CHAP, V. PRÉEXISTENCE DES GERMES
CITAPITRE V.
Ge qu'on entend#par Germes. Diverses opinions sur leur Nature, leur Source, leur Préexistence et leur Emboîtement indéfini.
Le mot de Germe est presque toujours employé pour désigner l’image abrégée ou l’ébauche imparfaite d’un être non encore accru; ou plutôt , l’ensemble des élémens primitifs devant servir à sa formation.
On conçoit aisément que tout être vivant, considéré comme une œuvre ayant des progrès successifs , a toujours aussi des commencemens peu manifestes ; on conçoit même que les premiers linéamens en soient tout-à-fait invisibles : mais toujours faut-il à tout être vivant un premier principe, des élémens originaires; et voilà justement l'idée qu'il faut attacher à ce mot de germe. C’est dans le même sens qu’un illusifé écrivain a dit, voulant proposer aux productions du génie un parfait modèle dans les œuvres de la nature : « Elle prépare en silence les germes de ses produc- » Lions ; elle ébauche, par un acte unique, la forme » primitive de tout être vivant; elle la développe, » elle la perfectionne ‘par un mouvement continu et » dans un temps prescrit : l'ouvrage étonne ! mais » c'est l'empreinte divine dont il porte Îles traits qui » doit nous frapper. » Or, cette forme originaire de tout être vivant, cette ébauche primitive conservant les traits persévérans d'une divine empreinte, je dis
316 LIV. IIR DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. que toutes ces expressions de Buffon rendent trèsbien l'idée de germes préexistans, à laquelle cet auteur s'est néanmoins toujours montré si opposé.
On a beaucoup varié sur la source même de ces. germes primitifs des êtres vivans. Les uns lés ont considérés comme résultant de la fécondation séminale ; d’autres ont supposé qu'ils lui préexistaient. Parmi ceux qui ont pensé que les germes provenaient de la fécondation et lui étaient contemporains, les. anciens auteurs ont émis le principe qu'ils étaient dus à l’union intime des liqueurs simultanément émanées des deux individus. Buffon , Needham , et aussi 1 Mau pertuis, attribuaient le même résultat à la rencontre et à la combinaison des molécules organiques provenant des deux sexes. D’autres personnes ont admis que les animalcules du mâle se greffaient et s’anastomosaient avec l’ovule des femelles, et que de là résultait la ressemblance des nouveaux êtres avec leurs deux parens. Voilà pour la première opinion, selon laquelle le fœtus, loin de préexister à la fécon-
ation, en serait au contraire le résultat ou le produit nécessaire.
Selon d’autres opinions, avons-nous dit, les germes préexistent à la fécondation : mais émanent-ils du mâle ? proviennent-ils de la femelle ? Les sentimens sont partagés sur ce point , d’aprèsles différentes idées qu'on se forme de la puissance respective des deux sexes. Ceux, par exemple, qui ont tout attribué au mâle, ceux qui regardent les animalcules du sperme comme l'élément essentiel des êtres procréés , les auteurs dont nous parlons ont placé dans ces animalcules eux-mêmes le siége des germes réputés préexis-
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tansi mais d’autres, et de plus nombreux, en ont supposé la source commune et exclusive dans l’ovaire , dans les vésicules, ou espèce d'œufs des feelles.
