CHAPITRE XX VIL
Système des OŒEufs L'Embryon provient de la Mère. Swammerdam, Spallanzani , etc.
Je donnerai peu de détails sur le Système des OEafs, par la raison que l’ensemble de ce deuxième livre en renferme les divers élémens et en montre la
20/ LIV. I. DE LA REPRODUCTION, DES ÊTRES VIVANS. réalité { voy. le chap. xvr et ceux qui le précèdent}: Je rappellerai. seulement les recherches d’Aristote , de Parisanus, de Fabrice d’Aquapendente, sur la. formation de l'embryon des oiseaux; les.beaux tra- vaux d'Harvey, lequel adémontré que la cicatricule de l'œuf en est la partie essentielle, et:que:c'est delà que l'embryon tire son origine; je citerai l'ouvrage. si remarquable où Malpighi à prouvé que le poulet provient de cette cicatricule et qu'il préexiste même à l’incubation, puisqu'il l’a pu. découvrir dans des œufs, récemment pondus: enfin je cite encore les expériences de Swammerdam , de Roesel , de Spallanzani, sur les œufs de reptiles , et celles de Jacobi, de Réaumur et de Needham , sur les œufs des poissons, ceux, de quelques mollusques et des insectes.
Tous ces travaux sont parfaitement d’accord:
pour montrer que la plupart des animaux ont un, œuf pour première origine; mais ce n’est pas tout: outre les analogies que nous avons vu exister entre les œufs des animaux et les graines des plantes; avec ces mêmes œufs et les bourgeons des polypes, comme entre ces graines des plantes à fleurs et les bulbes visibles de quelques végétaux réputés cryptogames,, nous devons ajouter que toutes ces choses ont fait. penser que les mammifères eux-mêmes ont un œuf. pour premier berceau ou pour première origine. De Graaf, Nuck , Sténon, Valisneri, Haller et plusieurs autres anatomistes ont découvert cet œuf des. quadrupèdes ; ils en ont montré la roule et décrit les développemens. Buffon ayant douté de ces observations, d’autres physiologistesles ont répétéesetrendues irrécusables : nous avons rapporté ces différens faits.
CITAP. XXVII. SYSTÈME DES OEUFS. 205 ét nous en avons Liré la conséquence que tout être vivant provient d’une sorte d'œuf.
Mais tout en s’accordant sur ce point, que tout animal vient d’un œuf, la plupart des physiologistes modernes sont loin d’être unanimes relativement à l'opinion qu'ils se forment de la première origine des êtres vivans. Les uns pensent que l'embryon préexiste à la fécondation’, l'œuf lui-même et lui seul en renferment les premiers rudimens; d’autres attribuent les premiers élémens du fœtus à la liqueur prolifique du mâle par qui l’œuf a été fécondé; enfin il est des physiologistes qui pensent que le nouvel être résulte du juste et soudain concours de l’œuf de la femelle et de la semence du mâle, à-peu-près comme un courant voltaique compose de l'eau ‘avec deux gaz invisibles , ou'un cristal salin avec deux élémens die rens mis en contact.
Nous ne devons pas nous’dissimuler que la plupart des preuves qu’on a alléguées à l'appui de cette opinion que l'embryon préexiste dans l'ovaire des femelles, ne méritent pas toutes une égale confiance. Par exemple, on a dit avoir découvert les premières traces du poulet dans des œufs non cochés, mais ce fait ne paraît pas croyable : Malpighi a bien vu ces premiers rudimens du poulet dans des œufs qui n’avaient pas été couvés (fait que Haller à cru sans pouvoir s'assurer par lui-même de sa réalité ); mais aucun observateur digne de confiance n’a pu voir ces vestiges de l’embryon du poulet dans des œufs non féconcés. Il est bien, vrai qu'on trouve de petits ovules dans le Héceptäcle de quelques fleurs non encore épanouies et non fécondées par le pollen, et même Spallanzani
