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© CHAPITRE XIL.
De la Composition et de la Structure de l'œuf avant et durant l'in- | cubation.
Pour ne pas compliquer ce sujet déjà assez difficile par lui-même , nous nous bornerons dans ce chapitre
104 LIV. IL. DR LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS. uniquement à ce qui concerne l’œuf des oiseaux (4).
Cette espèce d'œufest revêlu d'une enveloppe calcaire , poreuse, et dont la couleur varie suivant le genre d'oiseaux; mais la forme en est si invariable,, qu'on la cite pour modèle. Cette coque calcaire est doublée d’une épaisse membrane ; c’est la membrane commune de l’œuf. Au-dedans d'elle est l’Albumen oule-blanc d'œuf, au centre duquel se trouve le vitellus ou le jaune. Ce dernier a, comme dit l’illustre Haller , la forme de la terre 3; c’est un globe aplati vers ses pôles , lequel est de toutes parts entouré par Fal- bumen. Outre cela, toute la masse fluide de l'œuf est attachée aux deux bouts de la coque par des espèces de ligamens blanchâtres qu'on a nommés Chalazes. Le vitellus est la partie, ia plus légère de l'œuf, de sorte qu'il tend toujours à se rapprocher dela sur-: face ; mais la structure des deux chalazes est telle, qu’elle rend ce déplacement impossible tant quê l'œuf reste plein. Nous devons ajoutér que. le vitellus est entôuré d'une membrane fine qui lui est particulière; c’est elle qui empêche la diffusion du jaune. Une chose singulière , c'est que la cicatricule de ce jaune est constamment tournée vers le gros bout de la coquille : nous verrons avec quelles autres conditions cette première disposition coincide, et combien la nature se montre conséquente dans le plan de ses desseins.
Le premier effet de l’incubation est d’élever la Lempérature de l’œuf et d’en évaporer l'humidité à tra-
(1) Voyez Aristote, Fabrice d’'Aquapendente , G. Harvey, N. 8ténon,” A. Maitre- A , Malpighi, Lancisi , A. Haller, Needbham , Vicq- -d’ Azgr, Dutrochet, G. Cuvier, Prévost et Dumas.
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CHAP. XH. SYRUCTURE DE L'EEUF. 105.
vers les porosités de la coque calcaire. Il résulte de cela que l'intérieur de l'œuf diminue à-peu-près comme diminuerait un liquide qu'on ferait chauffer dans un vase inerte, Alors il se forme un vide dans l'œuf, et la membrane de la coquille se sépare en deux feuillets vers le gros bout. Le feuillet extérieur reste adhérentà cette coquille ; l’interne suit la chalaze qui le tiraille , et s'applique sur les parties fluides de l'œuf. Ensuite la chalaze affaiblie de ce feuillet de membrane s'en détache , et c’est alors que tout l’albumen gagne le petit bout de l'œuf et que le jaune se rapproche du bout opposé, de manière à exposer la cicatricule, où se trouve renfermé le germe du nouvel être, en contact avec l’air qui remplit le vide. Cela fait que la mème chaleur qui détermine le développement du germe, lui procure en même tempsles moyens de respirer dès les premiers instans de son accroissement,
Toutefois nous devons dire qu'il y a dans ce premier phénomène autre chose qu’un pur effet physique. D'abord rien n’explique la rupture d’une chalaze plutôt que la rupture de l’autre, si elles n'avaient été organisées en conséquence. Ensuite, ce n’est pas une chose physique que la tendance du jaune à se porter vers le gros bout de l'œuf; car nous avons dit que ce Jaune est plus léger que le.blanc, et l'on voit bien que le gros bout de la coquille, comme le plus pesant, doit tendre à devenir le plus déclive : il y a donc ici quelque those de vital.
