‹ Principes de physiologie médicaleChapitre 134 sur 163 · CHAI’. VII, DE LA DIGESTION · texte numérisé non relu

CHAI’. VII, DE LA DIGESTION

organes des efforts , qui excrète ce résidu ou le rejette au-dehors.

Observez que les alimens ont dans leur cours plusieurs obstacles successifs à franchir : avant d’arriver au pharynx, ils ont l’isthme rétréci du gosier; avant d’être transmis à l’estomac, ils ont l’extrémité resserrée de l’œsophage ou le cardia ; de l’estomac au duodénum , ils ont Je pylore ; entre l’intestin grêle et le gros intestin, la valvule eœcale , et un sphincter au rectum : ce sont comme autant d’écluses qui retardent leur cours et favorisent leurs métamorphoses ou le dépouillement de leurs principes utiles. Il résulte un autre fait de ces obstacles ; c’est dans leur voisinage que le conduit digestif est le plus exposé à diverses altérations, à des engorgemens, des inflammations, des squirrhes, des ulcères : toutes ces maladies se voient en effet presque toujours aux amygdales , au cardia , au pylore , près de la valvule eœcale et à l’anus. La cause de ceci est évidente.

Il faut aussi remarquer que les alimens ne s’altèrent pas également ni avec la même promptitude chez tous les hommes *, cela varie d’ailleurs suivant la nature des alimens; il y en a de beaucoup plus digestibles les uns que les autres : les substances animales, par exemple, se digèrent

beaucoup mieux et dans un temps plus court que les alimens tirés des végétaux.

Il est certain qu'il se fait dans le travail de la digestion plusieurs départs successifs : les alimens solides, mêlés sans désunion aux liquides, peu-àpeu sen séparent : la plupart des boissons sont absorbées dès l’estomac , le chyle est pompé dans l’intestin grêle, et les débris alimentaires s’en vont sortir par l’extrémité du tube digestif.

Les liquides sont digérés tout comme les solides : j’ai vu plusieurs fois des malades, après plusieurs jours d’une diète sévère qu’on n’avait transgressée que pour les plus simples boissons, avoir des matières alvines dans le gros intestin au moment de la mort : cela était surtout trèsremarquable chez un frénétique à qui on avait fait perdre vingt livres de sang durant les sept jours de sa^ maladie. Non seulement de pareils faits prouvent que les boissons se digèrent, mais ils démontrent aussi que les plus graves maladies il empêchent pas toujours le travail de la digestion : or, comme il est notoire que ce travail de la digestion aggrave la fièvre et ses symptômes, peut-être devrait-on être plus réservé qu’on ne 1 est dans l’emploi des boissons dont on gorge impitoyablement les malades jusqu’à leur dernière heure. Les boissons abondantes ont un

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autre inconvénient clans les maladies aiguës, c’est de rendre au cœur un fluide dont les saignées avaient eu pour but d’en soutirer, c’est d’augmenter l’inflammation et la fièvre par les moyens memes dont on prétend les combattre.

11 ne faut pas croire que la digestion n’ait pour organes que les intestins et l’estomac : d’autres organes y concourent et tous y participent; c’est le cas de dire avec Pope, en appliquant au petit monde ce qu’il pensait du grand :

» Tout sert, tout est servi ; la chaîne universelle » S’étend sans intervalle ; à quel point finit-elle?»

L’estomac a besoin pour agir de 1 accession des nerfs et du sang ; à cause de cela les poumons et le cœur le secondent avec puissance par le fluide que l’un d'eux parachève et que l’autre répartit imprégné de chaleur : la moelle épinière et le cerveau , dont les nerfs tirent tout leur pouvoir mystérieux , le secondent aussi de leur côté. Il suffit donc qu’un de ces organes principaux soit altéré pour que la digestion en pâtisse, et par double rejaillissement tous les organes du corps. C’est assez de la plus légère maladie pour troubler les digestions, pour ôter l’appétit : la source du mal importe peu; ses effets sont toujours ressemblans. Que l’affection soit au cœur ou bien aux poumons , au cerveau ou à la moelle épinière, toujours, dans tous ces cas, les diges-

lions sont lentes et incomplètes ; l’appétit se perd, des gaz se dégagent maladivement , et mille différens maux surviennent comme si l’estomac était lui-même altéré. Mais il y a plus, comme aucun organe ne saurait souffrir sans que les effets n’en rejaillissent sur les principaux organes, la digestion est toujours altérée, quelle que soit la partie souffrante.

il en est ainsi de toutes les parties du corps , chaque organe est subordonné et subordonne à son tour : sains, malades, excités, médicamentés, les organes ont toujours le mêfne concours , les mêmes enchaînemens ; et de-là résultent les phénomènes de la santé, de la maladie, des fièvres, de la guérison et delà médication.

D’ailleurs, la digestion a la propriété de concentrer les forces à l’estomac (j’emploie ce mot de forces, n’en trouvant aucun autre qui puisse aussi bien que lui exprimer l’idée que j’y attache et que chacun conçoit) : de sorte que le moment de la digestion est marqué par un sentiment de pesanteur, par des frissonnemens et par une apathie extrême. Pendant cela , les sécrétions languissent, la pensée perd de sa lucidité et de sa puissance, et l’attention et la volonté sont affaiblies comme la pensée. Et si l’on vient , pendant que la digestion dure, à exciter quelque partie du corps, soit le cerveau, par une méditation

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