206 LIV. il. DE LA REPRODUCTION DES ÊTRES VIVANS.
affirme que ces graines ébauchées se développent sans le concours du pollen, dans des fleurs châtrées, il a été jusqu’à prétendre que ces graines peuvent müûrir et germer, mais nous avons dit dans le chapitre V ce qu'il faut penser de ces expériences de Spallanzani. Il est des animaux qui engendrent sans accouplement, la ehose est vraie; mais il faut remarquer que ces êtres sont hermapbhrodites, je veux dire qu'ils réunissent des organes mâles et des organes femelles dans le même individu. L'exemple le plus probant et le plus difficile à récuser est celui des pucerons : on a dit que ces animaux engendrent plusieurs fois sans accouplement ; que les femelles vierges, nées d’un premier accouplement, produisent à leur tour des femelles fécondes sans l'intervention d’aucun mâle : on a beau isoler chaque petite femelle aussitôt qu’elle est née , elle n'en produit pas moins des petits pucerons , lesquels produisent comme elle sans accouplement, et cela pendant huit ou neuf générations successives ; mais est-on sûr que ces femelles réputées vierges n'aient pas été fécondées dans le ventre de leur mère par les mâles de la même ponte? est-on sûr qu'aucun de ces petits animaux ne soit herwaphrodite? ne pourrait-on pas s'être mépris à l'égard des pucerons comme Spallanzani s'est mépris pour le chanvre ? je veux dire qu'on pourrait avoir pris pour des femelles, des animaux réunissant les organes des deux sexes.’ Plus j'ai confiance dans la logique de Bonnet , et plus je me crois obligé de me défier de ses observations. Enfin , sans parler de Littre, qui assure avoir observé les premiers linéamens très-reconnaissables de l'embryon dans la vésicule d’un ovaire
CHAP. XXVII. SYSTÈME DES OEUFS. 207 “le mammifère (observation évidemment controuvée, la chose n'étant supposable que pour une grossesse extrà-utérine ) , il ne reste plus que les observations -de Needham et de Spallanzani sur des œufs de pois- -sons-et de reptiles, qui puissent faire admettre que embryon est visible dans l’œuf des femelles avant le contact de la liqueur spermatique du mâle.
-Jecommence par avouer que ces dernières observätions, celles de Spallanzani principalement , ont un grand poids ; à elles seules elles établiraient la preuve que l'embryon préexiste dans l'œuf non fécondé : en effet, ces œufs présentent aussilôt qu'ils sont sortis, et même alors qu’ils sont dans le corps de la femelle, des embryons déjà noirs et discernables , et cependant le mâle ne les arrose de sa semence qu'après qu’ils sont pondus. Voyons cependant s'il ne reste pas quelque moyen de nier la chose. D'abord on pourrait dire que les points noirs des petits œufs de grenouilles et de salamandres, etc. , ne sont pas de “vrais fœtus ; mais il est évident que les tétards proviennent de ces points noirs progressivement accrus, et qu’on peut aisément reconnaître les vestiges d’un être animé dans les enveloppes dont ce point noir est ‘en partie formé. Une autre difliculté qu’on pourräit faire naître à l'égard de ces embryons préexistans , est «celle -ci : il est bien vrai , pourrait-on dire, que ces œufs sont arrosés de la semence du mâle après qu'ils sont sortis du corps de la femelle ; mais qui peut assurer qu'ils n’ont pas déjà été fécondés dans le corps de la femelle ? cela serait même d’autant plus probabie, que la plupart des espèces de reptiles dont nous parlons sont accouplés plusieurs jours avant la .
sénbi des œufs. La réponse à cette objection est facile : on pourrait admeltre que ces œufs de reptiles dans lesquels paraît déjà l'embryon ont été fécondés une première fois dans le corps même de la femelle; mais si l’on fait attention que ces embryons, tout visibles qu'ils sont, ne s’accroissent jamaislorsque le mâle ne les a pas arrosés de sperme à leur sortie de la femelle , il faudra bien convenir qu’ils n’ontencore recu le contact d'aucune semence; car il faut remarquer qu'encore que ces.embryons préexistent à la fécondation, cependant il leur faut le contact du fluide prolifique pour s’accroitre. Ainsi, qu’ils vivent déjà ou qu'ils soient inanimés, il est sûr que les embryons des grenouilles préexistent dans les œufs des femelles avant toute intervention du sperme: :des mâles; mais il est également certain qu'ils ne s’ac- Wa 7 jamais sans l'entremise , sans le contact du fluide séminal : tous les faits cités contradictoirement à ce principe. sont révocables.
