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CHAPITRE XIL

De la Graine , de la Germination, et de l'Accroïssement des Végétaux.

Nous n'avons guères parlé que de la fécondation des plantes dans le chapitre où nous avons traité de leur reproduction sexuelle, et nous n’avons rien dit de la graine, qui est le terme de cette fonction et qui renferme les linéamens d’un nouveau végétal : il nous reste par conséquent à en faire l'histoire. IL serait impossible de comprendre les phénomènes de la germination, si l’on ignorait l’organisation des semences et quel rôle jouent chacune de leurs parties. Ce que nous avons fait pour les ovules des animaux, nous devons le tenter également pour l'œuf végétal : la chose a le même but, la même utilité. Mais , afin d’abréger tant de détails , nous allons présenter , sous la forme de tableau , les difflérens organes dont le fruit se compose, ainsi que nous l'avons fait précédemment pour l'œuf des oiseaux en particulier. L’essentiel est que ce tableau soit court, clair et simple. Nous regrettons d’être forcé d'employer beaucoup de mots techniques, m'ayant aucun cours dans le langage commun ; mais c’est une nécessité à laquelle il faut se résigner.

CHAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 381 Analyse de l'OŒuf végétal (1).

Fruit : On donne ce nom à l’ensemble des produits de la fécondation d’un végétal. Le fruit comprend les graines, leurs enveloppes, et souvent quelques-unes des parties persistantes dela fleur à laquelle il succède et dont il provient.

Péricarpe : enveloppe générale des graines supportées par le même calice. Le péricarpe communique à-la-fois avec le pistil de la fleur , lequel a charrié le pollen fécondant, et avec les vaisseaux séveux de la plante, par quile fruit est nourriet accru. On le divise en trois compartimens ou trois couches, souvent peu distinctes en réalité :

L'Epicarpe : épiderme ou sur-peau du péricarpe.

L'Endocarpe : qui est la peau ou membrane interne du fruit. Ce feuil. let avoisine les graines et leur forme des loges distinctes : c'est la partie ligneuse des noix, par exemple.

Le Mésocarpe : Ge sont toutes les parties vasculeuses comprises entre l'épicarpe et l’endocarpe. Lorsque cette partie intermédiaire est charnue , on lui donne le nom de Sarcocarpe.

Placenta ou Trophosperme : espèce de bourrelet vasculeux au moyen duquel la graine s'attache au-dedans du péricarpe.

Cordon ombilical, Funicule ou Podosperme : moyen d'union, lien vasculeux de la graine avec le placenta. C’est par le cordon ombilical que la graine communique avec les vais-

seaux nourriciers de la plante.

Graine ou RIRES ovule fécondé , œuf végétal, contenant le rudiment d'une nouvelle plante. Elle comprend l'embryon lui-même , ou germe fécondé, avec ses annexes ou enveloppes immédiates , et ses organes nourriciers. On a re-

* marqué que les plus grosses graines , dans les plantes - dioiques, produisent ordinairement les mâles, les pieds à étamines, tandis que les petites graines engendrent des

femelles,

Spermoderme : peau de la graine. On divise ordinairement le spermoderme en plusieurs couches (de même que poür le péricarpe) auxquelles on donne les noms

(a) Voyez Gœrtner , C. Richard, Jussieu , Mirbel, Decandolle, Corréa, Rob. Brown, ete,

De Test : C’est la pellicule la plus extérieure : elle est ordinairement hygroscopique, et attire vers [a graine l’éau nécessaire à la germination ;

De Mésoderme ou Sarcoderme: c’est la partie vasculeuse ou charnue qui - est sous-jacente au Test : elle est très-distincte dans les baies; |

D'Endoplèvre : C'est la membrane interne et presque toujours impr méable du spermoderme : elle est immédiatement contiguë à l'amande. |

Ces différentes tuniques de la graine sont perforées vers le sommet ou mamelon de l'amandes, ainsi que l’a prouvé M. Rob. Brown; et l’on conjecture avec vraisemblance que c’est par là que le pollen des étamines, conduit par le pisül, vient féconder les ovules de la fleur.

Ombilic, Hile ou Cicatricule : La parlie de la graine où s'attache le cordon ombilical. C'est ordinairement une sorte de cicatrice,

Amande :,On donne ce nom à tout ce que conlient le spermoderme. C'est le noyau du fruit; autrement l'embryon lui-même, avec Les parties qui lui sont inséparablement unies.

Albumen ou Périsperme : Substance non vasculeuse et comme inerte, ordinairement blanchâtre, qui entoure ou avoisine l’embryon, et qui sert à le nourrir durant la germination. C’est le résidu épaissi de l'amnios. L'existence de l’albumen n’est pas constante dans toutes les graines,

Chorion : C’est la masse pulpeuse qui composait exclusivement les ovules avant l’advention du pollen, avant la fécondation. Spallanzanï s'y est mépris. (Woy. Cuar. V, Lav. Il.)

Amnios : Jiqueur au milieu de laquelle nageaït l'embryon, et dont la solidification donne lieu à lalbumen. Il n'existe point | d’amnios dans les ovules non fécondés 1: ce kquide est con temporain de l'embryon, *

Vitellus : admis par quelques auteurs, maïs sans aucun motif. C'est ce que nous nom mons chorion qu'on aura pris pour le vitellus.

Chalazes : On doit nommer ainsi les deux ligamens qui tiennent ‘embryon attaché aux deux extrémités de l’amande : l'un au sommet ou mamelon (là où les tuniqués-sont perforées),, ét c’est par là que paraît pénétrer le fluide fécondateur & l’autre, à la base de l'amande, du côté de lombilic, et

c'est la vraïe chalaze ou sorte d’ombilic interne. Cette dernière chalaze paraît contenir les vaisseaux ramifiés du cordon ombilical; vaisseaux qui servent d’abord à l’accroissement de l'embryon, et , plus tard, à la germination ou développement.

Embryon : jeune plante en miniature, partie essentielle de la graine; n'apparaissant jamais avant la fécondation. L’embryon se compose des parties suivantes :

Radicule : C'est l’origine de la jeune racine; elle est ordinairement

" dirigée du côté de la vraïe chalaze et correspond à l'ombilic de la graine ;

Plumule ; ou petite Tige : Cette partie est située plus intérieurement que la radicule, aussi n'apparaît-elle qu'après l'évulsion de cette dernière ; L

Collet : C’est la partie intermédiaire à la radicule et à la plumule : elle üent de l'un et de l'autre. On l’a considérée comme le cœur du végélal, comme le nœud de la vie. La radicule

” tend toujours au centre de la terre, la plumule s'élève constamment vers le ciel; le collet ne manifesle aucune de ces tendances ;

Cotylédôns : feuitleséninales ; premières feuilles apparentes dans la

germination de la graine, et visibles même avant la germi-

” nalion. Comme ces corps servent à nourrir la jeune plante,

\ on les a appelés mamelles végétales. Toute graine de

plantes ayant des feuilles, présente constamment des co-

iylédons. Cependant on assure que le Lecythis fait exception à celle règle générale.

