‹ Principes de physiologie comparéeChapitre 126 sur 141 · CIHAP. IX. CHOSES QUI LA MODIFIENT · texte numérisé non relu

CIHAP. IX. CHOSES QUI LA MODIFIENT

toujours des mêmes choses, mais réprenant l'usage du vin pur et étendu d’eau, ce lui fut assez de six jours de ce nouveau régime pour récupérer six Hivres de substance , c’est-à-dire un onzième en sus de ce qu'il avait perdu. I observa en outre qu'aucun äliment autant que les végétaux ne donne le désir et le besoin de boire. Voilà ce qui prouve l'influence dés boissons chez l'hommeé ; mais s’ensuit-il que de boire beaucoup soit chose favorable à lémbonpoint? Non, assurément; les faits chaque jour observés prouvent le contraire. Trop de boissons fatiguent Festomac et: nuisenit à la digestion des alimens. Le thé, les boissons chaudes, hâtent la digestion, mais c’est en l’entravant : après de pareilles boissons, les alimens traversent le pylore avant d’avoir été suffisamment chymifiés. A l'égard des alcoholiques et de tous les liquides excitans, épicés, salés ou acides, ces fluides favorisent la formation du chyle , en ce sens, qu'ils déterminent ua flux abondant des sucs intestinaux, gastriques, pancréatiques et biliaires; mais les boissons alcoholiques nuisent ensuite à la nutrition par l'excitation qu'elles causent à tous lés organes, en activant outre mesure les mouvemens du cœur; elles nuisent par lé sommeil, qu'elles rendent court ou qu'elles agitenL. Ajoutons encore , au sujet des animaux, qu’il en est qui re boivent jamais , ét ce sont presque lous dés Carnivores. Le Chameau aussi peut rester plusieurs jours sans boire , et cette abstinence de liquides ne paraît pas le faire souffrir : il est vrai qu’on trouve dans l'estomac de cet animal des espèces de poches dont la destination paraît être dé retenir des liquides en réserve , en s’eh remplissant et s’en imprégnant à la

wanière des éponges. Au reste, la plupart des animaux paraissent engraisser d'autant plus vite qu'ils prennent moins de liquides. Les Cheyaux et l’Ane, au rapport d'Aristote , font exception à celte règle, à raison peut-être de l'énorme quantité d'herbes grossières.et souvent sèches dont ces animaux se remplis-

sent sans relâche. On a coutume de supprimer peu-

à-peu Les. boissons aux Porcs et à plusieurs autres animaux , lorsqu'on veut les engraisser.

Aumens sozines. Îl n'est pas besoin de dire que les longs jeûnes et l’abstinence absolue amaigrissent : mais il faut rappeler que la privation d’alimens n'est pas également ressentie. par tous les animaux , ni toujours de la même manière par les animaux d’une même espèce, non ptus que par le mème animal placé dans des circonstances diverses. La jeunesse , les excès, Ja fatigue, les veilles excessives , les passions (alors que les paroxysmes en ont cessé) , la convalescence des maladies longues, les choses excitantes (après qu’elles ont produit leurs rapides effets), l'air sec et froid , et les climais et saisons où l’on en ressent l'influence , ce sont là autant de causes qui rendent plus grand et plus vivement ressenti le besoin d’alimens solides; et au contraire, la vieillesse, le sommeil prolongé, l'hivernation , le repos parfait, les bains chauds, diminuent ce besoin :: la faim abandonne l’oisive opulence pour tourmenter la pauvreté:

En général , les animaux carnivores supportent beaucoup mieux l’abstinence que les herbivores. Le Lion , les oiseaux de proie, l’Aigle en particulier les serpens, les Âraignées, tous ces animaux restent quek quelois des temps Lrès-longs privés dalimens ,.sans

CHAP. IX. CHOSES QUI EA MODIFIENT. 267 paraître beaucoup en souffrir : ils,sont seulement à cause de cela, d'ordinaire, plus maigres que les animaux se nourrissant d'herbes ou de fruits. Dans l’espèce humaine, on a vu des vieillards, surtout des femmes, rester des mois entiers sans prendre d’alimens. On cile un insensé mystique qui, s’imaginant: follement être le Christ en personne, resta les quarante.jours du carêine sans user d'aucun aliment quelconque ; il se bornait , sans jamais rien avaler, à promener des liquides dans sa bouche. L’humidité et l'obscurité , unies au repos , affaiblissent les effets de l'abstinence : un Chien qui était dans les circonstances que nous venons de dire, resta près de cinquante jours vivant sans rien prendre. Les hommes à imaginalion vive , et principalement les fous furieux, ont une faim dévorante , une digestion extrêmement énergique , et ils consomment des quantités énormes d’alimens : il en est de même des idiats. Outre que le bon sens et la sagesse enseignent la tempérance ; rien: ne distrait de la faim , après le sommeil qui labolit, autant que l'exercice assidu de la pensée,

Si chaque animal ne prenait d’alimens que tout juste ce dont il a besoin pour exister, la masse des destructions dans les deux règnes serait prodigieusement moins grande, et cela même prolongerait la vie de toute manière. Cornaro, dont on eitait Pin tempérance durant sa Jeunesse, s’assujellit à ne plus prendre chaque jour, à l’âge de quarante ans, quetreize: onces de liquides et douze d’alimens solides , anssi simples que ceux d’'Iccus; et cette diète sévère et constante lui permit de vivre par-delà cent ans. Il est à remarquer que les excès de tous les genres fati-

guent beaucoup plus, causent des maladies et abrègent l'existence , bien plus que les privations. Il est plus aisé, en effet, je parle de notre espèce, de satisfaire aux simples besoins de la vie que de se défendre de les outrepasser : il est si fréquent de confondre avec l’aiguillon de la faim les perfides saillies de la sensualité ! Disons cependant qu'il faut à chaque animal plus d’alimens que n’en exigent les pertes à réparer et les dépenses journalières de la nutrition; il faut, de plus que cela, un surcroît d’excitans pour stimuler les organes, et ce superflu de nourriture est lui-même nécessaire à l'énergie du corps, à - Ja plénitude de l'existence.

Il est beaucoup d'autres considérations importantes au sujet des alimens de l’homme et des maux qui résultent d’un régime mal ordonné ; mais ce n'est point ici le lieu de nous arrêter sur de tels sujets, et nous devons dire que c’est dans notre Physiologie médicale qu’il faut chercher des détails sur tout ce qui intéresse la conservation de la santé de l’homme et la prolongation de la vie.

TEMPÉRATURE; Saison; CuimaT. Il y a discordance quant à l'influence de la chaleur sur la nutrition des. divers animaux. Je veux dire que cette chaleur est utile aux animaux inférieurs et aux derniers des vertébrés, ceux qu’on désigne sous le nom générique d'animaux à sang froid; mais elle est nuisible à la nutrition comme à la digestion du plus grand nombre des vertébrés dæ premier ordre, des oiseaux et des mammiières. Je dis du plus grand nombre, parce qu'il y a quelques différences quant aux Oiseaux qui émigrent et aux Mammifèrés qui dorment des mois

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