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CHAPITRE XI

Remarques et Aphorismes sur les organes digestifs , leurs fonctions

et leurs maladies.

§. i. Les grandes fatigues sont les Causes principales des maladies de l’estomac. Affaibli comme le reste du corps par un travail excessif, par des pertes continuelles , par l’abstinence, c’est alors que le besoin de manger est le plus vif, et précisément c’est alors que l’estomac est le moins apte à supporter les alimens. Il faut donc qu’il travaille le plus dans le moment même où il est le plus faible. Aussi le grand besoin de repos et de sommeil ne se fait-il jamais sentir davantage que chez les coureurs, les pauvres, les convalescens et les manœuvres. Ces personnes sont aussi les plus exposées aux affections des organes digestifs, précisément parce que l’estomac partage la fatigue generale et que, nonobstant cette fatigue, il lui faut agir davantage pour réparer les forces affaiblies de tous les organes.

§. il. Par conséquent les classes infimes de la société sont les plus exposees aux maladies de 1 estomac, rares chez les riches. Fatiguant beaucoup , elles mangent excessivement, et d’autant

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plus qu’elles usent d’alimens peu nutritifs : la quantité des alimens doit subvenir à leur mauvaise qualité. Les maladies de l’estomac sont donc le lot des pauvres et des manœuvres.

§. ni. La gastrite, comme on l’appelle aujourd’hui , rendant la digestion impossible , se guérirait d’elle-même. Elle produit rapidement la faiblesse et la maigreur : car elle supprime toute nutrition. L’appétit n’est jamais plus vif que dans la convalescence de cette maladie.

§. iv. Les maladies de l’estomac préservent des autres maladies par la même raison qui fait qu’elles causent l’amaigrissement : le défaut de nutrition apaise les maladies comme il détruit les forces. Cela produit les effets de la diète et des saignées.

§. v. Les maladies de l’estomac masquent toutes les autres maladies : elles sont de toutes les plus manifestes et le plus vite appréciées. Elles assoupissent en outre la sensibilité*, et, si elles sont chroniques, elles ralentissent et affaiblissent l’action du cœur.

§. vi. Les bains, les collutoires, les lotions, les fomentations et les injections dans l’intestin, sont les meilleurs moyens pour introduire des liquides dans le corps, alors que les organes digestifs sont malades. Les boissons conviennent beaucoup moins, car elles nécessitent un travail

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digestif ; et le repos de tout organe malade est la première condition de sa guérison. D’ailleurs , toute digestion augmente la fièvre.

§. vu. Dans toute maladie aiguë, le degré de chaleur est toujours en raison inverse de la transpiration de la peau et de toute espèce d’exhalation d’humeurs : aussi la chaleur est-elle excessivement incommode dans les maladies aiguës du ventre, la peau alors ne transpire presque jamais.

§. viii. Lorsqu’on prescrit aux malades des remèdes, des boissons, des alimens (la fièvre disparaissant) , il faut avoir égard aux heures ou ils prenaient leurs repas durant la santé. L’habitude, en ce cas, est une puissance dont il ne faut pas dédaigner l’auxiliaire.

§. ix. L’action de l’estomac ne contrarie rien autant que l’action du cerveau et les transpirations de la peau : le travail digestif cause du frisson et de la propension à l’assoupissement. 11 en arrive autant dans les affections aiguës des conduits digestifs.

§. x« Tel excitant qui hâte la digestion chez un homme affaibli , la rend souvent impossible là ou l’estomac est déjà trop excité ou malade. Il faut observer cependant que les hommes robustes supportent mieux les excitans que les personnes faibles.

§. xi. Les maladies de l’estomac aussi bien que celles des quatre autres organes principaux, vont rarement jusqu’à leur dernier terme comme dans les organes moins essentiels : elles ont de trop grands effets sur la vie.

§• xii. Les maladies de l’estomac nuisent à la nutrition , à la chaleur vitale , à la coloration des tissus, aux sécrétions. Elles amaigrissent les organes, les refroidissent , les dessèchent et les décolorent.

§. xi h. Dans les maladies chroniques du ventre, on est presque toujours obligé aune médecine de bascule : on donne aujourd’hui de l’opium , de la ciguë, des excitans ; demain il faudra purger. On est ainsi forcé d’employer d’autres remèdes contre les remèdes eux-mèmes.

§. xiv. Les travaux excessifs de cabinet et l’hypochondrie naturelle obligent souvent à des abus d’excitans et à des irrégularités de régime d’ou proviennent des squirrhes d’estomacet des maladies abdominales : ainsi l’on prend souvent l’hypochondrie pour un effet de maladies dont elle est tout simplement la cause.

§. xv. Les inflammations de l’estomac et surtout celles du duodénum excitent les sécrétions biliaires : ensuite , si c’est l'estomac qui est malade, une bile abondante flue à nu dans l’intestin et l’irrite, et le duodénum s’enflamme se-

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condairement. Une fois le duodénum enflammé, la bile est plus que jamais sollicitée à se sécréter ; et précisément alors les parois gonflées de l’intestin s’opposent à son écoulement : alors la vésicule se gonfle et la bile est ensuite résorbée, ou plutôt , ne trouvant plus d’issue , ses nouveaux matériaux restent dans le sang. La peau jaunit et se dessèche dans toutes les maladies du conduit digestif.

§. xvi. La plupart des maladies de l’estomac causent la constipation de plusieurs manières: i®. par les vomissemens qu’elles sollicitent; 2°. par le défaut d’alimentation, d’oîi vient que tout ce que l’intestin contient à l’état fluide est absorbé ; 2°. par la faiblesse des fibres musculeuses de l’intestin ; 4°* Par ^a diminution des sécrétions; 5°. par l’usage de l’opium; 6°. par la diminution progressive de la sensibilité.

§. xvn. Il faut faire abstinence toutes les fois qu’un des organes essentiels est malade. La nourriture aurait deux effets défavorables sur l’organe affecté; car, i°. tout organe concourt à Sa préparation de l’aliment; 2°. tout organe participe à sa juste répartition. La diète est d’ailleurs un moyen propice à ce que les remèdes pénètrent plus avant dans les organes et dans les humeurs.

§. xviii. Les maladies de l’estomac sont celles qui portent le plus de trouble dans tous les or-*

ganes, celles qui leur causent les plus grands dommages. Une fois malade , Festomac ne donne plus lieu qua une alimentation insuffisante et imparfaite : il y a moins de sang, moins de forces, formation de moins d’humeurs de toute espèce, et surtout des humeurs moins parfaites. Cela même est une nouvelle raison qui rend les digestions moins complètes, moins efficaces : nouveau rejaillissement sur la nutrition de tous les organes et sur leurs fonctions. Le foie devient moins fielleux, les salivaires plus arides, le poumon moins apte a faire du. sang , le cœur plus lent à le repartir. Bientôt, les organes mal nour- 11s, affaiblis, emacies , demandent vainement leur pâture : la faim , devenue plus ardente par 1 incapacité de Festomac à profiter des alimens dont il est gorgé, fait qu’il en est de plus en plus surchargé à mesure qu’il devient plus inhabile à les digerer. D ailleurs Festomac partage, en sa qualité d’organe, la faiblesse qui résulte de l’imperfection des digestions; son inertie s accroît par 1 effet de son impuissance. Vous voyez par-là quels mortels progrès alors doivent faire et la maigreur, qui en effet devient excessive, et l’appauvrissement du sang, et la diminution de la chaleur vitale, et la décoloration des tissus, qui deviennent d’un jaune bistre ou cadavéreux, et la faiblesse du pouls, et enfin

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