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L'opposition phonologiaue distinctive

L'idée de différence suppose l'idée d'opposition. Deux choses ne peuvent être différenciées l'une de l'autre que dans la mesure où elles s'opposent l'une à l'autre, c'est-à-dire dans la mesure où il existe entre elles deux un rapport d'opposition. Par conséquent une fonction distinctive ne peut échoir à une particularité phonique que dans la mesure où elle s'oppose à une autre particularité phonique, c'est-à-dire seulement dans la mesure où elle est un terme d'une opposition phonique. Les oppositions phoniques qui dans la langue en question peuvent différencier les significations intellectuelles de deux mots, nous les nommerons des oppositions phonologiqiies^ (ou des oppositions phonotogiques distindives ou encore des oppositions distindives). Par contre les oppositions qui ne possèdent pas cette faculté seront dites non pertinentes au point de vue plionologique ou non distindives. En allemand l'opposition o-i est phonologique distinctive : par ex. so « ainsi » — sie « elle, ils, elles », Rose « rose » — Biese « géant », mais l'opposition entre le r lingual et le r uvulaire n'est pas distinctive, puisqu'il n'y a en allemand aucune paire de mots qui soient différenciés par cette opposition phonique.

(1) Dans le « Projet de terminologie phonologique standardisée » {TCLP IV) l'expression « phonologischer Gegensatz », « opposition phonologique », a été proposée. Elle peut être maintenue dans toutes les langues où le mot « phonologique » ne peut provoquer aucune confusion. Pour l'anglais par contre nous recommanderions l'expression « distinctive opposition », car aussi bien « phonological opposition» que « phonemical opposition» peuvent être mal compris.

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11 y a des sons permuîables et impermutables. Les sons permutables sont ceux qui peuvent, en une langue donnée, se trouver dans le même entourage phonique (comme par ex. en allemand o et / dans les exemples donnés ci-dessus) ; par contre les sons impermutables ne peuvent jamais, dans la langue en question, se présenter dans le même entourage phonique : tel est par ex. en allemand le cas du « son ich » et du « son ach », ce dernier n'apparaissant qu'après u, o, a, au. tandis que le premier apparaît dans toutes les autres positions, mais jamais après u, o, a, au. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les sons impermutables ne peuvent en principe former aucune opposition phonologique distinctive : comme ils ne se trouvent jamais dans le même entourage phonique, ils ne peuvent jamais apparaître comme unique élément différenciant deux mots. Les mots allemands dich «toi (ace.)» et doch «cependant» se distinguent l'un de l'autre non seulement par les deux sons ch, mais aussi par les voyelles : tandis que la différence entre i et o apparaît dans beaucoup d'autres paires de mots allemands comme opposition indépendante et comme unique facteur de différenciation (par ex. stillen « faire cesser » — Stollen « pied de meuble », riss " (il) tira violemment » — Ross « coursier », Miiie « moitié » — Motte <( mite », bin « (je) suis » — Bonn nom de ville, Hirt «pâtre» — Hort «trésor», etc.), l'opposition entre le son ich et le son ach n'apparaît jamais en allemand qu'accompagnée d'une opposition entre les voyelles précédentes ; elle ne se présente jamais comme unique procédé pour différencier deux mots. Il en va de même pour toutes les oppositions de sons impermutables (voir toutefois cidessous, pp. 35-36).

Quant aux sons permutables, ils peuvent former aussi bien des oppositions distinctives que des oppositions non distinctives. Cela dépend exclusivement de la fonction que ces sons remplissent dans la langue dont il s'agit. En allemand par ex. la hauteur musicale relative des voyelles dans un mot n'est pas pertinente^ pour sa signification (c'est-à-dire pour sa fonction représentative). Les différences de hauteur musicale des voyelles peuvent en allemand être tout au plus

(I) Note du traducteur : A la suite de A. >rartinet je traduis relevant par • pertinent» et irrelevanl par • non pertinent ^ Est pertinente toute opposition phonique qui est capable à elle seule de différencier des significations intellectuelles (A. Martinet, Description phonologique du parler franco-provençal d'Hauleville, Revue de Linguistique Romane, 1939, fasc. 57, p. 10).