Voilà.les premiers préparatifs pour la formation du nouvel être. Cependant on voit paraître des vaisseaux dans l'œuf aux environs de la cicatricule.. Ges vais-
seaux , qui forment bientôt une belle figure veineuse <
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en auréole , sont le premier indice de la vie du nouvel être ; mais est-ce de lui qu’ils proviennent? On ne voit encore. de vaisseaux nulle part ailleurs: ni dans l’épiderme du vitellus, ni dans la membrane par qui la coque de l'œuf est revêtue ; et à l'égard de la membrane moyenne et du chorion, nous verrons qu’elles proviennent du nouvel être , et que conséquemment elles ne précèdent point l'incubation. Lorsqu'on examine un œuf couvé seulement depuis trois jours , on s'assure , en dépouillant le vitellas de son épiderme, qu'il n’y a de vaisseaux que dans ce vitellus, c’est-àdire autour du germe qui s'accroît.
Mais Hiéntôl l'organisation de l’œuf éprouve d’autres changemens. Au lieu dé perdre de son volume, le jaune ou vitellus prend de l’accroissement, au point de rompre sa membrane propre : en même temps il devient plus fluide, moins consistant. Et comme . il n’a de rapports qu'avec l’albumen, et avec l’air par qui le vide de l'œuf est occupé, on conçoit que ce n’est qu'aux dépens de ces deux fluides qu'il peut s'accroître, car le nouvel animal dont il contient le germe ne peut rien lui fournir. L’épiderme du vitellus sé rompt spontanément vers lé quatrième jour de l’incubation , mais il est aussitôt remplacé par une autre membrane dont on aurait jusques-là vainement cherché les traces, tant le tissu en est délicat. Le jeune animal est renfermé sous cette fine enveloppe dujaune, il est de plus entouré d’une autre membräne qu’on nomme amnios, laquelle adhère à la tunique du vitellus vers le dos de l'embryon. |
Ainsi le vitellas a sa membrane comme le jeune fœtus ala sienne: voilà presque tout ce qu'on peut
CHAP. XII. STRUCTURE DE L'éUF. 107 voir vers le quatrième jour de l’incubation. Mais alors les choses se compliquent. L'amnios , dont nous avons vu le fætus entouré, ne lui forme pas une poche parfaite qui ne permettrait aucun accès. La disposition de l’amnios n’est point telle. Cette membrane adosse ses feuillets de manière à laisser, juste vis-à-vis de l'ombilic du fœtus, un espace tubuleux qui sert de passage au cordon ombilical, très-compliqué dans ce genre d'animaux. C'est par cet intervalle laissé par l’'amnios que le vitellus communique avec le jeune animal , et celui-ci avec tout l'œuf, Étudions maintenant comment se font ces communications réciproques de l’œuf et du fœtus.
Jusqu'au quatrième jour nous n'avions trouvé que la membrane commune de la coque et l'épiderme du jaune; mais bientôt le déploiement successif de l’allantoïde va former deux nouvelles membranes. Voici comment a lieu ce déploiement d’abord obscurément indiqué per le grand Haller ; et démontré depuis avec tous les caractères d’une véritable découverte par Dutrochet, lequel d’ailleurs ignorait absolument ce qu'avait énoncé Haller à cet égard. L’Allantoïde est une dépendance de la vessie : elle tient à celle-ci jusqu'à l'heure de l’éclosion par un canal nommé Ouraque; et, comine la vessie, elle est remplie >, à ce qu'on croit, par de l'urine. Ce sac urinaire sort de l’abdomen ‘de l'embryon vers le quatrième jour de l’incubation; elle traverse l'ouverture ombilicale entre les feuillets adossés de l’amnios , et, comme nous l’avons dit, en dehors de la cavité de cette dernière membrane. Ainsi c'est de l’intérieur même du fœtus que provient l’allantoïide, à laquelle nous verrons bientôt prendre un
108 BIV. If. DE LA REPRODUCTION DES ÈTRES VIVANS. grand accroissement. En même temps, dès la mème. heure , et pareillement à l’ouverture de Fombilie, on, aperçoit très-distinctement le pédieule aminei du vitellus qui va aboutir finalement dans l'intestin de l'embryon, de sorte que le jaune de l’œuf communique avec la cavité intestinale. Mais ce n’est pas tout: ce vitellus et son pédicule est entouré de deux membranes. Nous avons dit comment la première de ces tuniques se rupture à l'époque où le jaune.se dilate ; nous avons dit qu'une nouvelle tunique apparaissait au-dessous de l’autre après sa rupture : eh bien t ces deux membranes accompagnent le vitellus vers l'ombilic de l'embryon. La plus extérieure se joint avec le péritoine.costal du fœtus; la seconde , la plus interne , continue d'envelopper le vitellus jusqu’à Fintestin, et cile s'unit là avec cette partie du péritoinerqui. revêt. extérieurement le canal digestif. De cette. mapliène le. péritoine et Jes enveloppes du vitellus ne font qu'un; et si la tunique la plus superficielle du vitellusn’avait pas. d'abord été déchirée , le péritoine serait encore imperforé dans tous ses points. H est impossible. d’assisner l’origine de ces connexions du jaune avec: l'intestin du jeune animal, et du péritoine de l’un avec les tuniques de l’autre : on ne sait si cette parfaite union résulte de la fécondation de l'œuf ou seulement de l'incubation ; mais cette: connexion, tout mystérieux qu’en soient et la cause et le principe, n'en est pas moins du plus haut intérêt : c’est-là même vraisemblablement qu’est le secret caché de la génération.
