CHAPITRE IV
Des Alimens et de la Nutrition des Animaux inférieurs.
Nous allons essayer d'exposer dans ce chapitre ce qu’on sait de plus certain touchant la nutrition des Animaux Invertébrés. Nous parlerons des alimens dont ils font usage, des organes qui reçoivent et qui pré-
parent la nourriture , et aussi, autant que cela est pos+ sible, des téalioté qu'éprouvent les alimens avant de devenir assinilables aux organes qu’ils nourrissent.
Poryres. Tout ce qu'on sait sur la nutrition des Polypes est dû au célèbre Trembley. Après avoir découvert ces animaux en 1740, il étudia, les années. suivantes, les fonctions de ces êtres singuliers, qu'il prenait d’abord pour des plantes, et que Réaumur lui avait aidé à distinguer d'elles, en leur donnant, le premier, le noi de Polypes. Ce fut en 1744 que Trembley publia, dans un second Mémoire , ses découvertes sur la nutrition de ces animaux; et les faits contenus dans ce travail font admirer la patience et l'exactitude scrupuleuse de ce grand observaleur, qui a trouvé limmortalité en traçant l’histoire de l'être apparemment le plus imparfait de la nature. J’analyse les faits qu'il raconte.
Trembley avait fait ses premières découvertes sur les Polvpes verts ; mais il lui fut impossible de découvrir comment ils se nourrissaient. Toutefois, après qu'il se fut persuadé (à cause de leurs mouyemens) que c'étaient des animaux, il soupçonna que l'ouverture qui se fait remarquer à leur partie antérieure leur tenait lieu de bouche : mais, comme il ne rencontra depuis aucun autre polype de celte espèce, il ne put vérifier ses soupçons à leur sujet. Cependant il découvrit, tout en cherchant vainement les premiers, d’autres polypes rouges et plus grands; il expérimenta sur eux, il les trouva doués des mêmes propriétés que lui avaient montrées les premiers,-et de plus il vit comment ils se nourrissaient. Des Mille-pieds se trouvaut dans l'eau -où nageaieut ces polypes, Trembley
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 464 s'aperçut bientôtque cesanimaux saisissaient les millepieds, qu'ils les enlaçaient de leurs longs tentacules, et que finalement ils les introduisaient dans leur corps. 1! doutait d’abord de ce qu'il voyait; mais en y regardant de plus près, il vit le mille-pieds dans l’intérieur du polype; il ly vit remuer, ly vit mourir, et il l'y aperçut ensuite déjà en partie digéré, Plus de doute alors que les polypes ne fussent des animaux voraces, eux à qui l’on refusait auparavant jusqu'à la qualité d'animaux. Trembiey vit par-là que les tentacules des polypes leur servaient de bras pour saisir leur proie , aussi bien que de pieds pour mouvoir leur corps entier; il se convainquit aussi que l'ouverture centrale leur servait de bouche, et qu'ils avaient à l'intérieur du corps une cavité leur tenant lieu d’intestin.
Une chose singulière, c’est qu'en quelque endroit que le mille-pieds touche aux bras d’un polype, il en est précisément saisi, et que quelque mouvement qu'il fasse ensuite pour se débarrasser, le tentacule a beau être très-faible, très-ténu , il ne saurait jamais ni le rompre nile faire céder. Souvent l’insecte entraîne le tentacule en divers sens, de même qu'un ‘poisson entraîne Ja ligne où il tient attaché , mais sans pouvoir le rompre. C’est qu'il y a là plus qu’une force physique : il y a contraction d’un petit membre vivant. Dès que le polype a englouti sa proie, son corps se gonfle et se raccourcit ; en même temps il devient immobile, et semble dans unesorte d’engourdissement et de stupeur. Tous ces effets ont la durée de la digestion : ils cessent avec elle. |
Les Mille -pieds ne composent pas uniquement la
nourriture des polypes; ces derniers dévorent aussi d’autres insectes , et surtout des Pucerons. Pour prendre ces animaux dont il se nourrit, le polype étend ses bras et les dispose en filet, en réseau , àpeu-près comme l’araignée dispose les fils de sa toile 3 et les insectes tombent aisément dans ces embûches: Ainsi que l’observe Trembley , le polype ne peut se nourrir de ces animaux qu’à raison de l’excessive extensibilité de son corps et des espèces de lèvres qui circonscrivent sa bouche; car ces insectes ; ces pucerons, ces mille-pieds, sont aussi gros ou même plus gros que sa propre tête, et ce n'est qu’en se dilatant beaucoup que cette bouche peut leur livrer passage. Un polype peut renfermer dans sa cavité, à la file les uns des autres, jusqu'à une douzaine de pucerons , et alors il est rempli partout, et son corps présente autant de renfiemens qu'il contient d'insectes. Après cela, on le voit diminuer et s’amincir à mesure que la digestion s'effectue, et à commencer par la tête.
Lorsque les pucerons viennent à manquer, les polypes peuvent se nourrir de différens Vers, et ils les avalent repliés sur eux-mêmes, puisque ces vers sont presque toujours plus longs que les polypes. Mais la chose la plus surprenante est de voir ces petits animaux informes, qui ont à peine trois lignes de longueur et moins d'une demi-ligne d'épaisseur, avaler jusqu’à des Gardons et autres petits poissons, longs d’au moins quatre lignes. Toutefois ils trouvent moyen de les saisir, de les retenir, de s’en emparer à l’aide de leurs bras ou tentacules, fortement contractés à cet eflet : ils parviennent même presque toujours, à les introduire dans leur cavité centrale ; et cela tient
leur peau tellement ‘distendue , qu'elle devient alors assez transparente pour laisser voir le poisson à travers son tissu, presqu’aussi distinctement que s’il était à nu. Îl est certain cependant que ce poisson perd la vie au bout d'environ un quart-d’heure , qu’ensuite il est ramolli et en partie sucé et digéré ; et lorsque le polype vient à le rendre, quelque temps après, par la même ouverture qui a servi à l'introduire , ce poisson est alors tellement défiguré qu’on a peine à le reconnaitre.
Nous voyons jusqu'où va la voracilé des polypes : on s'estassuré qu'ils peuvent prendre un volume d’alimens trois ou quatre fois plus considérable que leur propre corps. Il faut ajouter qu'il est peu de substances animales qui ne leur puissent servir d’alimens; Trembley les a plusieurs fois nourris avec des débris d'animaux, et même avec de la viande de boucherie finement hachée. Ils digèrent également toutes ces substances; mais les végétaux leur sont impropres : ils les rejettent sans les avoir altérés, et mème les infusions les font périr.
Ces animaux singuliers semblent avoir quelques sens pour distinguer ce qui peut les nourrir, et une volonté pour s’en emparer : il est sûr au moins qu'ils laissent indifféremment s'échapper les vers ou insectes qui viennent s’embarrasser dans leurs tentacules, alors qu'ils n’ont plus besoin de nourriture. Au contraire, lorsqu'ils ont faim, ils saisissent avec un empressement extrème les petits animaux qui leur sont accessibles ; souvent même on voit deux polypes saisir à-la-fois, par ses deux extrémités, le même Ver, le .même Mille-pieds, l’avaler chacun de leur côté; et,
si l’un d'eux ne lâche prise, celui de ces añimaux qui a le plus de force ou de grosseur , parvient souvent à engloulir dans son petit corps et le Ver qu'il convoite, et l'autre Polÿype qui lui disputait sa proie, À cette occasion il faut remarquer une particularité nouvelle : ces mêmes polypes qui tuent si rapidement et qui digèrent les animaux vivans qu'ils ont une fois avalés, n’ont aucune action sur les animaux de leur ‘ sortes ils les rendent intactset vivans comme ils étaient en entrant dans leur corps. Mème il leur arrive souveñt , tant feur voracité est extrême , d’avaler leurs propres bras avec la proie qu'ils doivent à leur action, et ces bras sortent de leur corps comme ils y étaient entrés. Trembley s’est ässuré par tous les moyens possibles ; que les polypes ne se peuvent servir d’alimens à eux-mêmes, et qu'à l'instar de plusieurs autres animaux, quelque affamés qu'ils soient , ils ne se mangent jamais'les uns les autres.
Trembley à aussi observé que le froid qui engour= dit les polypes, leur ôte l'appétit et le mouvement précisément dans une saison où disparaissent les ani maux dont ils font leur nourriture habituelle. Leur appélit et leurs mouvemens rënaissent avec le retour de la chaleur et des insectes dont Hs vivent ; et of les voit alternativement croître et décroître selon qu'ils reçoivent beaucoup ou peu de nourriture.
Les polypes digèrent plus rapidement en été qu'en touteautre saison : lear digestion alors est ordinaire ment achevée en douze heures; leur corps est vide, et leurs excrémens sont déjà rejetés au bout de ce temps. Encore que ces animaux mangent beaucoup moins dans les saisons froides, il leur faut toutefois plus de
CAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 465 temps pour digérer. Mais, mème dans les saisons chaudes, ils peuvent rester trois où quaire mois privés d’alimens sans mourir : Trembley l’a expérimenté. Le mème investigateur s’est aussi assuré que les excrémens des polypes ne sont jamais rejetés que par la bouche , autrement, par l'ouverture antérieure , quoiqu'il y ait une sorte d'ouverture termiaale au bout opposé. Cette dernière sembleraitn'avoir pour unique usage que de servir à mouvoir el à cramponneér les polypes en faisant l'office de ventouse.
