CHAPITRE IV
Sur la première Origine des Organes et leur première Apparilion, —; La formation en est-elle simultanée ou successive, ou bien est-elle préexistante à Ja fécondation ? LA
De ce que les différens organes n'apparaissent pas. tous simultanement dans l'embryon qui commence, serait-il raisonnable de conclure que leurs élémens communs ne sont pas cÉRLERPOrAPRSE Serait-il vrai que les organes se forment pièce à pièce, de même. qu’ils apparaissent un à un? ou bien sont-ils originai: sement en petit, sous la forme de germes , tout.
512 Liv. II. DE L'ACCROISSEMENT DÉS CONPS YIVANS. ce qu'ils deviendront un jour lorsqu'ils seront parachevés ? | |
Ïl est certain que les organes n'apparaissent pas tous en même temps; pas tous, dès que l'embryon devient visible, Il est certain que la plupart des organes ont des âges différens , du moins quant à leur première apparition ; certain qu’ils. ne sont pas tels dès leurs premiers commencemens, qu’ils le deviennent à l’époque de leur perfection finale : les chapitres précédens renferment des faits propres à motiver ces assertions. Ainsi, non-seulement les organes ne sont pas tous contemporains, mais il existe une époque où l’on n'aperçoit rien de visible au sein de Povule où l'embryon doit apparaître; mais, en outre , une fois manifestes, les organes changent de forme ; de consistance et de contexture. Il ne serait donc pas exact de dire qu'ils se développent ou qu'ils s’accroissent ; car il est sûr qu'ils apparaissent successivement dans l’ovule fécondé , où l’on suppose un germe primitif ; et après s'être ainsi manifestés, ils se transforment ou se modifient graduellement ; de telle sorte même, qu'il est souvent difficile de trouver dans la structure et la forme d’un organe parachevé, quelque preuve de son identité avec le même organe observé dès sa première apparition.
Et qu’on ne croie pas que les plantes dérogent à cette règle reconnue vraie pour les animaux ! ce serait une erreur. Il est bien vrai que la graine , détachée de son réceptacle , offre en petit les parties «essenüelles du végétal qui en doit naîlre : mais cette graine môûrie sur sa lige n’est pas l'équivalent de l'embryon commencant des animaux ; elle représente bien plutôt
CHAP. IV. PREMIÈRE ORIGINE DES ORGANES. 919 l'état du fœtus au moment où, sorti de sa-coquille, ou détaché de sa mère, il va exister d’une vie indépendante et individuelle, Mais si l’on remonte à l'origine de cette graine, on trouve un instant où, la fécondation étant opérée , tout est fluide et homogène au sein de sa primitive enveloppe ; un moment où rien d’organisé n'apparaît encore à son centre : et c’est là précisément ce qu'on observe pour l’ovule nouvellement détaché et nouvellement incubé des animaux. Îl n’y à donc rien d’évident, rien d’organisé , aucun germe apparent et dont les parties soient discernables, dans les premiers instans de la conception ; et cela est également vrai pour les plantes et pour les animaux : la distinction qu’on a voulu établir à ce sujet est vaine et mensongère. |
Voilà pour l'apparence. Maintenant, examinons la question des germes sous le rapport de la nature intime des choses, selon les besoins de l'esprit et les lumières de la seule raison.
Il est donc vrai qu'il n’y a rien d’évident dans l’ovule végétal ou animal qui n’est que fécondé. Cependant ( et sans nous autoriser ici des observations de Malpighi, qui assure avoir vu de premières traces d'organisation dans un œuf non couvé ; ni des observations de Spallanzani, qui admet de pareilles manifestations dans des plantes et même dans des reptiles, avant toute fécondation des ovules }, cependant, dis-je, si l'on fait attention que les êtres vivans de la même famille portent en toutes leurs parties des traits de frappante ressemblance avec les autres êtres de la mème espèce , surtout avec leurs auteurs immédiats ; si lon réfléchit sur Fordre admirable et constant
314 LIV. IL. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. qui règne dans l’arrangement de leurs organes, et: dans la forme mème de chaque organe; si l’on envisage que la structure des êtres de même espèce a la régularité, la constance et toute la perfection qu'un moule identique aurait pu lui imprimer, on concevra qu'un arrangement où règne si constamment tant d'harmonie et tant d'ensemble ne saurait être l’œuvre spontanée du hasard ; on concevra que toutes ces créations individuelles seraient peu d'accord avec les autres phénomènes de la nature ; et dès-lors il semblera raisonnable de penser qu’un pareil renouvellement d'organisations faconnées pour la vie , a sa première cause dans la vie de l'être d’où elles proviennent, et des élémens prédisposés dans l’ovule maternel d’après un type primordial et indélébile. Or, c’est à ce type identique pour les êtres de la même espèce, c'est. à ces élémens nécessaires des êtres procréés, qu'ik faut'attacher le nom et l’idée de Germe. | Mais ce germe, qu’est-il? a-t-il quelque chose dé matériel ? est-ce l'image abrégée, mais encore fluide ct transparente , mais encore. invisible parce qu'eile est fluide , des organes plus tard apparens? Est-il vrai par exemple, que les os existent primitivement et en réalité avec leurs formes , mais à l’état fluide, comme il est vrai qu’ils apparaissent d’abord avec l'aspect de cartilages ? À cela, nous répondons que , toules:les fois qu'il s'agit de questions de physique, d'objets matériels, les limites des sens, selon nous, doivent servir de limites à la raison. Toutefois essaierons-nous d'exposer, dans le chapitre suivant, les opinions les plus répandues à ce sujet. |