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CHAPITRE X

Le l'Hermaphrodisme accidentel des Animaux. — Rewarques sur les Organes sexuels et leurs Anomalies.

. On pourrait regarder le sexe mâle comme un degré d'organisation plus avancé que le sexe femelle : quelques personnes ont même été jusqu’à affirmer que les organes génitaux mâles résultaient du développement ultérieur d'organes originairement femelles. Toujours est-il qu’il est une époque où tout embryon des classes supérieures, quel que soit son sexe, paraît formé sur un patron femelle : bien plus, alors que les différences sexuelles se sont nettement prononcées, les fœtus mâles offrent encore.de notables analogies avec les fœtus de l’autre sexe : les testicules sont encore contenus dans l’abdomen , et la verge à l’urèthre encore perforé en dessous, etc. Et dans l’enfance même, ce n’est qu'avec une grande lenteur que les mâles prennent les caractères décidés de leur sexe; ils sont mâles depuis long-temps par les parties génitales, qu'ils restent encore femelles par le reste de la structure. Les jeunes garcons conservent de longues

358 LV. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS YIFANS. années le menton lisse, le larynx étroit, la voix argentine et les formes arrondies des jeunes filles ; les petits oiseaux de tout sexe ont d'abord le plumage de leurs mères, et muent en même temps qu’elles. Ilen est ainsi de tous les caractères extérieurs et distinctifs du sexe mâle : la crinière du Lion, les crêtes, les ergots ou les divers ornemens des oiseaux mâles, les ramures des Cerfs, les cornes des ruminans, les vives couleurs où la puissante énergie qui sont l'apanage des mâles de quelques espèces, tous ces caractères sont lents à se prononcer.

Les diverses anomalies des organes sexuels peuvent être rattachées sans trop d'efforts au type normal, aux dispositions régulières : on peut leur trouver à toutes, de quelque sorte qu'elles soient, ües analogies évidentes, soit dans les accroissemens progressifs de l'embryon, soit dans les animaux achevés des classes inférieures , à l'être qui offre la difformité ou Vanomalie. Admettons d’abord que les organes génitaux des deux sexes, formés sur le même patron, n’offrent originairement aucune. différence notable: il est clair que des organes toujours pareillement perforés et bifurqués, auront chez les deux sexes le caractère des organes femelles. Ensuite les organes mâles devenant plus saillans à une époque où la division médiane n’a pas cessé, les embryons des deux sexes auront tous à cet âge l’apparence d’hermaphrodites : enfin, un plus grand développement donnera anx organes mâles leurs caractères distinctifs , et alors toute confusion deviendra impossible entre les individus des deux sexes. Mais supposons que les organes mâles cessent de croître avant leur entier dévelop-

pement; il est manifeste que selon le degré où ils se seront arrêtés, les animaux conserveront le caractère ou d’hermaphrodites ou de femelles, encore qu’ils aient des testicules dans l’intérieur de l'abdomen. Supposons maintenant que ce soient les organes femelles qui restent inachevés ou qui avortent, alors les animaux seront neutres, ilsne paraîtront d'aucun sexe ; et cependant ils conserveront la plupart des caractères des femelles, quoiqu'avec de moindres développemens. Ainsi , les mâles seront des femelles en plus , comme les neutres des femelles en moins.

Or, la partie de cette proposition qui concerne les. neutres, paraît démontrée par ce qu'on observe dans. les insectes hyménoptères, particulièrement dans le: genre Abeille. Cette famille d'insectes a des mâles assez:

nombreux, peu de femelles, et le reste des laborieuses républiques qu’elles composent est formé d’abeilles neutres , n'ayant d'organes appréciables d'aucun sexe. Rien ne prouverait donc encore que ces êtres informes

appartiennent plutôt à un sexe qu’à l’autre ; mais voici

les expériences qui lontappris. On'a essayé de donner à ces animaux incomplets le développement qu'ont les autres insectes nés des mèmes larves et des mêmes parens qu'eux; on les a tenus renfermés comme se renferment d’elles-mêmes les abeïilles-mères; une ample et convenable nourriture leur a été abandonnée ; et l’on s’est aperçu que dans des condilions aussi

favorables, elles acquéraient des organes sexuels.

On pense bien, d’après la ressemblance qu'ont ces

mouches neutres avec les vraies femelles, qu’elles

deviennent des femelles lorsque leur crue est accom- . ’ , r . .

plie ; c'est, en effet, ce dont on s'est assuré : jamais

360 LIv. il. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.

on n’a vu provenir de mâles, des larves d’où l’on savait que naïîtraient nalurellement des abeilles neutres; jamais on n’a vu de jeunes abeilles neutres se transformer en abeilles mâles, Ces remarques sont également vraies des neutres d’autres espèces, parmi les Fourmis et parmi les Termites, etc.

