CHAP. III. NUTRITION DES PLANTES
quels alimens les plantes se nourrissent, on sait les principes chimiques dont elles-mêmes se composent, on connaît aussi leurs produits ; mais que sait-on des préparatifs , des changemens intermédiaires, et comment bâtir là dessus des systèmes? Toutefois ces difiicultés n'ont point arrêté Senebier et surtout Th. de Saussure, et voici l'explication qu'ils donnent de la nutrition des plantes : « Les substances absorbées de-
rh
viennent les parties intégrantes des végétaux; elles se combinent avec eux en nature , ou leur fournissent leurs élémens pour cette combinaison qui forme la nourriture propre à les développer. L'eau introduit dans les plantes l’acide carbonique qu’elle a dissous; celte eau acidulée dissout à son tour la terre calcaire et quelques atomes de silice, surtout si cette dernière est combinée à quelques parties de potasse. La lumière décompose dans ia plante l'acide carbonique, et en précipite le carbone dans son parenchyme ; la terre calcaire et la siliceuse se précipitent de même par l'évaporation de l’eau et par Ja décomposition de l’eau et de l'acide carbonique. Ces deux élémens, en s'unissant avec l'oxy-
gène , avec l'hydrogène et le carbone , fournissent
l'élément des gommes, celui des résines , des huiles, des acides, qui rempliront les mailles du réseau primordial constituant les parties du germe; l'union des huiles , des acides, etc., forment à leur tour des sucs propres, en se combinant diversement. » (1) Mais nous n’avons encore parlé que des alimens
vérilables que les végétaux puisent dans le sol au
(1) Voyez Sencbhier. | é
moyen de leurs racines; il est incontestable pourtant qu'une partie importante de leur nourriture leur est fournie par l'air qui les entoure et qu'ils absorbent. Toutefois nous devons prévenir que ce sont exclusivement certaines parties des plantes qui absorbent une certaine partie de l’air : les seules parties vertes des végétaux absorbent le gaz acide carbonique, sans cesse introduit dans l'atmosphère et par la combustion et par la respiration des animaux. Les plantes gardent pour elles et s'assimilent le carbone de ce gaz acide carbonique , tandis qu’elles rejettent la plus grande partie de l'oxygène qui s'y trouvait combiné : et il résulte de là que le tissu solide des végétaux est en partie formé. par une substance primitivement à l'état gazeux.
On s’est assuré de cette absorption du gaz carbonique par les végétaux, et de cette fixation du carbone dans leur tissu 3 on s’en est assuré par des expériences irrécusables. On a mis des plantes dans un air mêlé de gaz acide carbonique , on a ensuite analysé cet air; et l’on a trouvé qu'il avait perdu du gaz acide carbonique : qu'au contraire, il avait acquis de l'oxygène, et que le tissu du végétal avait augmenté à-peu-près dans la proportion du carbone disparu par absorption. Il suffit même de placer des plantes dans une eau courante , pour s'assurer qu'elles décomposent une partie. de l'air : on les voit dans ce cas dégager des bulles d'air, alors même qu'on les aurait préalablement soumises à l’action de la pompe pneumatique. Cet air que les plantes dégagent sous les eaux, est le produit de la décomposition qu’elles ont fait subir à la portion de gaz acide carbonique dissous dans le liquide qui les submerge ; et la preuve que la chose arrive ainsi,
c’est qu'il ne s'effectue aucun dégagement analogue dans les plantes qu'on a plongées dans de l’eau privée d'air, soit par la distillation , soit par l’ébullition. L’air dégagé est de l'oxygène pur, dont les plantes ont séparé le carbone pour se l’approprier.
L'action de la lumière est nécessaire à cette décomposition de l'air par les plantes; elles absorbent de l’oxygène au lieu de carbone dans l'obscurité. Et comme leur couleur verte est due principalement à la fixation de ce carbone, les plantes très-ombragées restent pâles et étiolées. Néanmoins la chose n'est pas sans exception : on voit des végétaux très-verts , loin du jour, dans des mines profondes; la plupart des embryons des différentes graines sont d'une belle couleur verte, quoique recouverts par d’épais tégumens qui les rendent inaccessibles à la lumière du jour. Tout cela prouve donc que le carbone peut se fixer dans les plantes sans le concours pourtant utile de la lumière.
Nous reviendrons avec plus de détails sur ces différens faits, en traitant de la Respiration des végétaux.