trois longueurs n'apparaissent pas dans une voyelle finale de mot... Si une telle voyelle est accentuée sa longueur est moyenne ; dans un très petit nombre de cas elle est longue » (souligné par nous).

(3) D'ailleurs la neutralisation de l'opposition entre voyelles longues et voyelles moyennes dans les syllabes fermées est affectée en hopi de certaines restrictions : Primo les syllabes fermées par y ou w sont traitées comme ouvertes (c'est-à-dire que devant y ou w fermant la syllabe les trois quantités de la voyelle sont distinguées les unes des autres) ; seconde dans les mots monosyllabiques du type «consonne-f voyelle -f consonne » les trois quantités sont admises. On pourrait il est vrai supposer qu'en hopi y et w fermant la syllabe sont considérés comme des syllabes particulières (yi, au?) et que les mots monosyllabiques (comme pas « très », pas « champ », pas « tranquille » cités plus haut) sont eux aussi interprétés comme dissyllabiques.

(4) En ce qui concerne l'accent expiratoire, il repose en hopi, comme accent principal, sur la première syllabe du mot dans les dissyllabes, et sur la première ou la seconde syllabe dans les mots de plus de deux syllabes. Le premier accent secondaire repose soit sur la syllabe qui suit immédiatement l'accent principal,, soit sur la seconde après lui (selon les catégories grammaticales), et les autres accents secondaires suivent à intervalle d'une syllabe. Dans les syllabes tout à fait atones (c'est-à-dire qui n'ont ni accent principal, ni accent secondaire) les corrélations de coupe de syllabe et de gémination sont neutralisées, de sorte que les voyelles inaccentuées ont une durée un peu plus faible que les voyelles moyennes accentuées.

Pour quelques autres langues sont également indiqués, mais à tort, trois degrés quantitatifs des centres de syllabe (ou même davantage), à valeur distinctive. Il s'agit la plupart du temps d'une confusion entre la quantité et les variations toniques. Ainsi un grammairien croate, è. Stanevic, au début du xix« siècle, assurait que sa langue maternelle possédait trois degrés quantitatifs des syllabes accentuées : en dehors de r« accent bref » l'illyrien (comme on appelait alors le croate) aurait encore possédé un accent » quelque peu allongé » et un accent « tout à fait allongé ». Mais si l'on vérifie les exemples allégués par S. Starrevic, on voit qu'il appelle accent « quelque peu allongé » l'accent long descendant et par accent « tout à fait allongé » l'accent long montant du serbo-croate*. Il avait donc interprété l'opposition de variation tonique (descendant-montant) comme une opposition quantitative (bref-long) ou, pour mieux dire, tenu pour essentiel un phénomène accessoire, non essentiel du point de vue phonologique (à savoir la durée quelque peu plus longue d'une syllabe à intonation montante)^. Les choses paraissent se présenter de la même façon en albanais du nord (guègue) où l'on admet d'habitude trois quantités de la voyelle accentuée (brève, longue et ultra-longue)* et où existe en réalité entre longues et ultra-longues une opposition de variation tonique qui doit être considérée comme le fait essentiel du point de vue phonologique*. En esthonien existent quatre quantités de la voyelle de la première syllabe de sorte que la syllabe radicale de beaucoup de substantifs (par ex. piima « lait », îuuî «venf», etc.) présente au génitif le second degré de quantité, au partitif le troisième, à l'illatif le quatrième. Mais en y regardant de plus près, il apparaît que parallèlement au degré quantitatif, le déroulement tonique du centre de syllabe se modifie lui aussi : le second degré quantitatif présente une accentuation nettement descendante, le troisième une accentuation plate (avec une forte et brusque chute de hauteur musicale sur la syllabe suivante), le quatrième une accentuation descendante-montante (avec intensité sur la partie montante). Et comme les syllabes radicales diphtonguées (par ex. dans poeg o fils ») ne présentent dans les formes en question aucune distinction de quantité, mais seulement les distinctions de déroulement tonique qui leur correspondent (descendant, plat, descendant-montant)', on peut supposer que ces distinctions de déroulement tonique sont l'essentiel au point de vue phonologique, les distinctions de quantité n'étant au contraire que des phénomènes phonétiques acces-

(1) Stjepan Ivsic dans Bad. Jugoslov. Akad. CXCIV, 67-68.

(2) R. Jakobson dans TCLP IV, 168.

(3) Ainsi dernièrement G. S. Lowman, « The Phonetics of Albanian », Language VIII (1932), 286.

(4) Boh. Havrânek, « Zur phonologischen Géographie », Archives Néerlandaises de Phonétique Expérimentale VIII-IX (1933), 29, n. 7.

(5) Une bonne description de la situation phonétique en esthonien a été donnée par E. D. Polivanov, « Vvedenije v jazykoznanije dl'a vostokovednych vuzov 1) (Leningrad 1928), 197-202. En ce qui concerne les cas où le génitif, le partitif et l'illatif sont différenciés par des degrés quantitatifs différents de la consonne finale du radical (par ex. lykk « morceau », gén. iykke avec le deuxième

' degré quantitatif du k long, part, lykki avec le troisième degré, et illat. iykki avec le quatrième degré), il faut remarquer qu'ici également ce n'est pas la quantité seule, mais encore d'une part la distribution de l'intensité consonantique (géminée « descendante », « plate » et « montante »), et d'autre part le rapport de hauteur musicale entre la syllabe radicale et la syllabe finale qui coopèrent à ce résultat.

soires*. Différent? observateurs indiquent aussi dans quelques dialectes lapons plus de deux degrés quantitatifs des centres de syllabe. En réalité le lapon est une « langue à mores » (car les voyelles longues apparaissent seulement dans les mêmes positions que les diphtongues nettement diphonématiques) et ne connaît que l'opposition phonologique entre les centres de syllabe valant une more et ceux qui en valent deux. Mais comme il a déjà été indiqué (p. 188) il existe en lapon ime combinaison en faisceau de la corrélation de gémination consonantique et de la corrélation d'intensité consonantique, de sorte que les consonnes géminées sont plus longiies que les non géminées, et les consonnes lourdes plus longues que les consonnes légères (dialectalement les géminées descendantes sont plus longues que les géminées montantes). Et comme la durée phonétique des voyelles est dans un rapport inverse à la durée phonétique des consonnes suivantes, il en résulte dans les divers dialectes lapons cinq à huit degrés différents de durée vocalique. Mais cela n'est qu'un phénomène phonétique : phonologiquement il n'existe devant chaque type de consonnes que deux types distinctifs de centres de syllabe : ceux qui valent une more et ceux qui en valent deux ; en outre dans quelques dialectes cette opposition est neutralisée devant les consonnes géminées lourdes.

Tous les cas où l'on prétend distinguer dans les centres de syllabe trois degrés quantitatifs ou davantage se trouvent donc être des erreurs d'interprétation — mis à part le cas tout à fait isolé du hopi où existe une combinaison particulière de la corrélation de gémination prosodique et de la corrélation de coupe de syllabe. Dans certaines langues qui comptent les mores et qui ont en même temps des différences distinctives de registre il se présente toutefois, en dehors des centres de syllabe à une more et à deux mores, d'autres qui ont trois et quatre mores. Le nombre de mores est alors exprimé principalement par la répartition des hauteurs musicales à l'intérieur de la syllabe — mais il est possible que dans quelques-unes de ces langues le nombre plus grand de mores que comporte une syllabe soit aussi indiqué par sa durée plus grande — - de sorte que cela doit être évidemment considéré comme un phénomène accessoire phonologiquement non pertinent.

C) Les particularités

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