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CHAPITRE IX

Comment la Théorie des Monstruosités dérive des Lois de l'Accroi:- | . sement.

On a pu prévoir par ce qui précède que beaucoup d'anomalies, beaucoup de difformités souvent monstrueuses, résultent d’un arrêt d’accroissement dans un ou plusieurs organes. Et comme l’animal incomplétement développé dans une partie, continue de croître pour le reste du corps, il résulte de là une ; disproportion entre. les organes, qui peut aller jusqu'au disparate le plus choquant. Une autre conséquence du fait dont nous parlons, est la similitude que conservent avec persévérance des parties imparfaites et des organes comme avortés, avec les mêmes organes réguliers du même animal à une époque antérieure de son existence : en vain lesorganes seront-ils tous contemporains; si plusieurs d’entr'eux demeurent slalionnaires pendant que les autres cheminent, il y aura toujours disparité dans la forme , dans le développement, dans le volume : c’est vainement qu'ils auraient tous la même origine; ils n'auront plus tous le même âge, tous n'ayant pas eu les mêmes progrès. Qu'importe enfin que-lous aient eu simultanément le même point de départ, si plusieurs d’entr'eux restent loin du but commun, et si plusicurs s'arrêtent

absolument à différentes distances dans la carrière? Telle est l’idée qu’il faut avoir de la plupart des monstruosités. ? ; Les preuves de ce que nous venons de dire sont aussi nombreuses qu elles sont évidentes. Qu'est-ce, en eflet, que l’absence des poils ou des dents ; qu'est la perforation de la cloison des oreillettes ou des ventricules du cœur; qu'est la conservation du canal artériel, la mollesse’, la flûidité, ou la non réunion de l’encéphale ou de la moelle épinière, l'absence du corps calleux, l’excessive petitesse du cervelet, la vacuité permanente des tubercules quadrijumeaux ; qu'est la mollesse des os , la persistance des points osseux et l'isolement persévérant des épiphyses; d’où viennent les os réputés surnuméraires , les divisions médianes des vertèbres, la conservation permanente des fontanelles ou des sutures ordinairement temporaires, le spina-bifida, la non réunion des pubis, la présence d’une sorte de queue dans des fœtus humains à terme; comment interpréter la division permanente du palais et de son voile charnu, la persévérance de l'os incisif, le bec de lièvre congénial, l'absence du cœcum, l’énormité du foie; l'absence de la rate ou d’autres organes, la division lobée des reins chez l’homme adulte, g persistance du thymus dans un âge avancé , l’imperfection des organes sexuels et leur ambiguité la plus ordinaire; comment enfin se rendre compte de l'existence du cloaque dans quelques mammifères, de l’excessive grandeur des yeux, du collement des paupières, de la fluidité et de P opacité lactescente du cristallin, de l’occlusion persévé-

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rante de la pupille, de l’extrème petitesse du nez, de l’occlusion de la bouche, de l’exiguité de la face, et de l'absence des sinus maxillaires: quelle est, dis-je, la cause commune de ces anomalies, si ce n’est un défaut d’accroissement dans les parties qui en sont le siége ? À la vérité, nous ignorons pourquoi certains organes.cessent ainsi de s’accroître, pourquoi ils demeurent imparfaits; mais comme nous les avons vus passer par les mêmes degrés d'imperfection , et présenter de pareilles ébauches, en étudiant les progrès successifs de l'embryon, nous en concluons qu'ils se sont arrêtés dans leur crue alors que tons les autres continuaient d'aller leur train ordinaire. On peut mème observer que plusieurs parties restent parfois dans un développement imparfait chez quelques individus débiles de l'espèce humaine : ainsi l’on vait de très-grands yeux bleus s'associer à des cheveux blonds comme ceux d’un jeune enfant, à un nez d’une petilesse extrême , àdes poils rares, à une barbe étiolée, à des membres petits et d'une forme gracieuse , à des os imparfaitement solidifiés, disposés même à se déformer; et même, la plupart des difformités congéniales dont nous venons de tracer le tableau dé coincident souvent avec de pareils caractères extérieurs.

