CHAPITRE VII
“Suite du précédent. — Progrès de la Digestion, action des Intesins, ctc.; formation, absorption et cours du Chyle. !
Nous ne nous sommes occupé jusqu'ici que des -changemens que subissent les alimens dans l’estomac; nous devons étudier maintenant, mais avec brièveté, les progrès et l’achèvement de la digestion dans les intestins. Et quant à ces derniers organes, on a cou- ‘tume de les distinguer, souvent sans beaucoup de motifs, en gros et grêles : on fait énsuite trois portions | fort peu distinctes de ceux-ci , et l’on désigne ces portions arbitrairement délimitées , parles noms inexacts ou insignifians de duodénum , jéjunum et iléum: A l'égard des gros intestins, on est convenu de les faire commencer à partir de la valvule de Bauhin, lorsque ‘cette valvule -existe ; et toute l’étendue de l'intestin comprise entre cette valvule et l'anus est: divisée en trois porlions plus précises que celles de’ l'intestin grêle , et on les désigne par les noms bizarres de cœcum, colon, et rectum. Voilà les organes à l'inté-
CHAP. VIII. PROGRÈS ET SUITE DE LA DIGESTION. 547 rieur desquels la digestion s'achève. Les intestins grèles sont contournés sur eux-mêmes et garnis de re plis ou valvules surnommées conniventes, encore bien qu'elles soient isolées les unes des autres; et cette double disposition du canal où cheminent les alimens ne pouvant qu'en ralentir le cours, n’est pas indifférente à la perfection du chyle, non plus qu’à sa séparation et à son absorption. Outre cela, les conduits de la bile et du sûc pancréatique s'ouvrent vers le commencement de l'intestin, qui de plus est parlout arrosé de sucs abondans et de mucus , produits de la sécrétion de sa tunique intérieure. Pour ce qui est des gros intestins, c’est dans leur cavité que se moulent et se durcissent les excrémens ; aussi sont-ils dépourvus de valvules conniventes, abreuvés de moins de sucs, et pourvus de fibres musculeuses plus énergiques. Suivons maintenant les progrès de la digestion , à partir du pylore où nous l'avons laissée.
Mareue pu cuyme. Nous avons dit que le chyme formé lentement à la superficie de la masse alimenlaire que renferme l'estomac , s'amasse près du pylore à mesure qu'il se forme. Or les mêmes contractions, les tontractions douces et presque insensibles qui le font arriver là, lui font ensuite franchir , en devenant plus vives et plus étendues, l'ouverture étroite: du pylore. Cependant nous devons dire que ces grandes contraclions, nécessaires pour l'expulsion du chyme hors de la cavité de l'estomac, ont coutume de commencer vers le milieu du duodénum, que de là elles se propagent äu pylore et de proche en proche à toute la périphérie de l'estomac; mais ce mouvement de bas en haut (pendant la durée duquel quelques per-
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sonnes éprouvent un si grand malaise) se convertit tout-à-coup en un mouvement opposé; et c’est à l’aide de ceite sorte de reflux que le chyme traverse enfin le pylore , entr'ouvert à cet effet et par la même cause. Ce mouvement se répèle ensuite et autant de fois que Fexige la quantité de chyme nouvellement formé. C’est de cette manière, successivement et comme par secousses, que l'intestin se remplit peu-à-peu des alimens chymifiés par l'estomac. J'ajoute que le cours du chyme est ensuile fort lent dans toute létendue de l'intestin grêle; lente aussi est la marche des excrémens ; faibles sont les mouveinens de l'intestin, hors les cas de maladie ou de passion. |
CHANGEMENS DU'CHYME. AcrTion pr LA B1LE. La plénitude de l'intestin grêle favorise l'écoulement de la bile et du suc pancréatique ; outre que son acidité excite la sécrétion de ces humeurs, aussi bien que des sues intestinaux et du muüucus. Tous ces fluides nouveaux, mêlés au chyme, en changent déjà la nature : ce chyme perd bientôt et presqu'entièrement son acidité, ce qui en arrête l'espèce ‘de fermentation sourdement commençante ; de grisâtre qu'il était il devient jaunâtre ; et sa saveur a de l’amertume. Cette amertume existe en beaucoup d'animaux dès l’estomac ; cela a lieu particulièrement dans les oiseaux; par la raison qu’en ces derniers êtres la bile a coutume de pénétrer dans lestomac par le pylore. Si les altmens contenaient de la graisse où des matières huileuses, ces substances nullement altérées par l'estomac, vont l'être dans l'intestin : la bile agissant isur sed les dissout’et en compose une sorte de savon Lai-même soluble.