IV. Signes démarcatifs positifs et négatifs
Tous les signes démarcatifs dont il a été question jusqu'ici étaient positifs, c'est-à-dire qu'ils indiquaient expressément l'existence, à l'endroit en question, d'une frontière de mot ou de morphème. Mais il peut exister aussi des signes démarcatifs négatifs qui indiquent expressément l'absence d'une limite à l'endroit en question. Leur rôle pourrait être comparé aux signaux de circulation verts qui indiquent aux voitures que rien n'est interrompu à l'endroit en question et qu'elles peuvent rouler hardiment plus loin. Outre ces signes démarcatifs généralement négatifs la langue connaît aussi des signes démarcatifs unitatératement négatifs qui indiquent seulement qu'en tout cas à l'endroit en question aucun mot ne peut commencer, ou aucun mot finir. Tous les signes démarcatifs négatifs peuvent être aussi bien phonématiques qu'aphonématiques, aussi bien des signes-groupes que des signes unitaires. Nous allons donner ci-dessous quelques exemples de <îhacun de ces types de signes démarcatifs négatifs.
' 1. Signes démarcatifs négatifs et phonématiques A) Signes uniques
Par signes uniques négatifs et phonématiques on peut comprendre les phonèmes qui dans la langue en question ne sont admis qu'à l'intérieur du mot ou du morphème. En finnois appartiennent à cette catégorie les phonèmes d et o (toujours géminé : »» écrit ng). En tamoul y appartiennent le o, les rétroflexes /, /, et la liquide (gutturale) X. En kazakh (autrefois « kazak-kirghiz ») et en kirghiz (autrefois « karakirghiz ») de même que dans les dialectes turcs du bassin de l'Irtych, les gutturales sonores y, g n'apparaissent ni à l'initiale, ni en finale, mais seulement à l'intérieur du mot. En tubatoulabal toutes les bruyantes sonores (b, d, g, 2, ^) apparaissent exclusivement à l'intérieur du mot. En éfik h et r n'apparaissent qu'à l'intérieur du mot, etc.
Comme signes négatifs ne marquant qu'une sorte de limite, on peut mentionner le o allemand, anglais, hollandais, danois, norvégien et suédois, et le français n (gn) qui sont bien admis à l'intérieur du mot et en finale, mais non à l'initiale. La
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même remarque vaut en tchétchène et toungouze pour r, en coréen pour !'« unique liquide » (réalisée en position intervocalique comme r et en finale comme /), dans le dialecte lapon maritime de Maattivuono pour p, i, k, d, 3, 3, 0, S, y, n, l, en samoyède-yourak pour b, d, k, g, c, c, en éfik pour p, etc. D'autre part h en allemand, anglais, samoyède-yourak, artchine, etc., est admis à l'initiale et dans l'intérieur du mot, mais non en finale et la même rémarque vaut en haida pour g, k, k\ en éfik pour /, s, ri, kp, etc. 11 y a des langues qui n'admettent en finale que des voyelles ou en dehors des voyelles qu'un très petit nombre de consonnes (grec ancien V, p, ç ; italien n, r, /; finnois n, i, s, etc.) ; dans ces langues toutes les consonnes, à part les exceptions mentionnées cidessus, peuvent être considérées comme des signes qui « nient la fin de mot ».
B) Signes-groupes
En finnois où aucun groupe de consonnes rw'est admis à l'initiale ou en finale et où en outre n'apparaissent en finale que des voyelles ou les consonnes n, t, s, tout groupe de consonnes dont le premier terme n'est pas n, /, ou i; est un signe-groupe phonématique et négatif : dans des mots comme kahdeksan « huit », hupsu « sot », selkà « dos ». les groupes hd, As, ps, Ik indiquent l'intérieur du mot. La même fonction est remplie également par toutes les consonnes géminées, à l'exception de nn, ss, ii qui peuvent se trouver non seulement à l'intérieur du mot, mais aussi à la soudure de deux mots, mies seisoo « l'homme se tient debout », pojai tansivai « les garçons dansent», nainen neiiloo «la femme file », etc. Dans des langues comme le russe où les bruyantes sont toujours sourdes en fin de mot, le groupe «bruyante sonore -f-voyelle ou sonante » est toujours le signe qu'entre les composantes de ce groupe n'existe aucune frontière de mot. En groenlandais septentrional où r ne peut pas se trouver en fin de mot, le groupe « r-f consonne » est toujours le signe de l'intérieui: du mot et la même remarque vaut aussi en grec ancien pour le groupe « /-4-consonne (sauf s) ». En allemand le groupe dl qui n'apparaît qu'à l'intérieur du mot, paraît être le seul signe-groupe phonématique et négatif. En somme les signesgroupes phonématiques négatifs sont un phénomène relativement rare.
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