É CHAPITRE PREMIER
Données incertaines sur la première origine des Animaux et des Plantes.
La première origine des êtres vivans est un objet de croyance bien plus que de démonstration, On a fait beaucoup de systèmes sur cette matière sans la rendre plus claire et plus compréhensible. La version Ja plus probable , à ne la considérer même que par des motifs humains, est encore celle de Moise. Si. l'on prend les six jours de la Genèse pour des siècles, les récits de l'historien sacré paraissent d’une grande vraisemblance : les recherches des savans modernes. en vérifient chaque jour l'exactitude. En fouillant dans les entrailles de la terre , on trouve des débris d'êtres. organisés d'autant plus simples qu’on pénètre plus pro fondément : lesincrustations de fougères et d'animaux radiaires se trouvent dans les terrains les plus anciens ; après cela viennerit des plantes plus élevées, des animaux plus complexes, des coquilles, des crustacés , des poissons et des reptiles; enfin, les ossemens fossiles de quadrupèdes et d'oiseaux ne se retrouvent que dans des couches récentes, et plus on approche de la surface, plus les êtres dont on voit
les dépouilles pétrifiées sont semblables aux animaux et aux plantes qui existent encore sous nos yeux. De ces faits bien avérés sont nés des systèmes bizarres. On adit que toutela terre étant primitivement à l’état fluide , les élémens des roches cristallines se précipitèrent et s'agglomérèrent d’abord pour former le noyau du globe ; qu'ensuite, dans le fluide baignant toujours sa surface , se développèrent des animalcules, des polypes, des mollusques, des poissons, etc., et que les dépouilles de ces différens êtres, nés les uns des autres, donnèrent lieu aux terrains calcaires. On a ajouté que sur les premiers rochers mis à découvert, se développèrent les premières mousses , les plus simples végétaux, el que de leurs débris vinrent les couches d'argile et de silex dont le globe terrestre est en partie formé. Demaillet et M. de Lamarck ont surtout insisté sur cette proposition, que tous les êtres sont nés des liquides dont notre planète fut primitivement composée ou seulement recouverte , et qu'ensuite les différens corps vivans sont venus les uns des autres en se compliquant par degrés. Âvec de pareilles idées, tout s'explique , la création successive des êtres aussi bien que la possibilité d’un déluge universel. Admettez, en eflet, que la surface de la terre, déjà habitée, vienne à se recouvrir d’eau dans tous ses points, la difficulté n’a plus rien d’insurmontable, puisqu'il reste encore . la plusgrande partie des êtres vivans. Outre les graines des plantes et les germes de beaucoup d'animaux que l'eau ne peut détruire, tous les animaux aquatiques, les infusoires, les coraux , les radiaires, les vers et les mollusques, les crustacés , les poissons et les oi-
46 LIv. 11. DE LA REPRODUCTION DES ÀTRES VIVANS.
seaux nageurs, beaucoup de reptiles et les cétacés, continuent de vivre pendant ce cataclysme général; les animaux aériens et terrestres sont les seuls dont la destruction soit inévitable ; mais comme, suivant nos auteurs , les animaux se reproduisent les uns des autres, vous voyez qu'il n'existe aucun embarras pour la reproduction des êtres détruits, puisque l’homme même, selon ces hypothèses , aurait commencé par ètre poisson.
Nous l'avons dit, tout absurdes qu'ils paraissent, ces systèmes reposent sur des faits certains, mais non probans (1) : il est sûr que les corps pétriliés les plus simples occupent les terrains de la plus ancienne formation ; les quadrupèdes et les oiseaux ne se trouvent que dans les couches les plus modernes, et l’on n'a encore trouvé en aucun lieu de débris fossiles de l’homme. Cela permet de penser qu'il fut le dernier formé des êtres, et cela même confirme les traditions de la Genèse et rend vraisemblables les systèmes dont nous venons d'esquisser les principales idées.
Mais c’est assez d'étudier comment se reproduisent les êtres actuellement existans, sans nous violenter en vain l'esprit pour dévoiler leur création première. Nous rechercherons plus loin par combien de causes physiques encore subsistantes les premiers êtres vivans ont pu être modifiés, et si les espèces connues aujourd’hui sont les mêmes, sont les seules qui vécurent autrefois et dont on retrouve en beaucoup de lieux . les débris fossiles.
(1) Voyez Telliamed (anagramme de Demaillet), Werner, G. Cuvier, d'Aubuisson de Voisins, Brongniart, et Je l’entateuque.