CHAP. TI. EMBRYON DE L'HOMME, ETC
que âge de l'embryon des mammifères offre l'équivalent de l’état normal d’une des classes inférieures, mais surtout des oiseaux, des reptiles ou des pee il en résulte que l’organe arrêté dans ses progrès, ressemble au même organe permanent d’une de ces classes. Ainsi, lorsque le cervelet ne se développe pas après le troisième mois de la gestation , alors il reste fort exigu, comme celui des reptiles. Si le corps calleux du mammifère ne s’unit pas vers le troisième mois, il reste disloqué ou inappréciable comme chez les oiseaux : également les tubercules quadrijumeaux du mammifère sont semblables à celui de l'oiseau , lorsqu'ils cessent de croître après le cinquième mois, c'est-à-dire, alors qu'ils sont creux, et formés de deux seules éminences. . | Le cerveau n’a pas, à l'époque de la naissance , absolument les mêmes proportions qu'il aura le reste de la vie : par exemple, le cervelet s’accroît depuis Pâge de deux mois, époque de sa première apparition, Jusqu'à l’âge de quarante ans : après cela il décline. Au temps de son apogée , le diamètre longitudinal l'emporte d'environ moitié sur de transvéhasie Or, ilest clair que puisque le crâne est de toutes ‘parts rempli par l'encéphale, une de ses parties ne ‘saurait prendre de l’accroissement sans que certaines ‘parties ne diminuent simultanément et dans la même proportion. % ORGANES DES sENs. Les paupières sont d’abord intimement adhérentes; elles sont collées au globe de l'œil : cette disposition persévère jusqu ’au septième mois. La sclérotique est si mince, si transparente dans ce premiersâge, qu'on voit clairement la choroïde à
298 LIY. 11. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. travers son tissu. La cornée, dans l'origine, est opaque , molle et très-épaisse ; elle ne s’amincit que vers le sixième mois; et c’est alors qu’elle devient transparente, La chambre antérieure n’existe pas d’abord , de sorte que la cornée n’est séparée du cristallin que par la membrane pupillaire, laquelle se montre distinctement à trois mois et disparaît à sept. L'humeur aqueuse n’existe donc primitivement qu’audelà de lamembrane pupillaire, entr'elleetle cristallins mais dès que celte pellicule estrompue par larétraction de ses anses vasculaires, alors l'humeur aqueusé reimplit la chambre antérieure de l'œil, dont l’espace est agrandi par l’amincissement de la cornée. L'humeur vitrée est fluide et rougeâtre dans les premiers temps; “elle prendensuite un peu de consistanceet surtoutdela limpidité. Le cristallin est d’abord tout fluide ; ensuite il devient peu-à-peu consistant ; sa forme est dès-lors sensiblement lenticulaire, c’est-à-dire très-convenable à la réfraction de la lumière à l'époque de la naissance, Nous parlerons ailleurs des progrès et des changemens subséquens.
Qui à l'Oreille, nous avons dit quels de.
mens elle éprouve dans le cours de la gestation. D'abord composée d’un simple pertuis presque imperceptible, ses partiés membraneusesetcartilagineuses se développent peu-à-peu. C’est vers trois mois que le labyrinthe commence à s’ossifier : les diverses parties du rocher croissent et s’endurcissent peu-à-peu, laissant entre les pièces osseuses dont elles sont formées des hiatus et des scissures destinées: à divers usages; et ce qu'il y a de plus admirable dans l’arrangement et les progrès de toutes ces parties,
CHAP. III. EMBRYON DE L'HOMME, ÊTC. 209 c’est que toutes s'adaptent avec une telle précision, qu'aucun des nerfs, qu'aucun des vaisseaux dont elles sont traversées n'en éprouve jamais ni compression ni contrainte, Les osselets du tympan s’ossifient de trois à quatre mois environ.
Le Nez offre à lextérieur les changemens que nous avons énoncés. Les progrès des parties intérieures ont beaucoup de lenteur : les lames criblées de l'ethmoïde, servant de passage aux innombrables filets-du nerf olfactif, ces lames ne sont point encore ossifiées à l’époque de la naissance. Alors non plus il n'existe pas encore de sinus.
