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CHAPITRE IX

Des mouvemens de l’Iris.

L’iris, que nous connaissons déjà., est cette membrane qui , percée à son centre d’une ouverture nommée pupille ou prunelle , divise l’in-

t< *rieur du globe de l’œil en deux parties inégales (i).

Il est composé de deux ordres de libres jusqu’à un certain point apparentes. Les unes , longitudinales et les plus longues, s’étendent depuis le trou pupillaire jusqu’à la circonférence de l’iris 5 les autres, plus courtes, circonscrivent la pupille et forment un anneau à la manière des autres sphyncters.

On a doute que les libres de l’iris fussent musculeuses; mais c’est pour n’y avoir pas assez pense: car les edets de leur contraction sont évidens ,, autant que pour tout autre muscle. La pupille se dilate quand la rétine est insensible ; lorsqu’un obstacle empêche la lumière d’arriver jusqu’au fond de l’œil; dans les grandes fai-

(i) Nous avons parlé de ses nerfs dans le livre deuxième, et de ses usages dans le livre troisième , en traitant de la Vision .

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blesses, etc. Elle se rétrécit lorsqu’une lumière vive frappe l’œil, lorsque cet œil ou lesménynges sont enflammés, lorsqu’on irrite l’iris, etc. Tous ces phénomènes sont irrécusables. Également, tout ce qui affecte le cerveau rejaillit sur l’iris. L’ouverture de la pupille est, pour ainsi dire , le dynamomètre vital . On juge de l’état des nerfs et des muscles par la pupille, comme on juge de l’état du canal digestif par la langue, de l’état du cœur par le pouls , et de l’état des poumons par la voix. Ce crédit accordé aux signes qu’offrent l’iris et sa pupille, serait lui seul un assez bon argument en faveur de la nature musculeuse de ses fibres. Car meme les plus empiriques des médecins , sont plus philosophes et meilleurs physiologistes qu’ils ne croient.

Un organe fibreux qui se meut et qui se repose, qui se relâche et qui se raccourcit, qui a des exci tans et des caïmans; un organe qui est subordonné à l’état du cerveau et de certains nerfs, et dont Faction concorde avec Faction de certains muscles ; un organe enfin qui se relâche à la cessation de la vie , comme il se relâchait dans l’état de repos parfait; un pareil organe est un muscle, si l’évidence et la raison sont des autorités.

Mais voici d’ou vient l’erreur : comme l’iris

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qu’il se repose, il paraît se rétrécir et se contracter , on a cru voir dans ce fait l’opposé de ce qu’offrent tous les muscles, et Ion a dit : l’iris n est point un muscle . Si vraiment l’iris ne se dilatait jamais quand il agit, on aurait raison; car aucun muscle ne se dilate activement. Mais voyons s’il est vrai que le rétrécissement de la pupille resuite de la dilatation de l’iris. Nous avons dit, et chacun peut voir , qu’elle est composée de fibres longitudinales et de fibres circulaires. Quel doit être l’effet de la contraction de ces fibres ? N’est-il pas vrai que les circulaires doivent rétrécir la pupille? N’est-il pas vrai que les fibres longitudinales doivent l’épanouir? Je ne sais pas si toutes ces fibres reçoivent des nerfs de la même source ; je ne sais pas si les fibres longitudinales ont des excitans qui leur soient propres; mais je sais bien qu’une vive lumière dirigée sur la pupille fait contracter les fibres circulaires et rétrécit la pupille. A présent , livrons toutes ces fibres au repos ; supposons que rien ne les influence à agir : lesquelles de ces fibres, je le demande, devront l’emporter sur les autres? Ne sont-ce pas les longitudinales, puisqu elles sont les plus longues? Elles suivent donc cette loi de rétraction dont nous avons déjà parlé: elles se conduisent comme nous verrons se conduire les muscles fléchisseurs , les-

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quels sont toujours raccourcis et rétractés durant le sommeil, durant le repos et après la mort. Ainsi l’iris imite les autres muscles , ainsi la dilatation de la pupille est l’effet de la rétraction des fibres longitudinales de l’iris.

Cependant tout n’est pas connu au sujet de l’iris. Nous voyons bien ce qui fait contracter ses fibres circulaires pendant la veille , et nous savons en vertu de quelle loi les longitudinales se retractent durant le repos. Mais pourquoi la pupille est-elle si large en des yeux d’ailleurs fort sains et fort sensibles? D’où vient que certaines maladies des intestins, d’où vient que certains excès la dilatent? Je le répète, est-ce que les fibres longitudinales ont d’autres nerfs que les circulaires? Le ganglion ophthalmique a plusieurs sources, plusieurs communications. La cinquième paire, la troisième, le grand sympathique y ont accès. Est-ce que les nerfs des fibres longitudinales viendraient du grand sympathique ? Est- ce que les fibres circulaires recevraient des nerfs de la deuxième paire , ou de la cinquième ? Je ne prends pas ces doutes pour des faits ; mais je désire qu’ils suscitent des recherches nouvelles.

Il ne faut pas juger de l’iris et de son importance méritée par le peu d’espace qu’il occupe dans le corps humain*, on s’aveuglerait. Sans

parler de son rôle actif pour la vision, ses relations avec d’autres organes et son évidence le rendent un des augures les moins trompeurs que le médecin puisse consulter dans beaucoup d’occasions difficiles. Je vais citer un exemple qui demande à devenir précepte.

Je fus consulté en 1820 pour un tout jeune enfant né aveugle^et sourd. Le chirurgien du lieu croyait voir là un exemple de ces cas si rares de persistance des membranes pupillaires ; et il voulait opérer , c’est-à-dire déchirer ces membranes avec des instrumens à cataracte. Les païens désolés sollicitaient l’opération, et l’on demandait avis. Après y avoir songé, voici ce que je conseillai. — «Si c’est une membrane pupillaire, oui, on peut la déchirer. Mais est-ce une membrane pupillaire ? Employez, pour vous en assurer, un moyen par lequel le remède soit rendu inutile. 11 existe une substance qui a la propriété de faire dilater la pupille: je ne sais comment agit cette substance ; mais n’importe , puisqu’elle dilate la pupille. Ce remède est la belladone : employez-la. Si vous avez affaire à une cataracte , la pupille dilatée vous la laissera voir : et si c’est une membrane pupillaire , la

belladone la rompra )> 11 se trouva que c’était

une cataracte laiteuse .

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