Il suit de ce que nous venons de dire que le ielle communique avec l'intestin du jeune animal, et les
CAP, XII. STRUCTURE DE L'ŒUT: 105 ‘enveloppes de ce vitellus avec le péritoine ; de mème que la vessie du fœtus communique par l’ouraque avec l’allantoide. Or, nous avons laissé ces deux parlies, je veux dire le vitellus et l’allantoïide , renfermées dans la tunique du vitellus ; par conséquent, ces deux poches se croisent et s'enclavent l’une dans l’autre vers l'ouverture ombilicale. Cependant, vers le cinquième et le sixième Jour de l’incubation , l'al- » Jantoïde prend un plus grand volume : bientôt , dilatée de plus en plus par le liquide urinaire qu'elle renferme , elle finit par rompre la tunique interne du jaune , par se juxtaposer à la membrane commune de la coque et par lui adhérer. Après cela, elle se plisse en mésentère pour entourer les vaisseaux qu'elle rencontre sur sa route, et, continuant toujours à s6 dilater, elle parvient vers la fin du neuvième ou dixième jour à entourer l'œuf dans toutes lés directions, à-peuprès comme une goutte d'huile répandue surune pétité sphère s'étend de proche en proche jusqu'à en enduire bientôt tout le contour. L'endroit de l'œuf où les ex-. trémités de l’allantoide se rencontgent est le petit bout ; c’est en effet là qu'elle éprouve le plus de difficultés à s'étendre, à cause de la chalaze inférieure, qui jusqu'alors était restée persévéramment adhérente. Ge déploiement de l’allantoide autour de l'œuf produit deux membranes nouvelles : la plus antérieure est collée à la membrane de la coque ; on la nomme Chorion (Harvey ), ou membrane ombilicale ( Halier) : c'est la plus vasculaire des deux , et l’on dit qu’elle remplit à J'égard du jeune être l’usage à quoi serviront plus tard les poumons : c’est elle , dit-on, qui rougit le sang et qui l’imprègne d'oxvgène; elle opère une
sorte de respiration. L'autre feuillet de l’allantoïde est plus interne; il enveloppe à-la-fois le vitellus et l'embryon, et ce qui reste de l’albumen : on lui donne le nom de Membrane moyenne : celle-ci est plus mince et un peu moins vasculaire que l’autre. Le canal compris entre les deux feuillets de l’allantoïde est rempli par un fluide urinaire dont la source est probablement aux reins du jeune embryon. Ce qui avait mis obstacle à la découverte des deux membranes nées du déploiement de l’allantoïde , c’est qu’on avait confondu ce liquide urinaire avec l’albumen de l’œuf; et justement ce dernier diminue jusqu’à disparaître complètement à mesure que le liquide de l’allantoïde s’accroît. Ceci même est une harmonie remarquable. Puisque le liquide des reins augmente sans cesse , il fallait bien un espace où il pût s’accumuler sans inconvénient pour l'existence de l'embryon. Or, les deux feuillets de l’allantoïide s’écartent de plus en plus pour le contenir; ces feuillets vont même jusqu’à se séparer toutà-fait l’un de l’autre. En même temps, par un accord parfait, l’albumen est absorbé par le vitellus qu'il délaye et qu'il liquéfie , et le vitellus lui-même se dégorge dans l'intestin du fœtus; ce qui même est apparemment la principale source où ce dernier puise sa nourriture. Quant au jaune, il conserve toujours à-peu-près le même poids et le même volume jusqu’à la fin de l’incubation : il augmente plutôt qu'il ne diminue. Haller pesa le jaune d’un œuf qui n'avait que sept heures d’incubation , il pesait trois gros; il en pesa un autre qui avait éprouvé une incubation de cinquante-quatre heures, son poids était de quatre gros. Mais si le jaune augmente d’abord, si même il ne