Muis quelles altérations subissent les substaness servant de nourriture aux Polypes? Comment s'en opère la digestion? S'il faut encore en croire Trembley, et personne à notre avis n’est plus digne d’une entière confiance; selon Trembley, donc, les Vers sont ramollis et comme déchirés à leur sortie du corps des polypes : mais les insectes ne sont qu’un peu macérés et changés de couleur ; les Pucerons, de rouges qu'ils étaient lors de leur introduction, sont pâles et incolores à leur sortie.! Or, comme la couleur rouge qu'ils avaient, dépendait des matières renfermées dans l'intestin de ces insectes ; il
est permis de penser que les polypes ont absorbé ces matières, destinées à nourrir les pucerons, et déjà digérées par eux , pour s’en nourrir eux#mêmes.
La partie fluide que les polypes ont séparée de leurs alimens, circule à plusieurs reprises dans toute l'étendue de la cavité du polype , tantôt de bas en haut, tantôt en sens contraire ; et même elle passe durant ces flux et reflux, de la principale cavité du corps dans chaque petite cavité dont les tentacules sont creusés selon leur axe. Car il faut observer que
chaque bras où tentacule des polypes est l'image exacté du corps lui-même. Trembley est parvenu à découvrir les ‘petits trous qui font communiquer chaque cavité des bras avec la cavité principale: Les polypes ont donc ; pour ainsi dire, autant d’estomacs accessoires que de tentacules.
La couleur des polypes doit beaucoup à la quantité et à l'espèce de nourriture dont ces êtres font üsage : plus'ils mangent, plus leur couleur devient foncée ; le jeûne les décolore peu-à-peu. Nous disons aussi, et Trembley s'est assuré du fait, que les polypes prennent la couleur des alimens dont ils se nourrissent. Les pucerons, dont ils sucent le suc rouge intestinal , les font devenir rouges; les Limaces et surtout les tétards de Grenouilles les rendent noires ; ils deviennent cramoisis lorsqu'on les nourrit d’Araignées rouges ; et verts, lorsqu'on leur donne des Pucerons verts, ete. Mais cette couleur n’est pas durable, encore qu'elle imprègne le tissu même des polypes : au bout: de vingt'à trente jours d’un jeûne absolu ;tils deviennent incolores, On aurait tort d'inférer de là qu'ils ont besoin de ce temps pour se recomposer; car ne mangéant rien, comment se recomposeraient- 115? | |
La voie que suit 4 nourriture pour pénétrer la substance des polypesest fort peu connue. On n'a putrouver. de vaisseaux dans ces êtres ; on sait seulement que Jes grains nombreux dont leur peau est comme criblée, sont les premiers à’se colorer; mais on-ne sait ni par quel intermédiaire ils reçoivent cette couleur, ni par quels canaux ils la transmettent aux autres parties.
Jl est remarquable que les polypes se nourrissant
à-peu-près indistinctement de toute substance animale, sont eux-mêmes impropres à servir d’alimens à aucun autre animal.
Vers. La bouche des Vers est petite, circülaire ét terminale. Leur canal alimentäire est simple et sans péritoine appréciable : il est de. plus toutà-fait adhérent au reste du corps, de sorte qu'il semble une cavité creusée dans le parenchyme même de l'animal. 1l règne souvent selon toute la longueur du corps, quelquefois aussi il est incomplet, fort restreints il est même des vers, appelés à cause de cela parenchymateux , où l’on ne découvre äbsolument aucun organe digestif, nulle trace d’intestin. C’est ainsi que le caractère regardé comme lé plus sûrement indicatif de l'Animal, n'existe même pas universellement et avec certitude dans tous lés animaux. Les vers n’ont ni dents, ni foie, ni pancréas , du moins n’en a-t-on encore pu découvrir. Il y a, dans quelques vers, un ou plusieurs cœcums: L’anus est terminal et parallèle à l’axe du corps, c'est-à-dire médian. |
Beaucoup de vers semblent puiser leur nourrituré uniquement dans da terre : ils y trouvent sans doute des débris de corps organisés, et ils les séparent des substances minérales et inorganiques qui les envelop: pent. Les Vers aquatiques pompent le fluide dans le2 quelilsvivent, étils y trouvent app1remment quelques molécules alimentaires , par exemple des débris de mollusques, d'insectes, de végétaux, etc. Quant aux Vers parasites, ils $e nourrissent aux dépens des corps leur servant d'asile, ou au moyen des substancesintroduites dans ces êtres pour leur propre alimentation,
Les Ténias, par exemple , ne présentent aucun organe propre à exercer une digestion, sul réservoir pour contenir des alimens; ils trouvent leur nourriture toute préparée dans le corps des animaux où ils habitent. Ils ont tout simplement, sur leurs parties latérales , des pores ou suçoirs, et c'est par-là qu'ils absorbent leurs alimens. C'est comme les végétaux parasites, qui n’ont pas de racine , une fois qu'ils sont cramponnés à leurs supports. La Cuscute n’a une sorte de petite racine qu'à l'époque de sa naissance ; mais bientôt cette racine imparfaite, devenueïnutile, disparaît entièrement : il en est de la plupart des vers intestinaux comme des Ténias. Il est d’autres Vers parasiles, comme les Ligules, qui même n'ont pas de pores ou suçoirs, et qui absorbent par la surface de leur corps à la manière des Graines en germination,
Il est remarquable que presque chaque espèce d'animal a son espèce de Vers parasites ; et même il y a quasi une espèce particulière pour le parenchyme de chaque-organe principal. Le ver du foie n'est pas celui du rein ou du poumon, de même que celui des Oiéeaux ne ressemble pas à celui du Chien ou du Porc. Ce sont ces vers développés dans la substance des organes, dont.on ne connaît, ni précisément l'origine et le mode de propagation, ni les moyens de nourriture et les instrumens digestifs ; car ce sont ceux-là en qui l'on ne peut découvrir de conduits alimentaires.
En général, les Vers intestinaux s’accommodent bien de la nourriture dont l'animal où ils vivent fait habituellement usage. Cependant les substances sucrées, le lait, les fruits, les crudités de toute sorte leur conviennent mieux que des”alimens plus subs-
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 40% tantiels ; le jeûne des animaux les fait eux-mêmes pâtir, et seft ainsi, par les souffrances qu'ils causent alors, à signaler leur existence. Je me souviens d'un malade qu'on traitait pour une inflammation de l’estomac : on le saigna par les sangsues, on le fit jeùner avec rigueur, et loin de diminuer, ses souffrances augmentaient, Bientôt le caractère des coliques, Pétat irrégulier de la pupille , de brusques. contractions musculaires, le calme du cœur et le défaut de fièvre, désignèrent la présence des vers : on fit manger le malade , les douleurs et les autres symptômes diminuèrent : on lui donna des. vermifuges , et les vers furent expulsés, et tout rentra dans l’ordre.
Nous avons dit ce qui convientaux Vers: il faut dire aussi ce qui les contrarie ou leur fait mal. Or, parmi ces dernières substances, aucune n’a plus d'action que les amers, les racines de fougère et surtout de grena-" dier, l'écorce de kina ou de chêne, les lichens, le petit chêne, la mousse de Corse, etc. Les substances désagréablement aromatiques, la tanaisie, le sewmen-contra ; l'huile siinple aussi, mais surtout l'huile animale de Dippel, l'huile de térébenthine, etc. ; toutes ces substances tuent presqu'immanquablement les vers intestinaux , ou du moins rendent leur expulsion plus facile , par l'espèce d’étourdissement et de faiblesse qu'elles leur occasionent. Il y a aussi des moyens mécaniques pour expulser les vers : je veux parler des purgatifs très-forts, lesquels font lâcher prise’ aux vers el les font sortir du tube alimentaire, parles fortes. secousses qu'ils impriment aux parois du canal digestif, Quant aux vers de l’intérieur des organes solides, il n’est aucun moyen de les attaquer ou de les faire
mourir, On sait seulement que leur multiplication est d'autant plus grande, que la santé des ‘animaux est elle-même plus faible et plus altérée : tout ce qui favorise les forces et le bon état de la vie leur est donc nuisible; ils ne prospèrent jamais plus que dans l’état de maladie.
Il est sûr que les vers ne se nourrissent et ne se multiplient qu’au détriment des animaux qui leur.donnent asile : leur présence dans l'intestin de l’homme ou des animaux produit parfois une maigreur excessive , et des symptômes de véritable consomption. Je me souviens d’un jeune malade qui toussait sans cesse, qui maïisrissait à vue d'œil, et qu’on croyait phthisique. Je lui donnai du Lichen , presqu’autant par déférence pour des préventions de famille, que par conviction touchant le genre de la maladie , que par confiance ” dans le remède : toujours est-il que le lichen, qui peut-être eût eu de mauvais effets si le malade eût été réellement poitrinaire , lui rendit au contraire des forces, du calme et de embonpoint, fit cesser la toux et revenir la santé ; mais en voici la raison : l'aimertume du remède détermina l'expulsion de vers nombreux, C'était là le mal, et on Favait méconnu. Au reste, ce n’est pas la première fois'qu’un malade a dû Ja fin de ses souffrances et sa guérison parfaite à une erreur de son médecin.
