V. Emploi des signes démarcatifs
Les diverses langues diffèrent beaucoup quant à l'emploi des signes démarcatifs. Dans certaines langues ce sont surtout (ou exclusivement) les frontières de morphèmes qui sont signalisées ; dans d'autres langues ce sont les frontières de mot. Au premier type appartient par ex. l'allemand : tous les signes démarcatifs qui valent en allemand pour les frontières de mot valent aussi pour les frontières de morphèmes et en outre il existe beaucoup de signes qui ne valent que pour les frontières de morphèmes, mais non pour les frontières de mots. Le groupe de consonnes dl (par ex. redlich « honnête », Siedlung « établissement ») paraît être en allemand le seul signe qui ne concerne pas le morphème, mais le mot, comme signe-groupe phonématique négatif. Par contre il y a beaucoup de langues où les frontières de morphèmes ne sont pas signalisées, tandis que les frontières de mots sont indiquées par des signes démarcatifs déterminés : à cette catégorie appartient par ex. le finnois où les frontières du mot sont signalisées positivement par l'accentuation initiale fixe et négativement par d, lo, les géminées (sauf //, /i/i, ss) et les groupes de consonnes (sauf « n, t, s+consonne »), tandis que les frontières de morphèmes ne présentent aucune marque spécifique et souvent se perdent à l'intérieur d'un phonème « long » 0U « géminé » [ialo « cour » — ■ illat. taloon ; vesi « eau » — part, vetlà, etc.). (Certes dans beaucoup de langues existent des types mixtes, mais cependant on peut dans la plupart d'entre elles remarquer un penchant déterminé et une préférence soit pour les frontières de morphèmes, soit pour les frontières de mots. Ces deux types fondamentaux sont importants pour toute la structure du vocabulaire. Les signes démarcatifs phonématiques positifs sont employés, sans fonction délimitative, quand on emprunte des mots étrangers, pour remplacer des phonèmes ou des groupes de phonèmes étrangers. En ce qui concerne les signes positifs uniques, cela se fait sans aucune difficulté. Mais la transposition d'un signe phonématique négatif unique dans une position phonique inhabituelle n'est pas si facile : pour un Allemand la reproduction de noms propres exotiques qui commencent par » (ng) n'est pas facile, de même que sont difficiles pour les Finnois les mots étrangers commençant par d ou finissant par v. En ce qui concerne les signes-groupes phonématiques, leur emploi
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sans fonction délimitative pour reproduire des groupes de phonèmes étrangers n'est possible que dans les langues où ces signes démarcatifs caractérisent en général des frontières de morphèmes. En allemand des mots comme pneumaiisch, Sphàre, Szene, Kosmos, etc., sont facilement prononçables parce que les groupes de phonèmes pn, s/, se, sin apparaissent aussi dans de véritables mots allemands, comme signesgroupes phonématiques marquant des. frontières de morphèmes : abnehmen «enlever», Ausfahr «sortie en voiture », Auszug « extrait », ausmachen « faire partir ». Mais en avar où le groupe « labial— liquide » est un groupe signalisant non pas une frontière de morphème, mais une frontière de mot, ce groupe n'est même pas admis dans les mots étrangers. La position des diverses langues en ce qui concerne la signalisation des frontières de mots et de morphèmes a donc une certaine influence sur la façon dont ces langues admettent les mots étrangers.
Les groupes de phonèmes qui fonctionnent dans les mots indigènes comme signes-groupes mais qui apparaissent dans les mots étrangers sans cette fonction sont assurément très gênants. L'emploi par trop fréquent de mots étrangers où apparaissent ces groupes enlève de la force à leur valeur déliraitative. Par conséquent les genres de style caractérisés par un emploi fréquent de mots étrangers sont aussi caractérisés par un affaiblissement de la fonction délimitative, les signes démarcatifs phonématiques étant privés de force en tant que tels. Dans une langue riche en signes démarcatifs phonématiques et spécialement orientée vers la délimitation des morphèmes, il se produit ujie grande divergence entre le type habituel de style et un type de style caractérisé par l'emploi de mots étrangers. C'est une des causes du purisme qui se manifeste dans certaines langues, purisme qui est un effort pour créer une langue savante sans mots étrangers. Ce purisme organique, ayant sa racine dans la structure phonologique de la langue, doit être distingué dans son principe du purisme accidentel, conditionné par l'histoire de la culture. Le purisme allemand est plutôt organique. L'allemand n'a pas à lutter pour son existence ou pour l'égalité de droit* avec d'autres langues. L'accueil fait au plus grand nombre possible de mots étrangers serait plutôt apte à donner à l'allemand le rôle d'une langue de relations internationales (comp. par ex. l'anglais). Et si malgré cela de forts courants puristes se font jour de temps en temps en allemand avec succès, la cause en réside (au moins en grande partie) dans la structure phonologique spécifique de l'allemand, dans le nombre relativement petit des types de morphèmes, dans leur structure phonématique caractéristique et dans le grand nombre de signes démarcatifs phonématiques par lesquels les morphèmes sont clairement délimités les ims par rapport aux autres.