Nous savons que la Bouche ne se ferme que vers trois mois; et cela est dû au développement des lèvres, qui ne datent que d'alors. Les lèvres ellesmêmes offrent, dans le premier âge de l'embryon, des particularités qui rendent compte des maladies oa des difformités dont elles sont quelquefois le siége dans l'enfance : l'inférieure est échancrée assez largement à sa partie moyennes et la supérieure , au lieu d’une , présente vers son bord libre deux échancrures analogues mais latérales, que sépare l’une de l’autre un lobe mitoyen. De*là au bec de lièvre il n’y a qu’un pas. Quant à la mâchoire inférieure, nous avons dit combien l’ossification cemmencante en est précoce.
Les Dents ont déjà leurs premiers germes visibles: dès avant le deuxième mois de la gestation. Ce sont alors comme de petites vésieules membraneuses et: d'une ténuité excessive : elles tiennent cependant déjà à des filets de nerfs et à des vaisseaux distincts. À quelque temps de là ; on aperçoit une petite bulle.
900 EIV. fi. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.
membraneuse, formée: de deux lames, et servant d'enveloppe à une sorte de petit corps apparemment composé de nerfs et de vaisseaux. Toutes ces choses augmententpeu-à-peu, et l’endurcissement commence vers le troisième mois. II faut dire aussi que ce petit sac, où se rendent des vaisseaux et des nerfs, tient: par une de ses extrémités à la gencive de l’alvéole qui la renferme. Voici maintenant dans quel ordre ont lieu les progrès d’ossification pour les différentes dents; nous ajoutons que les premières à s’ossifier sont de même les premières à sortir; et cette règle, une fois posée, va nous éviter des répétitions. La première dent incisive, à commencer comme on le fait ordinairement par la ligne médiane ,'est la première à s’ossifiers ensuite , et à des intervalles égaux pour toutes les dents, c’est la deuxième incisive qui s'ossifie, puis là première molaire, la canine, et la dotés molaire. Cette dernigre dent s’ossifie ordinairement vers ke sixième mois. Nous venons de citer cinq dents différentes # prises d’un seul côté; il n'est pas besoin d’ajouter que la chose est pareille pour celles du côté opposé de la même mâchoire : eet ordre est également semblable pour l’ossification et l'évulsion des dents correspondantes de la mâchoire supérieure ‘(car nous parlions de l'inférieure). Toutefois nous devons dire que celles de la mâchoire inférieure précèdent presque toujours les dents analogues et correspondantes de l’autre mâchoire. Nous ferions aussi justement la même remarque pour les dents de deuxième formation, ou de sept ans. Voilà done déjà vingt des premières dents dont nous savons l’ordre de succession. Ajoutons à ce qui pré-
CHAP. III. EMBRYON DE L'HOMME, ETC. JO1 cède que la solidification commence pour chacune par le sommet de sa couronne ; et que cette ossification est-simple , à base unique pour les'incisives et les canines, tandis que, pour les molaires, il ÿ a autant de centres osseux primitifs que ces dents ont de racines. C’est lorsque cette portion osseuse des dents est achevée , que l'émail vient peu-à-peu en revètir la couronne, c’est-à-dire toute la partie qui doit se trouver exposée à l'air après l’évulsion. À l’époque de la naissance, ces vingt dents ne sont encore ni tout-à-fait achevées ni sorties, du moins cela est fort rare. La couronne des incisives est dès-lors complète, mais celle des canines et des molaires n’est encore qu'ébauchée. | |
SQUELETTE OSssEUx. L'ossification ne paraît pas commencer avant la sixième semaine. On peut citer dans l'ordre suivant les premières pièces ossifiées du squelette : la clavicule , Ja mâchoire inférieure et la supérieure, ensuite le fémur, l’humérus, le tibia, les. os de l’avant-bras , le péroné , etc. Toutes ces ossifications commencantes se succèdent à quelques jours d'intervalle. Il faut ajouter que ce que nous disons ici de l'ostéogénésie de l’homme est vrai, à de légères variations près , du squelette de toutes les classes d’animaux vertébrés comme du sien. Ainsi donc, quoique nous. ne devions citer que l’homme dans ce paragraphe traitant des progrès de l’ossification, nous y avons en vue tous les animaux à squelette.