Cet accroissement artificiel flo organes sexuels des insectes neutres prouve, il est vrai, que leur stérilité et leur imperfection génitale dépendraient de l’avortement des organes , il prouve que ces organes étaient femelles ; mais il faut aussi convenir, et avec impartialité , que le même fait est la preuve irrécusable que, tout ressemblans qu'ils soient , les organes pro- Pr à chaque sexe ont aussi leurs ses spé é qui ne se transforment jamais. |

On a donc eu tort de croire que tous les hermaphrodites par anomalie n'étaient que des individus monstrueux du sexe femelle : c’est à tort , ai-je dit, qu’on l'a cru; car il est prouvé que beaucoup d’animaux mâles paraissent hermaphrodites par la seule raison que les organes sexuels se sont arrêtés dans leur développement.+Ces organes, dans les cas dont nous parlons, présentent de si grandes analogies avec les organes femelles, qu’il est souvent impossible de décider, à la première vue, quel est réellement le sexe de l'être ainsi conformé : en même témps aussi les autres organes du corps présentent quelquefois des caractères trop ambigus pour ne pas accroître l'indécision. Il y a donc dans ce cas ressemblance et confusion des caractères distincts des sexes. Mais d’autres fois l’hermaphrodisme consiste dans l'absence d'un caractère sexuel. Enfin, il est une autre sorte

d'hermaphrodisme : celui-là consiste dans la présence d'organes sexuels superflus, sur-ajoutés à un corps bien conformé en toutes ses parties, et formant contraste avec elles. Il y a donc trois variétés principales d'hermaphrodisme anomal ou irrégulier : l’hermaphrodisme par arrèt du développement, donnant lieu à la confusion de caractères encore mal dessinés ; l’hermaphrodisme par absence de quelque caractère ( par absence des testicules, du vagin, de la matrice, par exemple ); enfin, l’hermaphrodisme avec addition et superfiuité d'organes ambigus et contrastans. Nous allons entrer dans quelques détails touchant ces difformités sexuelles , presque toujours congéniales ; et nous parlerons principalementde l'influence qu'elles ont sur toute la structure des corps où elles se rencontrent. «À

Nous venons de dire que les difformités des organes génitaux ont la plus grande influence sur les autres organes du corps; qu’ils en modifient l'aspect et souvent la structure , souvent aussi l’accroissement, et jusqu'aux fonctions. Il est rare que toute la structure du corps soit dans un contraste parfait avec les organes sexuels ; je veux dire qu'il est peu ordinaire que des organes de femelles, par exemple , se trouvent associés à un corps paraissant mâle par toute son économie. Cela pourtant n'est pas sans exemple : les tribunaux français ont eu à prononcer tout récemment sur un cas de cette espèce; et il faut convenir que cette association d'organes sexuels contrastant avec l'aspect du corps, forme le genre d’hermaphrodisme le plus insidieux. Mais presque toujours le corps d’un vrai hermaphrodite porte universellement l'empreinte

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ou de la réunion superilue d'organes génitaux des deux sexes , ou de l’imperfection , de Pavortement ou de l’absence des organes d’un sexe : il y a, par exemple, du mâle et de la femelle, dans toute la structure d’un animal dont le sexe est double ou ambigu. Et même, tant est puissante l'influence des parties génitales sur le reste des organes, tant est grand le pouvoir qu'on a raison de leur accorder, qu’ordinairement on conjecture qu'ils sont imparfaits, déformés, où débiles, dans un animal n’offrant que les traits incertains de son sexe. On augure peu favorablement des facultés viriles d’un homme dont les hanches sont larges, dont la barbe est étiolée et la poitrine étroite, dont les formes sont gracieusement arrondies , et dont la voix est douce et faible. Également, on conserve des incertitudes sur la bonne conformation de toute femme dont la voix a le timbre viril, qui a les hanches étroites, les extrémités volumineuses , et le menton velu. Le mutisme et le défaut de crête chez les coqs, l'inaptitude à couver chez les poules , sont presque toujours de sûrs indices d’impuissance chez l’un, de stérilité chez l’autre.