Vaisseaux : On les admet et on les distingue bien plus pour les fonctions qu'on leur suppose que pour les avoir vus réellement isolés. Il y a d'abord les vaisseaux pistillaires ou polliniques , par qui s'effectue Le passage du pollen dans l’ovule: ceux-là président à la fécondalion dela graine: ils sont situés vers le mamelon ou le :ommet de l'amande. I ya, de plus, les vaisseaux séveux, provenant du cordon ombilical et communiquant avec la plante. Ces derniers aboutissent à la chalaze principale et servent à la nutrition et à l’accroissement de la graine et de l'embryon qu'elle renferme. Nous

werrons quel emploi ont c.s derniers vaisseaux dans la germination.

1l est aisé de voir combien la graine végétale a d’analogie avec l'œuf fécond et déjà incubé des animaux : il y a dans tous les deux un embryon, des chalazes, un placenta, un cordon ombilical, une cicatricule, un amnios, des membranes, des vaisseaux nourriciers. Les cotylédons de la graine sont l’équivalent du vitellus des oiseaux ou de la vésicule ombilicale des mammifères ; l'albumen ou périsperme des graines est l’analogue du blanc d'œuf des oiseaux ou de l’allantoide des vivipares, etc. : enfin la similitude est frappante.

PHÉNOMÈNES DE LA GERMINATION. À présent que nous connaissons toutes les parties dont l’œuf végétal se compose , nous devons étudier comment l'embryon s'y développe et comment il en sort. Nous allons done décrire rapidement les principaux phénomènes et les progrès de la germination des graines (1 ).

La jeune plante est déjà toute formée , déjà dessinée en miniature dans la graine fécondée et müûrie ; mais elle y est comme dans un état d’assoupissement et d'inertie: la germination est pour elle le signal du réveil et le commencement d’une vie active. Placée dans une terre imbibée d’eau, la graine s’en imprègne; elle se gonfle, ses enveloppes se rompent; et bientôt la jeune racine d’abord , et plus tard la jeune tige, sortent par deux points souvent opposés de la graine, ou plutôt avec une tendance, une direction opposée, puisque la racine s'enfonce dans le sol, tandis que la tige se prolonge à la surface et s’en éloigne. Les cotélydons,

(1) Voyez Ledermuller, Hales, Duhamel, Senebiér, Th. de Saussure , Mirbel, etc.

CHAP. XII. AGCROISSEMENT DES VÈGÉTAUX. 989 d'abord gonflés, sortent de terre et deviennent de premières feuilles, ou d’autres fois restent étiolés sous le sol, continuant d’adhérer à la graine. On a fait des observations suivies sur les progrès de la germination pour diverses semences; voici, par exemple, ce qu'on a observé pour le Seigle : dès la première heure le grain de seigle placé sous la terre était gonflé ; dès la deuxième heure onvit les premiers filets, les filamens déliés de la radicule ; au bout de vingt-quatre heures, toutes les parties de l'embryon apparaissaient hors de la graine; mais les premières feuilles sont encore enveloppées; le quatrième jour, quelques plantes déjà sortent de terre, on voit même alors les feuilles rouges, les vaisseaux séveux, un fin duvet, des-poils tendres; cinquième jour , feuilles déjà longues d’un pouce et déjà vertes ; les’ secondes feuilles paraissent le sixième jour. Ces expériences ont été faites au printemps, par une douce température ; le sol était humide et meuble. Mais les graines sont loin de germer toutes avec cette rapidité : il en est pour qui ce premier développement dure une ou plusieurs années. Dès-à-présent nous devons dire quelques mots des agens extérieurs et des premières conditions de la germination. Toute semence, pour germer , a besoin d’air, de chaleur et d’humidité. Les autres choses n’ont qu’une importance secondaire. |

Cuareur. La germination n’a jamais lieu dans une température au-dessous de zéro, et elle est prompiement arrêtée dans une atmosphère à 40° el au-dessus ; les Jeunes organes sont aussitôt détruits qu’apparus, et les graines restent improductives. La température

la plus propice est de 15 à 20°; voilà pourquoi l’ensemencement des terres ne se fait jamais lors des grandes chaleurs dans les régions méridionales : outre qu'on combine les semailles de manière à ce que les chaleurs de l’été servent à la maturité des graines. Si la difficulté des labours oblige à ensemencer dans les temps froids, alors la germination ne s'effectue de même qu'au printemps, au retour de la chaleur et des beaux jours. Disons'aussi que la germination elle-même a pour effet constant de développer un peu de chaleur dans les semences : car la vie et la chaleur sont inséparables.

Eau. Le sol, outre le soutien qu'il donne aux plantes, outre l'abri qu'il prête à leurs racines, n’a guère d'influence sur la germination qu’en raison de lPhumidité qui le pénètre. Une graine placée sur une éponge imbibée d'eau, germe aussi bien qu’au sein de la terre : on en a même fait germer dans de l’eau distillée, et dans l'éloignement de toute substance gazeuse. Mais alors la jeune plante avorte bientôt, ou du moins ne produit jamais de graines. L'eau seule, sans air et sans le secours du sol, paraîtrait donc suffire à la simple germination. Ordinairement le test de la graine est doué d’une propriété bygroscopique ; il attire vers la semence l’eau répandue autour d'elle. Ensuite l'humidité est absorbée, ou par toule la surface du test, ou seulement par la cicatricule de la graine; mais comme la tunique la plus intérieure est difficilement perméable, quelle que soit la partie par où l’eau est entrée, cette eau ne pénètre jamais dans l'intérieur de la graine que par Pombilic , ‘et jamais dans Fembryon que par la chalaze : parce

CITAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉFAUX. 3587 qu'en effet les vaisseaux qui l’absorbent sont tous dirigés dans ce sens. On vérifie aisément cette direction des liquides absorbés par les semences, en: teignant l’eau dont on fait usage, avec diverses substances colorées qui la rendent visible dans les vaisseaux absorbans.

Arr. Tous les gaz ne conviennent pas indifféremment à la germination: on s'est assuré que des graines ne germent ni dans le gaz azote pur, ni dans l'hydrogène, ni dansunair, quelle qu'en soit la nature, quirne contiendrait pas d'oxigène. Il faut à Pair qui entoure les graines en germination, au moins un huitième d’oxigène, et pas au-delà d’un quart. En plus grande quantité , il activerait beaucoup la pousse de la jeune plante, mais cette crue hâtive serait bientôt suivie de la mort: Il faut aussi observer que peu importe à quel autre gaz l’oxigène est combiné, pourvu qu'il soit dans la PPRATAE que nous avons indiquée.

