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CHAPITRE X

Des mouvemens du canal digestif.

Depuis 1 œsophage jusqu’à l’extrémité du dernier des intestins, on trouve des fibres charnues dans les parois du canal parcouru par les alimens 5 etc est principalement par la contraction de ces fibres que les alimens passent d’un compartiment dans l’autre, et achèvent leur trajet. Le pharynx surtout est composé de muscles puissans ; mais leur action est volontaire

comme la déglutition , dont ils sont les instrumens.

Les fibres musculaires du conduit digestif ne sont pas partout également manifestes , partout semblablement dirigées et disposées , ni leur action partout également évidente. L’œsophage en a pour sa part d’assez grosses et d’assez puissantes. Les unes, longitudinales, raccourcissent ce canal en tiraillant l’estomac. Les autres, circulaires, le rétrécissent, et font cheminer de haut en bas, et quelquefois de bas en haut, les substances dont il est rempli. L’action des premières fibies a quelquefois été assez énergique pour causer la rupture de l’œsophage ainsi qu’on

en cite plusieurs exemples (i). Outre l’emploi actif qu’ont ces fibres de l’œsophage dans l’acte de la déglutition , elles donnent lieu à un mouvement oscillatoire à la partie inférieure de ce canal (2)*, mouvement dont la durée , le but, et jusqu’à l’existence même chez l’homme, ne sont pas encore bien constatés. Cependant, on a des raisons de penser que les mouvemens convulsifs et tourmentans qu’éprouvent les femmes hystériques vers l’œsophage , ont pour cause des contractions analogues (3). Je dis qu’on a lieu de le penser; car l’œsophage est le seul organe contractile qu’on connaisse dans cette partie du corps. J’ajoute que dans l’état ordinaire , on n’a pas plus la conscience des mouvemens de l’œsophage , que la volonté n’a de pouvoir sur leur production. On ne les détermine que par voie indirecte ; soit en contractant volontairement le pharynx, qu’imite et que seconde l’œsophage; soit en irritant le voile du palais , ou en faisant naître des nausées par les divers moyens qu’on sait devoir les produire.

L’estomac aussi a des fibres charnues dans ses parois; mais leur direction n’est pas fort régu-

(1) Voy. Boërliaave et Zimmermann.

(2) Voy. M. Magendie.

(S) Voy. Tissot et Louyer-Xillermay.

CHAP. X, MOUVEMENS DU CANAL DIGESTIF. 5o l

lière ni leur action très- visible. On les a bien vues agir dans des cas ou l’intestin était étranglé, ou lorsque des substances corrosives irritaient la surface de l’estomac lui-même (i) : mais il faut convenir que cela ne prouve guères pour l’état normal et de tous les jours. Toutefois il serait difficile de penser que Festomac ne servit que de vase inerte, et qu’il restât totalement étranger par ses mouvemens aux altérations visibles que les alimens éprouvent durant le séjour qu’ils font dans sa cavité, étranger à leur cours vers le pylore , étranger à leur rejet par l’œsophage. Je dis que cette inertie est improbable, et que l’esprit n’y saurait croire. On a donc cherché à s assurer de la réalité de ces mouvemens, crus indispensables à des effets manifestes. On a découvert l’estomac chez des animaux, dans différentes circonstances de la vie oii l’on voulait savoir sa participation ; et on l’a vu s’agiter doucement, surtout près du pylore : quelquefois on l’a trouvé immobile. Mais l’eût-on toujours trouvé agité de mouvemens , le fait serait encore peu probant. Je ne dis pas qu’il n’y ait une si-* militude assez exacte entre l’estomac de l’homme et 1 estomac d’un animal se nourrissant de tout , ainsi quel homme, et comme l’homme, omnivore ;

(l; V oy, W-epfer, et Portai.

ce n est pas cela que j’objecte. Je dis que l’estomac découvert par une plaie saignante, et toujours un peu douloureuse , n’est pas absolument dans les mêmes circonstances que l’estomac place dans un corps sain, dans un corps intact et sans douleurs. Je dis qu’un estomac mis à nu n’est plus en tout semblable à un estomac de toutes parts en contact avec d’autres organes, avec des organes aussi chauds que lui, et, comme lui, humectes d*un fluide vaporeux*, je dis que le contact d’un air aussi composé et aussi changeant qu’est celui qui nous fait vivre, que ce contact ne saurait ressembler au contact du péritoine ni causer la même impression.

Quelques médecins peu experts en expériences ou peu confîans dans leurs résultats, ont saisi les circonstances ou des maladies rares avaient rendu l’estomac visible. Ils ont alors observé tous les progrès de la digestion , les yeux attachés sur l’estomac. Ils Font vu se mouvoir : se mouvoir pour presser les alimens occupant sa cavité *, se mouvoir pour les rejeter , ou pour les conduire dans l’intestin à travers le pylore. D’autres personnes ont donné un nom à ce phénomène cru sans objection : car , en médecine , si nous sommes pauvres en faits exacts, en revanche , les termes et les explications ne nous manquent jamais : nous avons en ce genre beaucoup

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plus à répudier qu’à créer. Tel fait, dont des observations ultérieures ont prouvé la fausseté , avait reçu, dès le premier énoncé, des noms divers et de nombreuses explications, se disputant les honneurs du pas. Ce mouvement de l’estomac dans la digestion, on l’a nommé péristole.

On a donc vu l’estomac se contracter : et quoique l’on put encore reproduire ici plusieurs des objections que j’opposais tout-à-l’heure à quelques résultats d’expériences, cependant on ne saurait nier que l’influence de l’habitude ne puisse être justement alléguée en faveur des faits observés dans des maladies venues lentement et durant beaucoup.

On a aussi prétendu déduire la certitude de ce mouvement de l’estomac , de ce qu’on le voit rejeter certaines substances entre plusieurs autres substances qu’il retient dans sa cavité ; et de ce qu il verse les unes plus vite que d’autres dans le duodénum. Mais il est évident qu’on a cru trouver ici des preuves de mouvement dans des faits qui prouvent tout au plus une sorte de sensation.

Toutefois il est d’autres faits qui établissent pai voie directe la réalité des mouvemens propres de 1 estomac. D’abord il est certain qu’il se resserre et se rétrécit lorsqu’il est vide : et sans parler de certains vomissemens sans efforts, qui ne paraissent dépendre de l’action

5o4 LIV. V, des mouvemens de l homme.

d’aucun autre muscle, il est évident que la résistance d’un sphincter comme le pylore ne saurait être surmontée par une force venue d’ailleurs que de l’estomac. Les fibres circulaires des organes intérieurs ne peuvent être distendues et écartées que par d’autres fibres longitudinales qui prennent leur point d’appui et leurs attaches sur ces fibres. D’ailleurs, on observe quelquefois sur soi-même un phénomène qui est d’accord avec les mouvemens ondulatoires et successifs qu’on a vus chez l’homme : on entend quelquefois, dis-je, quatre à six heures après le repas ( surtout si l’on est couché et couché sur le coté droit) , un petit bruit, une espèce de cliquetis qui revient à des intervalles réguliers, deux ou trois fois par minute , sans avoir aucune connexion avec Faction du diaphragme *, et ce bruit dépend à coup sûr du passage des alimens dans le duodénum.

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