CHAP, VII. ANALOGIES DES ANIMAUX VERTÈÉBRÉS
blables, que les points d’ossification sont les mêmes, Ceci est encore plus évident pour la tête des animaux. Assurément il paraît d'abord difficile de penser que la tête d’un crocodille, d’un oiseau, soit composée des mêmes élémens, précisément des mêmes pièces que celle de l’homme ou d'un mammifère : si même on compare Îles os de ces différentes têtes provenant d'animaux adultes, on est forcé de convenir qu'on trouve entr'elles beaucoup plus de différences que de similitudes; elles semblent différer par les divers fragmens, presque autant que par la forme générale et par l’ensemble. Mais si l’on prend ces tèles osseuses à l'époque où leurs matériaux commencent à s'ossifier, on se convainc alors qu'il y a parité presque entière pour le nombre de pièces dont elles se composent originairement. D'où vient donc, direz-vous , qu'après tant de ressemblance entre les matériaux, il suryient de si notables contrastes dans l’ensemble de l’œuvre ? pourquoi tant d’analogie dans les élémens produit-elle finalement des dissemblances si notoires dans l'édifice total une fois qu’il est accompli? Ici la question se complique : les pièces essentielles sont d’abord en nombre pareil, cela est vrai; mais toutes n’ont ni la même configuration ni le même volume; telle partie, excessivement réduite dans une espèce , prend un volume extrême dans telle autre ; et cette partie si accrue dans certains animaux , fait souvent comme avorter d'autres parties qui l’avoisinent. Il y a des têtes où le vomer et les os du nez ont presque autant de volume que l'os du front; mais ce ne sont pas moins pour cela le coronal, les naseaux et le vomer. Une autre cause qui diver-
556 ELIV. ilL DE L'ACCROISSENENT DES CORPS VIVANS. sifie , dans la suite , des organisations identiquement les mêmes quant aux élémens primitifs, c'est que ces élémens, c'est quegces fragmens divers restent isolés les uns des autres dans certaines espèces, tandis qu’il en est d'autres où la plupart de ces pièces primitivement isolées se groupent et se réunissent ; et ces diverses dispositions se réalisent surtout dans cette boite osseuse servant de réceptacle au cerveau ct aux sens.'Îl fallait bien que l'enveloppe solide se modifiât à la convenance des organes essentiels qu'elle renferme et qu'elle protège.
Ce n'est pas, au reste , le seul exemple où les pièces
du squelette soient modifiées par les organes fonda-
mentaux dans la dépendance desquels elles se trouvent : dans les poissons ;, par exemple , nous voyons les os de la poitrine suivre dans leur déplacement les organes respiratoires, et se grouper comme eux aux environs de la tête. L'air ne pouvant aller chercher le sang et les branchies dans des animaux séjournant dans l’eau , il failait bien que le sang et les branchies se rapprochassent de l’eau renfermant un peu d'air, qu'elles se plaçassent dans le voisinage des mâchoires qui expriment l'air de cette eau qu'elles compriment, et puisque les branchies devaient se déplacer! il fallait bien qu’elles fussent accompagnées des os qui les soutiennent, et des muscles qui les font agir. Tout s'enchaîne et se nécessite dans les organisations vivantes comme dans nos institulions sociales.
Ces analogies, si évidentes pour le système osseux, ont de même été constaltces pour les organes nerveux. Mais voici ce qu'il est essentiel d'observer. Les organes des animaux vertébrés sont analogues quant
à leurs élémens constitutifs , ils sont analogues à une certaine époque; mais cette époque n'est pas la même pour toutes les classés : les jeunes mammifères ressemblent à l'embryon de l’homme moins accru qu’eux; mais ils ressemblent en même temps aux jeunes oiseaux plus accrus , et aux reptiles et poissons encore plus accrus ou même déjà parachevés. Ainsi les classes de vertébrés ne sont analogues qu’à des âges très-différens pour chaque classe : les poissons et les reptiles ne ressemblent qu'à des oiseaux et à des mammifères plus jeunes qu'eux ; et comme ces derniers êlres continuent de croître et de se compliquer à une période où les reptiles et les poissons demeurent stationnaires , il en résulte que des structures qui semblaient d’abord fort similaires, finissent par devenir extrèmement différentes et presque sans analogie notable. Ceci nous conduit à traiter du Parallèle des âges avec les différentes classes d'animaux , et à examiner la théorie des Monsiruosités les plus ordinaires.