Remarquons aussi que ce e M esi difformité pour un animal est souvent une disposition naturelle et constante dans un autre ; de sorte que les monstruosités dans une classe d'êtres ont des analogies irrécusables dans l’organisation régulière d’autres animaux, aussi bien que dans les progrès naturels des em-

bryons de même espèce que l'être monstrueux : mais pour donner à ce principe toute l'évidence dont il est susceptible , citons des exemples.

Il est clair que le défaut de poils, chez un mammifère , est analogue à ce qu’on voit dans les classes les plusinférieures, où la peau est nue. Si la peau est écailleuse, cela rapproche le mamimifère des poissons et des reptiles ophidiens. La non réunion des pubis, anomale chez l’homme, est naturelle , est régulière dans les oiseaux et plusieurs autres ovipares. Les mammifères et l’homme ont quelquefois le palais divisé, comme les oiseaux, comme les poissons et plusieurs reptiles : je dis même chose de l’absence anomale des dents chez l’homme et les mammifères. Le développement monstrueux du foie a lieu naturellement dans les oiseaux, les poissons, quelques reptiles et cétacés. L'absence anomale de la vésicule biliaire est un trait d’analogie entre l'homme et les solipèdes, et beaucoup d'oiseaux et de poissons. L'absence d'une trompe ou d'un ovaire est anomale dans les mammifères ; mais elle est constante chez les oiseaux et plusieurs mollusques. La bifurcation de la matrice , disposition monstrueuse dans l'espèce humaine, est régulièré et permanente en beaucoup de maminifères, de reptiles et de poissons, Enfin , n’avoir qu'un testicule , ou les avoir tous les deux retenus hors des bourses, dans l'abdomen ; manquer de pénis, ou l'avoir imperforé , seulement sillonné à sa surface ; avoir un cloaque ; conserver la membrane pupillaire après la naissance , ou offrir une pupille plus ou moins allongée ou déformée ; manquer de langue ou l'avoir bifurquée ; n'avoir que des membres comme avortés

932 LIV.ILL DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. ou nuls : toutes ces particularités d'organisation, monstrueuses dans l’homme, sont naturelles et constantes en d'autres espèces. On peut même dire que les monstres doubles sont analogues aux animaux composés des classes les plus tn en cela, qu'ils s'unissent l’un à l’autre, non seulement par la peau , mais aussi, mais en même temps par le conduit digestif et par les vaisseaux.

nier , si ces difformités résultant de l ‘absence ou de l’imperfection des organés , trouvent leur explication dans le mode d’accroissement des animaux ; si elles ont des analogies irrécusables dans les premières ébauches de leurs embryons respectifs, aussi bien que dans l’organisation permanente d'animaux plus inférieurs , nous devons dire qu’il est impossible de rattacher à la même loi les monstruosités par excès ou multiplication d'organes. Et d’ailleurs, quand même toutes les anomalies sembleraient résulter d’un défaut d’ accroissement , en connaîtrions-nous mieux la vraie nature et la çause précise ? Savons-nous ce qui s'est opposé au paripikdéseloppenent de telle partie , devenue monstrueuse à force d’être irrégulière et discordante ? Savons-nous si la cause de cette difformité est primitivement inhérente au germe, à l’ovule de la femelle, ou à la semence du mâle : savons-nous si elle résulte du mode de fécondation; ou si, lui étant étrangère, elle lui préexiste ou lui succède ?

Toutefois, doit-on remarquer au sujet des monstruosités : 4 .

1°. Qu’elles ne dépassent jamais de certaines limites: les difformités ont des règles stables comme les dispositions normales. Par exemple, .le cœur ne reste

jamais perforé à ses cloisons que selon un mode toujours analogue ; les doigts surnuméraires sont tous semblablement disposés , etc.

2°. Qu'elles conservent une sorte de symétrie, au milieu mème des irrégularités les plus choquantes.

5°. Que l'absence ou l’amoindrissement excessif d’un organe coïncide souvent avec l'extrême développement d’un autre organe.