Ainsi, il faut de l’air, il faut de l’oxigène pour toute germination de semence: nul graine ne peut germer dans le vide. Les semences introduites trop profondément dans le sol pour communiquer avec l'atmosphère, se conservent sans germer. On voit quelquefois, à cause de cela, une terre remuée dans sa profondeur , au bout d’un siècle , donner naïssance à des plantes nouvelles, fort différentes de celles qui croissent tout à l’entour. Or, il est probable que ces plantes proviennent de graines enfoncées dans le sol et éloignées de l’air depuis long-temps. Il est vraisemblable aussi que les semences ne germent dans de l’eau distillée qu’à cause de la portion d'air qui s'y

588 LIV. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. trouve mêlée : car il est certain que les graines subhmergées pourrissent ; et si quelques semences de plantes aquatiques parviennent à germer dans l’eau, cela vientipresque:toujours de ce que la chaleur développéë en elles par le premier travail de la germination , les rend plus légères, et les élève à la surface du liquide, où elles jouissent du contact de l’air. Disons néanmoins qu'ilexiste une espèce d’'Icodendrum qui germe et végète dans l'air kbre sans le concours d'aucune humidité , sans arrosemens.

Divers Excirans. L'électricité paraît favoriser la germination. Les temps d'orage font promptement germer les semences. Le chlore, et -ceux des oxides métalliques auxquels le gaz oxigène:est peu adhérent, par exemple l’oxide de manganèse, hâtent visiblement la germination des graines. M. de Humboldt a fait, à cêt égard, des expériences intéressantes. Cet ingénieux physicien a fait germer, au moyen du chlore , des graines incapables de germer dansles circonstances communes. Ces différens moyens ont un effet d'autant plus puissant, qu'indépendamment de l'oxigène qu'ils fournissent , ils augmentent en même temps latempérature. On voit, par ce que nous venons de dire des circonstances favorables ou nécessaires à la germination des graines, de quelles influences il faut préserver celles qu'on veut empêcher de germer. Mais c’en’est assez sur cet objet ; examinons maintenant quel rôle jouent, dans l’acte de la germination, les différentes parties de la graine.

Enveropres SÉMINALES. La plus extérieure des membranes séminales , le test, comme hygroscopique, sert utilement à la germination ; la plus interne, l’endo-

CHAP. XII. AGCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 900 plèvre, comme imperméable, fait que Fhumidité qui a transsudé: à travers le test, afflue toute entière vers l'ombilic de la graine, où des vaisseaux l’absorbent ; elle concourt manifestement aussi à la longue conservation des semences, en empêchant que l'humidité dont elles sont pénétrées ne se dissipe dans l’atmosphère. Toujours est-il que ces membranes ont une influence assez grande sur la germination , puisque des graines dénudées, ou ne germent point, ou ne cerment qu'imparfaitement. Il est probable qu’elles empêchent le trop prompt gônflement des sotylédors en modérant l’afllux des liquides; il est probable aussi qu'elles favorisent, par cette imprégnation de la graine qu’elles ralentissent, aussi bien que par la pression qu'elles exercent sur l'embryon et sur l'albumen , qu’elles favorisent ainsi, disons-nous, la dissolution et l’'émulsion des sucs, sans cela insoJubles et réfractaires, de l’albumen et des cotylédons. Elles conservent d’ailleurs et concentrent dans l’embryon la chaleur développée dans la semence par le premier travail vital. Elles attirent, elles protègent, elles compriment, isolent ct vèêtissent. Mais le gonflement des cotylédons donne à ces derniers la propriété de nourrir la jeune plante.

Eusryox. Il est toujours situé dans les éiibelhes dont nous venons de parler. Il tient aux deux extrémités de la graine par deux ligamens ou chalazes : celui de ces ligamens qui l’attache au sommet de la semence, luia apporté le principefécondant du pollen; l'autre ligament, ou la vraie chalaze , situé vers ou toul-à-fait vis-à-vis l’ombilic de la graine, est composé de vaisseaux où circulent les fluides absorbés

390 LIV. II. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. servant à le nourrir et à l’accroître. Il paraît certain que la surface de l'embryon commence par absorber l’amnios qui l'environne, et que là même estune des sources où Ja Jeune plante puise sa première nourriture. Quelquefois même la plantule absorbe tout cet amnios, et dans ce cas la graine est sans albumen, et totalement composée par l'embryon ; mais alors, par compensation, les cotylédons, plus gros, sabviennent au défaut d'albumen. Quant à la radicule , comme elle est toujours dirigée vers l’extérieur-de la graine , et presque toujours vers l’ombilic, c'est elle qui absorbe d’abord les fluides qui ont transsudé à travers le test ou à travers la cicatricule , et ces fluides, elle les transmet au reste de l'embryon. La plumule ou jeune tige, plus intérieure, plus centrale, n’absorbe rien d'elle-même, mais elle s'accroît aux dépens .des fluides transmis par la radicule, aux dépens aussi de la substance de l’albumen , et des cotylédons, ou seulement de ces cotylédons, lorsque l’albumen manque absolament ; et lorsqu'une foisles membranes séminales sont rompues, la jeune racine, toujoursdirigée vers le centre de la terre, puise dans le sol les fluides nécessaires à l'accroissement du jeune végétal. | Coryrépoxs. Ce sont les premières feuilles de la plante ; et la preuve que ce sont des feuilles, c'est qu'ils verdissent à la lumière, qu'ils ont les mêmes vaisseaux, les mêmes glandes ou les mêmes mouvemens que les feuilles véritables; qu'en outre les plantes sans feuilles, comme la Cuscute , n’ont point de cotylédons, et que la position en est entièrement semblable à celle des premières feuilles radicales ; de

CHAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 991 sorte qu'on peut juger des cotylédons par les prenières feuilles de la tige, comme de ces feuilles par les colylédons. En un mot, les cotylédons sont les feuilles de la jeune plante , comme la plumule en est la tige, comme la radicule en est la racine. Mais quels sont leurs usages? de deux sortes , selon que les cotylédons sont charnus ou seulement foliacés. Ces derniers, toujours prolongés au-delà du sol, verdissent à la lumière comme les autres feuilles; et comme en outre ils ont des pores à la manière des feuilles véritables, ils absorbent l'air, ils en séparent le carbone pour se l’approprier ; et c'est activement qu'ils servent à la nutrition de la nouvelle plante. Les cotylédons charnus, au contraire, n'ont point de pores, n’absorbent point l'air, ne fixent point le carbone, n’élaborent pas de sève; mais ils nourrissent le jeune végétal aux dépens du mucilage ou de la fécule qui compose leur substance, et par cela mème qu'ils n'ont point d'action sur l'air, ils restent souvent souterrains, au-dessous de la radicule déjà prolongée, voisins de la graine, ou continuant même d’en faire parte : cette dernière disposition est surtout commune dans les plantes monocotylédones. Une chose démontre combien les cotylédons ont d'influence sur l'accroissement de la jeune plante, c’est qu'on fait mourir celle-ci, on en fait avorter la germination, aussiÔt qu'on en sépare les cotylédons, surtout s'ils sont charnus ; au contraire , la germination continue, si l'en divise la graine et l’embryon de manière à ce que chaque portion de la plantule ait sa part des cotylédons. L’embryon végétal se passe plus impunément.de la plumule , ou même de la radicule ,.que de