Environ quinze jours après la clavicule, on voit s’ossifier la colonne vertébrale : ce sont les apophyses des vertèbres qui commencent à s'endurcir; après cela
vient le corps ou partie épaisse des ‘vertèbres ; mais
502 Liv. lI, DE L'ACCROÏSSEMENT DES CORPS VIVANS. toutes ne s’ossifient pas à-la-fois : ce sont les cervicales qui commencent , et ensuite celles qui viennent après progressifement du haut jusqu’en bas, Celles du sacrum sont encore carlilagineuses le quatrième mois. Cependant ce que nous venons de dire pour les progrès de l'ossification des vertèbres n’est vrai que pour leurs apophyses ; car le corps des deux premières cervicales est encore cartilagineux à quatre mois et demi. L’anneau de chaque vertèbre ne s’achève que par la rencontre des points osseux de son corps avec les points osseux de ses apophyses : cette réunion s'effectue d'abord dans les vertèbres dorsales. Il faut ajouter que le corps des vertèbres n’a pas un point unique d'ossification ,; mais toujours deux points latéraux. protons confondus.
Les côtes commencent à s'ossifier environ quinze jours après la clavicule et quinze jours avant les vertèbres; mais le sternum, plus tardif, est encore tout cartilagineux à quatre mois et demi; à six mois, trois de ses cinq parties osseuses sont déjà ébauchées , et toutes les cinq le sont vers l’époque révolue de la naissance. Cescinq portions osseuses du sternum commencent quelquefois par neuf points d’ossification.
La tête est fort compliquée dans son accroissement. Ordinairement l’occipital commence à s'ossifier quelques jours avant la colonne vertébrale ; c’est J'occipital proprement dit qui débute ; après cela ‘viennent les condyles de cet os , à l'époque à-peuprès où les vertèbres s’ossifient; puis l’apophyse basilaire : en tout huit points d’ossification pour l'occipital , dont quatre pour la partie supérieure , lesquels sont encore distincts à la naissance. Les
CHAP. Il. EMBKYON DE L'HOMME, ETC. 903
points osseux du sphénoïde sont encore plus nombreux, à raison de la multiplicité de ses apophyses,
Ces différentes parties se réunissent vers le huitième mois de la gestation. Le vomer se développe
peu de jours après l’occipital ; et le frontal, les pariétaux et la portion écailleuse du temporal commencent également à s'ossifier peu après l'occipital,
quinze joursenviron après la clavicule ; mais ne fixons pas de terme absolu , à cause des variations que cela éprouve selon les individus. Le reste des os de la face
sont presque tous contemporains de ceuxidgnt nous
venons de parler ; l'os incisif n’est visible qu’alors,
encore n'est-il que peu de temps distinet, à raison de
sa prompte soudure avec l'os maxillaire supérieur. La mâchoire inférieure est le premier ossifié des os de
la face ; et cependant il est encore formé de deux portions distinctes vers le terme de la gestation. L’hyoide,
l'apophyse slyloïde et les cartilages du larynx ne s’ossifient jamais qu'après la naissance.
Quant aux os des membres, la clavicule est le premier à s'ossilier; l’omoplate ne vient guère que douze jours après : son premier point osseux est placé à la racine de l’apophyse acromion ; l’apophyse coracoïde ne s'ossifie qu'après la naissance. Nous avons dit que l’humérus s’endurcit et s’ossifie un peu après le fémur ; à la naissance, ce dernier os présente un point osseux très-petit à son extrémité inférieure ; il est le premier des os longs à présenter une épiphyse osseuse. Le péroné s'ossifie un peu après les os de l'avant-bras, et le tibia au même temps que le fémur, Les os du carpe sont entièrement cartilagineux à l’époque de Ja naissance, mais l’astragale et surtout le
504 Liv. II. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.
calcanéum sont déjà en partie osseux à quatre mois et demi. Les os du métacarpe, du métatarse et des
phalanges, commencent à s’ossifier peu de temps
après le péroné. Mais c'est déjà trop de détails sans intérêt : nous exposerons plus tard quelques-unes des lois de l'ossification du squelette.