Haller toutefois a beaucoup insisté sur un fait propre à établir, non pas que l'embryon se développe sans l'intervention du fluide: prolifique, amais qu'il préexiste au contact .de ce. fluide avec, l'œuf, Voici cette observation dont il a déjà été parlé dans un autre endroit de cet. ouvrage à propos dela structurede l'œuf des oiseaux. Nous avons dit que le, jaune ést revêtu de deux feuilletsimembraneux ,.de deux épidermes.assez faciles à démontrer à une certaine époque de l'incubation.: ilest certain que ces deux feuillets du jaune:le revêtent. dans tous.ses points, qu'ils accompagnent son, pédicule jusqu’à son union-avec le jeune fœtus, et qu'ils s'unissent, le feuillet extérieur avec le péri-
CHAP. XXVII. SYSTÈMR DES ŒUFS. 209 toine des parois abdominales, et le feuillet intérieur avec le péritoine qui enveloppe l'intestin. Or, demande Haller, est-il possible d'attribuer au hasard cette union’ si constaminent la même des enveloppes du jaune avec le nouvel être ? est-il raisonnable de croire spontanée une jonction aussi compliquée et dont le but d'utilité est si manifeste} Non, poursuit Haller ; il est plus naturel de penser que cette greffe a existé dès l'origine de l'œuf dans l'ovaire, entre les tuniques du jaune et le germe préexistant de lembryon; ou plutôt, ce fait seul est la preuve évidente que tout œuf contient dès son commencement les preiniers rudimens d’un petit animal. Ce n’est donc point le fluide séminel qui engendre instantanément l'embryon dans l'œuf; mais son rôle paraît être de lui
. donner la vie et la faculté de croître : aussi bien la @ ressemblance des jeunes êtres avec leurs deux parenrs prouve que tous les deux contribuent en quelque chose à leur production.
Ainsi le principe de l'embryon préexiste à la fécondation, tout invisible qu’il est dans l'œuf; mais il naît de là même de nouvelles et de grandes difficultés: car si tout œuf, même non fécondé, contient le premier germe d’un nouvel être, il faut admettre également que chaque embryon femelle porte en lui les germes inappréciables . mais nécessairement réels , de nouveaux œufs, et chacun de ces œufs, les germes d'autant de nouveaux embryons ; par conséquent la première femelle de chaque espèce recelait dans son ovaire la suite entière des générations futures : c’est un emboîtement, un enchâssement de gérmes propre à effrayer les imaginations les plus calmes et les con-
210 LIV. Il. DE LA REPRODUCTION DES ÈÊTRES VIVANS. sciences les plus crédules. Nous traiterons bientôt de celte hypothèse de l’'emboîtement des germes à l’infini, et cette question même nous obligera d'exprimer avec plus de précision que nous ne le faisons ici ce qu’il faut entendre par ces germes que nous supposons préexister dans des œufs non encore fécondés par le fluide séminal,
En
CHATITRE XXVI.
Système de Lccuwenhoek ou des Animalcules, Tout vient du Mâle.
Nous avons déjà parlé des animalcules de la semence , et fait pressentir qu'on a profité de leur ex- # cessive pettesse et de leur nombre prodigicux pour expliquer la génération ou la première origine du fœtus. Nous avons vu qu'une seule goutte de sperme en contient des milliers : Leeuwenhoek a supputé que la laite d’un seul poisson renferme un nombre plus orand de ces animalcules qu'il n’y a d'hommes à la surface du globe, en supposant même les différens pays aussi peuplés que l'est la plus grande partie de l’Europe.
Ces petits corps mouvans, nous l'avons dit, fixèrent l'attention de beaucoup de savans dès qu’une fois Lecuwenhoek les eut découverts. L'importance qu’on leur attribuait augmenta beaucoup quand on se fut assuré que la semence seule en contient, et seulement la semence des hommes pubères, capables de se procréer. Une fois qu’on eut constaté que ni les femelles ni les mâles, encore enfans ou déjà très-vieux, ma-
CIAP. XXVIII. SYSTÈME DE LEEUWENHOEK. 211 lades ou très-afaiblis, n'offrent rien de semblable, et que plusieurs oiseaux n'ont de ces animalcules que dans la saison de leurs amours, alors on n’hésita plus à attribuer l’origine de tous les animaux pourvus d'organes sexuels à ces pelits corps mouvans de leur semence; mais on proposa à ce sujet des explications très-diverses.
