CHAP. X. GÉNÉRATION CHEZ LES REPTILES
et il devient un vrai reptile par ses membres, par ses poumons et toute sa structure, Seulement, il conserve Jlong-temps ses nageoires.
Dans les grenouilles et les crapauds, les étréintes des mâles sont vives et durent long-temps. Les bras des mâles sont appliqués sur les flancs de la femelle, et’lui forment comme une ceinture fortement serrée, ce qui ne laisse pas que de favoriser ses éfforts pour l'expulsion desœufs. Ces animaux (je parle des mâles) sont alors insensibles à la douleur comme à la farm et à tout autre sentiment que l'amour: On a beau les blesser ,. les amputer, les brûler avec cruauté jusqu'aux os, ils ne quittent leurs femelles qu'aux approches de la mort : on en a même décapité qui ne cessaient pas aussitôt pour cela leurs étreintes. Ils semblent conserver l’ardeur de la procréation aussi long-temps que la vie. C’est pendant cés embrassemens singuliérs que les œufs de la femelle sortent de son corps ; et le mâle ne cesse de les arroser de son fluide prolifique à mesure qu’ils paraissent au-dehors. Ces vives étreintes da mâle, ont une durée: variable comme la tempéfature du pays ou de la saison ; mais elles peuvent, continue jusqu’à dix jours, et mème par-delà. Îl paraît cependant que Roesel est parvenu à séparer ces animaux si ardens en coupant aux mâles les. petits tubercules de leurs pattes de devant : et c'est probablement d’an fait semblable qu'est vénue lopinion singulière que les grenouilles mâles et:les crapauds féeondent leurs femelles par le pouce gonflé de leurs membres antérieurs ! C’est pendant l’accouplement que sé fait l'expulsion des œufs, et c'est ünvéritablé accouchement pour les difficultés et la len-
teur des résultats. Le mâle , outre la fécondation qu'il opère , est un aidé indispensable à l'expulsion des œufs. Si on sépare la femelle du mâle avant que les œufs soient tombés dans le cloaque , alors tout accouchement est impossible. C’est encore ici une prévoyance de la nature, d’avoir uni et associé dans le mème acte et dans le même individu la puissance qui fait sortir le frai et celle qui le féconde.
Linné avait prétendu que dans aucun corps de la nature la fécondation ou l'imprégnation des germes ou des œufs n'avait lieu hors du sein de la mère : les reptiles dont nous parlons maintenant offrent la preuve du contraire. Les œufs de grenouilles et de crapauds re sont féconds qu’alors qu'ils sont sortis , et sortis pendant l’accouplement. Ceux qu'on arrache ou qu’on fait forcément sortir de l’intérieur du corps sont toujours stériles si l’on ne fait pas intervenir le fluide séminal du mâle. L'abbé Spallanzani, de judicieuse mémoire , a fait des expériences sans réplique pour prouver ce fait. Toutes les fois que cet habile physiologiste a tiré des œufs de grenouilles soit des ovaires, soit des .oviductés, il a eu beau les placer dans les circonstantes les plus favorables, ces œufs n'ont jamais rien produit ; mais ceux qui étaient sortis pendant l’accouplement étaient toujours féconds : au temps dit , des têtards en éclosaient. Il fit plus : pour s'assurer de l'intervention du mâle, il en cuirassa plusieurs au moment de l’accouplement ; il leur mit des calecons de tafetas ciré (s’inquiétant peu des railleries que ce genre d’expériences ne pouvait manquer d'attirer à un pieux abbé), et il vit qu’alors les œufs de ces reptiles restaient stériles. Il essaya