Ixsteres. 1! y a des fnsectes qui ne sc nourrissent que’ de substances animales ou végétales, ilen est qui vivent indifféremment des unes et des autres. Il en est qui font leur nourriture de substances mortes ou déjà décomposées ou altérées ; et d’antres qui ne mangent que des corps jouissant de Ja vie. On conçoit que
de pareilles différences dans les mœurs en doivent introduire dans la structure. On voit aussi quelques-uns de ces animaux qui se nourrissent d’excrémens ou de terreaux formés des débris de différens corps vivans; mais aucun ne fait sa pâture, ainsi qu'on l'a insinué par erreur ou par système, de corps inertes où de substances minérales. |
Nous avons déjà dit que les insectes. pondent leurs œufs près ou dans des substances propres à servir de nourriture à leurs larves ou leurs chenilles: on en voit mème qui, comme les Papillons, se nourrissent du suc des fleurs , et dont les nymphes vivent dans des plantes qui ne conviennent qu'à elles et non à l'insecte parfait. De sorte que l'animal se trouve dirigé dans le choix du lieu de sa ponte, par un antre instinct que celui qui préside à sa propre alimentation. Pareillement, les. Cousins, tout aériens. qu'ils sont, déposent leurs œufs à la surface des eaux, parce qu'en eflet leurs larves sont aquatiques. Il en est de même de plusieurs autres.
Beaucoup d'insectes vivant en société, et comme en républiques , ont l’habitude d’amasserdes alimens dans la saison propice à leur récolte ; pour les saisons de l’année où cette moisson ne pourrait se faire. Cela est vrai surtout des insectes qui vivent du suc des fleurs, car on voit bien que les fleurs n’ont qu'une durée assez courte. Les Abeilles, par exemple, récoltent du miel durant la belle saison pour les autres temps de l'année où les plantes se fanent où meurent; mais cette prévoyance de leur part a particulièrementpour objet l'alimentation de leur progéniture. Ona dit aussi que les Fourmis travaillaient l'été pour
l'hiver , et elles ont paru à cause de cela un modèle salutairement proposable aux paresseux; mais, s’il est vrai que ces animaux travaillent sans relâche dans les beaux jouts de l’année , il ne l’est pas moins qüe c’est pour leurs larves bien plus que pour eux-mêmes qu'ils font tant et de si abondantes récoltes ; car il est indubitable que l’engourdissement où les jette le froid de l'hiver, les délivre alors de tout besoin de nourriture. Certains insectes, certaines larvés au moins, vivent constamment des mêmes substances : on voit des chenilles ne se nourrir que desfeuilles d’une seule espèce d'arbre et mourir à leur défaut. Les Vers-à-soie se nourrissent exclusivement des feuilles de Mûrier. Enfin à y a presqu'une espèce de chenilles par espèce d'arbres ou d'herbes. Mème remarque à l'égard des Chenilles carnassières : Ja larve des Mouches à viande ne saurait vivre de substances végétales ; et même il y a dés chenilles qui ne sauraient s’iccommoder que d’une sorte de viande. Disons cependant qu'il en est qui souffrent plus de diversité dans leur nourriture. On en voit, par exemple, qui tout en se nourrissant de substances végétales, leur préfèrent parfois les débris dépecés de leurs semblables. Également, pour l'état parfait, certains insectes se nourrissent indifféremment de diverses substances : la Guêpe , par exeinple, se jette tour-a-tour sur des fruits, sur des alimens sucrés, sur des sucs de viande , sur des insectes, sur des cadavres même : le miel aussi leur convient infiniment. Les Mouches à deux ailes, connues par l'importunité de leur vol et leurs titillations agaçantes, lés mouches ont des goûts presqu'aussi variés : tout leur est bon, et on les voit passer brusquement de la sub-
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 473 * stance la plus délétère sur les mets les plus savoureux, que leur contact peut ainsi imprégner de poisons. Beaucoup d'insectes changent de nourriture en passant de l'état de larves à l’état d'animaux parfaits ; plusieurs sont sarcophages dans un âge, et phytophages dans l’autre. Les chenilles se nourrissent de feuilles ordinairement, et les Papillons qui en proviennent ne sucent guère que Île suc épuré des fleurs : les Mouches préfèrent à tout le reste les choses sucrées, tandis qu’à l'état de larve il leur faut des substances animales mortes et déjà corrompues. Il faut aussi remarquer que les insectes carnassiers, si voraces dans les occasions propices, peuvent se passer d’alimens un temps beaucoup plus long que les insectes herbivores : ceux-ci mangent sans relâche, ou du moins tout je jour pour les uns, toute la nuit pour d’autres. Une remarque pleine d'intérêt, c’est qu'il est des insectes qui font leur nourriture, et presqu'uniquement leur habitation , d’une certaine espèce de plante. On pourrait mème en classer beaucoup d’après l’espèce de végétal leur servant de pâture et d'asile. Un de mes anciens condisciples et mon ami, M. Havet, que tous les sayans de Paris ont connu, et dont plusieurs ‘ont déploré la mort prématurée, ce jeune botaniste à qui tant de connaissances étaient familières, et qui savait tout abréger, tout simplifier, tout parer, tout embellir par les charmes d'ün esprit devenu trop rare dans un siècle qu’envahissent insensiblement les froids calculs d’une politique ambitieuse ,; M. Havet, avant d'aller s’ensevelir dans les marais meurtriers de Madagascar , sans profit pour les sciences qu'il aurait si bien servies à Paris même,
avec quelques encouragemens, inspiré par une idée. de Bernardin de Saint-Pierre, son auteur favori, avait entrepris, dès l’année 1817, un joli cours, mis à la portée des gens du monde, et où il divisait les. Insectes d’après le genre de Plantes servant à leur habitation et à leur nourriture. Cet essai d’un homme «d'esprit eut un succès. remarquable. Il s'agissait là beaucoup moins d'un cours, que d’aimables conférences, où les réflexions de l’auditoire venaient, non contredire , mais parfois redresser les vues rapides eë souvent un peu hardies du nouveau professeur. On voyait assister à ce cours ce que Paris renfermait de plus distingué dans le culte mixte des lettres et des sciences : M. B. de Mirbel, qu'’ilest inutile de désigner autrement que par son nom ou par l'indication de ses ouvrages; ieu M. Thory, qui a eu le bonheur d’associer d’inappréciables descriptions de roses aux figures sans pareilles de Redouté ; madame À. Tastu, si chère à la poésie ; madame E, Voyart, traducteur d’Auguste La Fontaine , et auteur de plusieurs compositions originales ; M. À. Thiébaut de Berneaud, le traducteur de. Théophraste, commenté par lui et par M. G. Cuvier; M. F. Lallemand , professeur de Montpellier, et si connu par ses Lettres sur l’Enccphale, et vingt autres. Je dois ajouter que M. Havet faisait ce cours en commun avec M. V.: Audouin. Les chenilles qui rongent les feuilles ont deux mûâchoires latérales, agissant et se. fermant comme des ciseaux. Beaucoup d'insectes, les Cigales , les Pucerons, les Punaises, se nourrissent surtout en pompant, au moyen d'une trompe contractile, le suc des plantes où ils se reposent ou restent attachés. Les
pet
Pucerons particulièrement s’emplissent le canal digestif de la liqueur sucrée des jeunes pousses des végétaux. C’est à ce suc qu'il faut attribuer la couleur rougeâtre de leurs entrailles; et nous avons vu que le même liquide rougit la substance des Polypes qui se sont nourris de pucerons. Comme ce fluide a une saveur miellée , même lors de son expulsion du corps des pucerons , cela fait que les Fourmis, friandes de tout ce qui est sucré , s’attachent à la poursuite de ces petits animaux. Les Cigales à l’état de larves ou de nymphes, pômpent aussi la sève des plantes où elles sont fixées : maïs ce sug étant trop abon- «dant pour leur simple nourriture , est ensuite rendu ar. l'intestin sous la forme de bulles aériennes , et c'est dans ce liquide assez ressemblant à de la salive agitée et mêlée d'air, que l’on trouve les petites cigales avant leur complet développement. Elles finissent après cela par repomper peu-à-peu ce liquide séveux et nourricier, de sorte qu’il leur sert à-la-fois d’aliment et d'abri. Les Cochenilles demeurant constamment fixées aux mêmes endroits, sont réduites à sucer la partie des végétaux où elles s’attachent. Mais à l'égard des insectes dont les œufs et les larves ont pour asile des fruits, des feuilles et des excroissances en forme de noix de galles,' etc., ceux-là sont alimentés dans leurs premiers états par la substance même des végétaux qui les recèlent et les abritent. Il y a une espèce de Chenille qui vit et se transforme dans une masse absolument résineuse ; je veux parler d’une chenille qui se trouve dans une galle où proéminence du Pin. Cet animal peut être plongé, sans mourir, même dans l'huile de térébenthinef, si nuisible à la plus
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part des insectes. Les Abeilles se nourrissent de cette substance sucrée qu’elles pompent au sein des fleurs , et dont elles forment leur miel. Beaucoup d’autres insectes imitent ces derniers , si ce n’est pour leur admirable industrie, du moins pour la nourriture dont ils. font usage.