La distinction des langues en langues délimitant surtout les mots et en langues délimitant surtout les morphèmes n'est pas la seule qui soit à considérer en ce qui concerne les types d'emploi de la fonction délimitative. Il est très important d'établir
quels genres de signes démarcaLifs sont préférés et comment se répartissent ces types de signes : si par ex. les signes démarcatifs aphonématiques ne sont pas employés pour caractériser les mots et les signes phonématiques pour caractériser les limites de morphèmes. Il importe également de noter où s'emploient les signes démarcatifs négatifs valables à une seule place et la position des signes positifs uniques : dans la plupart des langues le début d'un nouveau mot est signalisé par préférence, mais il y a aussi des langues qui signalisent principalement la fin du mot.
Ce qu'il y a de plus important pour caractériser une langue quant à sa faculté délimitative est bien la statistique des signes démarcatifs dans les textes suivis. Les signes démarcatifs se répartissent d'habitude très irrégulièrement : dans une phrase de six syllabes comme Die Hausjrau ivàscht mein Hemd « La ménagère lave ma chemise » les six limites de morphèmes sont toutes signalisées (di-haus-frau-vzs-i-mdsinhemt)'^, tandis que dans une phrase de dix syllabes comme Am Boden sassen drei Ideine Buhen « par terre étaient assis trois petits enfants » aucune limite de morphème ou de mot n'est signalisée phonologiquement. Dans des textes suivis plus longs ces irrégularités dans la répartition des signes démarcatifs se compensent, de sorte qu'on obtient pour chaque langue un chiffre moyen. Et ces chiffres moyens diffèrent d'une langue à l'autre. Il y a des langues qui non seulement ne possèdent que très peu de signes démarcatifs, mais encore ne les emploient que très rarement, de sorte que seul un pourcentage très faible de limites de mots (ou de morphèmes) sont signalisées dans un texte suivi. A ce type de langues appartient par ex. le français qui n'attribue que fort peu d'importance à la délimitation des mots (ou des morphèmes) dans la phrase. D'autres langues présentent au contraire une préférence exagérée pour les signes démarcatifs, employant en dehors de l'accentuation fixe (qui indique toutes les limites de mots) une foule d'autres signes démarcatifs, de sorte que le nombre des signes démarcatifs dans un texte suivi est souvent plus grand que le nombre des unités délimitées. Ainsi en tamoul ( au moins dans les textes annexés par J, R. Firth à son livre : «A Short Outline of Tamil Pronounciation ») environ 80 % de toutes les limites de mots
(1) Voir l'analyse de cet exemple dans Troubetzkoy, Proceedings of Vie Second International Congress of Phonetic Sciences, 49 et suiv.
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sont indiquées par des signes démarcatifs spéciaux, quoique le tamoul possède en outre un accent fixe sur la première syllabe du mot (ainsi qu'un accent secondaire sur la syllabe linale des mots les plus longs), ce par quoi la délimitation du mot serait assurée d'une façon suffisante. L'allemand appartient aussi au type des langues « aimant la délimitation » : dans les textes suivis environ 50 % de toutes les limites des morphèmes accentués et des morphèmes inaccentués sont indiquées par des signes démarcatifs spéciaux — il est vrai seulement dans les types de style qui ne présentent pas un emploi exagéré des mots étrangers.