CHAP. XII STRUCTURE DE L'ŒUF. til diminue guère avant l'éclosion, et si, rentré dans le ventre du jeune oiseau , on en retrouve encore des traces trente ou quarante jours après la naissance, il n’en est pas de même de l’albumen, qui diminue d’abord beaucoup et qui finit par disparaître en totalité dès le quinzième jour de l’incubation. Ainsi, le fluide qu’on trouve à l'ouverture d’un œuf déjà avaneé n’est point le blanc ou l’albumen; mais e’estle fluide urinaire de l’allantoïide. Cependant, vers la fin de l’incubation,. ce dernier fluide diminue pour faire place au fœtus. plus accru; et vers les derniers Jours de l'incubation , on ne trouve plus entre les deux feuillets de l’allantoide qu’un enduit visqueux, mêlé à des flocons calcaires. Nous examinerons plus tard comment il peut se faire que l'urine du poulet soit si abondante avant même que les reins soient visibles, tandis que ce fluide semble se tarir à une époque où les glandes qu’on en croit la source sont très-développées. Maintenant, nous devons parler des vaisseaux qui se distribuent dans la membrane de l’œuf.
Ces vaisseaux sont de deux sortes, veineux et artériels ; et ces artères ont deux sources différentes. Les vaisseaux du chorion et de la membrane moyenne sont les ombilicaux : ils naissent par trois troncs comme chez les mammiferes. Il y a deux artères qui proviennent des iliaques primitives du fœtus, et une veine qui va traverser le foie pour se rendre au cœur : enfin, je le répète, c'est comme pour les mammifères. Mais les vaisseaux du vitellus et de ses tuniques Ont une autre source , ils proviennent des vaisseaux mésentériques ; l’ouverture s’en fait
près du pancréas, et ils se rendent au vitellus en suivant le pédicule que ce dernier envoie à l'intestin du fœtus. Ceci offre la plus grande analogie avec ce que nous verrons en étudiant la vésicule ombilicale des maminifères. Il suit delà que les vaisseaux mésentériques sont les premiers visibles sur les membranes de l'œuf, puisqu'ils ne sedistribuent qu’au vitellas et à ses tuniques: Ce sont eux qui composent cette figure veineusé que Malpighi a vue dans l’œuf dès la douzième heure, et que Haller, Harvey et Sténoû n’ont aperçue que plusieurs heures plus tard. Mais les vaisseaux om- ” bilicaux ne laissent voir leurs admirables réseaux qu'’après plusieurs jours d’incubation ; et ce qui précède én fait deviner la cause : effectivement , puisque ces derniers vaisseaux ne se distribuent qu'aux membranes chorion et moyenne, autrement les deux feuillets de l'allantoide, ou voit bien que leurs réseaux ne peuvent être aperçus qu'après le déploiement de ce sac urinaire. Cela explique un fait bien naturel qui causait l'étonnement de l’illustre Haller : c’est que la figure veineuse est déjà bien dessinée au bout de quarante à cinquante heures, tandis que ce qu'il nomme le beau cercle veineux, c’est-à-dire ce vaste réseau de vaisseaux qui entoure l'œuf en totalité, ne se voit bien que du septième au neuvième jour.
Si maintenant nous récapitulons les différentes parties dont nous venons de faire l'histoire, nous aurons le tableau suivant :
L 5 - { La coquille, dont la forme est ovale et la substance poreuse : elle est de bature calcaire ét perméäble à l'air et aux fluides aqueux réduits en vapeurs par l'incubation. ee Le