CHAP. III. NUTRITION DES PRANTES
suffit de plonger dans l’eau l'extrémité des racines pour maintenir intacte l'absorption; tandis que le corps même de la racine ne produit sous ce rapport que des résultats, ou nuls , ou insuffisans. Senebier a cité des faits de ce genre qui ne laissent aucune prise au doute et à l'incertitude.
Les plantes absorbent donc l'humidité du sol par l'extrémité de leurs racines, mais elles n’absorbent pas ordinairement cette eau seule et débarrassée des substances qu’elle dissout ou tientsuspendues. Elles la preunent säturée de sels divers, de gaz ou de certaines substances colorées. Seulement il est vrai de dire qu’elles absorbent d'autant plus des liquides qui leur sont accessibles, que ces liquides sont plus purs et moins saturés de substances étrangères. Plus l’eau est chargée, ou de débris de végétaux, ou de gaz acide carbonique, de substances salines ou de molécules colorantes, moins est grande la quantité que les racines en absorbent. On peut voir les expériences de Duhamel et de plusieurs autres à cet égard. Toutefois c'est à ces substances dissoutes dans l'eau, que les plantes doivent la plupart de leurs alimens et des diverses matières dont elles se composent. M. Th. de Saussure à prouvé qu’elles ne forment de loutes pièces aucun des principes qu'on retrouve dans leur analyse. Le sol où elles croissent, et l’air qui les environne, fournissent tous les élémens de leur composition.
C'est pour cela que la végétation et les propriétés des plantes varient suivant chaque pays, d’après la naturé du sol: pour cela que la nature des végétaux doit être assortie à la composition des terres : pour cela que les planies saturées de soude ne croissent que sur
les côtes marines, et près des murs ou dans des terrains mêlés de décombres, les plantes chargées de nitre. D’autres conséquences relatives à la culture découlent des mêmes faits ; par exemple, puisque les racines n'absorbent d'alimens que par leur extrémité , on conçoit qu'à mesure qu’elles poussent, elles rencontrent de nouvelle terre contenant les principes dont le végétal a besoin ; elles abandonnent ainsi successivement la partie du sol qu’elles ont épuisée de ceux de ses principes que la nutrition des plantes rend nécessaires, On conçoit par là comment les plantes de même nature se nuisent par leur trop prochain voisinage, tandis que des plantes différentes, ayant des racines contrairement dirigées, peuvent croître l’une près de l’autre sans se nuire mutuellement. Si donc on faisait succéder dans le même sol des plantes de la même espèce, on voit qu'il serait déraisonnable d'espérer des récoltes abondantes, si le sol n'avait préalablement été remué, et renouvelé par des engrais: si l’on veut ensemencer sans relâche les mênies terres sans faire alterner les cultures, il faut les engraissee excessivement ; mais si l’on veut épargner les engrais, il faut faire alterner les espèces des plantes cultivées aux mêmes lieux.
On voit bien où les végétaux puisent les matériaux de leur nutrition, mais on ne sait rien sur les altérations qu'éprouvent ces principes : la chimie, nonobstant les incroyables progrès qu'elle a faits dans ces derniers temps, la chimie est encore inhabile à expliquer de pareils mystères. Quelle foi peut-on accorder à l’explication d’un ordre de phénomènes dont on ne connait que Îes termes extrèmes ) on sait de