FLuIDES ET HUMEURS DE L'EMBRYON. Nous ne devons pas parler de l’amnios des mammifères , il est trop analogue à l'humeur du même nom que nous avons vue dans Le oiseaux ; seulement nous remarquons que la nature derce liquide n'a Fe toujours élé bien appréciée, par la raison que voici : les chimistes ont presque tous confondu, dans leurs analyses, le fluide de l’amnios avec le fluide de l’allantoide , et il est résulté de là qu'ils ont admis dansle premier des principes qui n’existaient que dans l’autre ; mais un jeune chimiste de beaucoup de mérite, M. Lassaigne , a signalé cette inexactitude en l’évitant lui-même. Au reste, ce que nous disons ici ne concerne que les mammifères, car l'œuf humain n’a pas d’allantoide. Quant au fluide de la
vésicule ombilicale , il a beaucoup d’analogie avec lé
vitellus de l’œuf des oiseaux; on sait d’ailleurs qu'il n’en reste bientôt plus de traces dans l’œuf humain,
mais la quantité en est énorme dans quelques, mam-
mifères. J'ajoute que ces différens liquidés sont produits par les membranes qui les renferment. Il y a encore l’humeur sébacée dont la peau est enduite vers les derniers temps de la gestation : quelques personnes ont pensé que ce pouvait être un dépôt des
eaux de l’amnios déjà partiellement absorbées ; mais il paraît plus vraisemblable que ce fluide soit dû à une sécrétion particulière des petites g slandes que le
CHAP. III EMBRYON DE L'HOMME, ETC. 305 tissw de la peau renferme. Je dirai même chose du méconium , lequel occupe successivement toutes les parties du canal digestif : il ne résulte évidemment, ni des eaux de l’amnios résorbées ; ni de la bile qui flue de bonne heure dans l'intestin ; c’est une sécrétion particulière à ce canal. Je dis que le méconium est une sécrétion locale , car on trouve également de ce liquide au-dessus et au-dessous des oblitérations accidéntelles du conduit digestif. Il est sûr, en effet, qué lé méconium qui se trouve au-dessus d’une obli- tération originaire du pylore ne saurait provenir de la bile, et que celui qui se trouve au-dessous ne peut provenir des eaux de l’amnios. C’est donc une production spéciale, et particulière au fœtus. Mais c'en est assez-sur ce sujet ; parlons maintenant des Fonc+ tions. |
Nurririon. Îl est intéressant de rechercher d’où l'embryon tire les matériaux qui servent à le nourrir et à l’accroître; or les opinions ne sont pas unanimes à ce sujet. Toutefois personne neimet en doute que le sang de la veine ombilicale ne soit ici de la plus grande importance. 11 est certain que l’origine de ce vaisseau date des premiers jours de l'existence du fœtus ; il est certain que le cordon ombilical a des communications plus ou moins directes avec les vaisseaux de limère , et qu’à cause de cela il apporte de la mère au fœtus des alimens tout préparés et facilement assimilables ; enfin l’on ne peut douter que des artères ombilicales ne reportent dans le placenta un sang fort différent de celui qui circule vers le fœtus par la veine, De pareils faits sont probanñs , ét personne ne les nie. Mais on a dit que la nutrition du fœtus avait
306 riv. II. DE L'ACCROIÏSSEMENT DES CORPS VIVANS.
