‹ Principes de physiologie comparéeChapitre 48 sur 141 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Comparaison des OEufs de Reptiles et de Poissons avec les précédens.

11 paraît que les OEufs de vipère et ceux de tous les Reptiles qui ne subissent point de métamorphoses sont semblables aux œufs des Oiseaux : la seulé différence est qu'ils sont dépourvus d’albüumen. Mais on y trouve , comitie dans ceux des oiseaux, un vitellus logeant le petit embryon; on y trouve le pédicüle de ce même vitellus allant communiquer avec l'intestin

u fœtus. On y voit en outre la membrane commune de la coque, les deux feuillets de l’allantcide , la cavité de cette dernière communiquant avec l’ouraque et la vessie , et s'étendant par degrés, comme chez les oiseaux. Il y a de même un amnios entourant l’embryon, et deux sortes de vaisseaux : les mésentériques, destinés au vitellus, et les ombilicaux, se distribuant dans les feuillets de l’allantoide. Enfin les phénomènes sont'analogues comme la structure : on voit le vitellus rentrer dans l'abdomen des petits serpens qui sont près d’éclore, comme cela a lieu dans les ois*aux. On a parlé d’une autre analogie qui rapprocherait les vipères des véritables vivipares : on a dit que lorsque les œufs de ces animaux éclosaient dans leurs ovi-

ductes. le jeune embryon , entouré de ses mem- S*

branes , finissait par contracter des adhérences et par avoir un vrai placenta comme les mammifères ; mais il est bien probable qu'il s’agit là d’une apparence trompeuse admise comme réalité sans assez d'examen.

Ce que nous avons dit des œufs de serpens est également vrai des œufs de lézards et de tortues, à ce qu'on assure ; c’est-à-dire que tous les animaux qui ont des poumons dès leur première origine naissent d’un œuf pourvu d’une allantoïde. Au contraire , ceux des reptiles qui subissent des métamorphoses, ceux qui avant d’avoir des poumons n'ont d’abord que des branchies tant qu'ils sont à l’état de têtards, les grenouilles, les crapauds, les salamandres, ces animaux ont des œufs d’une grande simplicité et dépourvus d’allantoïde, tout comme les œufs ni poissons. Ces derniers téntilés ‘alors qu'ils sont à l’état d’embryon, n'ont pour toute enveloppe que là membrane amnios. Leur œuf ne contient ni d’allantoide, ni par consé# quent de membranes chorion et moyenne : on voit dans cet œuf l’ébauche d’un têtard de couleur noire ; ce têtard a un vitellus renfermé sous la peau et continu à ses inteslins : il n’envoie au reste de l’œuf ni vaisseaux ombilicaux ni vaisseaux mésentériques ; enfin il vit absolument isolé de sa coque. Voilà ce qu'a observé M. Dutrochet. M. Cuvier assure que la structure de l’œuf des poissons est en tout semblable : dépourvu des mêmes parties , il a la même simplicité, et l'embryon qu'il recèle est dans le même isolement.

Voici maintenant les conséquences physiologiques qu’on peut tirer de tous ces faits (1).

(1) Voyez Blumenbach, Hochstetter et Emmert, Viborg, Dutrochet, G. Guvier.

CAP. XIII COMPARAISON DES @EUFS. 1r77

Puisque les Têtards des grenouilles et des salamandres, puisque les Poissons ont des branchies , il leur est possible, dit-on, de respirer dans un liquide dès leur première origine : ils n’ont donc besoin ni d’un autre liquide que l’amnios dont ils sont baignés , ni d’autres organes que leurs branchies. Ils doivent respirer dans l’œuf comme ils respireront dans les eaux, car ils y trouvent un fluide analogue et ils y ont les mêmes organes. Mais la chose est différente pour les reptiles sans métamorphose et pour les oiseaux : ces animaux, n’ayant jamais que des poumons , ne peuvent assurément respirer dans l'œuf, car ïl faut de l'air à des poumons : cependant il faut bien que le sang soit respiré ; ce n’est qu’à cette condition qu’il sert à la vie, Lorsque ce fluide n’est pas aéré et rougi par la mère , comme dans les mammifères, il faut qu il le soit par le fœtus , comme cela a lieu pour les poissons et les têtards; et s’il n’est respiré ni par la mère ni par l'embryon, il faut qu’une partie de l'œuf lui-même subvienne jusqu’à l’éclosion du jeune animal à cette fonction nécessaire. Et d’abord on a prouvé qu'il se fait une espèce de respiration dans l'œuf : on a vu que le sang rapporté au fœtus du lézard et de l'oiseau par la veine ombilicale est plus rouge que celui qui-va du fœtus à l’œuf par les artères ombilicales. L’académie de Copenhague a cherché à faire éclore des œufs dans des gaz irrespirables , et elle n’a pu y parvenir : l’incubation n’a rien produit. D'ailleurs, il y a dans la structure même de l'œuf plusieurs particularités qui semblent indiquer qu'il s’y opère, une espèce de respiration : la coque est poreuse , tout près d’elle sont des tuniques très-yasculaires ét bai--

118 LIV. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÈTRES VIVANS. gnées d'un sang abondant ; et même l'incubation de l’œuf des oiseaux a pour premier effet d'y détermiper un vide, et ce vide feront un réservoir d'air bon à respirer.

Il se fait donc une espèce de respiration dans l’œuf des animaux privés de branchies; mais quel est l’organe de cette respiration ? I] est clair qu'il le faut chercher parmi les choses particulières à l'œuf des aiseaux et à l'œuf des reptiles privés de branchies à toutes les époques de leur existence. Or ce n’est ni l'amnios, ni le vitellus , ni la coque et sa membrane, puisque ces différentes parties sont communes à l’œuf des poissons et à l'œuf de tous les reptiles comme à celui des oiseaux. C’est donc l’allantoïde et ses membranes, c'est-à-dire la tunique moyenne et le chorion. Je dis que c’est J’allantoïde , car cette poche et ses tuniques n'existent que dans les œufs des animaux à poumons, dans les oiseaux, lés serpens, elc. Cette membrane recoit un grand nombre de vaisseaux, et l'air y a facilement accès à travers la coque criblée de pores. À la vérité cette poche n'étant pas de première formation , on peut demander par quelle autre partie elle est d’abord remplacée. On répond que jusqu’à l'apparition de l’allantoide, c’est le vitellus qui est en contact avec les parois de la coque ; et comme les enveloppes de ce vitellus reçoivent beaucoup de vaisseaux des mésentériques , il est probable qu’il a pour usage, à cette première époque, de remplacer Vallantoïde. Ainsi ce serait donc l’allantoide qui ferait l'office: d'orgaue respiratoire dans les œufs des fœtus à poumons. Cependant on peut faire quelques objec= tions à cette théorie remarqnable : on: peut d’abord

Page 1