592 LIV.'IIE,DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. ses cotylédons; et ce n’est pas sans raison qu’on a donné à ces derniers le nom de mamelles végétales. Cependantilfautdire que les plantes cryptogames, que tous les végétaux privés de vaisseaux , et même ceux des végétaux vasculeux qui n’ont pas de feuilles, toutes ces plantes, dis-je, et aussi le Lecythis Céméûre qu'il ait des feuilles), sont AÉPOUTVUES,, à ce qu'on croit, de cotylédons ; ct néanmoins elles ont une espèce de germinalion et elles s’accroissent. Quel autre organe leur tient donc lieu de cotylédons? et d'où trent-elles leur première nourriture? nous n’en savons rien. Ï est même probable qu'on range parmi tes acotylédones beauconp de plantes qu’on se verra forcé d’en ôter dans la suite, après un examen plus attentif; de la même manière qu'on avait entassé parmi les cryptogames beaucoup de végétaux dans fesquels on a reconnu . organes réprodaétéahbi 11àcontestables.

Les cotylédons commencent donc par se gonfler, une fois que les liquides absorbés par h radicule ont pénétré Jusqu'à eux, et bientôt Feur volume s'accroît assez pour rompre les enveloppes séminales : il faut que cette force d'expansion des embryons soit bien puissante, puisqu'elle suffit pour déterminer l ouverture de noyaux impénétrables ànosinstrumens. Toutefois, et après s'être ainsi gonflés, les cotylédons se vident peu-à-peu et se flétrissent. Voici une expérience assez curieuse qu'on a faite à ce sujet : elle prouve combien est important le rôle des cotylédons durant la germination des graines. « On à pris des Haricots mirs et secs, pesant en masse cent soixantedouze grains; à eux seuls, les-cotylédons. formaient

CHAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. SO9 les ?* du poids total, c'est-à-dire, cent soixante grains. Une fois gonflés, ces mêmes cotylédons pesaient trois cent six grains ; mais après leur flétrissure, la germination étant effectuée , ils se réduisirent tellement qu'ilsne pesaient plus que vingt-neufgrains. Ils avaient donc fourni à la jeune plante deux cent soixante-dixsept grains de matière, dont cent trente-un de leur propre substance ; et les cent quarante-six autres grains provenaient des liquides que leur avait communiqués la radicule.

Acsumex. Nous avons dit que c’est l’amnios épaissi, concrété; par conséquent il n'existe d’albumen que dans les semences dont l'embryon n’a pas absorbé tout l’amnios. Les graines dont les cotylédons sont charnus, mais principalement celles dont l'embryon a deux cotylédons, sont sujettes à manquer d’albumen ; et alors la graine est entièrement formée par l'embryon. Ce mode d'organisation est plus rare parmi les plantes monocotylédones, et, comme lalbumen est la partie essentiellement nourrissante des semen ces , il ne faut pas s'étonner si les différens peuples vont puiser leur nourriture principalement dans les graines des plantes monocotylédones. L’albumen sert à la germination de la même manière que les cotylé- “dons charnus : composé d’une substance huileuse ou amylacée , l'humidité dont le pénètre la radicule le ramollit peu-à-peu et le réduit presque à l’état d’émulsion. L’albumen lui-même est inerte ; ilne prend aucune part active à la végétation; -c'est uniquement un réservoir de nourriture , destiné à l'embryon qu'il avoisine, C’est comme le blanc des œufs d'oiseaux ct

59%. Liv. IN DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. les glaires des œufs de poissons et de reptiles batra: ciens : il disparaît peu-à-peu par les progrès de la germination. Un embryon végétal , séparé de son albumen où périsperme, el mis en terre, s’y conserve sans germer; de la même manière que le germe d’un œuf d'oiseau, alors même qu’il est fécondé, ne prend aucun accroissement dans l'ovaire tant que l’albumen ou blanc de l’œuf ne s’y est pas joint durant son passage à travers l'oviducte. Ensuite, la radicule est déjà en état de suffire seule à l'alimentation du jeune végétal , à l'époque où disparaissent l’albumen de la graine et la substance des cotylédons. Ge n’est même qu'alors que la jeune racine commence à s'acquitter manifestement de ses fonctions ; mais bientôt elle est secondée par l’action absorbante et carbonisante des feuilles nouvellement nées. | :

[® Vaisseaux. If est manifeste que les vaisseaux chargés, lors de la germination, d’absorber les liquides: et de les transmettre à la plantule, sont une émanation , une dépendance de ceux qui faisaient communiquer la graine avec la plante-mère. Or, la communication si constante et toujours si parfaite de ces vaisseaux du cordon ombilical avec les vaisseaux de la radicule, anncnce qu'il y avait eu préméditation pour une œuvre si bien accomplie, préexistence d’élémens pour des parties si merveilleusement assorties et concordantes, Nous voyons ici la répétition de ce que nous avons observé pour l'ovule des animaux : Je veux dire que les vaissearix de la graine , parfaitement äbauchés avec ceux de l’émbryon , émanent de la plante-mère , tout comme les premiers vaisseaux visi-

CHAP. XII." ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 399 bles dans l'œuf proviennent des vaisseaux rompus de l'ovaire maternel.

FLUIDES ET MATÉRIAUX NUTRITIFS. L'espèce de mucilage dont l’ovule végétal est totalement formé avant la fécondation, finit bientôt par disparaître dès que l'embryon se manifeste, En même temps, et pour la première fois, on voit apparaître l’amnios, fluide aqueux , analogue à ce qu'on voit dans les ovules d’animaux, et qui paraît servir de premier aliment au petit embryon caché dans la graine et dont ce fluide baigne toute la surface. Après ce premier développement, et lorsque la germination s'effectue , da plantule tire sa nourriture de plusieurs sources: 1°. de l’albumen ou amnios concrété, qui l'avoisine ; 2°, de la substance succulente des cotylédons charnus, lesquels sont peu-à-peuramollis etrendus solubles par l'absorption de l'oxygène de l'air et le dégagement d'une portion de leur carbone ; 3°. desfluides aqueux absorbés par les membranes séminales, et transmis , par la cicatricule, au rudiment de la jeune racine ; h°. de l'oxygène de l'air, gaz qui a pour usage d’extraire ; en se combinant avec Jui , la portion surabondante de carbone contenu dans ja graine qui germe; de sorte que cette graine exbale de ce gaz acide carbonique, à-peu-près l'équivalent de ce qu’elle absorbe en oxygène, absolument comme pour la respiration des animaux ; 5°. les parties déjà vertes:de la plantule, les cotylédons , par exemple, s'ils sont minces ,:s’ils sont pourvus de poresou stomates, en un mot, dés colylédonsréellementfoliacés, aulicu d’oxigène, absorbent du gaz acide carbonique, fixent le carbone dans la jeune plante , et le combinant aux fluides pompés par

la radicule , en composent une première sève. Il faut observer que la lumière est nécessaire à la fixation du carbone dans les plantes.

