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CHAPITRE VIE

Analogies de composition des Animaux vertébrés.

Si l'on se conteñlait d'énoncer que tous les animaux vertébrés sont analogues entr'eux , on pourrait croire qu'il s'agit là d’un paradoxe exprimé en termes trop vagues pour mériter réfulalion. On pourrait demander en quoi un serpent ressemble à un mammifère quadrupède, et quelle sorte ‘d’analogie on peut trouver entre une grenouille et un oiseau. Si l’on ajoutait que ces différens animaux, tout dissemblables qu'ils paraissent, sont néanmoins composés des mêmes élémens, des mêmes tissus; qu’ils jouissent de propriétés pareilles ou du moins fort analogues ; on pourrait encore repousser cette idée comme vaine et superilue : cette analogie d’instrumens paraîtrait naturelle en des corps jouissant tous égaleînent de la vie: Telle est, en effet, l’idée qu’on se forma d'abord de l'Analogisme, lorsqu'un naturaliste du premier ordré en promulgua les lois et en déduisit les conséquences. On rejeta ses vues sans examen, et l’on träita de chimère une pensée pleine de profondeur et de vé= rité. Chacun combaittit et rejeta cette idée , uniquement d'après le sens qu'il y aitachait personnellement. On ne daïgna même pas s'informer ce que voulait exprimer l’auteur original; et ce fut la faute du mot analogie. La signification de ce terme était trop bien arrêtée dans le langage commun, pour qu'on pût

CHAP. VII. ANALOGIES DES ANIMAUX VERTÉBRES. 999 penser qu'il exprimât celte fois une idée nouvelle : aux choses neuves il faut des mots nouveaux.

On doit donc entendre ici par ce mot d’analogie, que les organes des animaux vertébrés sont composés des mêmes matériaux constitutifs, et jusqu’à un certain point du même nombre de pièces pour chaque organe similaire. Cela ne veut pas dire que ces animaux aient tous rigoureusement le même nombre d’organes ou de compartimens d'organes : non, car ilen est beaucoup qui manquent tout-à-fait de certaines parties qu'on retrouve très-développées dans d’autres espèces. Îl est sûr que les Boas, privés de membres, ne sauraient ressembler, sous ce rapport, aux mammifères pourvus de quatre membres, ni aux poissons pourvus de nageoires; mais dans des organes analogues , on retrouve des matériaux , des pièces constitutives analogues. Nous n’avons même pas besoin de parler des organes intérieurs , tels que les artères, les viscères, les muscles, ete, : c’est une chose connue même du vulgaire, que les animaux supérieurs de l’apparence même la plus dissemblable sont analogues par les organes intérieurs, par les entrailles. Nous n’avons qu'à parcourir tous les organes des animaux vertébrés, pour nous assurer qu’il existe en beaucoup de points de leur structure des analogies incontestables. Cependant nous devons dire que, pour mieux découvrir en eux ces parlies analogues, il est convenable d'étudier par choix les jeunes animaux, les embryons de préférence aux animaux adultes ; car chez ces derniers, les caractères distinctifs des genres et des espèces finissent par déguiser, sous d’apparentes différences, tout ce que la trame essentielle et primitive contient

354 LIV. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. d'identique on de similaire. Maïs citons des exemples.

Rien ne paraît plus dissemblable au premier abord que l'enveloppe extérieure des animaux vertébrés : le moyen de voir des analogies entre des écailles , des plumes et une peau nue ou gluante ! le moyen de trouver quelque similitude entre la cuirasse des Tatous et la peau glissante et délicate d’une Anguille ! Cependant , si l’on remonte jusqu'aux premiers âges des animaux, on trouve chez tous une membrane mince et molle, une peau simple et dénudée ; et lorsqu'on suit les progrès subséquens de cette enveloppe, on est porté à voir, dans ses différens prolongemens, des productions analogues à ce même épiderme qui garnit constamment la surface de chaque animal, Qu’importe que l'extérieur soit velu , écailleux, emplumé ou cuirassé : nous ne voyons dans toutes ces choses que des changemens dans le développement ou la configuration ; mais ce sont toujours des productions de l’épiderme.

Parcourons le squelette , et ces analogies nous parai ront encore plus évidentes. Nous voyons chez tous les animaux supérieurs une colonne centrale d’os empilés , nommés vertèbres; chez tous, des apophyses ou éminences naissent de ces vertèbres, et chez la plupart, ces apophyses se prolongent assez au-devant du corps pour former des côtes et constituer les parois d’une cavité recélant le cœur et des poumons, Toutes ces choses paraissent fort diversifiées chez les différentes espèces ns accrus et parachevés ; mais si l’on remonte jusqu’à l’origine, jusqu'à ce moment où l’ossification commence, re on s'aperçcoit que les premiers élémens constitutifs sont sem-

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