L'espèce d’hermaphrodisme qui consiste dans le mélange ambigu d'organes génitaux des deux sexes, a fréquemment son siége d’un seul côté du corps, rarement des deux côtés. Notons bien qu’on observe tout le contraire pour l’hermaphrodisme résultant d’un arrêt dans le développement, et comme d’une sorte d’avortement des organes ; celui-là est toujours égal des deux côtés, toujours symétrique. On conçoit qu'il ne peut pas être autrement disposé , puisqu'il est la conséquence de la division primitive

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et accidentellement persévérante d'organes qui auraient dû se réunir sur la ligne médiane du corps. Or, le premier genre, l'hermaphrodisme complexe, celui qui est unilatéral ou croisé , enfin l’hermaphrodisme véritable (avec organes associés des deux sexes) est plus rare que l’hermaphrodisme simple et symétrique , résultant d’un défaut d’accroissement des organes. Toutefois on en cite de nombreux exemples, surtout pour les poissons, pour des insectes et des crustacés, très-peu pour les mammifères, encore moins pour les oiseaux, et nul pour les reptiles. On trouve souvent dans quelques poissons, particulièrement dans la Carpe, dans le Brochet et le Merlan, un testicule d’un côté du corps, et de l’autre côté un ovaire. On a de même trouvé, dans une poule, un testicule à droite et un ovaire du côté opposé. Morand a décrit un cas très-remarquable d’hermaphrodisme chez l’homme : d'un côté du corps on rencontra un testicule avec son conduit déférent ; de l’autre côté il y avait un ovaire et une trompe; et entre ces organes contrastans on trouva une matrice fort bien caractérisée et répondant à l’axe du corps. Mais presque toujours l’hermaphrodisme de l’homme est apparent plutôt que réel: ainsi voit-on des enfans qui n'ont qu'un testicule dans les bourses, et dont le pénis, arrêté dans son développement et percé en dessous, offre l'apparence trompeuse d’un clitoris. C’est là l'espèce d'hermaphrodisme que nousnommons simple , par arrêt dans l'accroissement, sans mélange, sans confusion des organes des deux sexes. Quant au véritable hermaphrodisme , celui qui est unilatéral ou croisé, on a observé que les organes femelles se ma-

nifestent plutôt à gauche, les organes mâles occupant le coté droit. Cela paraît d’accord avec ce qu’on sait des sexes et des deux moitiés latérales du corps: il est naturel que le côté droit, comme le plus fort et le mieux organisé , soit dévolu de préférence au sexe le plus énergique. Toutefois , cette disposition est loin d’être constante. Pii fl

Les organes constituant l’hermaphrodisme par leur diformité ou par leur association vicieuse varient selon l'espèce d’hermaphrodisme. Ainsi, dans l’hermaphrodisme simple , onu par arrêt dans l’accroissement, presque toujours la cause d'indécision vient, tantôt du pénis, qui est imperforé , tantôt de la matrice, qui est divisée ; d’autres fois, ce sont les bourses , qui sont fendues de manière à ressembler aux lèvres d'une vulve ; d’autres fois, le clitoris , à qui une saillie excessive donne l'apparence d’un pénis imparfait. L’hermaphrodisme par absence résulte ordinairement ou de ce que les testicules sont arrêtés

dans leur descente, ou de ce que le pénis est d’une

petitesse excessive, ou de ce que la matrice ou le vagin sont absens ou imperforés, etc. Enfin, l’hermaphrodisme complexe, le véritable hermaphrodisme, a rarement son siége dans les parties extérieures de la génération : il consiste plutôt dans l’association d'un testicule et d’un ovaire, d’une trompe et d’un conduit déférent , d’une matrice jointe à quelque organe du sexe mâle. À raison de l’inaccés des organes monstrueusement associés qui le constituent, ce dernier genre d'hermaphrodisme serait donc de tous le moins apparent , le plus incertain , de même qu'il est dé tous le plus rare, s’il ne déterminait pas dans le reste de

l'économie quelques changemens propres à le manifester. Mais comme les organes génitaux ont une puissante action sur la structure entière du corps, il est sûr que l’espèce d'hermaphrodisme dont nous parlons a des effets d'autant plus marqués sur toutes les parties, qu'il dépend lui-même de la difformité des organes les plus influens, des organes intérieurs, ceux par qui sont imprimés les traits visibles et caractéristiques des sexes. Aussi est-ce presque toujours par l'aspect général des animaux, par leurs caractères extérieurs et leurs instincts, qu’on juge d’un hermaphrodisme qu’on n'aurait pu reconnaître pendant la vie, à cause de la situation profonde des organes où il a sa source.