DIRECTION DE LA JEUNE PLANTE. Dès son premier développement la radicule se dirige vers le centre de ta terre, et la jeune tige, au contraire, dans un sens diamétralement opposé. On aurait beau changer, contrarier cette direction naturelle des végétaux, ils y reviennent toujours et irrésistiblement malgré:les obstacles. On a essayé de tourner une plante bout * pour bout dans un tube ; on avait placé la tige en bas et [a racine en haut ; on avait eu soin, en outre, d'abreuver celle-ci des sucs qu’elle a coutume de puiser dans la terre: mais la plante s’est retournée d’ellemême ; elle briserait plutôt ses entraves que de changer sa pente. On a aussi placé une graine en germination au centre d'une boule sphérique qu’on tournait sans relâche: elle se trouvait de la sorte toujours éloignée du centre de la terre , ou plutôt le globe dans l'axe duquel on l'avait mise lui tenait lieu de globe terrestre, et le peu de racines qu'elle produisit se tortilla autour d'elle précisément selon l'axe de sa sphère artificielle. Cependant on est parvenu, sinon à changer, du moins à modérer celte tendance centripète de la racine, en plaçant une couche de terre très-sèche sous une autre couche de terre constamment imbibée d’eau : alors la racine descend toujours eu se tortillant, mais elle s'enfonce beaucoup moins qu’à l'ordinaire. C’est que, dans ce cas, l’avidité que la racine a pour l’eau contrebalance un peu sa propension à s'enfoncer, à descendre. Toutefois, c'est la

CHAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 997 preuve que ke besoin d'humidité n’est pas la cause unique de cette tendance centripète.

Il paraîtrait que les racines sont influencées par le support auquel elles s’attachent, beaucoup plus que par une influence planétaire ; car les plantes parasites dérogent à cette propension centripète, si universelle pour les végétaux attachés à la terre. Le Gui, par exemple, pousse indifféremment dans toutes les directigs; ses racines s'implantent du côté du zénith iout bien que du côté contraire : il n’a de point central que dans l'arbre où il tient attaché et qui le nourrit. X

ACCROISSEMENT PROGRESSIF DES VÉGÉTAUX. Nous avons montré comment la plumule se dégage du sein de la graine, et comment elle sort de terre pour former la tige : il n'y a par conséquent , dans les plantes, qu'une partie qui demeure stablement à sa première place, c’est le collet ou nœud vital. Cette partie est intermédiaire aux fibres descendantes de la racine et aux fibres ascendantes de la tige. À mesure que cetle tige s'élève, elle se couvre de feuilles; chacun des bourgeons placés dans l'angle rentrant de ces dernières , donne lieu à des branches, à des rameaux; ces bourgeons s’accroissent absolument comme l’embryon primitif: et même on a considéré chacun d’eux comme autant de germes ou d’embryons, auxquels on a supposé jusqu’à des racines engainées dans le corps ligneux de la tige principale. La tige elle-même est composée d’une moelle centrale, d’une portion dure et ligneuse , d’aubier , de liber et d’une écorce. Ces différentes parties ont d’abord peu de consistance dans la jeune tige qui commence à croître : la moelle

398 LIV. IN, DE L'AGCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. est d’abord abondante, le corps ligneux est encore à demi fluide, et l'écorce a peu d'épaisseur. Ce n’est qu’au bout d’une année que la couche ligneuse se dessine : et c'est le signal du dépérissement et de la prochaine destruction des plantes qui ne sont qu’annuelles. Ce durcissement du tissu végétal, en entravant le cours de la sève, favorise l'épanouissement des fieurs et la maturité des fruits; de sorte que la propagation de l'espèce est favorisée par lesêmes

causes qui abrègent la durée de la vie. en 4 les végétaux qui ne durent qu'une année : mais, dans ceux qui vivent plus longtemps on voit une nouvelle couche ligneuse se former tous les ans. Que cette nouvelle couche résulte d’une transformation du liber, ou de l’organisation progressive de l'humeur végétale qu'on. appelle cambium., toujours est-il que chaque couche: annuelle entoure dans tous les sens les autres couches formées avant elle, et qu'elle n’en est séparée que par des zônes celluleuses que remplit un sue séveux, Zônes qui même s’effacent peu-à-peu à mesure que les premières couches solidifiées se pressent, en s'épaississant , les unes contre les autres. Ainsi Fon peut juger de Faccroissement des végétaux à deux cotélydons par le nombre des couches ligneuses et concentriques dont leur tronc est formé : et comme les plus extérieures de cescouches sont les plus jeunes, à cause de cela on a donné aux plantes dicotylédones le nom d'Exogènes : nous verrons pourquot les monocotylédones ont reçu celui d'Éndogènes.

Mais si le nombre des zônes ligneuses. peut faire apprécier l’âge d’une plante, il faut observer cependant que ce calcul n’est exact que pour la portion

CHAP. XII, ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 309 coupée de ce végétal; car chaque nouvelle couche se solidifiant chaque année, chacune d'elles en conséquence ne s'étend point de l’un à l’autre bout du végétal. L'époque où la couche ligneuse se durcit est le terme de l'accroissement pour l’année entière : l’année suivante, la tige se prolonge ; et la première couche ligneuse de cette production nouvelle se continue avec la nouvelle couche ligneuse du rameau de l'année précédente. De sorte que l’on peut juger, par la série des décroissemens des couches ligneuses , à quelle hauteur s'est prolongée la pousse de chaque année. On juge de l’âge total d’un arbre, par le nombre des zônes ligneuses de cette portion du tronc qui touche à la terre ; et de l’âge particulier de chaque prolongement du fameau, par de nombre de ses propres couches. Lorsqu'il se développe une branche sur les côtés de la tige principale, cette branche se revêt chaque année; et de plus, toutes les couches ligneuses du tronc qui sont postérieures à Ja naissance de cette branche, en recouvrent exactement la base adhérente ; de sorteique son origine se trouve de plus en plus enfoncée dans le tronc principal. C’est de là que proviennent les:nœuds du bois, dont l’extrème solidité résulte d’une nutrition plus active , et aussi de ce que la base de la branche, progressivement accrue, a tassé les unes contre les autres, en les repoussant, ces couches ligneuses qui lui forment une sorte de virole.

Si la portion endurcie de la tige ne croît plus dèslors en longueur, il n'en est pas de même pour la tige encore jeune et non encore ligneuse. Lorsqu'on fait des marques à égales distances suivant la longueur

4CO LIV. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS. d'une tige nouvelle , on voit que ces marques demeurant toujours à égales distances, se sont ncanmoins sensiblement écartées les unes des autres. On a la preuve naturelle de celte même élongation dans la disposition des feuilles sur les tiges : car elles y étaient d’abord comme groupées sur des points trèspeu distans entr'eux; et bientôt on les voit s’isoler, s'éloigner les unes des autres et s'éparpiller.

