‹ Principes de physiologie comparéeChapitre 124 sur 141 · CHAP. VIII. SUITE ET PROGRÈS DE LA DIGESTION · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. SUITE ET PROGRÈS DE LA DIGESTION

étaient multiples en ceux qui avaient survécu à la mème expérience. M. Dupuytren, qui s'est longtemps et très-particulièrement occupé de cet objet, affirme qu'il s’est assuré de la réalité de ce qui précède par l'injection des vaisseaux, et par la dissection attentive qu'il en a faite. Cependant deux habiles expérimentateurs de l'École d’Alfort ont tout récemmentinfirmécesrésultats: plusieurs fois illeurest arrivé dedier le canal thoracique sur des Chiens ou des Chevaux. Ce conduit était unique , l'injection prouvait que les vaisseaux chylifères n'avaient plus de communication avec la veine sous-clavière, et cependant plusieurs de ces animaux ont survécu des mois entiers à l'opération. Un Chien, entr’autres, a prolongé son existence jusqu’à cinquante-huit jours après l'expérience, et cependant le conduit thoracique de cet animal n'offrit aucune anastomose;, aucune bifurcation ni division allant aux vaisseaux sanguins. Les auteurs dont nous parlons ont conclu de leurs expériences, que les veines aussi absorbent le chyle , et ils assurent qu’après avoir lié la veine porte, ils ont distinctement reconnu le eaillot du chyle mêlé au sang de cette veine.

Il faut convenir qu'il est rare qu'un gros animal ne succombe pas tôt après la ligature du canal thoracique, lorsque ce canal est simple et sans vaisseaux de dérivation. Si donc quelques animaux résistent plus long-temps aux graves résultats d’une telle opération, voici quelles en sont les causes. D'abord il existe quelquelois des vaisseaux de communication et des anastomoses que les injections ne sauraient démontrer , encore que ces canaux accessoires fussent aisé-

ment perméables aux fluides vivans': car nul anatomiste n’a sans doute la prétention d'égaler l’art des injections au cours naturel des fluides pendant la vie. Ensuite beaucoup d'animaux ont la faculté de vivre long-temps sans manger; on cite pour notre espèce et pour beaucoup d'autres, des exemples étonnans d’abstinence. Les Animaux dormeurs , par exemple, restent des mois entiers sans prendre aucune nourriture , et ils vivent alors de leur propre sübstance. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi des animaux qu’on dit avoir survécu à la ligature du conduit thoracique ? La chose nous paraît d’autant plus naturelle, qu’une semblable opération trouble les fonctions, produit la fièvre; et l’on sait que lafièvre ôte tout appétit comme tout moyen de digérer. Mais on ajoute que plusieurs de ces animaux conservaient leur embompoint et la santé. À cela nous répondons que sans aucun doute le chyle est ordinairement absorbé par les vaisseaux dits chylifères; mais quand ces vaisseaux sont obstrués, est-il défendu de croire que les veines les remplacent? Nous avons cité une expérience à l'appui de celte prévention si naturelle : et d’ailleurs ne sait-on pas en combien d’autres circonstances nombreuses les veines absorbent ? ce sont elles , en effet, qui absorbent les liquides simples, les substances odorantes et colorées , les médicamens, les poisons : c'est par leur moyen que ces différentes substances manifestent leur présence dans les urines et le sang, et leur action sur différens organes, avant que le chyle n’en puisse offrir aucune trace. C’est de même par les veines que disparaissent si rapidement de l'intestin et de l'esto-

CHAP. VIII. SUITE ET PROGRÈS DE LA DIGESTION. 563 imac des quantités énormes de différens liquides ; pourquoi donc leur refuserait-on absolument.la faculté d’absorber le chyle? |

Mais un autre fait bien important, qui finit d’expliquer et de rendre vraisemblablés toutes les expériences contradictoires que nous avons citées, c’est qu’il paraît démontré que les vaisseaux blancs communiquent de tous côtés avec Îles différentes veines : tou tefois, comme ces communications ne sont pas égales, ne sont pas constantes chez tous les êtres de la même espèce, là même est l’origine de ces apparentes contradictions qui embarrassaient l'esprit.

CE QUE DEVIENT LE CHYLÉ : QUELLE EST SA DESTINA- TION; QUELS EN SONT LES USAGES, Nous venons de suivre le chyle depuis la cavité intestinale, où des vaisseaux l’absorbent, jusque dans la veine sous-clayière gauche où il se mêle et se confond avec Île sang. Circulant ensuite avec ce liquide , traversant les organes respiratoires, mis en contact avec l'air, mu par le cœur et réparti dans les vaisseaux àrtériels qui naissent de l'aorte, que devient-il dans ce long trajet, et quel parti en tirent les divers organes du corps? voilà ce qu'il serait important de savoir. Comme le sang éprouve sans cesse des déperditions pour la formation des humeurs et la nutrition des organes, il faut bien qu'il répare les pertes qu'il faits or le chyle, à cela près de la couleur, a tant d’analogie avec le sang, et par sa séparation spontanée en plusieurs parties, et par la fibrine qu'il contient, et aussi par l'oxygène qui le colore en rouge, qu'il est naturel de croire que ce fluide provenant des alimens digérés, se change en véritable sang lors de son passage à travers les organes de la res-

564 LIV. 1V. DE LA NUTRITION. 1 piration, et qu'à parlir de ces organes il a perdu tous les caractères qui le distinguaient du sang préexistant, Mais revenons à la nutrition. ‘

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