CHAPITRE PREMIER
Détails et Considérations sur l’Origine et les Progrès du Poulet dans
l'Œuf.
Nous allons exposer rapidement dans ce chapitre selon quels progeès se manifestent les différentes parties de l'embryon des oiseaux dans un œuf fécond soumis à l’incubation. Nous parlerôns des parties accessoires du nouvel être aussi bien que de ses organes essentiels ; et si nous commençons par le poulet, c’est parce qu'il a été observé, dès sa première origine, avec un soin, ävec une exactitude qu'il est impossible d'appliquer à aucune autre espèce d'animal.
Tout le monde sait que le jaune d’un œuf, même infécond, porte une tache blanche et arrondie à la surface du plus léger de ses deux pôles : c’est là ce qu’on nomme la cicatricule. Nous avons dit que Parisanus avait cru à tort que cette tache était formée par la semence du mâle , opinion d’après laquelle cette zône blanche serait un indice assuré de la fécondation de l'œuf ; et nous avons ajouté qu'Harvey avait détruit
CHAP. 1. VIE ET PROGRÈS DU POULET DANS L'ŒUF. 299 ce préjugé. Cependant il est vrai de dire que cette cicatricule du vitellus est plus épaisse et plus large dans un œuf qui a reçu l'influence du fluide séminal, qu’elle ne l’est dans un autre : mais c’est principalement l’in= cubation qui agrandit cette cicatricule dans toutes ses dimensions. Si nous parlons avant tout de cette tache du jaune, c’est à cause de son importance : c’est là, en effet, que se manifestent les premiers vestiges du jeune être. Au-dessous d'elle, on voit paraître , dès les premiers temps de l’incubation, un petit sac nommé follicule du jaune : c'est le premier indice de l’embryon, c’est la première marque de l’organisation commencante, Ce follicule ou bulle est manifeste dès le commencement de l’incubation ; Malpighi l’a même observé dans des œufs féconds qui n’avaient pas encore été couvés. Ce petit corps est d’une teinte blanche; on ne sait pas très-précisément si c’est là le sac ébauchré de l’amnios , et si l'embryon y est dèslors renfermé.
La membrane amnios , dont nous avons déjà parlé en décrivant la-structure de l'œuf, est apparente vers la douzième heure de l’incubation ; elle est adossée à la cicatricule et lui adhère. ‘
On a nommé halons, une sorte de cercles concentriques les uns aux autres, lesquels se forment et grandissent dans l’œuf durant les premières heures de l’incubation : on les observe dès la septième heure, et ils prennent ensuite un grand accroissement depuis cette, époque jusqu’à la quarantième heure. La chaleur ordinaire les fait également grandir. On ne
sait pas ce que deviennent ces halons ; bientôt
on les perd de vue : quelques personnes ont pensé que ce pouvait être l'origine obscure des vaisseaux.
L'embryon lui-mème est visible au microscope dès la douzième heure de l’incubation. Malpighi l’a distingué dès la sixième heure , quelquefois même il l'a vu avant que l'incubation eùt commencé ;. mais nous devons dire qu’en général les obervations de Malpighi ont devancé de plusieurs heures celles des autres observateurs , ce qui semble dû et à la'puissance de ses microscopes, et au climat plus chaud en Italie qu’en France, qu’en Angleterre et en Allemagne. Nous ferons les mêmes remarques pour les embryons des reptiles et les métamorphoses des insectes. Toutefois, nous l'avons déja dit, Malpighi lui-même n’a jamais aperçu aucun vestige d'embryon dans des œufs non fécondés. .
On a d’abord observé (1), vers la douzième heure, une tête dépassant supérieurement le follicule du jaune , et à celte époque, cependant, ce follicule avait plus de volume que l'embryon entier. Mais, à partir de cette douzième heure jusqu’à la vingtquatrième , l'accroissement du Jeune être est d'une rapidité extrème ; il est plus que doublé dans ce court période d’une demi-journée. À trente-une heures, læ tête du poulet paraît fendue : Haller dit que cela tient à la transparence des parties intermédiaires ; mais nous verrons à quelle loi générale ce fait appartient. Comme dans ces premiers temps de la
(à) Voyez Harvey, Malpighi, Haller , Maître-Jean , etc. , ete.