d’autres sources que le sang de la mère, d’autres voies que le placenta et le cordon ombilical, On a -beaucoup attribué, tantôt à l'eau de l’amnios, tantôt à la vésicule ombilicale : il est sûr que cette dernière doit servir à PAC Rte de l’embryon, puisqu'on là voit peu-à-peu disparaître à mesure que le fœtus prend du rat il est probable aussi que l’eau de
l'amnios s’introduit quelquefois dans le conduit di-
gestif du fœtus , surlout lorsque celui-ci se trouvé dans une position extraordinaire, je. veux dire la tête en haut; mais comme on a vu des embryons s’accroître quoiqu'ayant les ouvertures :oblitérées jusqu’à la naissance, on doit en conclure que la nutrition ne peut avoir constamment et uniquemeñt une source pareille. Quelques personnes ont aussi pensé qu'une partie des eaux de l’amnios se trouvait absorbée par la peau du fœtus, chose aussi difficile à prouver qu’à infirmer. La vésicule ombilicale et les vaisseaux ombilicaux , telles sont apparemment les principales sources de la nutrition du fœtus depuis ses commen cémens jusqu’à sa mise au Jour. 3 | ResrimaTioN.. Il est évident que l'embryon des Oiseaux éprouve üne sorte de respiration dans l'œuf ; mais cela n’est pas aussi manifeste pour le fœtus des mammifères. fci Fair ne peut être absorbé-ni par les pellicules d’un vitellus, ni par les feuillets déployés -de l’allantoide ; il ne peut pas dayantäge s’introduire directement dans les poumons. Ce qu'on a dit des cris du fœtus dans la matrice, au sein de l’amnios , est justement réCusé par tous les physiciens judicieux. “Cependant il faut bien que le sang du fœtus soit rejorivélé ; il faut qu'il soit imprégné d'air et d’alimens
CHAP. YU. EMBRYON DE L'HOMME, ETC. 907 nouveaux ; et tout porte à croire que l'embryon respire comme il se nourrit. Mais il y a presque autant d'opinions différentes que d'auteurs, touchant le mode de la respiration du fœtus; tant ilest vrai que tout n’est que dissentiment hors du témoignage des sens et hors des voies de la nature. On prétend, par exemple, que le sang de la mère est une sorte d’atmosphère où le sang du fœtus puise l'air indispensable à sa propre confection; on prétend qu’il y a dans les membranes fætales des espèces de vaisseaux qui sont occupés à décomposer l’eau de l’amnios pour en exiraire de l'air respirable; d’autres personnes, persuadées que le sang de l’embryon continue toujours de communiqueravec le sang de la mère, admettent tout simplement que la respiration pulmonaire de cette dernière suffit aux deux êtres; enfin il est des auteurs qui, considérant l’'aralogie apparente du sang veineux et de l’artériel dans le fœtus , concluent de cette similitude originaire de deux fluides devenus plus tard si différens, qu'il n’y a aucune respiralion dans l'embryon des mammifères. Le fait est que les deux sortes dé sang sont analogues pour la couleur , que celui des artères est rembruni comme celui des veines. MM. Baër et Rathke ayant sigualé dans ces derniers temps des espèces de branchies dans les embryons des animaux vertébrés, notamment dans l’homme et les mammifères, on en a conclu que vraisemblablement ces organes avaient le mème office qu'ils ont toute la vie dans les poissons et les autres animaux aquatiques; et que, l'embryon se trouvant baigné de liquides, sa respirationsapparemment s'exerce d'abord comme celle des poissons. Il y a encore beaucoup à faire à ce sujet : à force
508 LIv. IIf. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.
d'observer assidûment les faits, on finira par rendre aux conjectures le discrédit qu elles méritent, Cincurarion. Nous savons déjà, par ce que nous avons dit. du cœur et des vaisseaux du fœtus, en quoi sa circulation est. différente de celle des animaux adultes : ces particularités sont d’ailleurs à peu de chose près pareilles pour les oiseaux et les mammifères. Au reste, ce qu'on a dit du premier passage du sang veineux, venu du cordon ombilical, à travers le trou de botal, sans se mêler à la colonne de sang que la veine cave supérieure verse dans l’oreillette droite , celte assertion, disons-nous, est beaucoup trop absolue pour n'être pas un peu exagérée. On peut voir dans notre Physiologie médicale les détails relatifs à la Circulation du sang dans le fœtus : ce que nous y avons dit de l’homme, s'applique avec de bien légères variations à tous les mammifères. ORIGINE DE LA vie. Les jeunes animaux ne jouissent d’une vie indépendante et pleinement individuelle qu’au moment de leur naissance, alors qu’ils ont rompu toute union avec les organes maternels. Cependant il est sûr que le jeune être est doué d’une sorte de vie dès ses premiers commencemens : car, comment s’accroîtrait-il, comment deviendrait-=il adhérent, comment ses divers organes prendraientils graduellement une apparence-de plus en plus manifeste? La vie fœtale date donc de l’époque même de l’imprégnation spermatique du germe ou ovule maternel. Toutefois on ne peut juger de la vie que par des manifestations évidentes, je veux dire par les mouvemens du cœur ou des muscles: or, ces phénomènes indiquant la vie, n'ont rien de fort précis
