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CHAPITRE VE

Principales Lois selon lesquelles se développent les Organes des Animaux.

Tout est originairement fluide dans l’ovule où se développe l'embryon; ce n’est que peu-à-peu et par degrés que les organes apparaissent et se solidifient. Or, cette solidification n’est pas simultanée pour toutes les parties. Il en faut dire autant des couleurs : elles ont de mème leurs progrès et leur succession. La couleur du sang n'a pas d’abord cette vivacité qu'on lui connaît dans les animaux adultes, mais elle est la première àse manifester; ce n’est que plus tard qu'apparaît la couleur verdâtre de la bile, plus tard que la choroïde se noircit. Le cerveau et les reins ont d'abord universellement une couleur homogène : les

329 Liv. 1IL DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. deux teintes naturelles à ces organes ne sont pas originaires.

Les organes les plus homogènes et les plus concentrés dans les animaux adultes, sont fractionnés, composés de lobes ou de points séparés à leur première origine dans 1: fœtus. Les os qui ont le plus de continuité dans les animaux parfaits, sont formés, chez l'embryon ,; de points osseux plus ou moins mulüpliés et que séparent des eartilages , lesquels sont insensiblement envahis par la matière osseuse; et c’est. seulement alors que los devient partout similaire. Les reins (je parle principalement de l'embryon humain), les reîns et le foie sont d’abord composés de parties détachées, de lobes séparés les uns des autres, et qui emploient à se réuñir un temps plus ou moins long.

Les organes des animaux supérieurs affectent une symétrie d'autant plus parfaite qu'ils sont plus rapprochés du moment de leur origine. Cela vient surtout de ce qu’ils procèdent (au moins le plus grand nombre) de la circonférence au centre, et non pas du centre à la circonférence, ainsi que le croyaient nos pères. Les nerfs sont visibles avant les centres nerveux auxquels ils tiennent attachés; les parties latérales du cerveau et de la moelle épinière sont d’abord isolées , et ce n’est que postérieurement que se forme la partie médiane de ces organes par la réunion de leurs parties latérales. Il en est de mème des os : leur solidification commence toujours parallèlemént sur chaque moitié latérale ; même les os impairs ont des points d’ossification doubles et symétriques avant de se concentrer en un point cen-

CHAP. VI. QUELQUES LOIS GÉNÉRALES. ‘ 549 tral. Egalement , la matrice est d’aboru bifide , la glande thyroïde aussi; partout l’on voit se réaliser cette loi de développement excentrique et de symétrie : on assure même que les vaisseaux sanguins suivent la même règle dans leur développement, c’està-dire que les petits vaisseaux de la circonftrence précèdent les gros vaisseaux du cextre,

Si l’on en croyait le témoignage des sens, tous es organes ne seraient pas contemporains : il y a des temps différens , la chose est certaine, pour la manifestation de chacun d'eux. La moelle épinière ést l’un des premiers à se montrer; on voit le cœur avant les poumons, le foie avant la rate, le cerveau avant les reins et l'estomac, les vaisseaux sanguins avant les os. Mais est-il sûr que cette apparence successive des organes soit l'indice irrécusable d’une origine différénte? A-ton prouvé que les organes les derniers visibles he se soient formés qu'après les autres? Ne setait-ce pas là le simple effet de la transparence des tissus ou des fluides originaires ? Enfin , les organes, tout successifs qu’ils sont quant à leur première apparition, ne sont-ils pas tous simultanés pour l’ortgine, le même germe n’en contientil pas à-la-fois tous les élémens? Toujours est-il qu'ils ne sont pas tous apparens aux mêmes heures , de même qu'ils sont loin d’avoir primitivement la forme:et la disposition qu'on leur voit dans des animaux adultes. D’ailleurs, tous ne vivent, tous ne subsistent pas durant le même laps de temps ; tous n’ont pas la même durée. Sans pärler de’ ceux qui se confondent ou se transforment; sans parler du canal auriculaire, qui disparaît dans le reste du cœur à l'époque où celui-ci se

990 ELV. NII. DE L'ACCROISSÉMENT DES CORPS VIVANS. parachève ; sans parler du trou de botal, du canal ou des canaux artériels, des vaisseaux ombilicaux et omphalo-mésentériques qui s’oblitèrent et's’effacent, il y à les dents qui se remplacent successivement après leur première et le apparition; il y a le thymus qui s’atrophie jusqu’à s’antantir, et les SA paule surrénales qui diminuent aussi d’une manière sensible. Enfin, il est vrai de dire que, parmi les organes dont le rôle n’est que subalterne pour l’accomplissement de la vie, il en est plusieurs qui disparaissent avant Je terme de l'existence, soit que ces parties ne fussent destinées qu'à un usage temporaire, soit qu'ils n'eussent, même dès l’origine, absolument aucun usage à remplir.

Nous avons dit que les organes commencent tous par un état de fluidité parfaite, et que ce n’est que par degrés insensibles qu'ils prennent la consistance qui leur est naturelle. Il faut ajouter que cette sorte de révolution dans la structure est plus lente à s'achever que les changemens dans la configuration : un os a déjà sa forme indiquée dans la trame cartilagineuse qui n’en est que le premier commencement; les différentes parties du cerveau sont déjà dessinées au moment où plusieurs d’entre elles sont encore fluides ou creuses à leur centre, et avant que les deux couleurs, regardées comme indice de deux différentes substances, se soient encore manifestées, Enfin, la texture n'est pas aussi promptement terminée que la conformation et l’arrangement extérieurs.

Disons aussi que les organes ne sont pas à tous les âges dans les mêmes proportions pour le volume : Les organes principaux sont évidemment d'autant plus

CHAP. VI. QUELQUES LOIS GÉNÉRALES, 331 prédominars qu'on s'éloigne moins des premiers temps de leur formation. Cela est vrai pour le foie, pour le cœur, pour le cerveau; cela est également vrai pour les yeux et pour les nerfs des fœtus. Sans doute ces organes n'ont pas encore le volume qu'ils doivent avoir lorsque la crue sera parachevée ; mais ils prédominent alors sur le reste , et leur déyeloppement subséquent est moins marqué qu'en beaucoup d’autres organes. [l se pourrait même que le fœtus humain de huit mois dût à une condition de cette nature l'inviabilité qu’on dit être plus formelle pour cet âge que pour des fœtus plus jeunes d’un mois. Il existe d’autres organes dont la crue se ralentit ou qui même s’attrophient.: nous en avons parlé. Il est aussi des tissus ou même des espèces d’organes dont l’origine ou l'accroissement excessif sont l’eflet de maladies. Les parties les plus précoces et les plus vivantes sont en général celles qui sont les plus rapprochées de la tête.

On a cru trouver des analogies importantes, non seulement entre les différens animaux (surtout les vertébrés), mais encore entre les animaux des différentes classes et les âges de l’homme et des mammiières les plus semblables à l’homme. Cette idée , encore toute jeune, a reçu tant de développemens , et Jouit d’une si-grande importance aujourd’hui, que nous nous trouvons porté à lui consacrer un chapitre à part, Mais nous allons commencer par montrer les ana/ogies des animaux supérieurs entr'eux.

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