La plupart des fruits charnus, des fruits à noyau et des différentes graines, recèlent assez souvent des larves ou des chenilles de différens insectes; mais ce sont toujours les mêmes espèces pour chaque sorte de graines ou de fruits. Tantôt les insectes imparfaits. se bornent à ronger la partie charnue et succulente des fruits; tantôt iis n’en attaquent que les pepins om les noyaux, et ce qui paraît d’abord singulier, c’est qu'on ne retrouve pas constamment les traces de l’ouverture par où les germes de ces animaux ont dû être. introduits. Comme ils proviennent presque toujours d'œufs assez pelils pour pouvoir passer par les trous les. plus étroits, la simple piqûre qui a pu leur frayer une voie facile s’est ensuite effacée , sinon fermée, par l’accroissement du fruit qui les renferme : cela assuré ment en a imposé quelquefois, en faisant croire à des productions spontanées. On peut voir la preuve et des exemples de ce que nous disons ici dans la plupart des fruils verreux.
Reauwmur a décrit avec complaisance el aveemun vrai talent d'observation , la manière dont les Charançons et les Calandres rongent les semences de graminées , le Froment et surtout l’Orge. Les œufs de ces insectes sont introduits par les femelles dans ces semences encore jeunes, de sorte qué, ainsi que nous le disions à l'instant même , on ne parvient pas toujours à
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 477 découvrir l'ouverture qui leur a livré passage. Ces animaux restent là sous leur état de larves et dechenilles ; ils détruisent toute la partie nutritive des graines pour s’alimenter, ils exercent là toutes leurs fonctions: chaque semence est pour eux un petit monde tout-àfait séparé du grand, et lorsqu'enfin l’insecte prend sa forme dernière et parfaite , il parvient à sortir de sa prison en soulevant une petite barrière facile à briser : c’est une espèce d’éclosion analogue à celle des Oiseaux et de quelques Poissons. Un fait rapporté par Réaumur et qui mérite d’être connu, c’est que les semences de divers Gramens renfermant de lrès-jeunes chenilles, contiennent beaucoup plus d’excrémens que d'autres semences, où l’on trouve des chenilles prêtes à se transformer en insectes parfaits ; de sorte qu’il semblerait résulter de là que ces animaux, d’abord trop avides et peu prévoyans, sont finalement réduits à se nourrir des débris et des résidus de leurs premiers alimens. Ce que nous venons de dire ne s'applique qu'aux Calandres, dont une espèce cause encore de plus grands dégâts que les autres , puisqu’elle à la nuisible propriété de fairé adhérer entr'eux, à l’aide d’un enduit, plusieurs semences qu'elle corrode successivement. Mais le Charançon produit surtout de grands dommages; car après avoir rongé sourdement l’intérieur des grains de blé ou d'orge, lorsqu'il est à l’état de larve et de chenille , il continue ses dégâts sous la forme d'insecte parfait. Les fumigations de soufre et de tabac’ sont les moyens dont on a retiré le plus d'avantages pour la destruction de ces dangereux animaux, qui affament l’homme en détériorant sa plus utile nourriture.
Il y a des larves d'insectes qui sé nichent dans les racines des plantes, qui les rongent, et qui par là font dépérir tout le végétal; d’autres , placées dans la terre, se nourrissent des débris des corps organisés qui se trouvent mêlés au sol; il en est enfin qui vivent de substances animales putréfiées , ou même d’excrémens. Les Dermestes se fourrent dans les substances animales même desséchées; ils sont le fléau le plus redoutable des cabinets d'histoire naturelle : la seule huile de térébenthine parvient quelquefois à les faire mourir. Ils attaquent les peaux, les cuirs, les reliures de livres, les fourrures , les vètemens de tissu de laine ou dé coton ; ils en absorbent toute la sub-= stance animale, et finissent par les perforer , par les détruire.
D’autres larves d'insectes 5e nourrissent avant que de se transformer, de la substance même d’ autres. animaux vivans, leur sérvant de berceau et d’asile ; on en a vu plusieurs fois dans différentes parties du corps humain. Les OËstres se développent et se nourrissent dans le euir du dos des Bœufs et des Cerfs ; lieu où les femelles de cette espèce déposent les œufs d’où les petits éclosent: Les Hippobosques ont pour premier refuge l'intestin des chevaux ; même on les a vus quelquefois s’introduire jusqu’à l'estomac ; c'est donc dans la cavité digestive des animaux En ils vivent en parasites.
Le Mouton loge aussi dans ses sinüs frontaux la larve d’une espèce d'Olstre:, qui se nourrit là, dans la membrane pituitaire , du sang qui la pénètre et des mucosités qui la lubréfient. Si les Hippobosques causent souvent de grandes agitations aux Chevaux , si
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 4759 les OËstres des Bœufs donnent parfois à ces animaux beaucoup de souffrances, les OËstres des Moutons aussi deviennent quelquefois pour eux la cause déterminante dé mouvemens irréguliers, de sauts bondissans, dé vertiges ; peut-être même sont-ils capables de produire seuls tous les symptômes du mal singulier connu sous le nom de T'ournis. Les Taons n'attaquent que lés chevaux:et les bêtes à cornes.
L'homme a aussi ses animaux parasites : sans parler de ceux qui se fixent à la surface de son corps , qui ne pénètrent jamais au-delà de cette surface, et qui, se nourrissant surtout de son sang et de ses humeurs, se multiplient priucipalement par la misère, la débauche où la malpropreté ; sans parler, dis-je, de ces espèces si connues , nous devons rappeler lé petit insecte de la Gale, espèce de Ciron ou d’Acarus, lequel paraît être la cause déterminante des arte et du prurit incommode qui signalent la maladie degoûtante que nous venons de nommer. Linné croÿait également que la Dyssenterie était causée par un insecte analogue à celui de la gale , et cela lui servait à expliquer pourquoi cette maladie devient quelquefois con- Lagieuse. aussi bien que l’autre. Chaque animal paraît donc avoir, sinon son espèce , du moins sa variété d'insectes parasites : la Puce n'attaque guère que l'Homme et le Chien, Mais il est d’autres insectes qui, sans ètre précisément parasites, n'ont pas moins d'in commodités pour les animaux qu’ils piquent, qu'ils titillent , d’où ils tirent du sang et qu'ils tourmentent, ou la nuit seulement, ou le jour et la nuit. Les Mouches et les Cousins , et principalement dans les pays du nord pour ces derniers animaux , sont le per-
pétuel tourment de l'homme et d’autres espèces ; en particulier dans certaines saisons. Les Punaises domestiques pompent le sang de l'homme pendant la nuit. Les Cousins s'attaquent surtout et presque sans relâche aux Hommes et aux Lièvres : de Geer assure même que ces insectes vont jusqu'à faire périr (il parle de ce qui arrive en Laponie) les premières, portées du Lièvre. On croit avoir remarqué que les femelles seules se nourrissent du sang de l’homme ou d’autres animaux, et que les mâles, au lieu dé faire de cuisantes piqûres, comme elles, se bornent apparemment à pomper les sucs miellés des fleurs. 11 n’y a pas jusqu'aux [Insectes eux-mêmes qui n’aient leurs Insectes parasites : plusieurs même , principalement du genre des Ichneumons, se nourrissent et sé développent dans le propre corps des chenilles de plusieurs insectes, et ne croissent qu'en détruisant el dévorant la substance de ces chenilles. On a remarqué l'espèce d'économie et de prévoyance que ces insectes mettent dans leurs déprédations ; par exemple ils ménagent tellement la substance des chenilles leur servant et d'asile et de pâture, qu'ils en conservent juste jusqu’au moment de leur transformation finale et de leur sortie : et ce qui deit paraître encore plus singulier, c'est qu’il se niche des larves d’un petit Ichneumon jusque dans le corps des Pucerons, et même dans des œufs de Papillons. En voilà bien aësez pour montrer qu'il n'est pas de si petit animal qui ne puisse servir de refuge et de proie à d'autres animaux plus petits; mais quel est le dernier terme de cet enclave-
ment, et de cette rétpRoeiEe de secours et de destruction ?
Les insectes une fois accrus et transformés doivent la nourriture qui leur est nécessaire , soit à la force, soit à la ruse, usant pour l'obtenir des armes et de l'industrieux instinct qui leur sont nécessaires. Beaucoup portent la voracité jusqu à s’entre-dévorer, après des luttes meurtrières. Les Araignées, les Mouches et les Guèpes sont dans ce cas. On sait aussi par quels moyens admirables par leur complication et leur : ordonnance, l'Araignée parvient à s'emparer des insectes qui font sa nourrilure accoutumée. Non seulement cet animal saisit et immole à-ses besoins les Mouches qui s'embarrassent dans ses réseaux, mais Pélisson a prouvé, par ce qu'il raconte des récréations de sa longue et dure captivité, qu'il est possible d'attirer les araignées, promptes à s’apprivoiser, jusqu'aux insectes tenus loin de leurs toiles, et qu’on saisit en leur intention et pour leur usage. Les ruses ingénieuses de la Fourmi-lion sont connues, et ce n’est point ici le lieu de les rappeler.