CHAP. 11. EMBRYON DK L'HOMME, ETC. 309 quant à leur origine. Le cœur du poulet a des paipitations évidentes dès la quarante-huitième heure ; mais celui des jeunes mammifères ne se meut pas ostensiblement avant le quatorzième jour pour les uns, et le trenitième pour les autres. Il est d’ailleurs probable que le cœur se mouvait déjà avant l’époque où l’on peut l’apercevoir; car l’extrème petitesse et la transparence qui le rendent d’abord invisible , ne sont pas des circonstances propres à l'empêcher d'agir et de palpiter plus tôt. « C’est la semence du mâle, disait » Haller, qui anime, qui donne la vie au fœtus ; et ce » fœtus est vivant, quand son cœur a du mouvement. » Or, comme ce physiologiste admet que le cœur préexiste tout formé dans le fœtus, de même que le fæœtus préexiste dans l’œuf, il suit de là que la vie du fœtus daterait, suivant lui, du moment même de la fécondation. Haller doutait si peu de la réalité du fait, qu'il allait jusqu’à dire : « tout est encore blanc, tout » encore Invisible dans l'embryon, que néanmoins le » cœur bat et agit déjà. » Malheureusement les asserüous les plus formelles ne sont pas toujours les plus Certaines. |
À l'égard des mouvemens musculaires, on dit qu'il en existe dès le quarantième jour ou même plus tôt pour les embryons mâles, et un peu plus tard pour les fœtus de l’autre sexe : c'était au moins l'opinion des anciens ,.et il faut convenir que les faits acquis par les modernes ne sont pas assez concluans pour autoriser à contredire nos vieux maîtres. Ces premiers mouvemens, je le répète, sont bien difficiles à distinguer, et l’on doit penser qu'ils sont souvent illusoires dans l'espèce humaine; car, à Vé-
310 LIŸ. 115. DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.
poque dont nous parlons , les muscles de l'embryon ne sont pas encore discernables ; et d’ailleurs , les pièces du squelette n'étant point formées, les mouvemens, s'il en existe réellement , ne sauraient être que vermicalaires. Les grands mouvemens, en effet, supposant des leviers , il n’en peut exister chez les jeunes mammifères que dans le milieu de la gestation. Hs ne sont bien sensibles dans le fœtus humain que du quatrième au cinquième mois ; à cause d'eux , la vie de l'embryon paraît alors très-manifeste , et d'autant plus, que ces mouvemens persévèrent quelque temps encore après l'expulsion et la mort du jeune fœtus. Et comme ces mouvemens qui indiquent presque sûrement la vie, sont aussi les indices de la volonté en des êtres plus parfaits et plus accrus, à cause de cela on a quelquefois assigné” la conscience et à"la volonté, ces nobles manifestations de l'âme (et 5 l'âme elle-même), une origine contemporaine à ces mouvemens spontanés de l'embryon : mais nous avôns montré, dans notre autre Physiologie, que les mouvemens musculaires’, bien loin de désigner incontestablement le règne de la volonté, ne sont même pas toujours de sûrs indices de la vie, puisqu'ils persévèrent encore après sa complète extinction ; et de là nous concluons que nous ne savons rien dé précis touchant l’origine sensible de Ja vie, et absolument rien sur Forigine dé l'âme. Les Romains punissaiert de mort quiconque avait criminellement procuré l’expulsion d'an fœlus déjà formé et animé, ce sont Jes termes dela loi ; et ils fixaient à quarante jours PEpoque de Panimation du fœtus, ce qui concorde assez bien avec les premiers mouvemens manifestes.” Cette
GHAP; IV. PREMIÈRE ORIGINE DES ORGANES. Ji rigueur des lois était donc juste ; mais il faut dire qu’elle l'eût été pour les premiers jours de la grossesse tout aussi bien que pour le quarantième. En effet, si l’on met.de côté les chances d’anéantissement ou d’expulsion prématurée du fœtus, il est évident que le germe une fois fécondé, une fois conçu, possède en soi toutes les conditions de son développement futur ; c’est un être parfaitement existant dès les premiers Jours, et il ne lui manque que du temps pour se parachever. Sa destruction alors est donc gussi condamnableque s’il était tout accru. Il n’en est pas des œuvres de la nature comme des ouvrages des hommes : la nature n’ébauche rien qui n'ait d’abord en soi les élémens de sa perfection; ses intentions sont déj presque réalisées aussitôt qu'elle commente à les ma: nifester. +}