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ni accent secondaire) sont sourdes devant consonnes géminées ; devant ces voyelles sourdes, les occlusives sont prononcées comme des aspirées sourdes et les duratives (^fricatives, nasales et r) comme des consonnes sourdes, tandis que devant voyelles sonores les occlusives sont sourdes mais non aspirées et les duratives (à l'exception des sifflantes) sonores ; une voyelle brève en fin de mot est toujours sourde, indépendamment de la répartition de l'accent ^ La structure rythmique du mot est donc renforcée ici par la réalisation de tous les phonèmes, et toute interruption de cette inertie rythmique, qui signalise toujours la fin d'un mot et le début d'un autre, acquiert par là un caractère particulièrement expressif. Dans la plupart des langues finno-ougriennes et samoyèdes ayant une accentuation initiale fixe, les accents secondaires reposent sur les syllabes ou les mores impaires (c'est-à-dire sur la troisième, la cinquième, la septième more, etc.)^. Il se crée par là une certaine inertie rythmique dont la rupture signalise la limite du mot. Dans quelques-unes de ces langues l'inertie rythmique du mot est encore renforcée par d'autres procédés, pour partie phonématiques et pour partie aphonématiques. Ainsi par ex. dans le dialecte lapon maritime de ]\Iaattivuono, il ne peut y avoir immédiatement après la voyelle d'une syllabe paire (c'est-à-dire après la seconde, la quatrième, la sixième, etc.) ni r, 3, c', 2', d', y, S, », n', /', ni consonne géminée ; au^si le nombre des groupes consonantiques admis en cette position est-il très limité fsk, st. sn, st, sD, jD, ID, rD. IG, rG, Un). A ces procédés phonématiques qui servent à souligner l'opposition existant entre les syllabes paires et impaires s'associent des procédés aphonématiques : les voyelles des syllabes paires sont ultrabrèves et chuchotées si elles se trouvent entre consonnes sourdes, tandis que les consonnes fortes p, l, k sont toujours aspirées après les voyelles des syllabes paires. Par là le rythme trochaïque du mot est renforcé, non seulement dans les rapports d'accentuation, mais aussi dans tout le comportement phonique des diverses syllabes. A cela s'ajoute le fait que le
(1) Edward Sapir, 'The Southern Paiute Language ». Proceedings of Ihe Amer. Acad. of Arts and Sciences LXV, n<" 1-3, §§ 8-10, 12.
(2) Les mores impaires portent l'accent secondaire, par ex. en samoyèdetavgy (<t nganasane »), par ex. kùa « bouleau blanc » — loc. kùatànu, mais lu « vêtement » — loc. lû'lànu, etc. D'ailleurs la plupart de ces langues ont l'accent secondaire sur les syllabes impaires (G. Prokofjev dans Jazyki i pis'mennosV narodov Severa I, 56).
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rythme selon lequel sont réalisées les syllabes du mot est conditionné par l'ensemble du mot, car la durée d'une même voyelle étymologiquement longue ou brève dans le même entourage consonantique dépend du fait de savoir si elle se trouve dans la première syllabe du mot ou dans une autre syllabe, et du nombre de syllabes que contient le mot en question 1, Le mot dans ce dialecte lapon est donc une unité rythmique, et la rupture de l'inertie rythmique en divers points de la phrase constitue des signaux marquant les limites des mots. On peut remarquer que des langues comme le lapon présentent seulement d'une façon particulièrement nette la tendance à faire du mot d'une manière aphonématique (ou « phonématique ») une unité rythmique. Mais sous une forme moins nettement marquée cette tendance existe dans beaucoup d'autres langues, et point seulement dans des langues à accentuation fixe.
Il est clair, sans plus d'explications, que le mot peut être également une unité mélodique. Cela apparaît avec une particulière évidence dans des langues où l'accentuation est surtout « musicale », c'est-à-dire dans des langues qui comptent les mores. En lithuanien, dans le cadre d'un mot, les syllabes prétoniques sont musicalement montantes, les syllabes posttoniques au contraire musicalement descendantes^. Quand dans le cours de la phrase ce rapport est troublé, c'est-à-dire là où une syllabe musicalement descendante vient à précéder une syllabe musicalement montante, une frontière de mot doit exister entre ces deux syllabes. Il résulte donc de la structure mélodique du mot dans son ensemble un signe-groupe aphonématique fixant la frontière du mot.