Autre remarque importante. L’hermaphrodisme par absence d'organes et l’'hermaphrodisme par arrêt dans leur accroissement, exercent aussi des influences notables sur toute la structure d’un animal; mais comme ces hermaphrodismes affectent des organes uniques et placés selon l’axe du corps, comme ils affectent également les deux moitiés latérales de ce corps , l'influence à cause de cela en est universelle pour tous les organes, et semblable pour chaque organe habile à l'éprouver, à la ressentir. Il n’en est pas de même de l’hermaphrodisme véritable, né de la réunion anomale d'organes sexuels non similaires : cette dernière espèce rendant le même animal mâle d’un côté, et femelle de l’autre côté, on conçoit qu’un pareil. croisement dans les organes génilaux doit exercer une influence croisée ou plutôt alterne sur la structure de l’animal. Il en est effectivement de ces phénomènes à-peu-près comme des effets de la

5GG LIv. lil. DE L'ACCROTSSEMENT DES CORPS VIVANS.

compression et des altérations du cerveau, C'est même uniquement par ces altérations locales , alternalives ou diversement variées, qu'on a coutume de juger , à l'extérieur des animaux, de leur hermaphrodisme vrai; et voici quelques-unes des remarques pleines d'intérêt qu'on a faites à ce sujet.

On voit souvent des poissons offrir le plus parfait contraste dans la coloration de leurs deux moitiés latérales : la même disposition est extrêmement rare dans les oiseaux, mais très-fréquente dans quelques genres d'insectes, principalement parmi certains Papillons. Dans les cas dont nous parlons, l’animal est tout femelle d’un côté, par la couleur, par la forme, par différens traits de la structure ; et de l’autre côté, il est tout mâle. Mais ce croisement de caractères sexuels et de couleurs contrastantes ne se fait pas toujours d’un côté à l’autre ;quelquefois il a lieu d’avant en arrière, de haut en bas, ou bien il alterne deux fois de droite à gauche. Aïnsi, dans les papillons, entr'autres dans le Leparis dispar , tantôt les antennes, la poitrine et les ailes antérieures ont les caractères d'un sexe , et les ailes postérieures aussi bien que l’abdomen, les caractères de l’autre sexe. Tantôt l’antenne et les deux ailes d’un côté sont mâles, et les mêmes parties du côté opposé sont femelles. Choses semblables ou analogues se rencontrent chez d’autres animaux plus élevés dans l'échelle des êtres : un Daim, plus femelle que mâle, n'avait, de bois qu’au côté gauche du front ;une Femme, réputée hermaphrodite , n’avait de barbe qu'au côté droit dela figure. On cite des hermaphrodites d'espèce humaine. qui, présentant: tous les traits: du sexe

par le haut du corps et par la face, étaient du reste mâles à partir du bassin, lequel était fort rétréci, les cuisses étant velues et carrées; mais l'observateur qui rapporte ce fait ne dit pas en quoi les parties génitales différaient des formes normales. Cela même, il faut le remarquer, esl une cause d'erreur, et une cause puissante; car de ce que l’hermaphrodisme véritable et à source cachée se décèle par des changemens évidens qui rejaillissent sur la structure de tout le corps, et quise manifestent surtout à sa surface, de là résultent de grands changemens : dès que ces associations de caractères ambigus et contrasians apparaissent, on se hâte d'en conciure que l'être ainsi fait est probablement un véritable hermaphrodite ; et cependant on devrait convenir qu'on s’en est rarement assuré, et que la constante précision de ces caractères extérieurs est loin d’être indubitable. Par exemple , il est certain qu'on a trouvé une des mamelles très - développée dans un homme qui était entièrement mâle par le reste de la structure, sans en excepter les parties sexuelles. Mais c'est en particulier pour ceux des insectes dont l'extérieur semble déceler l’hermaphrodisme , qu’on s’est rarement assuré si la disposition des parties génitales concordait par son ambiguité avec l'apparence ambiguë des surfaces. Toutefois, un naturaliste italien, Scopoli, dont l'autorité, il est vrai, est d’une importance assez mince (1), ce

(1) Scopoli prit un jour une trachée-artère d'oiseau pour une espèce d'animal inconnue, et il l'envoya, comme nouveauté , à la Société royale de Londres, où l’on découvrit aussitôt l'erreur. Cela valut à Scopoli les raïlleries des savans d'Italie et des sarcasmes imprimés de Spallanzani ; mais terrible fut sa vengeance.