exploitées pour la fonction d'appel, mais la signification intellectuelle d'un mot de deux syllabes reste tout à fait inchangée, que la voyelle de la seconde syllabe soit plus aiguë ou plus grave que celle de la première syllabe, ou encore que les deux syllabes soient prononcées sur la même hauteur musicale. Si nous considérons le u grave et le u aigu comme deux sons différents, nous pouvons dire que ces deux sons sont permutables en allemand, mais qu'en outre ils ne forment pas d'opposition distinctive. Au contraire les sons r et / sont également permutables en allemand, mais ils forment de plus une opposition distinctive : on comparera par ex. des paires de mots allemands comme Band « bord » — Land « pays », fiihren « conduire » — ■ fiïhlen « toucher ; sentir », scharren « gratter (le sol) » — schallen « résonner », wirst « (tu) deviens » — willsi « (tu) veux » dans lesquelles la différence de signification n'est causée que par l'opposition r-L A l'inverse r et / sont permutables en japonais, mais incapables de former une opposition distinctive : dans n'importe quel mot / peut être remplacé par r et vice-versa, sans que se produise par là aucun changement de signification ; par contre la hauteur relative des diverses syllabes est en japonais phonologiquement pertinente : le u grave et le u aigu sont ici permutables et forment une opposition distinctive, de sorte qu'un mot comme isuru peut avoir trois significations différentes selon la hauteur relative des deux u: il signifie «corde d'arc » si le premier u est plus aigu que le second, « grue » si le premier u est plus grave que le second, et « pêcher à la ligne » si les deux u ont la même hauteur. On peut donc distinguer deux sortes de sons permutables : ceux qui dans la langue en question forment des oppositions distinctives et ceux qui ne forment que des oppositions non distinctives.

Nous avons dit ci-dessus que les sons impermutables ne forment pas d'oppositions distinctives. Cette alPirmation appelle une restriction. Des sons impermutables qu'aucune particularité phonique commune ne rapproche en les distinguant du reste des sons du système considéré peuvent néanmoins former des oppositions secondairement distinctives. L'opposition entre le son ich et le son ach est indistinctive en allemand [larce que ces sons sont impermutables et que leur particularité commune de fricatives dorsales sourdes ne se retrouve dans aucun autre son du système phonique allemand. Mais l'opposition entre h et » (« ng y>) allemands qui sont aussi impermutables (car h n'apparaît que devant les voyelles, à l'exception de e et de / inaccentués, tandis que Ja au contraire n'apparaît que devant e et i inaccentués et devant consonne), est malgré cela distinctive, car le seul caractère que ces deux sons possèdent en commun à savoir le fait d'être des consonnes, ne leur est nullement particulier et ne les «distingue pas des autres consonnes allemandes. Pour différencier ces opposi-

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lions distinclives des oppositions normales existant entre des sons permutables, nous les nommerons : oppositions indirectement distinctives ou indirectement phonologiques. Tandis que les oppositions normales, directement phonologiques (comme o-i, r-l) peuvent être employées immédiatement pour difîérencier des mots, cela est, on le comprend, impossible avec les oppositions indirectement phonologiques. Les termes d'une opposition indirectement phonologique peuvent cependant entrer dans un rapport d'opposition directement phonologique avec n'importe quel autre son et notamment avec un son ayant avec eux une particularité commune. Ainsi par ex. /i et o (« ng •) allemands sont en rapport d'opposition directement distinctive avec beaucoup de consonnes allemandes : par ex. avec p [hacken « becqueter » — pàcken « empaqueter «, Binge • anneaux i — Bippe «côte •), avec / {heute « aujourd'hui j — Leute ' gens », fange « (je) prends » — falle « (je) tombe »), etc.

"2. Unité phonologique distinctive. Phonème. Variante

Par ( opposition phonologique 'directe ou indirecte) »,. nous entendons toute opposition phonique qui peut dans la langue en question difîérencier des significations intellectuelles. Nous appellerons « unité phonologique distinctive )> chaque terme d'une telle opposition^. Il résulte de cette définition que les unités phonologiques peuvent être d'étendue fort difïérente. Une paire de mots comme bahne « (je) perce, (j'^ouvre » — banne « (je) captive, (je) dompte » n'est distinguée que par la coupe syllabique (ou par la différence dans les quantités de la voyelle et de la consonne, différence qui est liée à cette coupe), tandis que dans une paire de mots comme iausend « mille », Tischler « menuisier » la différence phonique s'étend à tout le corps du mot à l'exception de l'initiale et que dans une paire de mots comme Mann « homme », Weib^ «femme» les deux mots sont phoniquement différents du début à la fin. Il s'en suit qu'il y a des unités phonologiques plus grandes et plus petites et qu'on peut classer les unités phonologiques d'une langue donnée d'après leur longueur relative.