La statistique est donc indispensable pour étudier la fonction phonique délimitative. Et dans ce cas la statistique des textes est presque exclusivement possible. Il va de soi qu'ici apparaissent les mêmes difficultés que dans la statistique des phonèmes ,et qu'elles doivent être surmontées de la même façon. Mais comme trop peu de recherches statistiques spéciales sur les diverses langues ont été entreprises jusqu'ici, on ne peut presque rien dire sur ce sujet.
vpim:m)1Ces
par Roman Jakobson
I. Méthode intéirrale. — 11. Changements ijhoniques extraphonologiques. — III. Mutation phonologique. — ■ IV. « Déphonologisation ». — IV. « Phonologisation ». — \'I. « Rephonologisation ». — VII. Mutations des groupes de phonèmes. — VIII. Modifications dans l'étendue des groupes de piionèmes.— IX. Structure du faisceau de mutations. — X. Permutation des fonctions. — • XI. Interprétation des mutations.
Il est compréhensible qu'au début l'attention des phonologues se soit concentrée principalement sur les concepts primaires de la nouvelle discipline : sur les phonèmes, leurs rapports réciproques et leurs «rroupements. Mais dès que ces fondements seront posés on aura à examiner soigneusement les phénomènes phonologiques sous l'aspect du facteur espace (c'est-à-dire la géographie phonologique) et sous l'aspect du facteur temps (c'est-à-dire la phonologie historique). Essayons d'ébaucher en une esquisse préliminaire l'ABC de la phonologie historiffuo^
(1) TCLP, IV (1931), pp. 247-267. .\ole du Iraducleur : M. B. Jakobson a bien voulu revoir ma traduction, et à cette occasion a remanié en bien des points sa rédaction primitive.
(2) La manière dont est née la phonologie historique ne sera pas examinée
316 K. JAKOBSON
Dans la phonétique historique traditionnelle, ce qui était caractéristique, c'était sa façon de traiter isolément les modifications phoniques, c'est-à-dire sans tenir compte du système qui éprouve ces modifications. Cette manière d'agir allait de soi dans le cadre de la vision du monde qui régnait à cette époque : pour l'empirisme rampant des néo-grammairiens un système, et en particulier un système linguistique, était une somme mécanique et nullement une unité formelle (Gestalteinheit), pour employer les termes de la psychologie moderne^.
La phonologie oppose à la méthode isolatrice des néogrammairiens une méthode intégrale; chaque fait phonologique est traité comme un tout partiel qui s'articule à d'autres ensembles partiels de divers degrés supérieurs. Aussi le premier principe de la phonologie historique sera : toute modification doit être traitée en fonction du système à l'intérieur duquel elle a lieu. Un changement phonique ne peut être conçu qu'en élucidant son rôle dans le système de la langue.
Un changement phonique a eu lieu. Quelque chose s'est-il modifié à l'intérieur du système phonologique ? Certaines différences phonologiques ont-elles été perdues et lesquelles ? De nouvelles différences phonologiques ont-elles été acquises et lesquelles? Ou enfin tout l'inventaire des différences phonologiques restant immodifié, la structure des différences particulières n'a-t-elle pas été transformée, autrement dit la place d'une différence déterminée n'a-t-elle pas été changée, soit dans ses rapports réciproques avec les autres différences, soit dans sa marque différenciative ? Chaque unité phonologique à l'intérieur du système donné doit être examinée dans ses rapports réciproques avec toutes les autres unités du système avant et après le changement phonique envisagé :
(Ex. 1) En blanc-russe V se change en c' et de même d' en 3'. Si nous décrivons le changement de V en c', nous devons exposer premièrement les rapports du phonème f avec les autres phonèmes du système auquel il a appartenu, donc avec t, d, d\ s, s\ c, etc., et, secondement, les rapports du phonème
(1) Comp. par ex. K. Koffka, Psychologie. Die Philosophie in ihren Einzelgebielen, Berlin 1925, p. 531 et suiv. : « La condition pour qu'on puisse concevoir l'identité, et d'une manière générale la relation, est que les deux termes ne soient pas donnés comme simplement juxtaposés, mais qu'ils entrent pour parties dans une forme. Alors qu'ils étaient auparavant comme isolés l'un par rapport à l'autre, ils sont maintenant liés entre eux et s'influencent réciproquement».
c' avec les autres phonèmes du système en question, donc avec les phonèmes immodifiés : t, d, s, s\ c, etc., et avec le phonème nouvellement créé 3'^.