568 LIV. IIL. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. naturaliste a rapporté l’observation suivante comme lui étant personnelle. Un Papillon du genre phalène (ph. pini), mâle d'un côté et femelle de l’autre côté (quant à la coloration et aux formes extérieures), réunissait des organes génitaux des deux sexes. Cet animal s'étant accouplé avec lui-même par la projection du pénis en avant, vers une sorte de vulve, on remarqua que les œufs provenus de cet accouplement extraordinaire donnèrent naissance à des phalènes femelles qui furent fécondes à leur tour. On voit bien que cette observation prouverait que l’hermaphrodisme génital concorde avec l’hermaphrodisme signalé par les surfaces ; il prouverait que certains hermaphrodites peuvent engendrer avec eux-mêmes sans intervention d'un autre individu ; il prouverait, enfin, qu'il peut naître des animaux réguliers et uniformes d'un hermaphrodite , et que peut-être même ce sont des femelles qui en proviennent toujours. Mais rappelons-nous que c’est Scopoli qui rapporte ce fait; ajoutons cependant qu’un naturaliste irréprochable a cité un phénomène tout pareil , observé dans un Homard aussi hermaphrodite.

Toutefois, là preuve que l’hermaphrodisme apparent aux surfaces du corps, ou se manifestant par les habitudes, n'a pas toujours sa cause dans les parties génilales, c’est que ces changemens ostensibles ne surviennent quelquefois que très-avant dans le cours de la vie, après une existence déjà longue et constamment calme et sans accidens ni souffrances. Ainsi, il n’est pas rare de voir de vieilles femelles d'oiseaux, devenues infécondes par l'âge, revêtir peu-à-peu le plumage des mâles de leur espèce, emprunter leurs

crêtes , leurs ergots; imiter leur voix et leurs chants, etprendre jusqu'à leurs instincts distinctifs. Des changemens analogues ne sont pas sans exemples même dans l'espèce humaine. Ajoutons que ce faux hermaphrodisme n’atteint que les surfaces, et qu’il n'arrive d'ordinaire qu’à cette époque de l'existence où les organes génitaux, d’ailleurs bien conformés, demeurent sans usage et sans énergie.

Plus les organes génitaux sont simples, plus ils sont ressemblans dans les deux sexes, et plus les animaux où cette disposition s’observe sont disposés à l’hermaphrodisme : c’est le cas où se trouvent les poissons. Quant à la cause de cette difformité, et ici j'entends surtout parler de l’hermaphrodisme complexe, ou avec alliance d'organes sexuels hétérogènes, cette cause est, comme de raison, inconnue. On a prétendu, il est vrai, que cette sorte de monstruosité était l'effet de l’entregrefflement de deux sexes différens. Mais alors, comment concevoir que les organes génitaux soient les seuls qui éprouvent de ces associations vicieuses et contrastantes? D'où vient ce choix, cette prédilection pour des parties occupant si peu d'espace ? À ce sujet on a fait du moins une remarque intéressante, c'est que lorsque les Vaches font deux veaux jumeaux et de sexe différent, on observe presque toujours que le veau femelle offre quelques caractères d’hermaphrodisme : comme si la nature, plus long-temps et plus occupée du mâle et de ses organes caractéristiques , moins prompts à s'achever , avait étendu jusqu’à la femelle les derniers efforts d’une puissance trop persévérante pour l’un des sexes.

370 Liv. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.

Ayons soin d'observer que nous n’avons eu em vue, dans ce chapitre, que le seul hermaphrodisme anomal ou irrégulier, et nullement l’hermaphrodisme naturel et ordinaire en quelques espèces , parmi les Mollusques êtles Vers, parmi les Radiaires , etc. Ces auimaux, naturellement hermaphrodites dans tous les cas, différent des hermaphrodites accidentels, en ce qu'ils sont habiles à se féconder d’euxmêmes, sans l’advention d’un autre individu possédant à la fois les organes des deux sexes et toutes les conditions indispensables à une fécondation parfaite; ce qu'on ne voit jamais dans les hermaphrodites irréguliers, à l'exception peut-être du Papillon phalène de Scopoli et du Homard hermaphrodite de Nichols, que nous avons cités comme phénomènes. Disons aussi que l’'hermaphrodisme anomal ne va jas mais jusqu'à l’'Androgynisme, comme F’hermaphrodisme nalurel : je veux dire qu'un hermaphrodite anomal ne possède jamais des organes assez parfaits, assez distincts et assez complets des deux sexes, pour pouvoir s'accoupler doublement avec un animal pareil à lui, exerçant alors simultanément tous les deux, l’un envers l’autre, la double fonction de mâle et de femelle. Non ; l’hermaphrodisme accidentel et anomal ne va jamais jusqu'à l’'androgynisme.

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