PRÉFACE DU TRADUCTEUR
C'est au début de la guerre, pendant les hivers 1939-40 et 1940-41 que je pris contact, par les divers articles des Travaux du Cercle Linguistique de Prague, avec les théories phonologiques. Je vis aussitôt quel profit en pouvait tirer la dialectologie arabe, et d'une façon plus générale la linguistique sémitique. J'essayai même, il est vrai avec une extrême gaucherie, d'utiliser quelque peu ces théories dans le premier volume de mes Parlers arabes du Horân. Mais je ne me dissimulais pas qu'il y avait beaucoup de points de la méthode et de ses applications que je n'avais pas suffisamment compris. Aussi dès l'hiver 1941-42, je me résolus à traduire pour mon usage personnel les Grundziige der Phonologie de N. S. Troubetzkoy, où je pensais trouver les réponses aux questions qui m'embarrassaient. Quand l'état de ma vue me le permit, au printemps 1944, j'entrepris cette traduction. Étant donnée ma médiocre connaissance de l'allemand, ce ne fut pas pour moi un travail facile. J'en vins à bout cependant en juillet 1945. Entre temps, en questionnant mes collègues d'Algérie et de la métropole, je m'étais rendu compte que cet ouvrage capital était profondément ignoré en France, la langue dans laquelle il était rédigé constituant une véritable barrière. C'est ainsi que me vint l'idée de publier ma traduction.
J'ai été grandement aidé par M. A. Martinet qui a bien voulu revoir mon travail en entier, rectifier mes erreurs et écrire la préface qu'on vient de lire. M. R. Jakobson a eu l'amabilité de me communiquer un certain nombre de rectifications au texte allemand des Grundziige , de m'autoriser à publier en appendice une traduction d'un de ses articles et le texte français de deux autres qui complètent heureusement le livre, de revoir la bibliographie et de rédiger l'autobiographie de X. S. Troubetzkoy qu'on lira ci-dessous. M. J. Tubiana, élève de M. A. Martinet, m'a fait bien des suggestions utiles. La Faculté des Lettres d'Alger a accepté d'accueillir cette traduction dans la collection de ses publications et de fournir les fonds nécessaires à son impression. M. L. Gernet, doyen
XIV N. S. TROUBETZKOY
de la Faculté des Lettres et M. A. Basset, professeur à l'École Nationale des Langues Orientales Vivantes m'ont aidé à revoir les épreuves. Enfin l'imprimerie A. Bontemps a assuré d'une façon remarquable l'impression du livre, et a fait un gros effort pour se procurer à ses frais les signes de transcription nécessaires. Que tous veuillent bien trouver ici l'expression de ma vive reconnaissance.
Alger, novembre 1947.
J. Gantineau.