CHAPITRE XVII. à Génératioif équivoque de l’Ornitliorhynque
L'Ornithorhynque de Blumenbach est un animal fort singulier à beaucoup d'égards (1) ; les détails de sa structure en font l'être le plus équivoque qu'il y : ait au monde. Quelques auteurs disent que, bien qu'il n’ait point d’ailes et qu'il ait des dents molaires, cependant il faut le ranger parmi les oiseaux à cause de son bec aplati, de ses pieds à ergots et de son cloaque. On dispute d’un bout de l'Europe à l’autre pour savoir si cet animal est ovipare ou vivipare : les uns tirent de son cloaque et de ses oviductes la preuve qu’il pond des œufs ; les autres soutiennent
(1) Voyez Shaw, Blumenbach, Everard Home, Geoffroy-Saint- Hilaire, Lamarck, Cuvier, Blainville, Tiedemann, Quoy, F. Meckel, Garnot et Lesson , Knox , Rudolphi, Van-Der-Hocven et Isid. Gcoffroy.
CHAP. XVII. GÉNÉRATION DE L'ORNITHORHYNQUE: 143 qu'il a des mamelles; M. Fr. Meckel a même décrit et figuré ces organes, et cela est un argument puissant en faveur de ceux qui affigment qu'il s’agit d’un vivipare. Néanmoins on réplique qu'on a vu les œufs assez gros de cet animal ; on ajoute que l'on prend pour des mamelles des organes étrangers à l'allaitement ; on va même jusqu’à faire entendre , assurément contre. les bons principes de physiologie, qu'un animal peut porter des mamelles sans être vivipare ! Toutefois la disposition de ses trompes utérines, la siructure de son bassin, les poils dont son corps est couvert (1), la similitude de ses quatre membres, et la longueur de son urèthre, toutes ces choses portent à penser que l’ornithorhynque est un véritable vivipare ou mammifère. Il est étonnant qu'après tant de voyages à la Nouvelle-Hollande, la difficulté dont nous parlons n'ait pas été résolue. Espérons que nos compatriotes MM. Quoy et Gaymard seront plus heureux ou plus habiles que leurs célèbres devanciers! On recoit à l'instant même (sept. 1828) de ces voyageurs infatigables, des lettres où l’on semble annoncer de grandes découvertes concernant la génération encore si conjecturale des ornithorhynques et des kanguroos.
Observons toutefois que l'ignorance où l’on est touchant la réproduction de ces animaux ne saurait détruire la conséquence du chapitre précédent : que ces êtres engendrent à la manière des oiseaux ou des mammifères, ils auront toujours une sorte d'œuf pour première origine.
(1) Voyez Aristote , de Animalibus : « Les animaux velus sont vivi-
pares. » Lib. I, cap. M