Il est même des auteurs qui ont pensé que ces germes primitifs se trouvaient répandus dans toutes les parties de chaque ètre vivant : ils ont fondé cette opinion sur la propriété qu'ont beaucoup de ces êtres de réproduire spontanément des parties séparées de leur ensemble, et cet ensemble lui-même par quelques -unes de ses parties. Enfin un savant , plus audacieux que les autres , a supposé que ces germes étaient épars dans la nature, que tout est germe dans chaque corps vivant où mort, dans chaque molécule inerte ou animée ; qu'en un mot chaque portion de matière a la propriété , non-seulement de participer de la vie, de la fomenter, de l’entretenir en la stimulant, ou en lui fournissant de nouveaux matériaux par les transformations dont elle est susceptible ; mais que même elle pouvait la commencer, la produire, c’est-à-dire engendrer, quoique inerte, de nouveaux corps vivans. Nous avons déjà réfuté cette vieille idée d’Aristote et des anciens auteurs, idée rajeunie dans l’autre siècle par un physicien systématique ; nous l'avons, dis-je, combattue , et, ce me semble, renversée au chapitre des Productions vivantes et Spontanées. Il ne nous reste donc qu’à examiner si les nouveaux êtres résultent tout simplement du juste concours des deux sexes, ou si l’un d'eux en contient plus particulièrement ce que nous noinmons les premiers germes. Or, pour ce qui est de la première opinion, qui place l'origine
318 LIV. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. des germes dans l'union simultanée des déux semences ou dans la combinaison des molécules organiques provenant des deux sexes, nous savons à quei-nous en tenir à ce sujet, depuis que nous avons démontré dans le Livre Îl que la femelle n’a pas de semence. (Foy. chap. xx1x. )
Nous avons aussi exposé { chap. xviir et xxvis du Livre Il) combien d’exagérations on a commises au sujet des prétendus animalcules spermatiques ; et d’ailleurs nous avons prouvé, aux chapitres indiqués, que lasemence dépouillée de tousses animalcules apparens n’en jouit pas moins de la faculté de féconder les ovules des femelles. Une seule question nous reste donc à examiner, à éelaircir ; il nous reste à rechercher s’il existe réellement quelque chose d'organisé dans l’ovule non encore fécondé de la femelle, et si, contenant ainsi le germe originaire de nouveaux êtres, cette femelle concourt plus que le mâle à la trame primitive des embryons engendrés.
Nous savons par avance que, dans tout vivipare, de même que dans tout ovipare, le nouvel être apparaît d'abord au sein d’un ovule qui s’est détaché de lovire de la femelle ; nous avons vu qu'il ne provient rien de cet ovule sans l’advention de la semence, sans l'entrèémise du mâle; mais nous savons que cette semence n’a d'action que sur l’ovule. Or comme.ce dernier est entouré, dès sa première apparition, de plusieurs membranes ténues quisemblentune ébauche des membranes futures de l'embryon, et comme cest au cenire de cet ovule qu'apparaît l'embryon lui-même ; tout nous porte à penser que ce corps contient originairement , sinon le fœtus tout formé ,
LE
| GAP. V. PRÉEXISTENCE DES GERMES. 319 ‘sinon tous ses organes entièrement arrangés , au moins les premiers élémens de cet embryon et de ses organes. D'ailleurs, les premiers linéamens du nouvel être sont déjà indiqués par une tache blanche dans l'œuf non encore fécondé des oiseaux, et ces premières traces d'organisation sont bien plus évidentes encore dans l'œuf de quelques reptiles. Or, pour admettre là préexisténce de ce germe dans tout ovule, est-il nécessaire qu'il y rise Ne savons-nous’pas que chaque.organe commencé par être fluide, et que tout fluide Are ep transparent est par cela même invisible ? Et une preuve que les premiers linéamens de l'embryon ne sont d’abord indiscernables que parce qu'ils sont primitivement fluides et transparens, c’est que les organes qui se manifestent d’abord ont dès cette première apparition un volume assez grand, si grand même, qu’on est porté à penser qu'avant d'être apparens ils existaient dans un autre état, et qu’au lieu de s'être formés peu-à-peu et spontanément, ils n’ont fait que subir une sorte de métamorphose, Un autre motif pour croire que tout embryon a ses linéamgens renfermés primitivement dans l’ovule de la femelle, est la constance de chacun de ses organes, la régularité de ses formes, et l’identité de sa structure chez tous les êtres de la même espèce. On peut encore citer à l'appui de cette mème opinion le fait sur lequel Haller a eu raison d’insister, je veux dire l'union si constante ct la.continuité st merveilleuse du peritoine du } jeune oiseau avec les tuniques du vitellus. (Foy. chap. x et xvit du Livre IE.) D’autres personnes ont aussi allégué ,, en faveur-du mème sentiment, la génération successive de plusieurs Monocles,
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de plusieurs Pucerons femelles vierges; mais nous avons exprimé ailleurs les raisons qui noûs font ré euser cette observation comme suspecte, où du moins comme encore mal interprétée jusqu’à présent.