Un changement phonique peut ne pas avoir un rôle phonologique. Il peut simplement augmenter le nombre et la diversité des variantes combinatoires du phonème :
(Ex. 2) Dans beaucoup de dialectes grand-russes s se change en e [e fermé) devant les consonnes mouillées.
(Ex. 3) Le phonème r se palatalise à la fin du mot dans certains parlers norvégiens.
Ou bien à l'inverse une des variantes combinatoires se généralise, deux variantes se fondant en une seule :
(Ex. 4) Dans bien des dialectes grand-russes méridionaux le phonème a inaccentué se présente comme a avant les voyelles accentuées étroites et comme une voyelle d'aperture moyenne a\ ant les voyelles accentuées ouvertes. Dans une partie de ces dialectes la variante a a été plus tard généralisée. Les formes phonétiques actuelles m'ild, p'itàk, etc., témoignent que la forme phonétique voidà a précédé la forme phonétique vadà : la ^•oyelle moyenne qui apparaissait après la consonne mouillée a fini par coïncider avec la variante du phonème i dans la même position. Une mutation phonologique a donc eu lieu ici : le phonème a inaccentué a été remplacé dans la position indiquée ci-dessus par le phonème i inaccentué ; par conséquent l'unification ultérieure des variantes du phonème a n'a pas pu s'étendre à ces cas.
(Ex. 5) Dans quelques dialectes slaves, l'occlusive labiale sonore (ou voisée) se présente devant une voyelle comme une labiodentale u, et dans toutes les autres positions comme une bilabiale w. Mais dans la majorité des parlers slaves l'une de ces deux variantes (le plus souvent v) se trouve générahsée.
Enfin la variante fondamentale d'un phonème peut se modifier phonétiquement, le système des phonèmes restant
(1) Pour interpréter phonologiquement un changement phonique il est nécessaire de connaître exactement le système phonologique de la langue donnée et son évolution. C'est pourquoi je tire surtout mes exemples de l'histoire des langues slaves, car leur phonologie historique m'est particulièrement familière.
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identique et le rapport entre le phonème donné et tous les autres étant immodifié : on doit donc considérer un tel changement comme également e.Ttrdpliunoluyiqiie :
(Ex. 6) Il y a des dialectes grand-russes qui ont un vocalisme accentué comprenant sept phonèmes. Certains de ces dialectes possèdent le système suivant des voyelles accentuées :
uo ie^
Dans les autres dialectes du même type apparaissent au lieu de uo, ie des voyelles fermées p, e, ce qui semble un phénomène secondaire : p, e prennent dans le système la même place que uo, ie. Par suite le remplacement d'une de ces paires de voyelles par l'autre ne change rien au système phonologique.
Dans le cas où un changement phonique se manifeste dans le système phonologique, il peut être regardé comme le véhicule d'une mutation phonologique ou d'un faisceau de mutations phonologiques. Nous employons le terme de « mutation » pour souligner que les changements phonologiques procèdent par bonds :
(Ex. 7) En grand-russe méridional le o inaccentué est confondu avec a. Peut-être a-t-il existé ici des degrés intermédiaires : o s'est transformé en un o très ouvert, ensuite en un a^ et finalement en un a en perdant progressivement son arrondissement. Mais du point de vue phonologique il n'existe ici que deux étapes : 1 . o (o^, a°) se distingue de a : ce sont deux phonèmes dilférents ; 2. le représentant de o ne se distingue plus de a : les deux phonèmes sont confondus en un seul. Il n'y a pas de troisième alternative.
La formule de la mutation phonologique est : A : B > Al : Bi
Il convient de distinguer deux catégories principales de mutations : ou bien l'un des deux rapports (A : B ou Ai : Bi) est phonologique, ou bien ils le sont tous les deux : aussi bien A : B que Ai : Bj sont des variétés différentes d'un rapport phonologique. La première catégorie se partage à son
(1) 110 provient d'un o à intonsition niontiuite, /e de la diphtongue protoslave
é(«jaf..). ""
I'Ium;ii'i:s di: piTONOTor.ii-: irrsroiuoi'E 319
tour en deux types : l(i suppression d'une, différend' plionolo- (li<ine peut être appelée une « déplinnolof/isation » (ou « dévalorisation phonoloijique ») et la formation (Tune différence ptionoloifique une ■ phonolofiisation » (ou « ludorisation phonolo- ,ji<jur .;'.
