CHAP. VIII. PROGRÈS ET SUITE DE EA DIGESTION
A l'exception des matières huilcuses et graisseuses , et à l'exception des herbes, l'intestin laisse passer sans les altérer, les substances que l'estomac n'aurait pas préalablement digérées. Les mêmes alimens produisent un chyme semblable dans des animaux d’espèce pareille, et les changemens que le chyme éprouve ensuite se ressemblent également. Remarquons ici que le chyme provenant de substances végétales n’est pas semblable au chyme qu'ont produit des matières animales : celui-ci est plus épais et plus visqueux, est rougeâtre et ne caille pas le lait; l’autre est presque fluide , jaunâtre , et il caille le lait. Le chyme fourni par les végétaux est moins riche en matière nourrissante , et il ne contient pas de substance albumineuse comme le chyme résultantédes viandes. Il se dégage pendant la digestion intestinale , et selon le stade où elle est parvenue , différens gaz dont la nature varie suivant l'espèce d'animal, suivant les alimens dont il a fait usage , suivant son âge et son état de santé, et surtout suivant la partie de l'intestin où l'on a puisé ces gaz. Nous avons dit que nous reviendrions ailleurs sur cet objet.
Quelque temps après que le chyme est descendu dans l'intestin grêle, et après qu'il a subi l'action de Ja bile , il se divise en deux parties: une qui est fluide et qu'on nomme céyle , c'est la partie quisertà nourrir l'animal ; et l’autre qui est plus solide, plus grossière, moins homogène ; c’est le résidu de la nourriture, et ce que l'animal rejette de son corps sous.le nom d'excrémens.
Cette séparation " chyle, et mème sa formation, paraît due surtout à l'accession de la bile ; du nicins
est-il certain que la digestion est toujours imparfaite , et le chyle nul ou peu abondant, lorsque la bile n’a pu se mêler au chyme préparé par l'estomac. M.Brodie, Fun des plus savans physiologistes de l'Europe, assure qu'il a constamment empêché la formation du chyle dans les animaux dont il avait lié le conduit cholédoque, ou canal de la bile. Nous croyons vrais tous les résultats qu’il raconte ; néanmoins un autre physiologiste fort habile aussi en a obtenu de différens: ‘Le chyle se forme ordinairement deux ou quatre heures après que le chyme a passé de l’estomac dans le duodénum. Mais cela est moins prompt dans les. Poissons, et beaucoup plus lent encore chez les Reptiles. |
Quelques personnes nt assuré qu’elles avaient trouvé du chyle bien formé dans les vaisseaux blancs qui partent de l’estomac, et elles ont dit en conséquence que l'estomac formait du chyle; mais il est probable qu’on n’a vu de pareiïlles choses qu’en des. animaux dans l’estomae desquels la bile se mêle fréquemment aux sucs gastriques. Îl paraît que le Chien est dans ce cas; mais il faut se garder d'étendre cela à tous les animaux.
LES INTESTINS DIGÈRENT-ILS DES ALIMENS NON CHY- MIFIÉS? On éprouverait de lembarras à résoudre cette question 4 prieri ; "car il existe des faits à l’aide desquels on pourrait soutenir tour-à-tour le pour et le contre. Et d'abord, beaucoup d'observations prouvent que l'estomac ne fait subir aucune altération sensible à de certains alimens, si l’estomac ne les à préalablement modifiés, digérés, chymifiés. D'autre part , les alimens éprouvent de l’altération en quelque
CHAP. VIII. PROGRÈS ET SUITE DE LA DIGESTION. Db1
point du corps qu'on les introduise : les bribes de pain ou de viandes qui s'arrêtent dans le gosier , au: voisinage des amygdales, s’altèrent visiblement et se ramollissent ; un morceau de lard placé et retenu dans la bouche , a paru s’y être ramolli; il avait aussi. changé de couleur. Il n’y a pas jusqu'aux cataplasmes de fécule appliqués sur la peau, qui ne subissent une altération très-différente d’une simple fermentation. Il est donc certain qu’on ne peut rien conclure de. ces différens faits ; puisqu'ils semblent se contredire. Mais recourons à l'expérience:
On a introduit des viandes cuites 'et des chairs crues dans l'intestin de‘plusieurs chiens ; on en a mème attaché au haut de l'intestin grêle afin d'en empêcher la descente trop rapide, et l'on a vu que ces matières. avaient éprouvé un ramollissément sensible, et même qu'elles avaient diminué de volume. IL faut ajouter que ces chairs avaient contracté là une odeur extrèmement fétide, et que rien n’assure qu'elles fussent. susceptibles , dans l’état où elles se trouvaient réduites, de fournir une sorte de chyle ou quelque chose d’alimentaire à l’animal. Cela ne ressemble. guère à une vraie digestion; et quant au ramollissement superficiel et à l'absorption légère des chairs ainsi introduites dans l'intestin, il n’est aucune partie du corps qui ne soit susceptible d'opérer quelque chose de semblable. Concluons donc de ces faits que nulle digestion bonne, complète et eflicace, n’est possible sans le concours de l’estomac. S'il en. était autrement, on pourrait nourrir par l'intestin les malides dont l'estomac ne saurait plus ou rien recevoir,
ou rien digérer de ce qu'il reçoit : et de pareilles tenlalives n’ont eu jusqu’à ce jour aucun succès.
FORMATION ET REJET DES EXCRÉMENS. Les excrémens, sÉpaMes du chyle qui les surnage et dont l’ LEotpipe s'opère dans le haut ded’intestin , perdent peu-à-peu , à mesure qu'ils descendent vers asie intestins, la fluidité qu’ils avaient dans le milieu de l'intestin grêle. Le mucus des gros inteslins en favorise la marche vers l'anus ; mais les loges que présentent ces conduits dé distance en diniges: en prolongent le séjour et en accroissent la consistance. C’est par l’action des fibres musculeuses des intestins que les excréinens sont peu-à-peû poussés vers l'anus, et c’est par les muscles abdominaux qu'ils sont finalement rejetés hors du corps. Cette expulsion résulte d’un mécanisme assez compliqué où Ja glotte au moins chez les mammifères, joue un rôle iinportant. Le rejet des matières fécales ést beaucoup plus facile chez les animaux ovipares et dans l’Ornithorrhynque ; et cette différence résulte de ce qué ces animaux ayant un cloaque , leurs urines s’amassent dans ce lieu aussi bien que les excrémens, qe elies délayent.
Les excrémens diffèrent pour chaque espèce d’animal ; mais la plus grande différence s’observe surtout énitre les carnivores et les herbivores. Le même animal, s’il est omnivore , a des excrémens très-différens , suivant qu'il use d’alimens végétaux ou d’alimens tirés de l’autre règne. Les excrémens provenant d’une nourriture animale ont la propriété de faire cailler le lait, et il n'existe rien de semblable pour les fécès des alimens végétaux. C’est absolument le