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Groupements anomaux de phonèmes

Les règles combinatoires donnent à chaque langue une physionomie particulière. Elles ne caractérisent pas moins la langue que l'inventaire des phonèmes. Il y a des langues où les règles combinatoires sont appliquées avec un grand esprit de suite à toutes les parties du vocabulaire. Dans des langues de ce genre même les mots étrangers sont modifiés de telle sorte qu'ils obéissent aux règles combinatoires normales, aux règles valables pour les mots autochtones. Dans d'autres langues les mots étrangers sont au contraire aussi peu modifiés que possible, même s'ils contredisent aux règles combinatoires autochtones. Ils demeurent dans le vocabulaire comme des corps étrangers. L'allemand par ex. appartient à ce dernier type de langues : on pensera à des mots comme Psalm « psaume », Sphdre "■ sphère », Szene « scène », pneumaiisch pneumatique « ayant des groupes de consonnes « non allemands » à l'initiale. D'ailleurs des mots de ce genre restent normalement dans le domaine du vocabulaire technique ou savant et beaucoup parmi eux se conforment aux règles combinatoires normales quand ils s'introduisent dans le vocabulaire de tous les jours^. C'est seulement à un stade de bilinguisme très avancé que des mots de ce genre ayant des groupes étrangers de phonèmes pénètrent dans la langue usuelle au point de ne plus être sentis comme des corps étrangers. Cela signifie que les règles combinatoires de la langue en question ont subi une modification correspondante.

(1) Le mot Sport est déjà prononcé par beaucoup d'allemands avec un s initial et sous cette forme il n'a plus la physionomie d'im mot étranger. A Vienne Sport, nom d'une marque de cigarettes, est toujours prononcé avec i.

Le degré auquel les mots étrangers ne se conforment pas aux règles combinatoires autochtones dépend de beaucoup de circonstances — et avant tout de la variété des groupements de phonèmes admis dans la langue en question. Une langue comme le japonais où sont permis très peu de groupements de phonèmes ne peut pas beaucoup augmenter le nombre des combinaisons admises. L'allemand au contraire où existent déjà des groupements nombreux et variés peut ajouter aux combinaisons admises encore quelques-unes d'origine étrangère. D'ailleurs quelques règles fondamentales ne peuvent être violées : par ex, une moyenne ne peut pas se trouver à côté d'une ténue, un r ne peut pas figurer autrement qu'au contact immédiat d'une voyelle, etc. Un mot comme le géorgien gvçriunis « il nous fait nous exercer » ne pourrait pas être introduit en allemand sans modification.

D'autre part l'existence de groupements particuliers de [ihonèmes au point de soudure de deux morphèmes joue un rôle important dans l'admission des mots étrangers, fait que B. Trnka a souligné à bon droit*. Les groupes se, sf, pn ne sont pas admis en allemand dans le cadre d'un même morphème, mais ' ils se présentent dans des mots polymorphématiques ou « composés » au point de rencontre des morphèmes (par ex. Auszuq « déménagement », inissfalUg « déplaisant », abnehmen « enlever ») et cela facilite la préservation sans altération de ces groupements dans les mots étrangers comme Szene, Sphàre, pneiirnalisch où ils sont transposés à l'initiale. De même la conservation du groupe initial dans Psalm, Psychologie, etc., est facilitée par l'existence de ce groupe à l'intérieur de mots autochtones comme Erbse « pois ». Au contraire en japonais l'absence complète de groupes de consonnes (sauf n-f- consonne) non seulement dans le cadre d'un même morphème, mais aussi à la soudure des morphèmes entraîne l'impossibilité d'admettre des mots étrangers sans les modifier.

Ce qui a été dit sur les groupements de phonèmes provenant de langues étrangères vaut aussi pour les groupements.dialectaux et archaïques. Le langage relevé ou la langue écrite n'admettent d'habitude des mots dialectaux que sous une forme convenablement modifiée. Les mots dialectaux présentant un des groupes de phonèmes étrangers à la langue écrite forment dans le vocabulaire de cette langue des corps étrangers et sont relégués dans des parties spéciales de ce vocabulaire : par ex. en allemand des mots comme Kaschperl « guignol », Droschke « fiacre », Wrak « de rebut », Robben « veau marin », Ebbe « reflux », etc. En ce qui concerne les mots empruntés à la langue ancienne et présentant des groupes de phonèmes qui ne sont plus en usage aujourd'hui, ils appartiennent aussi à des parties spéciales du vocabulaire (notamment à la langue poétique ou à la langue administrative). Un groupe particulier est formé dans beaucoup de langues par les noms propres (aussi bien de personnes que de lieux), car ils restent immodifiés dans la langue écrite avec leurs éléments étrangers, archaïques et dialectaux : par ex. des noms allemands comme Leipzig, Leoben, Allona, Luick, Treitschke, Pschorr, etc., qui ou bien contiennent des groupements de phonèmes inaccoutumés ou bien appartiennent aux types de morphèmes les plus rares*. Il est du reste à remarquer que les noms propres sont, à bien d'autres

(1) B. Trnka, TCLP VI, 60 et suiv.

(2) On remarquera qu'il se présente également dans ce cas des groupements qui d'habitude ne figurent qu'à des soudures de morphèmes : Leipzig-Abzug « départ », Leoben-beobachlen « observer », Luick-riihig « tranquille », Treilsclike- Deulschkunde « germanologie », Pschorr- Absciiied « départ », etc.

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points de vvie, dans une situation tout à fait particulière vis-à-vis du système phonologique et morphologique.

Le domaine le plus important des groupes anormaux de phonèmes est constitué par les interjections, les onomatopées, les mots affectueux ou les commandements adressés à des animaux, et enfin les mots à nuance « expressive ». Après ce qu'ont dit sur ce sujet V. Mathesius et J. M. Kofinek* le problème peut être considéré comme définitivement éclairci et ne nécessite plus d'autres discussions.

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