Pour conclure, il faut mentionner qu'en certains cas il est difTicile 4e décider si l'on a affaire à un signe démarcatif phonématique ou aphonématique. Dans certains dialectes du moyen-indien (« prâkrit »), par ex. màhànishtrî, les occlusives p, ph, b, t, th, il. dh, k, kh, g, gh, c, ch, j, jh sont toujours géminées après voyelle à l'intérieur du mot ; ces occlusives n'apparaissent non géminées que quand elles commencent le second terme d'un mot composé : par ex. digghakanno «longue oreille» = diggha « longue )) + A'a/ino «oreille». Les occlusives géminées et non géminées des séries labiale, apicale, gutturale et palatale fieuvent donc être considérées comme deux variantes combinatoires et les groiipes « voyelle -{-consonne non géminée » comme signe-groupe afthonemalique de la limite du
(1) Paavo Ravila, « Das Quantitâtssyslem des seelappischen Dialektes von Maattivuono », 56 et suiv., 59 et suiv., 78 et suiv.
(2) Des rapports semblables pourraient aussi être supposés pour le vieuxslave.
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mot (ou de la soudure du mot composé). Mais ce rapport est troublé par le fait qu'en màhàràshtrî certaines consonnes (à savoir les occlusives sonores rétroflexes d, dh, les nasales n, m, la liquide / et la spirante s) participent à une corrélation de gémination jouant un rôle distinctif ^ C'est pourquoi il faut faire appel au sens pour fixer la valeur phonématique des oppositions de gémination consonantique, de sorte que k (dans digghakanno « longue oreille ») et kk (dans vakkala « froc ») ne sont peut-être pas à considérer comme des variantes combinatoires, mais comme deux phonèmes différents, auquel cas le groupe « voyelle + labiale, apicale, gutturale ou palatale non géminée » aurait la valeur d'un signe-groupe phonématique.
En terminant ce chapitre, on peut faire ici quelques remarques sur les variantes combinatoires. Dans ces derniers temps une voix s'est de nouveau élevée parmi les phonologues pour écarter l'étude des variantes combinatoires du domaine de la phonologie^. D'après cette façon de voir les variantes combinatoires appartiendraient au domaine de l'acte de parole, devraient leur existence à la physiologie des sons du langage et n'auraient par conséquent rien à faire avec la phonologie. Le fait que les phonologues mentionnent toujours les variantes combinatoires et en tiennent compte serait un reste du vieux point de vue phonétique ou l'indice d'une tendance à étudier les sons d'un point de vue diachronique ou historique. Il y a là une évidente méconnaissance du rôle des variantes combinatoires. Car les variantes combinatoires ne sont pas simplement des phénomènes naturels conditionnés par le hasard, mais bien des phénomènes conditionnés d'une manière téléologique, autrement dit qui ont im but déterminé et qui remplissent une fonction précise*. Cette fonction consiste toujours à signaliser le voisinage immédiat d'un autre élément linguistique : soit un phonème déterminé, soit une frontière de mot ou de morphème, soit les deux à la fois. Il est clair que là où une variante combinatoire signalise une frontière de mot ou de morphème, sa fonction appartient au domaine de la langue. Car la délimitation des morphèmes dans le mot n'est pas moins « glottique » que la distinction des mots. D'autre part une variante combinatoire qui indique seulement le voisinage d'un phonème se trouve évidemment dans le domaine de la parole. Car le fait d'assurer la perception d'un phonème, non seulement par sa réalisation, mais encore par des particularités spéciales dans la réalisation des phonèmes voisins, n'a un sens que pour la parole. Ce fait «d'assurer la perception» suppose même une accommodation au langage qui est caractéristique du domaine de la parole, mais qui est étrangère à la langue en tant que telle. Dans les variantes combinatoires qui signalisent en même temps le voisinage d'un phonème et la relation avec une frontière de mot ou de morphème, on a affaire à un cas de transition. Ces variantes combinatoires (c'est-à-dire des signes-groupes aphonématiques) flottent entre la langue et la parole, et réclament par conséquent l'attention aussi bien du phonologue que du phonéticien. Certes des suites de mots déterminées, dans lesquelles les signes-groupes aphonématiques marquent les frontières de mots, n'apparaissent que dans l'acte de parole — mais les règles de prononciation d'où procèdent
(1) R. Pischel, « Grammatik der Prâkrit-Sprachen » (= Griindr. d. indoarischen Philol., Strassburg 1900) et H. Jacobi, « Ausgewâhlte Erzâhlungen im Màhàrâshtrî ».
(2) L'udovit Novâk, « K zâkladnym otâzkâm strukturâlnéj jazykovedy » {Sbornik Malice Slovenskej XV, 1937, n° 1).
(3) N. Jakovlev, « Tablicy fonetiki kabardinskogo jazyka », Moskva 1923, 73 et suiv.
ces signes-groupes appartiennent au domaine de la langue, de même que les règles syntaxiques fixant l'ordre des mots et leur concordance.