Il y a des unités phonologiques qui peuvent être analysées comme étant une série d'unités phonologiques encore plus petites se succédant dans le temps. Les unités [me: ] et [by:] dans allemand Màhne « crinière » — Bùhne « scène de théâtre » sont dans ce cas : des oppositions Màhne « crinière »■ — gàhne « (je) bâille » et Màhne « crinière » — mahne «(j')avertis » se déduit l'analyse [me:] = [m] + [£:], et des oppositions Bûhne « scène de théâtre » — Sûhne « réconcilia-

(1) Voir le « Projet de terminologie phonologique standardisée » [TCLP l\\ p. 311). En anglais l'expression» distinctive unit » est à recommander.

tion » et Bûhne m. s. — Bohne « fève, haricot » on déduira [by:] — [b]4-[y:]. Par contre les unités phonologiques .m, 6, z:, y: ne peuvent plus être représentées comme des séries d'unités phonologiques encore plus petites se suivant les unes les autres. Au point de vue phonétique chaque b consiste en toute une suite de mouvements articulatoires : d'abord les lèvres se rapprochent l'une de l'autre de sorte que l'espace buccal soit complètement fermé vers l'avant ; en même temps les cordes vocales commencent à vibrer, tandis que l'air venant des poumons pénètre dans l'espace buccal et s'accumule derrière l'obstacle des lèvres ; finalement cet obstacle est forcé par la pression de l'air. Chacun de ces mouvements successifs correspond à un effet acoustique déterminé. Mais aucun de ces « atomes acoustiques » ne peut être considéré comme unité phonologique puisqu'ils se présentent toujours tous ensemble et jamais séparément : à r« implosion » labiale succède toujours r« explosion », qui de son côté est toujours introduite par l'implosion ; de même la sonorité à nuance labiale qui résonne entre l'implosion et l'explosion ne peut pas apparaître sans implosion labiale et explosion. Le « b » tout entier est donc une unité phonologique, non analysable dans le temps. On peut dire la même chose des autres unités phonologiques mentionnées ci-dessus : le // « long )) (û) ne peut pas être traité comme une suite de y «brefs ». Certes ce [y:], considéré du point de vue phonétique est un espace de temps rempli par l'articulation du y. INIais si l'on essaie de loger dans une partie de cet espace de temps une autre articulation vocalique, on n'obtient pas un autre mot allemand [Baûne, Bûane, Biûne^ Butine, etc., sont impossibles en allemand). Le u long est donc, au point de vue du système phonologique allemand, non analysable dans le temps.

Ces unités phonologiques qui, au point de vue de la langue en question, ne se laissent pas analyser en unités phonologiques encore plus petites et successives, nous les appellerons des phonèmes^. Le phonème est donc la plus petite unité

(1) En 1912, L. V. Sôerba dans «Russkije glasnyje» (St. Petersbourg, 1912, 14) a donné la définition suivante du phonème : « la représentation phonique générale la plus courte qui, dans la langue étudiée, possède la faculté de s'associer à des représentations de sens et de différencier des mots... s'appelle phonème ». Dans cette définition (encore entièrement sur le terrain de la psychologie associative), comme dans èôerba « Court exposé de la prononciation russe » (1911, 2), il semble que pour la première fois ait été soulignée d'une façon nette

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phonologique de la langue étudiée. La face signifiante de chaque mot existant dans la langue se laisse analyser en phonèmes et peut être représentée comme une suite déterminée de phonèmes.