Il n’est pas d'insectes qui, plus que les Pucerons, soient aussi avidement recherchés comme proie favorite par d'autres insectes: ils doivent tant d’ennemis et tant de dangers à leur petitesse , à la fragilité de leur texture, à leur propre gloutonnerie ; qui fait que leur corps est pour ainsi dire un réservoir de nourriture ; enfin, ils le doivent à l'extrême facilité de leur accès, aussi bien qu'à la saveur miellée des sucs dont ils se remplissent. Au reste, ce n'est pas toujours pour eux-mêmes que tant d'insectes se montrent si voraces ; c'est souvent pour emmagasiner pour leurs larves qu’ils commettent tant de rapines :
d’autres fois même ils portent des provisions à leurs chenilles ou à leurs larves , et leur donnent pour ainsi dire la becquée à la manière des oiseaux.
Enfin , on observe la plus grande diversité dans les alimens dont les insectes font usage : on ne conçoit guère , par exemple, la bizarre préférence qu’une espèce de Teigne affecte pour la cire des ruches d’Abeilles, trouvant précisément près d'elle, et:à sa disposition, un miel savoureux qu’elle dédaigne. Comment d’ailleurs cette cire peut-elle être dissoute? A quelle modification doit-elle d’être transformée en aliment? Il est remarquable aussi que certains insectes paraissent changer de nourriture : la Mitte du chocolat, par exemple, n’a pas toujours pu se nourrir .de cette substance , qui est d'invention moderne , à moins cependant qu'elle n'ait été importée avec le fruit même du Cacao. On pourrait élever de pareils doutes au sujet de beaucoup d’autres insectes destructeurs des alimens de l’homme.
ORGANES ET ACTES DIGESTIFS DES INSECTES. Jci, comme partout, les Organes digestifs sont en rapport avec l'espèce d’alimens, et les préparations qu'ils doivent subir: Ainsi les Insectes Suceurs ont une simple Trompe contractile pour prendre les alimens, des organes très-simples pour les préparer, des membres peu compliqués et mal disposés pour l'aggression, des puissances musculaires trop faibles pour d’heureux combats. Ceux de ces animaux qui se nourrissent des substances végétales ont surtout des Lèvres très-prononcées, une espèce de Langue, des Mâchoires : le derrière de leur tête s’élargit beaucoup
dans le but prémédité par la nature, d'offrir aux puis-
sances musculaires de larges surfaces pour attaches. En ce qui touche le conduit digestif lui-même, on a voulu y retrouver les divers compartimens qui le composent manifestement chez l'homme et les grands animaux : on l’a donc divisé dans les insectes , comme dans ces derniers êtres, en Pharynx, OEsophage , Éstomac , Intestins petits et gros, etc. On s’est du moins assuré (et le fait est certain) que ce conduit a plus de longueur chez les insectes herbivores que chez les carnassiers : il n’a guère que la longueur du corps entier dans ceux-ci, tandis que son étendue est double ou triple chez les autres,
Le conduit digestif des insectes présente en outre plusieurs organes accessoires, sur l'usage et la destination desquels les anatomistes sont divisés d'opinion. L'un de ces organes est un vrai Gésier;.il est placé à la suite de l'estomac , entre cet organe et le Duodénum ; deux valvules situées à ses deux extrémités le séparent au moins par moment de l'intestin et de l'estomac. On ne trouve cet organe que dans les insectes gloutons, herbivores ou carnassiers, mais il existe principalement dans les herbivores. C’est d’abord au sujet de ce gésier qu'il y a eu dissidence entre divers anatomistes : plusieurs ont cru voir en cet organe l’analogue de l’un des quatre estomacs des grands animaux ruminans; et comme plusieurs insectes herbivores , les Sauterelles entr'autres, rejettent souvent par la bouche une matière brune provenant de l'estomac, on a cru que ces animaux ruminaient ; mais cette opinion n’a aucun motif so-
LT
49h. x: : LIV..1Y. DE LA NUTRITION.
lide (1). Il est bien vrai que plusieurs insectes de la famille des Orthoptères ont la singulière faculté de rejeter par la bouche, à volonté et comme moyen de défense, les sucs biliaires versés dans l’estomac ou dans l'intestin ; mais de Rumination véritable ,:ces animaux n’en exercent aucunement. Il n’y a chez eux qu'un canal unique pour les alimens; ils n’ont point, comme les ruminans, de prolongement supplémentaire à l’æsophage faisant communiquer le gésier (regardé à tort comme l'analogue du bonnet des ruminans) aveclabouche. Ce qu'on avait pris pour des estomacs supplémentaires ou pour des cæœcums, ne sont tout simplement que des vaisseaux particuliers, tenant lieu du foie et engendrant une sorte de bile.. Ces vaisseaux et glandes biliaires sont de la plus singulière structure : ce n'est que par les fluides qui en proviennent qu'ils ressemblent au foie. Ils n’ont absolument rien dela texture des glandes. Mais on a eu tort, je le répète , de les regarder comme des dépendances de l'intestin, car ils ne contiennent point ordinairement d’alimens. On a eu tort aussi.de les prendre pour des vaisseaux chylifères, car ils contiennent des sucs dans l’état de jeûne toutaussi bien qu'après des repas copieux. On remarque que les animaux voraces ont seuls deux ordres de vaisseaux biliaires: les supérieurs, s’ouvrant dans l'estomac, dans le gésier, ou tout près de ces organes, dans le duodénum ; les autres, les vaisseaux biliaires infé- (1) Voyez Swammerdam , Malpighi, Leeuwenhoek, Vallisneri ,
Réaumur , byonnet, de Geer , Fabricius , Latreille, Marcel de Serres, G. Cuvicr, Strauss, Audouin, M. Edwards, etc.
#eurs , aboutissent dans le duodénuüum ou dans Ix suite du petit intestin.
Le conduit alimentaire des insectes offre plusieurs valvules formant intersection. Quelquefois il y æ une de ces valvules entre l'estomac et l’œsophage, quand, par exemple, les vaisseaux biliaires s'ouvrent: dans l'estomac. Il en existe toujours une à chaque extrémité du gésier, quand cet organe ne manque pas; et une autre , à l'extrémité du petit intestin, comme dans les grands animaux. Et lorsqu'il n’y a pas de gésier, l'estomac est séparé du duodénum par une valvale épaisse, garnie de fibres musculaires, représentant une sorte de pylore. Les insectes suceurs, se nourrissant de fluides, ont l’intestin beaucoup moins compliqué que les autres familles :: à peine y distingue-t-on des valvules,
Les insectes digèrent leurs alimens à la manière: des grands animaux : leur nourriture a le mème cours, subit des altérations analogues. C’est surtout le contact des fluides biliaires qui opère de grands changemens ;-c'est du moins après la mixture de ces fluides avec les alimens qu'on voit ces derniers chanser de nature, et qu’une sorte de chyle s’en sépare. La régurgitation de cette bile jusqu’à la bouche, dans plusieurs espèces, paraît leur tenir lieu de salive. Mais on ne sait nullement par quels vaisseaux ni par quel moteur cette nourriture essentielle est ensuite: répartie entre les organes ; nous verrons, en effet, que ces animaux n’ont point de cœur véritable, ni leur fluide central de mouvement sensible. On sait seulement que leur intestin est entouré de toutes parts par des vaisseaux aériens ou trachces, à J'aide.
desquels il s'opère une espèce de respiration sans déplacement manifeste du fluide nutritif. Au reste, il sera fait mention ailleurs et de la Circulation et de la Respiration de ces animaux.
CrusracÉés. Les Crabes, les Ecrevisses, etc., se nourrissent en général de substances animales, et par préférence même de celles qui sont presque putréfiées Plusieurs crustacés sont parasites et sucent à ce titre les fluides nourriciers des animaux dans l’intérieur desquels ils se fixent ou sur lesquels ils se cramponnent.