Les uns ont prétendu que ces animalcules sont autant de jeunes embryons; on a ajouté que ce petit ver s'accroît peu-à-peu dans l'œuf des ovipares ou dans la matrice des mammifères, et qu'il se complique successivement en subissant des métamorphoses, à la manière des insectes ou de quelques reptiles : on a dit de’plus qu'il forme autour de soi ces toiles, ces enveloppes dont Harvey a recherché l’origine dans la matrice des biches, à-peu-près comme le ver-à-soie protège sa larve d’un cocon ; mais d’autres personnes ont prétendu que ces animalcules spermatiques ont d’abord la forme exacte de l'animal qui les produit , de sorte que , pour devenir semblables à l’animal parfait, ils n’ont besoin que de croître sans subir de métamorphoses. Nous avons cité les singulières observations de Plantade , de Gautier, etc., desquelles il résulterait (s'il était permis d'y ajouter quelque confiance ) qu’on a vu des fœtus d'hommes, d'oiseaux et de quadrupèdes dans le sperme récent des mâles de ces différens êtres, embryons déjà assez formés, malgré leur extrème petitesse, pour offrir l’image très-ressemblante des animaux d’où ils émanent ou qu’ils reproduisent. Les auteurs dont nous parlons n'éprouvent quelque embarras que pour assigner un gite précis à ces fœtus en miniature. Or, pour ce qui
est des vrais ovipares , il faut bien qu'ils admettent qu’un animalcule se niche dans chacun des œufs déjà sortis ou encore adhérens de Ïa femelle; mais quant aux mammiferes, les uns conjecturent qu’un ou plusieurs animaicules se fixent à la matrice, et qu'ils s’y entourent de membranes, comme nous l’avons dit plus haut. La plupart ont préféré l'explication suivante : On suppose qu'un des innombrables animalcules du sperme , après avoir traversé la matrice et parcouru June de ses trompes, va se ficher dans l’une des vésicules de lovaire correspondant, et qu'il ne sintroduit dans cette vésicule qu'au moyen d’une petite ouverture à soupape , dont la valvule se ferme pour ne plus s'ouvrir aussitôt que l’animalcule est entré. D’autres personnes ( car nous ne nous soucions pas d’attacher des noms célèbres à des hypothèses qui choquent aussi manifestement le bon sens), d’autres auteurs, disons-nous, ont expliqué cela d’une autre manière : ils ont dit qu’il se fait une adhérence, une sorte de greffe entre l’animalcule et le petit œuf, aussi bien qu'une anastomose réciproque entre leurs vaisseaux. Îls ont cru expliquer par cette supposilion comment le nouvel être ressemble à sa mère come à son père, quoique ce dernier, selon eux, en fournisse entièrement les premiers rudimens. Enfin, d’autres physiciens ont prétendu que l’animalcule introduit dans l’une des vésicales de l'ovaire a seulement pour but, pour usage de former la moelle épinière du nouvel animal. Cette dernière opinion à été professée tout dernièrement encore par deux hommes d’un grand mérite. J’observe que, de quelque manière que l'on explique la formation des fœtus
CHAP. XXVIIL. SYSTÈME DE LEEUWENHOEK. 219 par les animalcuies de la semence , cette hypothèse n’est pas de nature à résister à un examen un peu se rieux. Voici, au rêste, les principales objections dont elle est susceptible.
Il est bien vrai que la semence des animaux orésente , dans l'âge de la fécondité, de petits corps mobiles qui semblent encore animés ; ais comme ces corpuscules perdent bientôt leurs mouvemens, si l’on admet que ceux des animalcules qui s'introduisent dans des vésicules de l'ovaire ont seuls la propriété de couserver la vie, il faut convenir que la cause de cette particularité étant inconnue, on ne fait ainsi que reculer la difficulté d’un degré: on est toujours forcé de se demander, ou comment le nouvel être acquiert la vie, ou comment il la conserve, si c’est un animalcule déjà vivant. D'ailleurs est-il naturel que de ant de milliers d’animalcules accumulés dans quelques gouttes de semence, il s’en tronve précisément un où plusieurs qui jouissent seuls de la faculté de s'accroître ? Cela est-il probable? Je sais bien qu'on cite le nombre immense dè certaines graines parmi lesquelles il n’en est qu'un très-petit nombre qui se développent ; mais existe-il une vraie similitude entre ces deux exemples? N'est-il pas évident que la germination de tes graines dépend de mille causes diverses à la réunion desquêles on peut donner le nom de hasard, tant elle est fortuite? mais la même espèce d'animal produisant toujours le même nombre de petits , n'est-il pas démontré par cela mème qu’une précision aussi constante dans l’œuvre ne saurait dépendre d’agens aussi multipliés que le sont les animalcules spermatiques ? J'ajoute encore que ces corps