Quant à l'accroissement en épaisseur, il s'opère toujours, ainsi que nous l'avons dit, vers la surface, pour ce qui est des couches ligneuses ; c'est-à-dire, que les plus centrales sont les premières formées: toujours en dedans, au contraire, poyr ce qui regarde l'écorce , c’est-à-dire que la nouvelle couche corticale se forme au dessous de l’ancienne écorce, qui se gerce et meurt, étant devenue trop étroite pour recouvrir le corps ligneux plus accru ; à-peu-près comme on voit muer les Crustacés et les larves d’Insectes à mesure que le corps de ces animaux s'accroît. Nous traiterons ailleurs des sources mêmes et de la formation de lécorce et du corps ligneux ; mais nous devons insister davantage sur le mode de développement et les progrès de chacune des parties dont les tiges sont distinctement formées (1).

MoëLLE CENTRALE. Ce tissu celluleux occupe le centre des végétaux dicotylédons dans toute leurétendue ; mais tout continu qu'il paraît depuis le sommet d’un arbre jusqu'à sa base, il est réellement composé d’autant de parties distigctes qu'il y a de pousses succes-

(1) Woyez Malpighi, Grew, Hales, Duhamel, Knight. Mirbe, Du Petit:Thonars, Dutrochet, Decandolle.

sives dans le même végétal. Au lieu de se renfler au niveau des branches latérales, comme la moelle épinière des animaux au niveau des membres, la moelle végétale se rétrécit ou s'interrompt vis-à-vis les endroits d’où naissent des rameaux. Elle se creuse dans les Liges herbacées à mesure qu'elles croïissent en épaisseur ; elle s’endurcit et se dessèche dans les vieux arbres, mais sans disparaître absolument. Toutefois, si l’on transplante une branche peu volumineuse d'un vieux arbre, on conçoit que les branches nées de cette bouture n’auront qu'une moelle peu appréciable; car le volume de la moelle est’ ordinairement proportionné à la grosseur des branches , comme sa consistance à leur jeunesse. Elle n’est molle et succulente que dans le premier âge des plantes ; et il paraît certain qu’elle donne une première nourriture à la jeune tige, de même que les cotylédons, ou le périsperme de la graine , nourrissent d’abord tout l’embryon lorsqu'il commence à végéter.

CoucHEs LIGNEUSES. On nomme ainsi les zônes endurcies qui composent la substance des arbres, et qui s'étendent depuis la moelle centrale jusqu’à l'écorce. Elles sont de deux sortes : les plus âgées, situées au cœur du végétal, composent le bois pärfait, tandis que les plus jeunes, les extérieures, portent le nom d’aubier (à cause de leur blancheur), ou de bois imparfait. Cette différence entre les deux sortes de bois est très-marquée dans les bois très-durs : ainsi l’ébène, qui est d’un noir si prononcé dès qu’il est endurci, est d’abord blanchâtre à l’état d’aubier. Les arbres qui croissent dans des lieux humides ont quelquefois des couches d’aubier très-nombreuses. Souvent aussi les

4o2 Liv. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS YIVANS.

eouches d’aubier sont plus nombreuses d'un des côtés d'un arbre, celles de l’autre côté s'étant plus rapidement transformées en bois parfait. Du côté des moins nombreuses s’en trouvent aussi de plus épaisses, et cela dépend de.ce que les racines, plus grosses et mieux nourries de ce côté, donnent plus de volume aux couches qui leur correspondent, en même temps qu'elles les transforment plus vite en bois parfait.

Les mêmes causes qui multiplient les couches d’aubier sont celles qui les rendent plus minces, la mauvaise terre, de petites racines, en un mot le défaut d’une nouriture assez abondante. Comme l'aubier est moins solide quelebois, moins compacte , moins durable, plus atlaquable par l'humidité et les insectes, on a proposé d'écorcer totalement les arbres un an avant de les abattre ; par ce moyen il ne peut se former de nouvel aubier , et la couche précédente de ce bois imparfait a le temps de se transformer en bois parfait, en bois solide. La dureté du'bois dépend beaucoup moins du tissu ligneux lui-même que de la consistance des sucs déposés dans ses cellules, dans ses maiiles ; or les sucs extravasés dans l’aubier sont plus abondans et presque fluides. On transforme du bois en aubier à-peu-près comme on change en cartilages les os les plus endurcis, je veux dire en dissolvant la matière qui s’est déposée dans le tissu propre; à l’aide de l'acide nitrique, par exemple.

Nous avons vu que chaque végétal à plusieurs cotylédons acquiert chaque année une nouvelle couche Jigneuse; mais cette couche s’est-elle formée tout-àla-fois et ‘tout d'une venue, ou est-elle composée d'autant de couches partielles qu’elle met de jours , de

semaines ou de mois à se former et à s’endurcir? Duhamel a admis des formations partielles et successives, et il cite des expériences à l'appui de son opinion. On a remarqué que la couche d’une année se confondait quelquefois avec celle d’une autre année, et c’est ainsi qu’on explique pourquoi des ormes de cent ans, abattus aux Champs-Élysées de Paris, ont pu n’offrir que quatre-vinst- quatorze couches. On a aussi pré tendu qu'il y avait parfois deux couches ligneuses pour la mème année. Mais les couches de chaque année n'ont pas toutes la même grosseur : cela est #ubordonné aux saisons, à la tempéraiure , et surtout à l'âge : c'est de vingt à trente ans que le tronc des chênes, par exemple , grossit davantage ; les couches de cette époque ont beaucoup plus d'épaisseur que celles de dix ans ou de soixante.

Ainsiles couches ligneusesse recouvrent l’une l’autre et s’accolent à mesure qu'ellesse succèdent; et comme elles sont déjà endurcies et déjà engaînées au bout d'une année, il en résulte qu’elles ne peuvent plus alors prendre aucun accroissement, sicenest,encore quelque temps, en refoulant peu-à-peu ct faisant disparaître le Lissu cellulaire interposé entr'elles. 1] suit de là que ces couches n’éprouvent plus sensiblement, après la première année, ni progrès, ni changemens de volume ou de forme; de sorte que si l’une d'elles a été ou gelée ou entamée , scuiptée ou couverte de chiffres et d'inscriptions, si des corps étrangers Jui adbèrent et la transpercent, ces marques, ces corps étrangers, ces lésions, füt-ce même après un siècle, se retrouveront fidèlement conservés dans celle même couche et à leur date précise, C'est

4o4 Liv. IIL. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.

ainsi qu'on peut calculer, en additionnant les couches ligneuses superposées à une gélivure, à l'hiver de quelle année correspond cette dernière. C'est à ces enclavemens successifs qu’il faut attribuer ces corps organisés , fruits, graines de plantes , dépouilles d’animaux, découverts au centre de vieux arbres, et que certaines personnes ont attribués faussement à des productions spontanées. Un clou enfoncé dans la dernière couche ligneuse d’un arbre, se retrouvera, vingé années après , vingt couches plus profondément : quoique fiché d’abord à la superficie, et demeurant sans déplâcement, sans attraction ni pereussion d’aueune sorte , il aura cheminé vers le cœur de l'arbre, Cependant il est resté immobile, maïs tout a changé autour de lui. Demandez pourquoi les racines du Gui paraissent si profondes , pourquoi on les retrouve j us— que dans les couches centrales ; pourquoi les branches paraissent s’enfoncer progressivement dans leurs troncs , et comment se forment les nodosités ligneuses : c'est par la même cause dont nous venonsde citer d’autres effets et d'expliquer l’action. C’est aussi par la même raison que toute compression longtemps persévérante d’un tronc ligneux y produit des. -excavations de plus en plus profondes.

