Les deux types de dénombrement
Les problèmes de statistique et de rendement fonctionnel des éléments phonologiques sont liés de la façon la plus étroite à l'étude des combinaisons de phonèmes, La statistique phonique a déjà été exploitée et utilisée pour différents buts pratiques et scientifiques. Pour des buts phonologiques, elle doit être, on le comprend, modifiée d'une façon convenable : il s'agit de compter non pas des lettres ou des sons, mais des phonèmes et des groupes de phonèmes. Dans la littérature spécialement phonologique l'importance de la statistique a été d'abord soulignée par V. iVIathesius^. B. Trnka dans son livre déjà mentionné^ a apporté une contribution à la statistique phonologique de l'anglais. W. F. Twaddell a tenté une statistique des phonèmes consonantiques allemands et de leurs groupements^. George Kingsley Zipf s'occupe de statistique phonologique en général^. Ainsi on ne manque
(1) V. Mathesius, «O vyrazové platnosti nëkterych Êesky'ch skupin hlâskovy^ch », Nase hec XV, 38 et suiv., de même que J. M. Kofinek, « Studie z oblasti onomatopoje » [Pràce z vëdeckych ùstavù XXXVI), Praha 1934. Comparer aussi V. Skalirka, « O mad'arskych vyrazech onomatopoickych », Sbornik filologicky XI (1937).
(2) Voir ses articles, « La structure phonologique du lexique tchèque moderne », TCLP I, 67-85 et « Zum Problem der Belastungs-und Kombinationsfâhigkeit der Phonème », ibid. IV, 148 et suiv.
(3) B. Trnka, « A Phonological Analysis of Présent Day Standard English » {Pràce z vëdeckych ùslavù XXXVII, 1935), 45-175.
(4) W. F. Twaddell, « A Phonological Analysis of Interv^ocalic Consonant Clusters in Modem German », Actes du IV^ Congrès International de Linguistes à Copenhague, 1938.
(5) G. K. Zipf, « Selected Studies of the Principle of Relative Frequency in Language » (Cambridge, Massach., Harvard University Press, 1932) et » Psycho-Biology of Language » (Boston-Cambridge, Mass., Rivcrside Press, 1935).
PHINCIPKS DE PHONOLOGIE 277
déjà plus maintenant de travaux sur la statistique phonologique. Ils sont cependant beaucoup trop brefs et chacun d'eux emploie une méthode différente. Une méthode unique de statistique phonologique n'a pas été créée jusqu'à maintenant. En partant de ces bases nous devons nous contenter ici de faire sur <c thôme quelques remarques.
La statistique a en phonologie une double signification. Elle doit montrer d'une part avec quelle fréquence un élément phonologique déterminé de la langue en question (phonème, groupe de phonèmes, type de morphème ou de mot) revient dans le langage, et d'autre part quelle est l'importance du rendement fonctionnel de cet élément ou d'une opposition phonologique déterminée. Pour la première tâche il faut étudier au point de vue statistique des textes suivis ; pour la seconde des lexiques. Dans les deux cas on peut envisager soit seulement le nombre absolu des apparitions effectives de l'élément en question, soit le rapport de ce nombre au nombre d'apparitions théoriquement attendu sur la base des règles combinat oires.
2. Nombres conditionnés par le style et nombres conditionnés par la langue
Chaque type de statistique présente ses difficultés particulières. Quand on étudie la fréquence d'éléments phonologiques déterminés dans des textes suivis, les difficultés proviennent avant tout du choix du texte.
J'ouvre au hasard la « Sprachthcorie »^ de K. BOhler et je prends à la p. 23 un paragraphe quelconque de 200 mots (de « soll es also... » jusqu'à « im Schosse der Spraehwissenschaften lângst », donc les lignes 3-28 à partir du haut). Dans ce paragraphe sont contenus 248 morphèmes accentuables, parmi lesquels 204 monosyllabes, 37 dissyllabes et 7 trisyllabes. Puis je prends un autre texte également de 200 mots, à savoir le début de la première histoire de A. Dirr « Kaukasisohe Mârchen «^ et je trouve que ce paragraphe ne contient en tout que 220 morphèmes accentuables, dont 210 monosyllabes, 10 dissyllabes et aucun trisyllabe. La même différence existe entre les deux textes choisis en ce qui concerne la longueur des mots. Chez K. Bûhler on trouve des mots de différentes longueurs, de 1 à 9 syllabes. Chez A. Dirr seulement des mots de une, deux, trois syllabes avec une préférence très marquée pour les monosyllabes :
(1) Karl Buhler, « Sprachtheorie » (Jena 1934).
(2) « Kaukasischc Miirchen, ausgew;Uilt tmd libersetzt von A. Dirr » (dans Die Mârchen der \yrlllilcrnlur, édité par l'ricdrich \on der Leyen et Paul Zaunert, Jena 1920).
N, S. TROUBETZKOY
Monosyllabes.
Dissyllabes.. .
Trisyllabes.. .
Télrasyllabes.
Pentasyllabes.
Hexasyllabes.
Heptasyllabes Octosyllabes .
Ennéasyllabes
K. BÛHLER
A. DIRR