mobiles sont si ressembians à ceux qu'on obtient de certaines infusions , qu'il est difficile d'admettre que les uns soient autrement vivans que ne le sont les autres ; et si l’on veul soutenir que ces animalcules se forment spontanément, ne faudra-t-il pas convenir que la formation spontanée du fœtus serait tout aussi concevable? f
Si lon avait fait atlention que non:seulement les animaleules ne sont pas proportionnés pour le nombre aux fœtus produits à-la-fois par chaque espèce , mais qu'ils ne sont pas proportionnés davantage au volume de ces animaux, de petits animaux en ayant de plus gros que d'autres animaux beaucoup plus volumi: neux; si l'on avait fait attention que l'on ne trouve jamais d’animalcules dans l’œuf fécondé des oiseaux, même lorsque la fécondation de l'œuf pondu date de dix-huit à vingt jours, il est sûr qu’on se fût épargné lant de soins et d'efforts pour faire prévaloir durant près d’un demi-siècle cette théorie singulière , due tout entière à l’admirable invention et à l'abus du microscope. Il est naturel de penser que lhabitude de contempler des corps si exigus a été pour beaucoup dans cette ferveur si générale €L si persévérante pour un système aussi inconséquent qu'improbable.
Cependant Leeuwenhoek était si convaineu que les cor puscules mouvans dufperme sont de vrais añimaux servant à la formation d’autres animaux plus parfaits, qu'il allait jusqu'à admetire qu'ils ont des sexes et engendrent ensemble. Il croyait avoir remarqué deux variétés d'organisation parmi eux, et il ne doutait nullement que les uns ne fussent des mâles et les autres des femelles ; il croyait aussi en avoir re-
CHAP. XXVIIT. SYSTÈME DE LEEUWERHOEK. 919 marqué de plus petits après ces prétendus accouplemens , et celle succession de générations lui servait à expliquer comment il avait pu trouver de ces petits corps vivans six à sept Jours encore après l'émission de la semence, car ces corpuscules ne conservent guère de mouvement au-delà de quelques heures. Mais remarquez que cette observation des sexes , de l’accouplement et de la reproduction des antmaleules, détruirait de fond en comble, si elle était avérée , les hypothèses de Leeuwenhoek, de Boerhaave et d’Andry. Effectivement, si ces petits corps s’engendrent entr'eux à la manière des animaux eux-mêmes, il est probable qu'ils sont analogues à ces derniers sous plusieurs autres rapports; or ces animaux ne s’'accouplent et n'engendrent que lorsqu'ils sont accrus , lorsque leur organisation est parfaite ; Loute métamorphose est désormais impossible, la chose est certaine , pour des animaux en état de s’accoupler : comiwent donc concoil-on que des animalcules assez parfaits pour se procréer, puissent éprouver subséquemment d'assez grands accroissemens, des métamorphoses assez considérables, pour donner naissance à des êtres qui sont des millions de fois plus gros qu’eux-mèmes | |
Cependant, la preuve, a-t-on dit, que la géntration est l’œuvre des animalcules, c’est qu’on trouve toujours de ces corpuscules mouvans dans l'ovaire des. femelles fécondées des mammifères. Je n’examine pas si cette observation a autant d’exactitude et de constance qu'on le prétend ; je veux seulement montrer qu’elle ne prouverait rien pour la chose dont il s’agit : car si lon admet que le sperme parvient jusqu'à
2316 Liv. IE DE £A REPRODUCTION DES ÈTRES VIVARS. l'ovaire pour en féconder les vésicule#, il est sûr qu'on doit trouver dans cetovaire les animaleules que. le fluide prolifique contient toujours et en si orand nombre. La présence des animaleules dans les ovaires ne prouverait donc qu'une chose, je veux dire que ces corpuscules Iadiquéraiepe seulement quelle voie suit la semence et jusqu'où elle s’introduit.
Je répète donc que l'hypothèse de LR n'est pas soutenable ; et s’il était besoin d’une preuve positive pour en établir la fausseté, on n'aurait qu'à se rappeler l'expérience suivante que nous avons déjà citée : Spallanzani prit du sperme de reptiles dont il avait soigneusement détruit tous les corpuscules mouvans, et cependant les œufs qu'il arrosa de cette liqueur vinrent à bien.