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CHAPITRE XI

Digression sur la Génération et les Métamorphoses des {nsectes.

Disons d’abord quelques mots de la reproduction des insectes, sujet que nous avons volontairement omis au livre précédent , dans le dessein d'y revenir plus à propos et sans répétition à l'occasion de l’Accroissement et des Métamorphoses de ces animaux.

Jusqu'à Rédi, jusqu'à Swammerdam et Malpighi, on erra beaucoup sur le mode de reproduction des insectes : on se persuadait que la génération en était spontanée, et absolument étrangere à un concours des sexes. Mais les auteurs dont je viens de dire les noms détruisirent cette erreur, et mirent à la place des faits précis. On voyait apparaître des vers dans des substances animales disposées à la putréfaction ou déjà -putréfiées , et l'on attribuait cette sorte de vers à la putréfaction mème. En effet, le moyen de voir quelque similitude de famille entre ces êtres

-imparfaits et les insectes ! le moyen d’apercevoir entreux quelque caractère de parenté, quelque indice de filiation ! On ne savait pas encore les transformations subies par ces animaux; mais dès qu’on eut connaissance de ces métamorphoses , l’histoire entière de la génération des insectes ne tarda pas à se débrouiller,

Rédi prouva que les vers de la viande sont le produit des mouches qui voltigent à l’entour et qui s'en

nourrissent. Leeuwenhoek s’assura que les vers du

fromage, espèce de Mittes, ont des sexes, et qu'ils s’accouplent et se reproduisent en pondant une sorte

d'œufs d’où naissent de nouvelles mittes. D’autres observateurs acquirent la certitude que les vers qu’on rencontre dans des feuilles, dans des fruits, dans du bois, etc. , proviennent d’autres insectes qui ônt déposé là leurs œufs, bientôt transformésen larves ou vers temporaires; que ces vers donnent naissance à d’autres insectes parfaits, semblables à ceux d’où les œufs sont provenus; et que les petites: proéminences végétales qui leur servent d'asile, sont. le produit des piqûres de ces insectes au moment de la ponte. Pareille chose a été prouvée, quoique plus difficilement, pour les insectes et quelques prétendus . vers parasites des animaux ; on. s’est convaincu:que: tous proviennent d'un concours sexuel entre insectes. de la même espèce, et qu'aucun ne se reproduit spontanément. Enfin ,. on a vu quela putréfaction des animaux morts, que les maladies des animaux vivans , favorisent la multiplication de certains insectes , pa-.. raissant d'abord sous la forme insidieuse de larves , .et que ce sont là des circonstances favorables, mais, non des causes réelles de leur reproduction. » |

Ïl en est donc de la génération des insectes comme

de la génération du plus grand nombre des animaux dont nous avons exposé l’histoire sous ce rapport :

tous ont des sexes séparés , hors quelques cas exceptionnels. d’hermaphrodisme ou djun accroissement. avorté; tous s’accouplent , mais diversement; toute

femelle a des œufs, qu’un mâle d'espèce pareille fé-

conde au moyen d’une sorte de liqueur séminale.

CHAP. XI. MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 379 Mais les femelles d'insectes ne pondent pas toutes des œufs; plusieurs mettent au jour des petits vivans, l'éclosion ayant eu lieu au-dedans du corps : voilà même pourquoi quelques inséctes sont regardés comme vivipares Ou ovo-vivipares. Îl faut remarquer que les insectes ne sont aptes à se reproduire qu’après avoir subi leurs métamorphoses, c’est-à-dire dans leur état d'achèvement parfait. Ainsi, tous ceux qui doivent avoir des ailes, ne se reproduisent jamais tant que les ailes ne sont pas achevées : et même ceux des insectes qui n’ont point d'ailes , n'engendrent qu'après leur dernière mue, ou dernière transformation. Tout ce qui regarde l’amour.et l’accouplement des insectes diffère pour chaque espèce : ainsi , il est bien vrai que, chez la plupart, c’est le mâle qui recherche et agace la femelle ; toutefois dans les espèces où les sexes sont inégalement répartis, dans les Abeilles , par exemple , où l’on ne trouve qu'une femelle pour des centaines de mâles, dans cette famille si intéressante d'insectes, c’est la femelle qui recherche les mâles, elle qui les incite à l’accouplement : chef d'un sérail , elle. prend l'initiative d’un sultan. Presque tous les insectes ont les organes génitaux placés vers l'extrémité du tronc ; et comme ces animaux légers s’'accouplent presque toujours au milieu de l'air, en volant , beaucoup de mâles ont des espèces de crochets dont ils se servent pour saisir et pour retenir leurs femelles. Ï1 résulie quelquefois de ce mode d’accouplement d'assez vives douleurs pour les femelles , et cela même les rend craintives-et fugitives, devant le mâle attaché à les poursuivre. Cela n’est nulle part plus remarquable que dans l'espèce élé-