Mais si les germes, bien qu'invisibles, sont pré+ existans dans l’ovule des femelles, on se demande sil ne faut pas que ces premiers germes en renferment de nouveaux , ou plutôt si tous les individus de la même.espèce ne devaient pas être contenus dans les ovules de la première femelle de cette espèce : c’est même ainsi quel'onconçoitl'Emboîtement desgerines; et nous sommes forcés de convenir que ladmission préalable de la préexistence des germes entraîne irrésistiblement à sa suite leur enrboîtement indéfini.
Il faut dire qu'il paraît d’abord fort extraordinaire d'admettre que tous les germes nés et à naître se trouvassent originairement renfermés dans les ovules des premiers êlres de chaque espèce, et qu'ils ÿ fassent emboîtés dans de premiers germes eux-mêmes invisibles : mais voici comment la chose nous paraît plus vraisemblable et plus admissible.
Chaque germe, bien qu’inappréciable, contient, avons-nous dit, tous les élémens des organes du nouvel être; mais il ne les renferme qu’à l’état latent, à l’état rudimentaire , à l’état d’élémens primitifs et non encore caractérisés ét manifestes. Il n'existe encore là, sous la forme d’un fluide transparent dont les parties sont indiscernables, que les principes à l'aide desquels tout le nouvel être doit êtré ultérieurement constitué et organisé. Or, puisque les principes de tous les organes sont dans ce fluide incolore, les linéamens des ovaires s’y trouvent également , de
CHAP. Y. PRÉEXISTENCE DES GERMES. D mème que les élémens des autres organes ; et comme ces ovaires contiennent de leur côté de nouveaux ovules, et ces ovules, à leur tour , les élémens préformés d’embryons à venir, on voit bien que tous ces germes genferment tour-à-tour et simultanément les linéamens , les premiers principes des êtres qui doivent en provenir successivement, puisque chaque germe contient tout ce qui doit servir à constituer un nouvel être, les iHnéamens des ovaires tout comme ceux des autres organes. Enfin, chaque ovule contient un germe ; chaque germe est la réunion des élémens d’un nouvel être ; les ovaires se trouvent représentés dans cet enselnble comme tout le reste ; et l’on sait que tout ovaire renferme plusieurs ovules propres à répéter les linéamens de nouveaux embryons complets, et par conséquent de nouveaux ovaires, de nouveaux ovules, et d’autres germes. Voilà comme je comprends le système de la préexistence et de l'emboîtementsuccessif et indéfini dés germes: il suflit, pour le concevoir, d'admettre l'existence d’un premier germe , renfermant tous les principes nécessaires à Ja formation et à l’agwangement parfait d'un seul embryon; le surplus du système découle nécessairement de ce premier principe comme d’une pente naturelle.
On s’est toutefois, mais bien inutilement, occupé de cherchér des preuves matérielies à cet emboiîtement successif des germes préformés : on a cité les productions sans accouplement de plusieurs générations de Monocles et de Pucerons ; Spallanzani a allégué, dans un sens pareil, les végétaux, qui, selon lui, produisent des graines sans fécondation préalable. On s'est de même autorisé de ces bulbes végé-
522 LIv. 1H. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. tales , renfermant ostensiblement à leur centre les bourgeons devant servir à plusieurs pousses successivess on à cité l’emboîtement manifeste des Volvoces , les grappes florales que présente le cœur des Palmiers pour plusieurs années successives: enfin, on a cité les cas assez rares, mais pourtant réels, de fœtus d'animaux renfermant dans leur intérieur le germe avorté d'un autre fœtus. Liltre même a été jusqu'à arguer en faveur de l’emboîtement des germes, de quelques débris de fœtus qu’il avait trouvés dans l'ovaire d’une femme ; comme si cela n'avait pas dû être l'effet d’une grossesse extra-utérine. , Ce n’est pas que la plupart de ces preuves ne nous semblent fort récusables ; mais la théorie de la préexistence indéfinie «des germes n’est pas moins la seule bonne, la seule soutenable. Sans elle, rien ne s’explique d'une manière satisfaisante : il faudrait attribuer un ordre constant au hasard, une succession d'êtres réguliers et ressemblans à autant de créations partielles, créations effectuées par des êtres différens et dans des circonstances dissemblables : aussi voyonsnous le plus grand nombre des philosophes et des grands naturalistes (1) donner le choix à cette théorie sur toutes les autres. :
Toutefois, les anatomistes principalement ont opposé beaucoup d’objections à ce système : on a d’abord demandé S'il était possible de concevoir cette infinité de corps emboîtés les uns dans les autres depuis la création jusqu’à l'extinction finale des es-
(1) Halier, Ch. Bonnet, Spallanzani , Cuvier, Decandolle, Leibmilz, etc. l
CHAP. V. PRÉEXISTENCE DES GENMES, 9223 pèces , et l’on a fait des calculs effrayans à ee sujet. Mais il est manifeste qu’on a eu le tort de transformer en élémens matériels, tous les germes prédisposés pour la vie dans chaque espèce vivante : on a pris pour de de petits corps déjà tout réalisés, ce qu'il ne fallait prendre que pour une aptitude à les engendrer; on a vu de petites masses toutes formées où il n’aurait fallu admettre qu'une puissance à les reproduire. Qui donc a jamais vu cette infinité de germes emboîtés, ét depuis quand calcule-t-on le volume ét la forme d'objets purement virtuels ou hypothétiques ?
On a dit aussi que la ressemblance des enfans avec leurs pères était la preuve que tout l’être ne provenait pas de la femelle. Mais de ce que tout être nouvellement produit aurait sa source primitive dans les ovules de cette femelle, s’ensuit-il donc que le fluide séminal du mâle ne doive exercer sur lui aucune action ?
N’avons-nous pas vu qu'Aristote allait jusqu’à admettre
que la femelle fournissait la Matière , mais que la Forme venait du mâle ? On a objecté que l'existence de plusieurs variétés dans la même espèce devait détruire toute idée de préexistence des germes. Comment, a-t-on dit, comment concevoir: qu'un être préformé dès la création première puisse subir des modifications dans sa forme et dans sa masse? Mais dès-lors qu’on admet forcément que le mâle peut bien modifier ce germe préformé , coniment ne pas admettre aussi que le mâle, une fois modiñé par tout ce qui l’environne et l'influence, ne puisse à son tour imprimer aux êtres qu'il féconde les traits de ses propres modifications? D’ailleurs , l'être né et déjà accru subit bien des changemens , pourquoi donc
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le germe non fécondé, le germe encore inerte n’en subirait-il pas? Ce que je dis ici des variétés est également vrai, peut également se dire des métis et des mulets, résultant du croisement des races.
Buffon disait : dans la supposition de la préexistence indéfinie des germes, une grande difficulté vient de l'inégalité de leur enclavement. En effet, l’emboîtement successif ne peut exister que pour les germes - femelles, car tout germe mâle ne contient qu'un mâle, puisque tout germe émane de la femelle. Mais cette objection de Buffon ne serait tout au plus qu’une difficulté pour l'esprit , et seulement selon l’idée qu’il se formait lui-même de ce système de la préexistence ; mais ce n’est point un obstacle pour la nature. Bien plus, cette difficulté que Buffon fait naître de l’unité des germes mâles et de la multiplicité des germes femelles, atténuait la première objection qu'il fondait sur la multiplicité effrayante des germes emboîtés.