Déplionoloyisation : A et B s'opposent phonolog'iquement, tandis qu'entre Ai et Bj il n'existe aucune difîérence phonologique.
En analysant une déphonologisation on doit se poser les questions suivantes : quelle est la nature de l'opposition phonologique A : B ? Est-ce une disjonction^ ou une paire corrélative ? S'il s'agit d'une paire corrélative, sa perte représente-t-elle un des cas particuliers d'un procès plus général (c'est-à-dire la perte de la corrélation tout entière) ou bien la corrélation subsiste-t-elle ? Quelle est la nature du rapport extraphonologique Ai : Bi : est-ce un rapport de variantes et de quelle sorte : combinatoires ? stylistiques ? Ou s'agit-il d'une identité phonétique (deux réalisations pareilles d'un seul et même phonème) ? Si le rapport Ai : Bi est un rapport de variantes extraphonologiques, Ai est phonétiquement pareil à A et Bj phonétiquement pareil à B et seules les conditions de l'apparition de chacun d'eux sont changées. Mais si Ai est phonétiquement pareil à Bi, alors ou bien Ai = A et Bj = B, c'est-à-dire que A et B se sont confondus en un certain son C qui se distingue phonétiquement aussi bien de A que de B, — ou bien Ai = A, mais
(1) Je considère les termes de « phonologisation » et de « déphonologisation » comme mieux appropriés que les termes de « divergence » et de « convergence « que E. Polivanov a employés dans ses remarquables études sur la déphonologisation (« Iz teorii foneticeskich konvergencij », Sbornik Turkestanskogo Vostornogo Instituta v rest' prof. A. E. Schmidta, Taskent l'J2.S, p. 106-115, et « Kaktory I'oneti."eskoj evoruoii jazyka, kak trudovogo processa », Uèenyje zapiski Instituta jazyka i literatury, III, p. 20-42) puisque dans le langage scientifiipie ceux-ci sont d'habitude liés à une autre signification. C'est ainsi (pi'en biologie on entend par convergence l'acquisition de caractères similaires liar des organismes dilTérents, sans s'occuper de savoir s'il s'agit d'organismes apparentés ou non apparentés (comp. par ex. L. Berg, « Nomogenez », Pb. 1922, chap. IV) ; de même en linguistique on désigne par convergence des phénomènes similaires dans le développement indépendant de diverses langues (comp. Meillet, « Convergence des développements linjruistiques », Linguistique historique et linguistique générale, Paris, 1921, p. 61 et suiv.).
(2) Noie du Iradnclcnr. Sur la « disjonction » voir « Principes de phonologie » ci-dessus, p. 89.
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Bi = B, c'est-à-dire A>B. Le classement des types de déphonologisation doit donc tenir compte du rapport existant entre les phonèmes avant la mutation, du rapport existant entre les sons qui résultent de la mutation et du rapport existant entre chaque résultat et son prototype. Considérons quelques exemples de déphonologisation :
Une disjonction aboutit à un rapport de variantes combinatoires :
(Ex. 8) Dans une pjartie des dialectes grand-russes deux phonèmes disjoints : e inaccentué et a inaccentué, se changent en variantes combinatoires d'un même phonème : après les consonnes mouillées ce phonème est représenté par e, après les consonnes non-mouillées par a. Cette déphonologisation s'est accomplie de la façon suivante : a est passé à e après les consonnes mouillées {p'atàk^p'eiàk, p'aVi^p'ei'i), e est passé à a après les consonnes non-mouillées [zerC ix^zan' ix).
Une disjonction aboutit à un rapport de variantes stylistiques combinatoires :
(Ex. 9) Les phonèmes s et z sont confondus dans la plupart des dialectes japonais en un seul phonème ; à l'initiale et après une nasale ce phonème est réalisé par 3 ; entre voyelles dans un style négligé par z et dans une façon de parler soignée par 3^.
Une disjonction aboutit à une identité (A>B) :
(Ex. 10) Certains dialectes polonais ont confondu en une
seule série deux séries de consonnes : 1° s, z, c, s ; 2° s, r. c,.