CHAPITRE XVI
Les Êtres organisés engendrent-ils tous par une sorte d'œufs ?
Si l’on se rappelle ce que nous avons dit dans les chapitres précédens ,‘on verra que nous avons d’abord récasé comme improbablesles générations spontanées des corps vivans; qu’ensuite, pour les êtres dont'la génération est connue ,.nous avons vu les plantes à fleurs se reproduire par des graines, et les champignous et d’autres cryptogames, et même les polypes, par des espèces de gemmes ou de bulbes : nous n'avons ensuite trouvé dans la longue chaîne des animaux que des
CHAP, XVI OMNE EX OVO. 141 ovipares et des vivipares ; c’est une distinction qui date du temps d’Aristote, et qu'on voit établie dans les ouvrages de ce grand homme. La question , maintenant, est de savoir quelle idée on doit attacher à ce qu'on nomme œuf (1). Assurément , si nous prenions l'œuf des oiseaux pour type, il serait dificile d’en trouver. l'équivalent dans la plupart des autres êtres: il faudrait commencer par refuser cette dénomination d'œuf. aux gemmes des polypes et aux bulbes des plantes cryptogames ; car ces sortes de germes, composés d’une substance homogène , n’offrent ni enveloppes, ni compartimens, ni le principe essentiel et séparé d'un embryon ; c'est la totalité de ces petits corps qui reproduit les êtres entiers dont ils sont les premiers rudimens. Ne pouvant donc les assimiler aux œufs , nous ne verrions plus en eux qu'une sorte de bourgeons, ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce II° Livre. Mais si nous Appelons œuf tout corps duquel peut provenir un être semblable à l'être dont lui-même provient , les germes dont nous parlions à l'instant seroñt eux-mêmes des œufs, aussi bien que les graines plus compliquées des plantes à fleurs ; et il ne restera plus à examiner que les animaux distingués entr'eux par les noms d'ovipares et de vivipares.
Quant aux ovipares, leur nom , tiré de leur genre de reproduction , ne permet pas de mettre en doute que ce soit par des œufs qu'ils naissent et se perpétuent : la chose ne serait donc incertaine qu’à l'égard des vrais vivipares ou mammifères. Mais
(1) Voyez Aristote, lib. 1; et Harvey, Exercit. vxrr.
1/2 Liv. II. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.
comme nous avons vu ces derniers n'avoir euxmêmes pour origine que des espèces d'œufs ou de petites vésicules ; comme ces vésicules ont certainement leur source dans les ovaires, et qu'elles se manifestent, soit dans les trompes, soit dans la matrice, plusieurs jours avant que l'embryon n’y devienne visible , il en résulte que les vivipares, nonobstant leur nom, naissent d’un œuf comme les oiseaux, comme les poissons et les reptiles; qu'enfin c'était avec justesse et vérité qu'Harvey disait : Omne ex Ov.