CHAP; LE VIE ET PROGRÈS DU POULEZ DANS L'@EF. 2/1 vié du poulet l'amnios à plus d’étendue qué l'embryon n’à de volume; celui-ci se tient dans une grande rec+ titude, son cou n'est point courbé. À quaränte heures ; la tête du poulet prend l'apparence d’un trèfle, eflet dû aux parties déjà cartilagineuses des prin? cipaux os du crâne: De quarante à quarante - huit heures ; la tête prend la forme d’une massue , à-peuz près comme Îes globules mouvans de la semence 3 elle est tournée vers lé pétit bout de l'œuf et incliz née verse côté droit de l'embryon. L’accroïissement qui avait été si rapide depuis la douzième heuré jus: qu'à la vingt-quatrième , ét même jusqu’à la quarantième , semble alors tout-à coup se raléntir: il y plus, l'embryon semble $'amincir à son inilieu (vers la cinquantièmie heure; et l’on devinera la cause de ce phénomène , si l’on se rappelle ce que nous avons dit du sac de Pallantoïde , qui commencé alors à sortir du poulet pour aller se répandre au-déhiors dé lüi: Environ à la cinquantième heure ; les mouvemens du cœur deviennent visibles ;:c’est vers lx soixanz tième que les courburés du tronc commencent à se dessiner; alors aussi la veine yugulaire devient manifeste. Les ailes apparaissent vers la soixante-ditième heuré ; le’ foie à la quatre-vingt-seizième, c’est-à-dire vers la fin du quatrième jour. Le cerveau est encore totalement fluide à Ia fin du cinquième jour; : A cent vingt-quatre heures ; à-peu-près'; apparaissent Îles rudimen$: des intestins, le rectum; le cæœcunr, etc. Vers la cent trentième heure ,le petit animal se meüt, par conséquent ses muscles sont formés ; et des nérfs ‘en Waversent le tissu, comme dû sang Farrose. Les poumons sont visibles à la cent trente-huitiéme heuré,
les reins à la cent quarante-deuxième ; alors aussi les intestins sont achevés ; ou, si l’on veut, toul-à-fait évidens : car cé Changement si léger dans les termes exprime deux-théories formellement opposées l’une à l’autre. A la cent soixante-huitième heure, ou septième jour révolu, le cerveau devient à moitié solide ou comme muqueux, Les côtes sont visibles au huiième jour : à cette même ‘époque ( la cent quatre: vingt-sixième heure), la tête forme environ la moitié de l’embryon ; elle est égale au reste du corps. Mais bientôt les parties inférieures du jeune animal prennent de l’accroissement. Au neuvième jour, onvoit paraître le sternum; au dixième, la vésicule bihaire: c'est à cetle époque que les plumes ‘commencent à poindre. Les yeux sont excessivement grands le: onzième jour ; et l’on peut les distinguer dès le quatrième. Les poumôns ne sont entièrement couverts, là poitrine n’est fermée qu’au douzième jour +: l'embryon:alors est long d'environ deux pouces. La rate n’est visible -qué, le: quatorzième jour : alors les poumons sont de toutes parts adhérens aux parois du thojax, qui; Comme nous l'avons dit, est maintenant achevé depuis deux jours. Le poulet semble chercher à respirer le quinzième: jour : il avait ouvert le-bec dès le huitième. À seize jours, l'animal a environ trois pouces ; à dix-huit: jours, il a trois pouces et:demi. Le dix-neuvième jouf, il commence à piauler , bien:que la coquille soit toujours intacte ; mais noüssavons qu'ilexiste de l'air dans l’intérieur de l’œuf., A! vingt jours, le poulet.est de partout.en contact avec 1ses membranes et la coque de l’œuf. Enfin, Féclosion se fait le vingt-unième jour. L'animal a alorsau moins
CHAP. L VIE ET PROGRÈS DU POULET DANS L'ŒUF. 2/43 quatre pouces, et il grandit ordinairement à-peu-près d'un pouce dans la quinzaine suivante,
On a supposé que l'accroissement du poulet était cent fois plus rapide le premier Jour que le vingtunième jour ; mais cette crue du jeune animal est encore bien plus lente après l’éclosion qu’elle ne l’avait été les derniers: jours de l’incubation, puisque, n'ayant que trois pouces environ le seizième jour; il en avait quatre le vingt-unième , et qu’il n’a augmenté que d'un pouce quatorze jours après sa naissance , c’est-à-dire le trente-cinquième jour de son existence entière. Nous verrons que ces progrès graduellement ralentis de la crue sont un des caractères communs à tous les corps organisés , à l’homme, aux animaux, et même aux plantes. C’est moins l'œuvre totale quicoûte à la nature , que sa conception et son achèvement.
Dans cette chronologie du poulet, nous n'avons fait qu'indiquer les organes à-peu-près dans l’ordre où ils se manifestent ; mais, dans le but d'enseigner plus précisément les changemens qu'ils éprouvent et leurs progrès, nous allons reprendre, un à un, chacun des principaux organes , et montrer comment ils naissent, à quelle heure et sous quelle forme ils se manifestent, enfin dans quel ordre et quelles proportions ils s’accroissent. |
Cœur. Haller a vu distinctement le cœur, encore incomplet, battre dès la fin -du deuxième jour :'il était blanc ou transparent, avait la figure d’un fer à cheval à convexité tour née vers la tête, était très: rapproché de celle-ci, et toujours entouré de mem branes dès sa première apparition. Il n’est engagé dans la poitrine que lorsque les parois en sont ache-
2 LV. UE. DE L'ACGROISSEMENT DES CORPS VIVANS. vées, ce qui arrive vers la cent quarante - deuxième heure. À quarante-neuf heures, on distingue deux vésiculés palpitantes qui s'envoient l'une à l’autre un sang coloré. L'une de ces vésiculés est formée par le ventricule gauche , l’autre présente le commencement de l'aorte, et voilà justement ce qui donne à l'ensemble de cesparties l'apparence d’une flèche colorée en rouge. Ce n’est ordinairement qu'à la cinquan: tième heure qu'on commence à apercevoir les trois points sautillans d'Aristote ; cesont trois vésicules rouges qui ne cessent de: palpiter, et qui sont formées par l'origine dilatée de Faorte, par le ventricule gauche qui alors existe seul, et par une seule oreïliette. Les battemens de l'oreillette précèdent les battemenis des deux autres cavités ; mais il est vrai de dire qu'il fant une vue bien perçante:, bien attentive, pour voir'le sang rouge passer de l'oreillette dans le ventnicale , encore bien que les parois de l'ouverture intermé: diaire soient incolores. Toutefois, on peut s'assurer que le ventricule et l'oreillette pâlissent au moment de leur contraction. %
C’est dans le haut de la veine cave continualion de la veine: ombilicale , que se PRE les oreillettes, du cœur, lesquelles commencent par ne faire qu’une seule cavité; mais vers la fin du qua trième, jour, on voit apparaître les prémières traces dela séparation des deux oreillettes : la gauche est d’abord la plus grande, elle déborde l’autre postérieurement, et bientôt ces deux cavités se prononcent et s'isolent de plus en plus. Toutefois, la gauche reste la plus, grande ordinairement jusqu’aw vingtième jour.