CHAP. VIII. PROGRÈS ET SUITE DE LA DIGESTION
contraire de ce que nous avons dit pour lé chymte des carnivores et des herbivores. Bordeu surtout a fait d'intéressantes remarques à ce sujet ; la curiosité naturelle à son esprit ingénieux lui a fait surmonter les dégoûts d’une étude si répugnante. Les recherches de Prout ont beaucoup moins d'intérêt, mais plus de précision que celles de Bordeu.
Les animaux qui digèrent des os ont des‘excrémens particuliers et fort remarquables. On retrouve souvent dans les matières peu digestibles que l'estomac a laissé passer sans les altérer , des fibres de muscles desséchés , des lambeaux de membranes , des morceaux d’inteslin surtout, des portions de tendons, de ligamens , de cartilages, et des fragmens d'os; on y retrouve principalement des végétaux, des graines
entières, à cause de l’épiderme, lequel se montre
toujours réfractaire à l’action du suc gastrique; on y trouve des noyaux, etc. Les animaux éjeûnés ou insüflisamment nourris ont des excrémens plus solides.
état de maladie produit soùvent un effet contraire, aussi bien que la glôutonnerie. :
Ajoutons que les boissons aussi se digèrent : bien plus, beaucoup de liquides laissent: des excrémens dans l'intestin , encere qu’une grande partie en soit absorbée dès l'estomac. D'ailleurs il suffit qu'elles soient un peu irritantes pour qu'elles excitent la sécrétion de Ja bile et du mucus, et ces fluides digérés avec les boissons laissent des résidus comme elles, On est quelquefois étonné de Ja masse d’excrémens que contient l'intestin d’un homme malade ou d’un animal éjeûné qui ne prend dépuis des jours entiers que des liquides. Ajoutons cependant que l'eau, les alcoo-
liqueset d’autres liquides simples, ne fournissent rien d'eux-mêmes ni pour lasnatrition ni-pour les: excrémens.
MOUvVEMENS RÉTROGRADES. On nomme péristaltiques: les mouvemens à l’aide desquels la masse alimentaire parcourt l'intestin ; mais il existe d’autres mouvemens: qui s'effectuent en sens contraire , c’est-à-dire-de bas. en haut , et ceux-là ont reçu de nom d’anti-péristaltiques. Ces derniers mouvemens produisent divers: phénomènes, tels: que la Régurgitation , la Rumination, le Vomissement, etc. L'acte par lequel des Oiscaus et des Hhete partagent avec leur progé= niture des*alimens déjà digérés pour leur propre estômac, est une sorte de régurgitation due à de semblables mouvemens. J'en dis autant de cette humeur brune et toute bilieuse que rendent les Sautérelles, du suc’ miellé qui sort tout élaboré du corps des Abeilles, des humeurs noirâtres que beaucoup de Mollusques marins répandent autour ‘d’eux afin d’échappér à leurs énnemis : enfin , toutes les classes. d'animaux ont une sorte de vomissement ou de résurgitation. Les Oiseaux de proie vomissent naturellement après chaque repas, dans le but de se débarrasser de toute substance , ou dégoûtante ; ow réfractaire à l’action de l’estomac. Parmi les mammifères, aucun animal ne vomit plus aisément que le Chat. Ce phénomène s’observe aussi chez les Chiens, chez les Ruminans, chez les Salamandres et les Serpens parmi les reptiles, et quant aux poissons, surtout chez les Carpes. Mais tous les vertébrés, à l'exception du Cheval (chez qui la disposition du cardia met obstacle au retour des alimens vers l’œsophage), à celte ,
CHAP. VIII. PROGRÈS ET SUITE DE LA DIGESTION. 555 exception près, il n’est peut-être pas un animal vertébré qui n’ait la faculté de-vomir; et nous ne connaissons pas d'exceptions pour les classes inférieures. I] y a plus, les Polvpes et les animaux voisins des polypes , les Radiaires, les Tuniciers , tous les êtres enfin qui n’ont qu'une seule issue, une ouverture unique à l'intestin , tous ces animaux ne rejettent chaque jour le résidu de leurs alimens qu’au moyen d’une espèce de vomissement. |
Ce n’est point ici le lieu d'insister sur le mécanisme de ce phénomène, en disant quelles puissances concourent à le produire. On peut voir ce que nous avons dit dans notre Physiologie médicale sur Ja Théorie des Efforts, et il sera facile dans faire l'application à l’objet présent (1). |
.ABSORPTION ET COURS DU CHYLE. Nous savons que le chyle se sépare de la masse alimentaire après qu'elle a séjourné dans la cavité distendue du duodénum , et peu de temps après que la bile et le fluide pancréatique ont agi sur elle, on:ne sait précisément de quelle manière. Quant aux saractères et aux qualités du chyle, cette substance n’est bien visible et n’a pu être convenablement étudiée que dans les mammifères, et'il nous suflira de dire pour le moment que ce fluide est presque toujours d’un blanc opaque, ce qui lui a valu d’être comparé au lait; que de plus il a l’odeur du sperme, et qu’abandonné à lui-même, et hors
(x) Voyez, en outre, les Mémoires ex professo de Bayle de Toulouse, de Chirac, de Mageudie , de Legallois, d’Isid. Bourdon, de F. Lallemand, de Dupuy, de Portal, de Piedagnel, de Tissot de Lyon, de Maingault, de Bouvenot, de Lieutaud; quelques Rapports de MM. Hallé, Percy, Chaussier, Béclard, Mérat, G. Cuvicr, Humboldt, ete.
de ses vaisseaux, il se sépare en deux parties , dont l'une est séreuse et saline, tandis que l’autre est fibrineuse ; qu’enfin il se comporte à cet égard à-peu-près comme le sang. Nous devons ajouter que le chyle déposé dans un vase inerte prend ordinairement une teinte rosée, ce qui paraît dû à l’action de l'oxigène sur lui, et qu'en outre il surnage à sa surface une matière nd, 54 formant comme une sorte de nuage : on conçoit bien, d’après cela, qu'on ait pu comparer le chyle au lait, et qu'on soit allé jusqu’à regarder celui-ci comme le produit de l'autre. Ce qu'il y'a de certain , c'est que rien n’influe sur l'abondance du lait ou du fluide prolifique, autant que la production abondante du chyle. Du reste, la naturé des alimens dont se nourrissent les animaux, introduit de notables différences dans le chyle qui provient de la digestion ; le même chyle ne résulte point d’alimens dissemblables : les matières grasses produisent un chyle plus blanc et plus opaque que les substances non graisseuses. Mais jamais le chyle ne prend la teinte des substances colorantes introduites dans l'intestin 3 il n'en prend aussi que très-dificilement l'odeur.
Une fois séparé de la manière chymeuse, dont il peut être regardé comme une sorte d'extrait, le chyle surnage cette matière, et s'amasse par petits ruisseaux dans les sinus des valvules muquenses, dont l’intérieur de l'intestin grêle est garni. Il séjourne là quelques instans, et c’est en ce lieu qu'il est absorbé par les petits vaisseaux qui le doivent transporter de proche en proche jusque dans la masse du sang. Dire précisément de quelle manière , en vertu de quelle force et par quel mécanisme s'effectue cette absorption du