374 Liv. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS FIVANS.

gante des Demoiselles, dont l’organisation est d’ail+ leurs si digné d’exciter la curiosité du naturaliste. La femelle de ce genre d'insectes a les organes génitaux situés à l'extrémité d’un corps très-allongé ; et comme le mâle a les siens vers le milieu du corps, à-peu-près sur les limites communes du ventre et du corselet, on conçoit combien le concours nécessaire d'organes si étrangement disposés devait rendre bizarre et compliqué l’accouplement de ces insectes. Voici toutefois comme il s'effectue : le mâle saisit sa femelle au cou , au moyen de deux crochets dont l'extrémité de son corps est garnie ; après beaucoup de mouvemens et de résistances , la femelle rapproche sa queue, où nous avons dit que se trouvent ses parties génitales, elle la rapproche du ventre du mâle, et c’est dans cette double et singulière jonction que la fécondation des œufs est consommée. Beaucoup d'insectes s’unissent pour l’accouplement comme les animaux des autres classes ; mais il en est qui se mettent ventre à ventre, à-peu-près comme les hérissons; d’autress côté à côté, par exemple les sauterelles; quelques papillons prennent les positions les plus bizarres. Beaucoup d'insectes, vivant peu de jours ou peu d'heures , s'envolent aussitôt qu'ils ont des ailes, et s’'accouplent en l'air dès leur premier vol. Les Ephémères et les Cousins sont particulièrément dans ce cas, et leur accouplement est aussi court qu'il est prompt. D’autres insectes, parmi lesquels il faut citer les Scarabées et les Papillons , demeurent plus longtemps unis: on remarque même que plusieurs d’entre eux montrent la plus grande indifférence à ce qui les szacite ou les entoure tant que dure la copulation, ce

CHAP. XI. MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. ri

qui leur donne un trait d’analogie avec quelques Reptiles, qu’on tue plus aisément qu'on ne les sépare. On assure que dans les Ephémères la femelle est placée sur le mâle,

Il n’y a de constant hermaphrodisme dans aucune espèce d'insectes ; toutefois on en voit plusieurs présenter quelques individus réunissant les organes,des deux sexes ; on a fait cette observation parmi certains papillons : probablement aussi il y a des saisons de l'année où beaucoup de Pacerons sont hermaphrodites ; je fonde cette opinion sur les faits suivans. On a observé que les pucerons sont ovipares en automne, et vivipares au printemps : dans la première saison, la distinction des mâles et des femelles est manifeste , et chaque ponte d'œufs féconds est précédée d'un accouplement. En été et au printemps, la chose est différente : alors on ne trouve pas de mâles, ou du moins ne les saurait-on distinguer des femelles ou femelles prétendues. Alors Aussi chacune de ces femelles, même lorsqu'elle a été réduite au plus parfait isolement , accouche d’autres pucerons dont l'apparence est également celle des femelles; et ces lignées d'insectes nés successivement Îles uns des autres, sont Lous produits sans le concours des mâles, sans union sexuelle. Or , comment concevoir que de jeunes pûcerons, femelles encore xierges ‘produisent, dès qu'ils sortent de leurs œufs, d’autres pucerons femelles engendrant comme elles sans aucun accouplement, et cela pendant sept, neuf, douze générations successives , s'il faut en croire Bonnet? Non, la chose ne me semble pas croyable : si ces pucerons paraissent femelles, c'est qu'ils sont probablement hermaphro-

376 LIV. II. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. dites; et c'est par la même raison qu'ils se reproduisent sans l'accession des mâles, du moins pendant la belle saison.

Ordinairement les insectes pondent leurs œufs tous à-la-fois ou à diverses reprises, promptes ou lentes, près des lieux ou dans les corps même où chaque larve trouvera, dès sa mise au jour, de quoi exister et se nourrir : C'est ainsi qu'on trouve des œufs d'insectes dans des feuilles, dans des fruits, du bois, des dépouilles ou des substances animales, ou même dans le corps de certains animaux. De Geer a remarqué que même les œufs semblaient se nourrir : il s'aperçut que des œufs de Mouches-à-soie , fixés ‘dans les pétioles d’une feuille verte et vivante, se ridèrent et se desséchèrent bientôt, dès que cette feuille fut arrachée. Il est des insectes, les Cochenilles par exemple, qui semblent couver leurs œufs, qui les abritent et les protègent, mème jusqu'à la mort. Mais nulle autre classe d'animaux ne prodigue plus de soins à leur progéniture que les insectes vivant en sociétés, en petites républiques : ces animaux consacrent une industrie admirable et tous les instans d’une prodigieuse activité à donner un gîte à leurs œufs, à préparer de la nourriture aux larves qui en naîtront, et une abondante subsistance à la mère commune de ces, grandes familles. Les ‘individus neutres ou mulets qui existent parmi ces espèces sociables, n’ont de sexe d'aucune espèce, et se bornent à prodiguer des soins aux petits des insectes fécondés, leurs pareils sous d’autres rapports.

Les OEufs des insectes sont presque toujours fécondés dans le corps même des femelles ; par consé-

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