La bouche de ces animaux est fort compliquée: elle est formée, à la manière de celle de beaucoup d'insectes, de divers compartimens qui la rendent propre à broyer. Plusieurs ont l’estomac renflé , toujours dilaté et tenu constamment étendu par des muscles attachés à ses parties latérales. L’estomac des Ecrevisses est situé vers le haut du corps, près de la tête ; il est pourvu de plusieurs paires de dents pyloriques, dont plusieurs sont supportées par des espèces d’arrêtes en crochet : les autres dents , situées dans le voisinage du pylore , sont aplaties et propres à broyer la nourriture. Une particularité remarquable , ce sont ces petites concrétions blanches et calcaires qu'on trouve dans l’estomac de tous les crustacés à longue queue, vers l’époque de la mue : ces petites pierres, nommées faussement yeux d’écrevisses, ne: sont pas plus des yeux qu'elles ne sont propres aux écrevisses ; tous les crustacés à test solide en présentent de semblables. L'intestin des crustacés est assez égal. Ceux de ces animaux qui ont dix pieds ont une valvule au milieu du canal digestif, et prèsde là (comme dans les animaux vertébrés) un appendice cœcal assez pro-
CHAP. IV. NUTRITION DES ANIMAUX INFÉRIEURS. 487 longé. L’anus est inférieur et il termine le corps; le foie est volumineux , assez ressemblant au cerveau, et composé de tubes grêles et nombreux, éparpillés dans tout le corps : c’est ce qu'on nomme farce. Il s'étend , tant il est considérable , jusqu'à la queue des Pagures. On ne lui a pas trouvé de conduits biliaires distincts dans tous les Crustacés, mais il en a de menifestes dans les Décapodes. C'est une espèce de canal cholédoque qui s'ouvre entre l'estomac et l'intestin. Les crustacés n’ont, à ce qu'il paraît, ni pancréas ni péritoine. |
Morcusques. La plupart des Mollusques ont une sorte de bouche et des lèvres; plusieurs même ont des espèces’ de dents cornées que l’on nomme mâchoires à cause de leur largeur. Il en est aussi beaucoup dans la bouche desquels on aperçoit une petite éminence charnue que l’on prend pour une langue: ce mamelon charnu se meut ordinairement plutôt en arrière qu'en tout autre sens, mais il est presque toujours adhérent dans tous ses points, quelquefois même on le voit se continuer sous la forme d’une spirale fixée tout le long de l’œsophage jusqu’à l'estomac. D’autres mollusques ont une sorte de trompe, et dans ces deux cas, qu'il y ait prolongement de la langue en spirale, ou présence d’une trompe , alors il n’y a de dents d'aucune espèce. On n’observe non plus ni dents ni glandes salivaires dans les inollusques acéphales ; mais les céphalopodes ont des glandes salivaires.
L'œsophage est ordinairement très-long; mais son ampleur varie. Quelquefois il forme une dilatation en forme de jabot. L’estomac est tantôt simple, ct
tantôt à plusieurs loges dans d'autres mollusques.
Celui des mollusques acéphales est creusé presqu'indistinctement dans le foie , lequel l’entoure de toutes parts; et la bile passe directement, sans détours ni Jongs circuits, du foie dans l’estomac. Une chose singulière ce sont ces stylets cristallins ; espèce de petites végétations salines et transparentes, que l’on rencontre dans les conduits biliaires de cette classe d’animaux. Mais l'estomac n’est pas entouré par le foie dans les mollusques à tête. On remarque d'ailleurs qu'il est plus gros dans ceux qui vivent de plantes que dans ceux qui se nourrissent d’animaux, de coquilluges. La bile est versée dans l'estomac chez plusieurs espèces: l'intestin des mollusques a des circonvolutions variables. L’anus est diversement disposé dans plusieurs classes ; ilest percé tantôt en devant, tantôt en arrière , souvent sur les côtés, et c’est le plus or« dinairement à droite : mais il se termine toujours à‘la partie postérieure du manteau dans les mollusques acéphales. |
Les Mollusques dont la tête est garnie de tentacules, les Poulpes, les Calmars, saisissent leurs proies avee ces appendices : ceux-ci vivent ou de plantes ou d’autres animaux à la chasse desquels on les voit courir. Mais les Acéphales, ne pouvant discerner ni saisit leurs aliments, n ayant d'organes ni pour la salive mi pour la Lo de des alimens , paraissent se nourrir exclusivement avec des substances fluides. Beaucoup de mollusques ont la faculté de rester un temps fort long sans nourriture. Nous savons au reste fort peu de de touchant la digestion et les fonctions nutritives de cette classe d'êtres (1).
(1) Woyez Poli, D. de Montfort, G. Cuvier, iris Péror.. Blainville, etc., et diflérens Voyageurs.
CIAPITRE Y.
Particularités sur la Nutrilion des Animaux supérieurs ou Vertébrés..
Les faits abondent tellement au sujet de la Nutrition des animaux vertébrés, que nous croyons devoir nous frayer une route au milieu de cette foule de choses curieuses, et choisir sur notre passage ce que nous rencontrerons de plus intéressant. ”,
Maswwrirères. Parmi les animaux vivipares ou à mamelles , on remarque la plus grande diversité pour la nourriture. Il en est qui ne se nourrissent que de chair ou de substances animales ; d’autres, au contraire, ne se repaissent que d'herbes ou de productions végétales. Il en est aussi dont la nourriture est mixte, puisée à-la-fois ou indifféremment dans les deux règnes. On exprime d'ordinaire par les noms simples de carnivores , d’herbivores et d'oinnivores ,ou par ceux de sarcophages, de phytophages, et de polyphages, ces propensions natives de certains. animaux pour une sorte d’aliment plutôt que pour une autre.
Ces premières différences des animaux, quant à la nourriture, supposent ou entraînent d’autres différences quan£ aux organes. Un animal carnivore a plus de dents qu’un herbivore , et ces dents sont plus inégales, plus propres à déchirer, plus tranchantes; il a des mâchoires plus dégagées, plus puissantes , mues par des muscles plus gros et plus vigoureux; son estomac est moins vaste, ei les parois en sont plus
minces; ses intestins sont plus courts, et partant, son
ventre moins volumineux , ses formes plus grèles. Les membres aussi sont disposés autrement que dans les berbivores, l'instinct de voracité ayant besoin d’instrumens déchirans et agiles, propres à le satisfaire.
Enfin, il est peu d’organes sur qui n'e réagisse, sur qui ne s'imprime et ne se fasse sentir, et par qui ne se manifeste, pour des yeux exercés, l'espèce d’alimens dont un animal vivipare fait usage : cela rejaillit jusque sur son caractère, sur ses instincts et ses mœurs.
Mais ce n’est point ici le lieu d'entrer dans de plus grands détaïls à ce sujet.
Beaucoup d'animaux carnivores ont besoin de chairs vivantes, ce qui les oblige à des combats, à des agressions perpétuelles et au carnage. D’autres préférent à ces curées meurtrières et difficiles, des chairs mortes ou déjà putréfiées : le Lion tue tout ce qu'il mange, mais la Hyène tire sa nourriture du fond des charniers ou des tombeaux. Il est aussi quelques carnivores qui se bornent à sucer le sang des animaux qu'ils massacrent; quelques espèces de Martes et de Chauve-Souris sont dans ce cas, nommément les Putois et les Vampires. Les Sarigues se nourrissent presque uniquement d'œufs d'oiseaux. Les Fourmilliers, dénués de dents, se nourrissent de fourmis et d’autres insectes, qu'ils engluent au moyen de Jeur langue , FASO MDI Ent Hépotée à cet effet,
Les animaux HMS dre ont, ainsi que nous l'a-
nl
vons dit, des mâchoires moins puissantes, mues par des muscles plusfaibles , armées de dents plus propres à broyer qu’à mordre ou déchirer, des membres peu disposés à l'agression; mais, en revanche, leur
estomac est plus spacieux, il a des parois plus épaisses et plus musculeuses , et quelquefois il est multiple ou complexe; leurs intestins sont plus longs, plus gros; leurs formes plus massives.
En général, les animaux qui Ruminent, c’est-à-dire ceux dont les alimens refluent vers la bouche par l'æsophage, pour être broyés de nouveau après avoir déjà séjourné dans les estomacs, ceux-là ont presque tous des cornes ou des bois au front, et manquent de dents incisives à la mâchoire d’en haut. Tous, en outre, ‘ont quatre estomacs, ou un estomac divisé en quatre cavités. Voici, au réste, quelle est la disposition de ces estomacs. Le premier de tous est la panse, ou l’herbier; celui-ci est très-grand et il occupe presque entièrement le côté gauche de l’abdomen; le deuxième estomac, ou bonnet, la plus petite des quatre cavités, est placé à droite et en devant de la panse; plus à droite encore, et tout-à-fait en arrière du foie , est le troisième estomac ou feuillet, lequel communique par une ouverture peu spacieuse, avec le quatrième estomac ou caillette. Ce dernier est l’analogue de ce qu’on voit chez les animaux qui n’ont qu’un estomac simple, et il communique avec le duodénum par une sorte de pylore. La séparation des deux premiers estomacs est peu sensible ;: mais les autres sont séparés l’un de l’autre par des rétrécissemens assez marqués pour ne permettre aucune confusion. L’œæsophage s’insère dans la portion droite de la panse, et, de plus, une espèce de gouttière de prolongement le fait communiquer avec le bonnet et le feuillet.
Lorsque les herbes viennent d'être mâchées et pour la première fois avalées, elles sont introduites dans
Ja panse, de celle-ci dans le bonnet; et ce n’est qu'après avoir déjà subi l’action de ces organes , s'être imprégnées des sucs qui y sont sécrétés, et s’y être ramollies, qu'elles remontent par l’æsophage dans la bouche, afin de subir là. une nouvelle trituration plus parfaite que la première; et, celte deuxième fois, elles sont déposées immédiatement dans le bonnet, sans avoir de.nouveau séjourné dans la panse. Les ruminans tout jeunes qui se nourrissent du lait de leur mère, n'ont point encore de rumination, et le liquide dont ils s’abreuvent passe directement-dans les derniers estomacs, tout comme nous venons de voir que la chose arrive pour les alimens déjà ruminés des animaux adultes. Mais c'en est assez à ce sujet:.