Éconce. Fibreuse à l’intérieur, celluleuse en dehors , l'écorce a beauçoup d’analogie avec les couches ligneuses, quant à la superposition de ses lames, mais elle se développe en sens inverse. J'ajoute qu’elle est traversée, comme le bois, par des rayons médullaires qu’on a supposés être une émanation de la moelle centrale.

El se forme chaque année une couche d’écorce,

GHAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 409 comme une couche de bois; mais la dernière écorce, au lieu de s'appliquer en dehors de la précédente, à la manière des couches ligneuses, se formant au contraire en dedans de la vieille écorce, il suit de là que la jeune couche corticale se trouve voisine de la jeune couche ligneuse, et que, l’année suivante, elles se trouvent séparées l’une de l’autre par deux nouvelles couches des deuxsortes. La nouvelie écorce, appélée Liber, est d’abord interne; maïs au bout d’une année elle est poussée vers l'extérieur; au contraire de la nouvelle couche de bois, ou de l’aubier, lequel tend à devenir central, elle tend, elle, à la surface. 1l est probable que la source commune de ces productions contiguës, mais opposées, se trouve au lieu de leur contiguité; et l’on croit que c’est le cambium dont nous parlerons ailleurs.

Ainsi , il se forme chaque année une couche corticale aussi bien qu'une couche ligneuse : mais il y a cette différence entr'elles, que les couches ligneuses se superposent , et persévèrent ense durcissant , tandis que la vieille couche d'écorce se desquamme ou meurt chaque année ; et nous devons observer que l'addition des couches de bois rendait indispensable ce continuel renouvellement de l'écorce et sa destruction : car la même enveloppe corticale ne saurait contenir un tronc augmenté chaque année d’une nouvelle couche ligneuse. Ce qui paraît d’abord singulier , c’est que ce soit la plus petite écorce qui recouvre la plus grande ; mais ce qui rétablit les proportions, ce sont les gercures de l'écorce la plus vieille et la plus extérieure. Ajoutons que la destruction annuelle de l'écorce est déterminée par la circonstance même qui la nécessite,

je veux dire par l'accroissenient progressif du corps ligneux ; et voilà coment, L'’addilion d’une nouvelle ue de bois aux couches précédentes cause la distension de l'écorce, son amincissement, ses gereures, surtout la compression de ses vaisseaux , et bientôt l'écorce ancienne meurt et se dessèche par défaut de nourriture. Mais remarquons que , puisque Ja renovation de l'écorce est nécessitée par l'accroissement du corps ligneux, il faut nécessairement aussi que fa formation de fa nouvelle écorce ou du liber soit postérieure à l'achèvement parfait de la nouvelle couche ligneuse ; car si la formation de la nouvelle écorce et du nouveau bois, si la production du liber et de l'aubier était simultanée, on voit bien que le liber serait rompu et détruit par compression avant que d'être entièrement achevé. Non, il ne paraît pas probable que ces deux corps se forment à-la-fois dans Ja même saison , pas probable qu'ils puisent en même temps des matériaux à la même source; mais la pro-' duction em est successive , et vraïsemblablement Îa nouvelle écorce est formée du résidu des matériaux composant le bois nouveau.

Puisque fa couche corticale tend toujours vers le dehors des végétaux, les corps étrangers dont on la traverse, les inscriptions qu'on y grave, ne disparaissent poiDe vers l'intérieur, comme nous l'avons dit de ce qu on grave, de ce qu'on enfonce dans le corps ligneux. Setent , comme l'écorce est toujours dis= Lo d UE les empreintes qu'elle présente sout progressivement agrandies suivant l'épaisseur ; ; des Corps étrangers fèhés à la même hauteur dans son tissu , se trouvent, au bout d’un certain temps, plus éloignés

CITAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 407 J'un de l’autre qu'ils n'étaient originairement , etc. C'est par le degré d’élargissement de lettres inscrites sur lé tronc monstrueux des Baobabs, qu'Adänson: supputa que ces arbres étonnans a it avoir cinq à six mille ans d'existence. À force de s'élargir, les inscriptions et les sculptures gravées sur l'écorce fi- nissent par se défigurer et par devenir indéchifrables ; mais comme presque toujours le bois s’est trouvé endommagé en même temps que l'écorce superposée on peut espérer, en fouillant plus avant dans un trone d'arbre, de retrouver intacts et de grandeur primitive les caractères déjà presque méconnaissables de lécorce, Supposons des inscriptions datant d’un demisiècle, je dis qu'on peut retrouver dans la cinquantième couche ligneuse, en allant de l'extérieur vers le canal médaullaire, l'inscription des caractères ori ginaires dont l'écorce ne porte plus que des traces obscurcies. | ExveLorPESCELLULEUSE. Elle est située à l'extérieur des autres couches corticales : elle est pour ainsi dire Ja moelle de l'écorce, et elle est analogue à celle-ci par sa structure non moins que par son organisation. En effet, elle succède de dedans en dehors au liber et à l'écorce proprement dite, tout comme la moelle centrale succède, de dehors en dedans, à l’aubier et aux couches ligneuses ; or, noussavons que l’ordre des couches est en sens contraire dans le bois et dans l’écorce. Cependant la position de l'enveloppe celluleuse au dehors du végétal la fait différer de la moellevéritable , 1°. parce qu'au lieu d'être concentrée dans un canal, elle forme une zône autour des autres parties; et 2°. parce que son contact avec l'air lui permet

d'agir sur lui, d’absorber , de fixer du carbone et de verdir. Cette enveloppe est excessivement mince dans le Platane ; très-épaisse , au contraire, dans le Chêne liège, dont on la sépare artificiellement pour les besoins de l’homme , une ou deux années avant sa des-. quammation naturelle. Elle partage les distensions, les gercures des couches corticales , et sa chute est périodique dans plusieurs sortes d'arbres ; mais il faut avouer que son mode de reproduction n’a pas été convenablement expliqué jusqu’à présent.

