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CHAP. IX, CHOSES QUE LA MODIFIENT

femelles, comme moins emportées et moins lascives, éprouvent à un moindre degré l’amaigrissement produit par l’effervescence génitale , on s’est imaginé de pratiquer la castration des animaux mâles, non pas seulement (chez quelques-uns) pour les rendre plus doux, plus susceptibles d'être apprivoisés, plus attentifs à la voix de l’homme et plus dociles à sa volonté ; mais dans le but principal de donner plus de volume et d'ampleur à leurs organes, en un mot plus d’énergie et plus de régularité à leur nutrition. Nous voyons chaque jour pratiquer de semblables opérations chez lés animaux destinés à nos festins, et même chez les poissons conservés dans les viviers. Il est sûr que ceux des animaux que l'on a ainsi privés des organes prolifiques, prennent plus de volume et plus d’embonpoint à proportion des désirs et des déperditions souvent excessives dont on les préserve, et de l’énergie vitale qu'on leur ôte. Encore que le besoin des sexes ait moins d'effets chez les femelles que chez les mâles, cependant, comme la gestation et l'allaitement chez les uns, la ponte et l'incubation chez les autres, ne laissent pas que de les amaigrir quelquefois excessivement, on en est venu à praliquer la castration chez les deux sexes en certains animaux destinés à flatter la sensualité des riches délicats. Par exemple, ce procédé est mis en usage pour des Pois sons, pour quelques Oiseaux domestiques et les Truies qui viennent de naître.

À ce sujet faisons une remarque. Nous venons de voir la castration utilisée pour favoriser Ja nutrition gt produire l’embonpoint ; ailleurs nous verrons précomiser le même moyen pour apprivoiser cer-

Ge ÉIV. IV. DE LA NUTRITION.

tains animaux ou sauvages ou trop ardens , pour réprimer les fougueuses saillies d’un caractère autrement indomptable; ailleurs encore, et dans notre propre espèce , nous verrons la castration venir aw secours de la défiance et du despotisme chez les peuples tyrars ‘et tyrannisés de l'Orient; et, plus près de nous, chez un peuple ami qui nous ressemble sans nous imiter, que nous estimons sans l’enviér, nous verrons Île cruel euneuchisme tourné en habitude, afin de charmer, par des sons plus suaves et plus mélodieux, les ennuis de l’opulence fatiguée dé plaisirs. Ainsi, la castration sert tour-à-tour, ou les besoins de la sensualité et de la gourmandise, ou l’amour du commandement, ou les justes craintes d’une jalousie cffrénée touchant des infidélités toutefois pardonnables; elle est tantôt un instrument d'oppression , de polygamie ou d’esclavage , tantôt une sauve-garde contre la coquetterie et l’inconstance des femmes rendues captives pour la plus grande volupté d'un seul, et tantôt un raffinement du luxe, un criminel caprice de mélomanie, ou un infâme reméde contre la satiété la plus déplorable.

Au rang des pratiques favorisant lémbonpoitit ; Aristote place l’insufflation ; il prétend qu'en son pays et de son temps on introduisait avec force de l'air sous la peau des Bœufs afin de les engraisser mieux et plus vite. Mais rien n’agit sur Îe bb ÉtaË de la nutrition autant que le brusque passage d’une grande fatigue au repos parfait, de l'agitation à l'indo- Jence, de l'inquiétude à la sécurité, et du jeûne à Fintempérance. Les bestiaux maigres qu’on mène au loig dans de gras pâturages, prennent un embonpoint plus

CHAP. X. QUESTIONS ET CONJECTURES. 53% rapide que ceux qui n'ont point bougé de ces lieux favorables : l’on voit ici la double influence et du repos succédant à la fatigue, et de la profusion d’alimens venant après f’abstinence. Il est beaucoup d’animaux que l’on fait ainsi préalablement jeûner plusieurs jours dans le but de les mettre plus vite en chair. L’obscurité aussi, et l'esclavage, sont favorables aux mêmes vues, et ce sont des moyens dont en use habituellement dans nos métairies, pour surcharger d'embonpoint des oiseaux et quelques quadrupèdes. Afin de rendre pour eux l'obscurité plus profonde, on va quelquefois jusqu’à aveugler les animaux qu’on veut engraisser jusqu'à l'excès : on recourt souvent à de semblables pratiques pour certains oiseaux de basse-cour;. et l’on peut observer qu’alors le foie de ces animaux est graisseux. Est-il quelque cruauté que la gourmandise ne fasse commettre!

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