4°. Que les anomalies et les monstruosités sont fréquemment héréditaires; ce qui autoriserait à penser qu'elles ont leur cause dans la disposition prieitine ne gcrmes,.

°. Qu'’elles affectent les femelles plus souvent que les Rp , précisément parce que les femelles ont un degré d'organisation moins avancé.

6. Qu’elles ont plus de prédilection pour le côté gauche du corps que pour le côté droit , et par une raison semblable , le côté gauche étant toujours plus faible et plus nbarfet

7°. Qu'un organe absent, déformé ou monstrueux, a nécessairement d’extrèmes influences sur toute la structure de l’animal imparfait ; influences qui ne se bornent point aux formes et aux connexions, mais qui s'étendent même, en vertu des lois de solidarité et de coexistence (1), à toute l’économie des organes.

8°. Que certaines difflormités marchent ensemble ; par exemple , l'absence du cerveau et l’absence des

capsules surrénales; l'existence de doigts surnumé- raires et la division persévérante de la voûte palatine ; la perforation de la cloison inter-ventriculaire du

(a) Voyez notre l'hysiologie Médicale.

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cœur , et la division médiane et permanente de l’utérus et du vagin; la petitesse excessive des poumons et l’énormité du foie. Ajontons que ces dispositions coexistantes dans les monstres , coexistent aussi, mais naturellement , dans plusieurs classes d'animaux.

9°. Que les monstruosités extérieures consistent presque toujours en additions, en excès ; tandis que les monstruosités internes sont ordinairement des soustractions, des disparitions plus ou moins complètes. Rappelons à ce sujet, comme source de ces particularités , que les parties extérieures sont doubles, symétriques et originairement divisées.

10°. Qu'un organe monstrueux, soit en plus, soit en moins, est rarement composé d’autres élémens , : ou de moins d’élémens primitifs et fondamentaux, que l'organe régulier.

Et Qui si beaucoup de monstruosités semblent résulter de la rupture originaire d’ovules fécondés simultanément ou à la suite l'un de l’autre, que si beaucoup de difformités et de dispositions bizarres paraissent tenir à des adhérences entre des organes et au moyen de tissus et de vaisseaux similaires ; si des brides, si des compressions ou des blessures peuvent donner lieu à la plupart des monstruosités dont les observateurs sont le plus frappés, il n’est pas moins certain que beaucoup d’autres ne doivent paraître inexplicables, et ne proviennent de causes assurément inconnues ; ne fussent que les inversions complètes des viscères de droite à gauche et de gauche à droite , ne füt-ce surtout que l'existence d'organes surnuméraires en des animaux ne manquant d'ailleurs

d'aucune partie.

12°, Que quand même la plupart des monstruosités sembleraient résulter de causes mécaniques agissant sur les organes à diverses époques de leur accroissement, il n’en faudrait pas moins convenir que‘plusieurs paraissent absolument originaires, et antérieures même à la conception.

13°. Que les organes les plus diversifiés dans la série animale, sont les Stie disposés à la 1AONBtrUOEÎtÉ dans les êtres supérieurs.

14°. Que la coloration des parties difformes et anomales n’est jamais pareille à la coloration des mêmes parties régulières.

15°. Qu'un organe est d'autant plus exposé aux dif formités, que les révolutions qu'il subit natureïlement sont plus nombreuses et plus compliquées.

16°. Que les monstruosités diverses sont particulières, et jusqu’à an certain point constantes , dans tels organes et dans telles espèces d'animaux.

17°. Que les parties ordinairement le moins symétriques et les plus inconstantes dans leur conformation, sont de même les plus disposées à devenir monstrueuses.

18°. Qu'il est presque inoui qu’un monstre double ait, en outre de cette duplicité, des orgänes surnuméraires.

19°. Qu’à la vérité, la même femelle produit souvent plusieurs fœtus offrant tous des monstruosités pareilles; mais que quelquefois aussi l’un de ces fœtus: offre en plus le mème organe qu’un fœtus précédent avait en moins.

20°. Qu'un monstre double paraît résulter de cette: même loi, en vertu de laquelle les deux moitiés pri-

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