Épiogrme. C’est la pellicule placée à la surface de. l'enveloppe celluleuse dont nous venons de parler : elle paraît tout-à-fait distincte de cette enveloppe ù seulement elle lui adhère et la revêt. On a plus ou moins de difliculié à l’en séparer. Si l’on fait attention à la manière dont les arbres s’accroissent et dont l’écorce se renouvelle en se fendillant et se desséchant, on comprendra que l’épiderme doit être dilacéré chaque année, et qu'il n'est bien distinct , avec les propriétés qui le caractérisent, que dans les jeunes troncs et les branches nouvelles, ou bien encore dans les intervalles des gercures des vieilles couches. Il ne faut pas prendre pour un seul épiderme cette masse informe , cette couche épaisse et inégale dont le tronc des vieux arbres est couvert ; ce sont là des débris, amoncelés et comme le cadavre de plusieurs écorces successives. Il y a des plantes qui paraissent avoir plusieurs épidermes superposés : le bouleau est dans ce, cas; aussi est-ce l’un des arbres de nos climats qui résiste le mieux au froid el qui redoute moins les réolons glaciales. |

Racines. Les racines des plantes Exogènes croissent

en épaisseur absolument de la même manière que les tiges; elles forment en conséquence, par leur rencontre avec ces dernières, deux espèces de cônes dont les bases s’adossent à ce point intermédiaire qu’on nomme le collet. Mais dans les plantes Endogènes ou Monocotylédones, au lieu de deux cônes, ce sont deux cylindres. Les racines ne croissent que par leurs extrémités ; le corps même de la racine n'éprouve pas d’élongation totale comme nous l'avons dit pour les jeunes tiges : des marques placées à égales distances sur les racines encore tendres n’éprouvent jamais d'écartement sensible, et si on coupe ces racines, elles ne s’allongent plus. D'ailleurs elles diffèrent des tiges en ce qu’elles n’ont ni trachées ni stomates ou pores, ni moelle centrale : toutefois elles ont comme elles des rayons médullaires, ce qui prouve que ces rayons ne sont pas nécessairement une émanalion de la moelle dans les tiges. Du reste, elles ont, comme ces dernières, une enveloppe celluleuse , une £corce , un liber, des couches successives, d’âges et de dureté différente ; car leur accroissement a lieu par zônes annuelles, comme pour les tiges. Elles sont pourtant très -différentes des tiges : elles ne verdissent jamais, lors même qu’elles seraient exposées à l'air; elles n'absorbent jamais de carbone, et quoi qu'on ait pu dire , jamais elles ne se transforment réellement en tiges, ni jamais les tiges en racines. Dans l'expérience de Duhamel, du retournement d’un arbre , on voit des racines naître des tiges , et des tiges provenir des racines ; mais les unes ni les autres ne se transforment; et même on voit périr, dans cette expérience , et les jeunes racines et les nouvelles pousses

410 Liv. III. DE L'ACCROISSEMENT DES CORPS VIVANS.

de la tige. Nous avons vu que les branches des arbres dépendent des racines dans ce sens, que les plus grosses branches sont toujours du côté des racines les plus volumineuses, parce que ces dernières fournissent de ce côté une nourriture plus abondante. Par la même raison, les couches dubois sont plus rapidement parfaites, plus dures, plus épaisses, et l’aubier moins persévérant du côté des plus grosses racines. On: a aussi observé que les arbres situés sur ie penchant d'une montagne ont des branches parallèles aux racines ; c'est-à-dire qu'elles sont courtes et verticales du côté de la cime, et longues et pendantes à cause: de leur poids plus grand du côté de la vallée ; parce que les racines n'éprouvent, en ce dernier sens, aucun obstacle à s’accroître, aucune difficulté à descendre et à se nourrir dans le sol.

I! suffit pour que les racines poussent des tiges our surgeons , qu'elles soient en contact avec l'air : et pour que dés racines naissent des tiges, il faut que celles-ci soient placées près d’un sol humide ou même qu'elles y pénètrent. Les tiges noueuses , et celles que beaucoup de fluides pénètrent, les plantes grasses our aqueuses , sont celles d’où proviennent plus aisément des racines ; et celles-ci naissent surtout versles nœuds et les articulations. Il est peu de parties vertes dans les végétaux qui ne puissent donner naissance à des racines: celles-ci naissent d'espèces de petites glandes ou Lenticules que l'écorce commune contient dans son épaisseur. Ces dernières racines sont nommées adventives. L'usage des racines est de fixer les plantes dans le sol et de les nourrir. On juge de leur âge comme nous avons dit qu'on juge de l’âge des tiges

CAP. XII. ACCROISSEMENT DES VÉGÉTAUX. 411 exogènes , par le nombre des couches ligneuses concentriques.

Feurrres. Ordinairement avant de se développer les feuilles sont roulées , pliées ou diversement contournées dans leur bourgeon : mais leur mode d’épanouissement a beaucoup de constance’et de régularité pour celles de la même espèce. On peutobserver, quant à leur disposilion, que jamais deux feuilles parallèles ne se recouvrent immédiatement; mais que Ja troisième est ordinairement placée vis-à-vis de la première, et la quatrième en face de la deuxième ; que les plantes dicotylédones ou Exogènes ont constamment leurs feuilles pr'imordiales opposées, tandis que les plantes Endogènes les ont alternes. Chaque année ordinairement les feuilles arliculées tombent d’elles-mêmes, en se désarticuiant ; celtes qui sont continues avec la lige meurent sans tomber, sans se détacher. Les feuilles qui absorbent et qui exhalent beaucoup, sont les plus promptes à se faner et à périr; également, celles qui ont un bouton dans leur aisselle sont plus Lôt tombées que les autres.

Fruiurs. Eiles se développent, se déplissent, se déroulent et s’épanouissent à la manière des feuilles : ordinairement elles terminent les tiges ou leurs raeaux, ou naissent dans l’aisselle des fenilles ou des rameaux. Les différentes partics qui composent les Fleurs sont presque toujours alternatives : c’est-à-dire, que les divisions de la Corolle répondent à l'intervalle des divisions du calice ; que les Étamines sont situées vis-à-vis ces dernières, et en conséquence dans l’intervalle des Pétales ; et enfin que les Pistils sont pa-

12 Liv. Il. DE L'ACCROJISSEMENT DES CORPS VIYANS. rallèles aux pétales et qu'elles alternent avec les étamines. Cette disposition est rarement transgressée.

Nous ne donnerons pas d’autres détails sur les fleurs: Il en a été fait mention dans une autre partie de cet ouvrage. { Joy. chap. V du livre l1. )

Nous n'avons eu en vue, dans ce chapitre, que ce qui concerne l'accroissement cet l’organisation des végétaux Dicotylédones ou Exogènes : nous ferons quelques remarques rapides, dans le chapitre qui va suivre , sur les végétaux à un cotylédon, ou Endogènes. Ces Léna sont en effet trop différens des autres pour n'en être pas séparés.

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