CHAP. X. GÉNÉRATION CHEZ LES REPTILES
d’arroser quelques portions de frai du fluide dont il trouvait ces petits caléçons mouillés, et il vit qu’il s’y développait alors des têtards. En transportant ces reptiles dans l’eau limpide d’un bocal, ou bien en les tenant accouplés dans sa main , il assista à cette aspersion des œufs de la femelle par le fluide prolifique du mâle , et constamment alors le frai était productif. Voilà même pourquoi l’accouplement de ces animaux est si long, le mâle ayant à féconder les œufs à mesure qu'ils sortent de la femelle. Spallanzani a trouvé en effet quaranle-trois pieds de long à un chapelet d'œufs sortis d’une seule grenouille, et cette masse de frai, composée de plus de douze cents œufs, avait été arrosée par le mâle successivement et de distance en distance. Cette sorte d’accouchement et de copulation , ce mélange de douleurs et de jouissances pour l’un des sexes, dure souvent l’espace de huit à quatorze jours. Cela est d'autant plus lent que les animaux frayent dans une saison ou dans un pays plus froid, plus long chez le crapaud que chez la grenouille , plus long en Allemägne qu’en Italie. Il y a eu , à l'égard de ces reptiles, les mêmes différences entre les résultats de Roesel et ceux de Spallanzani, qu'entre les expériences de Malpighi et celles du baron de Haller concernant la formation du poulet. Rien ne hâte ces choses comme la chaleur du climat.
Les embrassemens du mâle sont si violens dans cette sorte d'animaux, que la mort des femelles en est quelquefois le résultat : souvent du moins les oviductes se déchirent et les œufs passent dans le ventre ou dans la poitrine ; mais comme le: mâle n’a pu les
féconder au milieu des organes , il est impossible ‘ *
100 LIV. I. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS: qu'il s’y développe jamais de têtards , impossible Également que ces animaux fassent jamais de petits vivans.
Chez la plupart de ces reptiles le mâle reste accouplé et vivement uni à la femelle pendant la ponte de celle-ci, et s'il concourt à l'expulsion des œufs hors de leurs réservoirs, cela ne peut être que par les fortes pressions qu'il exerce sur les flancs de la femelle. Toutefois il ést une espèce de crapaud , je veux parler du Pipa, qui emploie ses pattes antérieures à tirer les œufs du corps de sa femelle et à les pelotonner avec adresse tout en les arrosant de l'humeur fécondante. Get animal, que ce genre d’instinct a fait surnommer le crapaud accoucheur, finit par placer ces œufs sur le dos de sa femelle , qui les porte dans autant de cellules creusées dans sa peau jusqu’à leur entière maturité, à-peu-près comme la sarigue et le kanguroo conservent leurs petits dans l'espèce de poche qui protège leurs mamelles. Ce crapaud est pour ainsi dire le didelphe des reptiles.