Naturellement il ne faut pas trop simplifier les choses. On ne doit pas se représenter les phonèmes comme des moellons dont les différents mots seraient composés. Chaque mot est plutôt un tout phonique, une silhoiieite, et les auditeurs le reconnaissent comme une silhouette, à peu près comme on reconnait dans la rue un homme déjà connu à l'ensemble de sa silhouette. Mais la reconnaissance de la silhouette suppose qu'elle se distingue des autres et cela n'est possible que si les diverses silhouettes se distinguent entre elles par certaines marques. Les phonèmes sont donc les marques distiiidives des silhouettes des mots. Chaque mot doit contenir autant de phonèmes dans l'ordre voulu qu'il est nécessaire pour le distinguer de tout autre mot. Cette succession de phonèmes n'est tout entière propre qu'à ce seul mot, mais chaque terme isolé de cette succession apparaît comme marque distinctive également dans d'autres mots. En effet le nombre de phonèmes employés comme marques distinctives est dans chaque langue beaucoup plus petit que le nombre des mots, de sorte que chaque mot particulier n'offre jamais qu'une combinaison déterminée de phonèmes existant également dans d'autres mots. Cela ne contredit nullement au caractère de silhouette qu'a le mot. En tant que silhouette chaque m.ot contient toujours quelque chose de plus que la somme de ses termes ou de ses phonèmes, à savoir le principe d'unité qui joint ensemble cette suite de phonèmes et confère au mot son individualité. Mais à la difïérence des divers phonèmes ce

la fonction que remplit le phonème en différenciant des significations. En 192S N. F. Jakovlev dans un article intitulé « Matematiceskaja formula postrojenija alfavita » (dans la revue KaVlura i pis'mennosV Vosloka I. 46) a donné une définition du phonème déjà tout à fait débarrassée d'éléments psyrhologiques : « par phonème nous entendons toute particularité phonique qui se laisse extraire de la chaîne parlée comme étant l'élément le pins court servant à différencier des unités de signification ». La définition que nous avons présentée ci-dessus a été formulée pour la première fois en 1929 par R. Jakobson dans ses << Remarques sur l'évolution phonologique du russe» (TCLP II, 5) : tTous termes d'opposition phonologique non susceptibles d'être dissociés en sous-oppositions phonologiques plus menues sont appelés phonèmes ». Dans une rédaction quelque peu modifiée : •' ... non susceptible d'être dissociée en unités phonologiques plus petites et plus simples», cette définition a été également insérée dans le «Projet de terminologie phonologique standardisée -> {TCLP IV, 311).

principe d'unité ne peut être localisé dans le corps du mot, et par conséquent on peut dire que le corps du mot peut être analysé en phonèmes sans laisser de résidu, qu'il consiste en phonèmes, de même qu'on peut dire à peu près de la même manière qu'une mélodie composée sur la gamme majeure consiste dans les notes de cette gamme (bien que cette mélodie outre les notes, contienne sûrement encore quelque chose qui lui donne une silhouette musicale particulière et déterminée)^.

La même image phonique peut être en même temps un terme d'une opposition phonologique distinctive et d'une opposition indistinctive. Ainsi par ex. l'opposition entre le son ach et le son ich est indistinctive, mais l'opposition des deux sons ch et du son k est distinctive [siechen « piquer » — slecken « être attaché à », roch « (il) a senti » — Rock « habit »). Gela n'est possible que parce que chaque image phonique comporte plusieurs particularités acoustico-articulatoires et qu'elle se distingue de toute autre image phonique, non pas par toutes, mais seulement par quelques-unes de ces particularités. Ainsi les sons k se distinguent des sons ch par le fait que dans les premiers il se produit une fermeture complète, dans les seconds un simple rétrécissement entre le dos de la langue et le palais ; par contre la différence entre le son ich et le son ach consiste en ce que le rétrécissement a lieu dans le premier cas au niveau du palais moyen et dans le second cas au niveau du palais mou. Que l'opposition ch-k soit distinctive, et qu'au contraire l'opposition du son ich et du son ach ne le soit pas, cela prouve que le fait du rétrécissement entre le dos de la langue et le palais est phonologiquement pertinent pour ch, et que par contre la localisation de ce rétrécissement sur l'arrière-palais ou le palais moyen est non perlinenle au point de vue phonologique. Les images phoniques prennent part aux oppositions phonologiques distinctives seulement par leurs particularités phonologiquement pertinentes, et comme chaque phonème doit être un terme d'opposition phonologique, il s'en suit que le phonème coïncide, non pas avec une image phonique concrète, mais seulement avec les particularités phonologiquement perti-

(1) Voir à vc "«ujet. Karl Rûhler «Psychologie der Phonème « [Proceedinfjs of the Second Inlernational Congress of Phonelic Sciences, 162 ss.) et N. S. Troubetzkoy « tJber eine neue Kritik des Phonembegriffes » (Archiv fur venjleichende Phonelik I, 12î> ss., en particulier 117 ss.).