Une autre objection bien plus importante, infiniment plus sérieuse que celles qui précèdent ( car nous ne voulons en cacher aucune }, est l’apparition successive des organes , leurs changemens de formes, les complications de plusieurs et la simplification du plus grand nombre. Car, dit-on , si les organes apparaissent successivement , s'ils changent, s'ils se compliquent ou se intllhent. tous n'ont donc pas une origine contemporaine , les élémens n'en étaient donc pas préformés, et ce qu'on dit de la préexistence des germes n'est donc qu'un vain. système ! Et, comme preureà à l'appui de l'argument, on cite le cœur des oiseaux et des motif dans qui n'a d'abord qu’une oreillette et qu'un ventricule, et qui acquiert. pro-
CHAP. V. PRÉEXISTENCE DÉS GERMES. 595 gressivement les parties qui lui manquaient à sa première apparition, Maiscomment se fait-il que l'organe parlequel Aristote, Harvey, Haller et Ch. Bonnet expliquaient l’animation du germe entier et la première manifestation de l'existence, soit précisément celui qui est le plus notoiremént incomplet à la première apparition du fœtus ? Comment pouvaient-ils puiser une preuve à l'appui de leurs idées , là même où s'offre le motif de la plus puissante objection contre elles? C’est qu'Haller et Bonnet admettaient que le cœur et les autres organes sont d’abord à l’état fluide et indiscernable , et qu'alors qu'il n’en paraît qu’une partie, cela vient de ce que les autres parties ne sont encore que fluides et invisibles, quoiquet néanmoins déjà trèsréelles. Convaincus donc de cette préexistence du cœur et des autres organes déjà parfaits, mais à l'état fluide , dans un germe invisible, cæs & orands hommes disifenti l’action de la semence du’mâle s'exerce sur un ou plusieurs ovules de la femelle, sur les germes invisibles qu’ils renferment; non pas indifféremment sur toutes les parties de ces getmes, mais seulement sur le cœur encore inanimé de ces germes ; alors ce cœur entre en action , le fluide d’abord incolore, mais bientôt coloré, qu il renferme , va bientôt serpenter dans tous les organes et les animer tous ;’et c’est de ce premier ressort mis en jeu par le contact du fluide séminal , que résultent l'animation , l'accroissement et la soïdification progressive de l'embryon d’abord fluide, d’abord invisible et inanimé, du germe préexistant. Bonnet pensait en outre .que le sperme n’agit sur le germe pour animer le cœur , et par lui tous les organes, qu'a la manière de l'électricité ; il en-
326 Liv. III. DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. gagea même son ami Spallanzani à tenter des cxpériences à ce sujet, et Spallanzani éprouva que les pressentimens de Bonnet n'avaient rien de réel : l’électricité substituée à la semence ne féconde rien; elle ne fait que hâter l'accroissement des germes fécondés. Mais revenons à l'objection des anatomistes.
Ïl est donc certain , disent-ils, que le cœur est imparfait à sa première apparition , que ce n'est que successivement qu'il s'achève, et que supposer fluides les parties d’abord invisibles n’est qu’une pure supposition, autorisée, il est vrai, par Île système de la préexistence des germes, mais non de nature à fortifer ce système. Il est pareillement avéré qe la plupart des organes sont d’abord divisés, morcelés, que les matériaux en sont primitivement plus nombreux qu'ils ne le paraissent dans les organes parachevés ; que les os sont d’abord cartilagineux, et qu'ils ne s'achèventque par des points osseux détachés, isolés; que les dents sont originairement cachées sous forme de germes dans les gencives. Mais il faut observer que ces différens faits sont plus favorables à la.préexistence des germes qu'ils ne lui sont contraires. Nous ne voyons, en effet, dans ces différens phénomènes , que des progrès, des changemens, des transformations , des perfectionnemens successifs, et non des formations nouvelles. Enfin, le fait allégué comme objection, que les membranes chorion et moyenne de l’œuf des oiseaux n'existent qu’au ‘bout de quelques jours d’incubation, et que par conséquent elles ne préexistent point à la fécondation ; ce fait, disons-nous , ne conirarie nullement l'hypothèse de la préexistence des germes ; car les membranes dont il s’agit résultent du
CHAP. VI. QUELQUES LOIS GÉNÉRALES. 527 déploiement successif de l’allantoïde , de l’allantoide qui est elle-même un prolongement de la vessie , et ce n'est là qu'un phénomène d'accroissement et d’élongation. |
Au reste, nous devons dire que les objections que nous venons de passer en revue, s'appliquent bien plutôt à l'hypothèse de Haller et de Ch. Bonnet qu'à toute autre théorie des différens auteurs; J'ajoute même que ces objections n'attaquent que bien faiblement celle que nous avons exposée vers le milieu de ce chapitre. Mais il faut néanmoins se souvenir que ce n'est qu'une Hypothèse.