Plusieurs Cétacés ont un estomae presque aussi compliqué que les ruminans : le Dauphin et le Marsouin, par exemple, ont pour estomac quatre cavités placées à la. file les unes des autres ; il existe de plus entre les trois premières poches une sorte de canal court , formant un passage étroit à l’aide duquet la communication s'établit de l’une à. l’autre. Toutefois ces animaux ne ruminent point.
Beaucoup de Rongeurs ont l'estomac divisé comme en plusieurs cavités par des étrangleméns j quelquesuns paraissent avoir deux estomacs, mais cette dernière disposition est surtout bien marquée dans des Kanguroos, particulièrement dans.le Kanguroo-rat: Les herbivores qui ne ruminent pas ont d'ordinaire l’œsophage inséré .vers le milieu de l'estomac, ce dernier organe disposé de manière à prolonger Île séjour des alimens du côté de la rate, c’est-à-dire à gauche, et l'orifice du pylore fort étroit. Remar-
quons aussi que les rongeurs ont ordinairement deux dents incisives, isolées des autres dents, à chaque mâchoire , et que leurs jambes postérieures, presque toujours plus longues que les antérieures, les prédisposent à sauter.
Les ‘organes digestifs de l'Homme et des Singes tiennent à-la-fois de ce que nous avons dit exister chez les herbivores et chez les carnivores. L'homme a toutes les espèces de dents : des dents tranchantes et déchirantes, comme les carnivores, et des dents imolaires ou broyantessans inégalitéssensibles, comme les herbivores. Sa mâchoire inférieure se meut dans tous les sens : horizontalement comme dans les animaux se nourrissant d'herbes, et perpendiculairement comme chez les carnassiers. Son estomac est simple, mais assez vaste et à parois moyennes. Le reste des organes tient le milieu entre les deux classes de mammifères dont nous avons parlé.
L'Ours et le Blaireau , qui paraissent surtout organisés pour être carnivores, se nourrissent toutéfois presqu'indifféremment de toutes sortes d’alimens tirés des deux règnes des corps organisés. Mais rien n’est plus-rare que de voir un herbivore se nourrir de choses animales , ou un carnivore se repaître de végétaux : cela ne se rencontre guère que parmi les animaux que l’homme a su s’assujeltir et rendre ses compagnons et ses imitateurs. Ainsi, le Chien affamé mange du pain et quelquefois même des végétaux. On a vu des Chats, privés d’alimens, dévorer , pour assouvir leur faim, jusqu’à des tissus de lin. Les Rats aussi, quoique organisés en tout comme les herbivores, mangent souvent des substances animales. On a
observé que des chairs déposées dans l’estomac du Cheval n’y subissent aucune altération { mais on a vu des Chèvres ne manger que des substances animales, et elles digéraient ces substances.
À l'égard des boissons , les animaux carnivores en éprouvent moins le besoin que les herbivores. Mar-. corelle a prouvé qu'à conditions égales, on se passe plus facilement de liquides ayec des alimens gras. Toutefois le Chameau est un des animaux qui reste, sans en souffrir, le plus de temps sans boire.
La manière dont boivent les mammifères varie beaucoup : l’homme avale les liquides tout comme les solides; mais il boit aussi par succion. Les animaux carnivores lappent, et, à-cause de cela, on pourrait (ainsi que je lai expérimenté) les faire mourir de soif ou de rage en leur tenant la trachée-artère ouverte à l'extérieur , cela leur ôtant la faculté d’aspirer les Hquides. L’Ours mord l'eau comme un fruit ou tout autre aliment ; il ne lappe ni ne suce. La plupart des herbivores boivent par succion , et pour les faire périr par la soif il suflirait de paralyser leur langue. On « dit que l’homme était le seul animal qui bût sans soif.
Oiseaux. Les Oiseaux aussi ont une nourriture très-diversifiée ; les uns se-nourrissent de graines , et c’est le plus grand nombre ; d’autres préfèrent les insectes, quelques-uns ne dévorent que des poissons ; il en est qui se massacrent les uns les autres et qui font leur proie d’autres oiseaux ; plusieurs vivent du suc des fleurs; enfin , il y.a des animaux de cette classe qui font leur nourriture de cadavres.
Nous devons répéter, à l’occasion des oiseaux , ce. que nous avons dit des mammifères : la conformation
de leurs organes est toujours assortie au genre d’alimens dont ils font usage. Le bec des oiseaux carnassiers est toujours plus fort, plus recourbé, mieux disposé pour le combat. Leurs pattes ont plus de puissance ; les ongles en sont plus aigus , plus redoutables. Leurs ailes sont plus longues , leur sternum à plus de saillie, et leur vol plus d’étendue : ceux des oiseaux qui se nourrissent d'insectes ont surtout des ailes très-longues, et leurs pieds sont courts. Les oiseaux pêcheurs ont le cou long, le bec aussi est très-prolongé , et leurs pattes méritent pour la plupart d’être comparées à des échasses. Ces animaux sont, en outre, organisés de manière à leur permettre de rester de longues heures debout sans fatigue , disposition nécessaire , ainsi que la patience, au succès de leurs entreprises et au maintien de leur existence. Leurs pattes sont presque toujours palmées , et tout leur corps disposé à surnager sans de grands efforts. Les oiseaux vivant d'insectes ont le bec effilé, le vol léger, des formes élégantes, et ils sont presque continuellement au milieu des airs. Ceux qui vivent de graines sont moins légers, moins disposés pour le vol ; ils sont plus terrestres qu'aériens. Leurs pieds ont plus de solidité que de puissance; leurs ongles et leur bec sont ordinairement obtus : mais ils ont un jabot souvent très-prononcé, et un gésier très-épais. Leurs ailes ont peu d’étendue.
On trouve trois poches distinctes dans la cavité digestive des oiseaux; les deux premières ne sont que des dilatations de l’æœsophage, l’autre est le véritable estomac. Le jabot est la première de ces cavités : placé au bas du cou, c’est là que les’alimens
avalés s'accumulent d’abord et font leur premier séjour. Cette poche est membraneuse , et composée de trois tuniques, ainsi que le reste du conduit digestif. La deuxième cavité, ou le ventricule succenturie , espèce d'estomac accessoire, est placé entre le jabot et le gésier. Les parois de ce deuxième sac contiennent des glandes nombreuses. Le troisième estomac, l'estomac par excellence , est nommé gesier. Celui: ci a des parois beaucoup plus épaisses que les deux autres , il est aussi infiniment plus musculeux; il est tapissé à l'intérieur par une couche coriace et comme cornée, qui paraît inerte, et dont la résislance est extrême, Ces poches digestives présentent de grandes diférences dans les diverses familles d’oiseaux, selon surtout les substances dont ils se nourrissent. Le jabot est beaucoup plus prononcé dans les granivores qu'en aucune autre famille; et cependant l’Autruche manque totalement de jabot. Les oiseaux piscivores ou ichtyophages n'ont point de jabot non plus; mais leur estomac accessoire est plus vaste que chez le commun des oïseaux. En général, l'estomac succentuürié a -un volume très-considérable dans les oiseaux manquant de jabot. Ce sont les granivores qui ont le gésier le plus épais , le plus puissant : les carnivores l’ont presque tous très-mince: Le Héron, comme piscivore, n'a point de jabot, et ses deux autres estomacs n’en font qu'un.
Le Coucou, selon la remarque d'Hérissant, présente une disposition toute particulière quant à son estomac. Tous les oiseaux, en effet, ont l'estomac placé près de l’échine , au-dessus des intestins, tandis que le Coucou l’a placé tout près de la peau du ventre.
Nous devons dire que quelques anatomistes ont cru voir dans cette disposition tout-à-fait insignifiante la cause pour laquelle le coucou abandonne ses œufs et ne les couve jamais.
Il nous serait difficile d'énumérer sans omission toutes les particularités intéressantes que présente la classe de oiseaux sous le seul rapport des organes digestifs et des habitudes de nutrition. Par exemple, les Granivores ont constamment des cailloux, des graviers ou d’autres corps solides et à surface inégale dans leur gésier , etrien n’est plus malaisé que de dégarnir entièrement l'estomac de ces corps résistans, qui paraissent destinés à seconder l’action du gésier : il n’y a de rendus avec les excrémens que eeux de ces corps étrangers.dont la surface est lisse sans nulle inégalité. Les morceaux de cuivre qu'avalent les Autruches finissent par empoisonner ces animaux, par le vert-de-gris qui se forme dans les dépressions du métal. Les Oiseaux de proie nocturnes avalent indistinctement toutes les parties des oiseaux leur servant de pature, tout , os, plumes, viande, etc. Mais ils rejettent ensuite, roulées en masse, toutes les substances réfractaires à l'action de l'estomac. Les Pélicans conservent des alimens pour plusieurs jours dans le réservoir placé sous le bec, et les Cormorans, brisent les pattes des animaux qu’ils ont pris et qu'ils réservent pour des temps plus éloignés. ù
Beaucoup d’Oiseaux granivores digèrent très-difficilement, mais enfin digèrent les substances animales, les vers , les insectes , les débris d'animaux introduits dans leur estomac : mais les oiseaux carnassiers ne peuvent digérer les graines qu'on leur fait avaler ; des
graines de plantes! céréales sont restées absolumerit intactes pendant des jours entiers dans l’estomac des oiseaux de proie.