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nentes de cette image. On peut dire que le phonème est la somme des parliculariiés phonologiquemenl perUnenies que comporte une image phonique^.

Chacun des sons concrets produits et perçus dans l'acte de parole comporte, outre des particularités phonologiqueraent pertinentes, beaucoup d'autres particularités non pertinentes au point de vue phonologique. Par conséquent aucun de ces sons ne peut être considéré simplement comme un phonème. Mais dans la mesure où l'un de ces sons contient les particularités phonologiquement pertinentes d'un phonème déterminé, il peut être considéré comme une réalisation de ce phonème. Les phonèmes sont réalisés par les sons du langage (ou d'une façon plus précise par les sons de la parole ou du discours) dont chaque acte de parole est constitué. Ces sons du langage ne sont jamais les phonèmes eux-mêmes, puisqu'un phonème ne peut contenir aucun trait qui ne soit pas phonologiquement pertinent, ce qui est impossible pour un son du langage effectivement produit. Les sons concrets qui figurent dans le langage sont plutôt de simples symboles matériels des phonèmes.

Le courant sonore continu d'un acte de parole réalise ou symbolise une suite déterminée de phonèmes. A des points déterminés de ce courant sonore on reconnaît les particularités phoniques phonologiquement pertinentes qui caractérisent les différents phonèmes dont la suite correspond à cet acte de parole. Chacun de ces points peut être considéré comme la réalisation d'un phonème déterminé. Outre les particularités phoniques phonologiquement pertinentes, il apparaît également au même point du courant sonore beaucoup d'autres particularités phoniques, non pertinentes au point de vue phonologique. L'ensemble de toutes les particularités, aussi bien pertinentes que non pertinentes au point de vue phonologique, qui apparaissent au point précis du courant sonore où un phonème se réalise sera désigné sous le nom de son du langage (ou son de la parole, son du discours). Chaque son du langage contient d'une part des caractères phonologiquement pertinents qui en font une réalisation d'un phonème déterminé, et d'autre part une grande masse de caractères non pertinents au point de vue phonologique dont le choix et l'apparition sont conditionnés par toute une série de causes.

(1) Voir une définition semblable de R. Jakobson dans l'Encyclopédie tchèque Otlùv Slovnik IS^aucny, Dodatky II, I, 608 (s. v. « fonéma »).

Il s'en suit qu'un phonème peut être réalisé par beaucoup de sons du langage différents les uns des autres. Pour le g allemand par ex. les caractéristiques suivantes sont phonologiquement pertinentes : occlusion complète entre le dos de la langue et le palais avec relèvement du voile du palais, détente des muscles de la langue et rupture non souillée de l'occlusion. Mais le lieu où l'occlusion doit se former entre la langue et le palais, l'attitude des lèvres et des cordes vocales pendant l'occlusion, tout cela est non pertinent au point de vue phonologique. Par conséquent, il y a en allemand toute une série de sons du langage qui sont à considérer comme des réalisations de l'unique phonème gr; il y a des g sonores, demi-sonores et tout à fait sourds (même dans les parties du domaine linguistique allemand oîi les moyennes sont en général sonores), des g vélaires arrondis (par ex. dans gui « bon », Glul « ardeur, chaleur »), des g palataux à arrondissement étroit (par ex. dans Giile «biens», GliXck «bonheur»), des g vélaires non arrondis (par ex. dans ganz « tout entier », Wage «balance», iragen «porter»), des g fortement palatalisés et non arrondis (par ex. dans Gift « poison », Gier «avidité, gloutonnerie»), des g moyennement palatalisés (par ex. dans gelb « jaune », liège « (je) me trouve ». Tous ces sons différents du langage qui réalisent le même phonème, nous les appellerons des variantes (ou des variantes phonétiques) du phonème en question.

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