Il est des oiseaux qui boivent par une vraie déglutition à tête redressée ; mais il en est d’autres, les Pigeons, par exemple, qui boivent par aspiration: On ne peut pas dire que ce soit par nccioM car la langue des oiseaux gallinacés et des pigeons, loin. d’être charnue , est presque entièrement osseuse, Il serait curieux de s'assurer de ce qu'il arriverait à ces animaux après qu’on leur aurait ouvert la trachée.
Reprires. Presque tous les Reptiles ont un estomac dépourvu de cul-de-sac , un estomac très-allongé et de forme ovale. Les parois en sont minces et les fibres musculeuses peu marquées.
L'estomac des Tortues va en se rétrécissant depuis le cardia jusqu’au pylore, lequel est sans valvule. Celui des Crocodiles présente un: grand cul-de-sac à parois fort épaisses, et une autre petite poche séparée près de l’œsophage. Les Serpens ont l'estomac configuré en forme de boyau, et pas beaucoup: plus gros que l'intestin lui-même. L’estomac des Grenouilles et des autres Batraciens, d’abord assez dilaté près de l’æœsophage, se rétrécit ensuite peu-à-peu-en approchant du pyloree et il forme en outre une courbure assez marquée. Du reste, il y a pour les reptiles et les poissons, aussi bien que pour les mammifères et les oiseaux, une exacte concordance entre l'organisation et la nourriture : c'est à ce point, qu'on peut assez sûrement juger de l’une par l’autre.
Les Tortues se nourrissent à-la-fois d'herbes , de poissons, de mollusques : elles brisent jusqu'à des
CHAP. V. NUTRITION DES ANIMAUX SUPÉRIEURS. 409 coquillages, dans le but de dévorer les animaux qu'ils renferment. Les Batraciens, et entre autres les Grenouilles , sont herbivores à l’état de Têtards, et carnivores à l’état parfait : aussi ces animaux ont-ils des intestins proportionnellement plus spacieux et plus longs dans leur premier état qu'après leur première métamorphose. On remarque précisément le contraire dans les insectes nommés Hydrophiles , dont les larves sont carnivores.
Les Crocodiles font une grande dépense de substances animales: la largeur de leur gueule, qu’accroît encore la manière dont s'’articulent et se meuvent simultanément leurs mâchoires, permet à ces animaux d’engloutir des proies énormes. Leur appétit est si insatiable , leur gloutonnerie si effrayante, qu'il est permis d'attribuer au désir de détruire des animaux aussi nuisibles par leurs déprédations , les solennels honneurs que l'Égypte superstitieuse rendait autrefois à leurs cadavres.
Les Serpens et tous les Ophidiens sont omnivores: les chairs d'animaux, les œufs d'oiseaux, les larves d'insectes ou du moins de quelques insecte$, le miel, le sang de plusieurs animaux , le vin, les fruits, tout leur plaît, tout leur est bon. Les Couleuvres aiment surtout les Limaçons et les Grenouilles : on dit qu'ils sucent le sang dés animaux : cela veut dire qu'ils enfoncent leurs dents , souvent venimeuses, dans les chairs, et qu'ils avalent le sang des blessures qu'ils produisent ainsi; Car ces animaux n'exercent pas de vraie succion comme font les Sangsues, etc. On assure que les Serpens s’enivrent de vin; Aristote va jusqu’à affirmer qu’on parvient sûrement à prendre des
vipères en mettant près des haies qu’eiles habitent des vases remplis de cette liqueur.
On sait que la plupart des Serpens avalent souvent: des animaux entiers sans division préalable : les gros serpens nommés Boas engloutissent ainsi, tant leur gueule a d’étendue, tant leur tube digestif.est dilatable , jusqu’à des quadrupèdes vivipares d’un volume bien supérieur au volume de leur propre corps. Et comme la digestion des Serpens est d’une lenteur extrème , il résulte de là que l’animal saisi par le serpent a le temps de se putréfier dans celles de ses parties qui restent exposées à l'air, pendant que les parties introduites dans le conduit digestif se ramollissent et sont digérées. Il résulterait encore de cette: particularité que Îles serpens périraient asphyxiés par privalion d'air, si l'extrémité de leur trachée-artère ne venait s'ouvrir assez près de l’orifice de la bouche pour n'être point obstruée par l’énorme-proie engloutie par l'animal. J'ai fait cette remarque il y a quelques années sur un Orvet : ce petit reptile venait d’avaler une grenouille beaucoup plus grosse que lui; une porlien de la grenouille était déjà entrée dans: l'œsophage ; l’autre portion , et c'était la plus considérable, remplissait la bouche de l’orvet ou sortait au dehors. Je me demandais comment l'animal pouvait , ainsi rempli, continuer de respirer ; j'examinai sa bouche, ses mâchoires , et je vis très-distinctement l'orifice de la trachée-artère tout près du bord de la mâchoire inférieure; de sorte que chaque fois que l’orvet éprouvait le besoin de respirer , il lui suilisait d'augmenter un peu l’écartement de sesimâchoires.: J'air alors pouvait entrer par l'ouverture découverte
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de la trachée. Mème chose arrive pour tés autres serpens.
Porssoxs. Obligés par lëur genre de respiration €t par la configuration de leur corps ete leurs membres à séjourner constamment dans les eaux, les Poissons ne se nourrissent que de substances aquatiques. Je sais bien qu’Aristote à assuré qu'il existail un poisson qui venait à terre pour se nourrir ; mais c'est là une des mille assertions de cet auteur dont il nous est permis de douter, nonobstant nos respects pour sa haute raison. On sait que les poissons font leur nourriture des algues , des plantes qui croissent dans la vase du fond des eaux; que la plupart dévorent leur propre frai au temps des amours, et même que plusieurs s’entre-détruisent pour se nourrir. Îl est certain qu'ils mangent aussi d’autres animaux, des insectes, des vers, des mollusques, etc. : on connaît la voracité des Requins et le danger de leurs approches. Il y a pour les poissons, comme pour les autres ani- “maux, des carnivores et de vrais herbivores : il yen a aussi d’omnivores. On voit des Carpes et d’autres éspèces manger jusqu’à du pain. La plupart aiment beaueoup. les Vers et les préfèrent à tout le reste : aussi se sert-on de ces animaux pour appât. On sait que les poissons recherchent avec avidité les substances odorantes ou parfumées ; l’ambre, le muse, la coque da Levant, les attirent, et l’on fait un grand usage de plusieurs substances analogues dans l'art de la pêche. La viande pourrie aussi est un puissant appât pour plusieurs poissons, en particulier pour les Anguilles.
Au demeurant, pour la nutrition comme pour Lo
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leur histoire , il reste beaucoup de choses obscures au sujet des Poissons. Ils vivent habituellement si loin de nos yeux, et sont si peu susceptibles Ge résister quelques instans awconlact de l'air libre, que nous ne pouvons guères les étudier qu’à distance, et jamais entièrement isolés du liquide leur servant d’élément indispensable, Nous ne savons point, par exemple, comment peuvent vivre, des semaines entières , les poissons renfermés dans des bocaux où l’on ne fait pénétrer absolument aucun vestige de matière nutritive, animale ou végétale. La nutrition des Poissons dorés, que l’on a tout simplement pourvus d’eau, me semble un des problèmes de la physiologie le plus difficile à résoudre. Est-ce que les particules organiques imperceptibles, suspendues dans l'eau, suffisent à leur alimentation ? Est-ce qu'ils décomposent l’eau pour se nourrir de ses élémens ? où bien la lenteur de leurs fonctions leur permettrait-elle de vivre pendant des mois entiers sans autre ressource que l'air absorbé par les ouies pour la respiration?
L’estomac des poissons se continue souvent sans limites sensibles avec l’œsophage ; sa séparation d’avec l'intestia n’est pas toujours beaucoup mieux tracée. La forme de l'estomac est celle d’une cloche allongée vers le lieu de son attache. Il est toujours simple, n’a jamais plus d’un cul-de-sac, et la saillie de celui-ci varie selon que le poisson est carnivore ou herbivore. L'intestin est variable quant à sa longueur et à sa configuration. Plusieurs poissons ont le rectum séparé des autres gros intestins par une valvule ; beaucoup ont des appendices pyloriques nombreux , espèces de cœæcums qui ont frappé l'attention de Spallanzani ,
ét dont l’usage est ignoré. L'intestin de l'Esturgeon présente dans une partie de sa longueur une spirale fort remarquable, et celte spirale est formée par la membrane muqueuse. Quel en est l'usage ?
Nous ne devons point quitter ce sujet sans relever l'erreur d’Aristote, qui prétend que le Scare rumine. Assurément Aristote aura confondu avec la vraie rumidation les mouvemens que tout poisson ne cesse d'exécuter avec sa bouche et ses opercules pour attirer l’eau dans ses branchies et pour l’en chasser.