CHAPITRE XII
De P Absorption , de ses xnstrumens et de ses produits.
L aÎ3sorption est une fonction de tous les or- $anes et de tous les instans : il n’est pas de partie dans le corps où elle ne s’opère. Elle sert d'intermédiaire à la plupart des fonctions, mais surtout à la nutrition : elle extrait des organes et des humeurs les parties devenues inutiles ou nuisibles à la vie, et elle puise d’un autre côté, dans 1 intestin, 1 équivalent de ce que les organes ont perdu : la nutrition a donc l'absorption pour terme et pour principe.
L’absorption elle-même est prouvée par mille laits : on voit plusieurs maladies se communiquer par un simple contact, et beaucoup de médicamens pénètrent par la peau aussi bien que par 1 estomac : la partie séreuse des humeurs est sans cesse résorbée, plusieurs organes du fœtus disparaissent avec l’àge, les os se creusent , ceux du eiane s amincissent ; et d’ailleurs on retrouve dans les vaisseaux les substances ou une émana-
tion des substances qu’on avait introduites dans les intestins ou ailleurs.
Mais «quels sont les organes de cette opération? sont-ce les vaisseaux lymphatiques; et n’y a-t-il qu’eux qui absorbent? On le croyait dernièrement; mais on doit penser le contraire aujourd’hui. Assurément du moins les vaisseaux lymphatiques absorbent : on voit de la lymphe les remplir dans des lieux où le chyle ne les saurait pénétrer ; on voit les espèces de glandes qu’ils traversent s’engorger, toutes les fois que les parties d’où ils proviennent sontenflammées ou ulcérées. On aperçoit très-distinctement du chyle remplir les vaisseaux du mésentère, et ce chyle se retrouve le meme dans le canal thoracique, leur tronc commun et leur aboutissant dans les veines sous-clavières. On sait d'ailleurs que la mort suit toujours l’obstruction ou la compression du conduit thoracique toutes les fois qu’il n’est pas double : on sait que l’extirpation des glandes lymphatiques produit l’engorgement des parties d’où proviennent les vaisseaux qui les traversent. Enfin tout prouve que les vaisseaux lymphatiques absorbent le chyle et qu’ils absorbent de la lymphe.
Mais les veines sont manifestement leurs auxiliaires dans beaucoup de circonstances. Il est sûr qu’on retrouve souvent l’odeur de certaines bois-
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sons dans le sang avant de la trouver dans le fluide des vaisseaux lymphatiques ; on a empoisonne des animaux dont le canal thoracique ne conservait aucune issue dans les veines ; et l’on n’a pu déterminer rien de semblable en introduisant du poison dans une anse d’intestin privée de vaisseaux sanguins et ne conservant que des lymphatiques. On a varié à l’infini ces expériences sans en changer les résultats. Ce n’est pourtant pas de ces derniers faits que j’argue pour établir que les veines absorbent ; car avec quelqu habileté qu’aient été faites ces expériences, elles ne satisfont point à toutes les conditions de la physique expérimentale ; voici , selon nous , par ou elles pèchent : i°. de ce que les lymphatiques isolés des vaisseaux sanguins n’absorbent plus, cela ne peut convaincre qu’ils n’absorbent point ordinairement: sait-on, en effet, si leurcirculation peut se passer de la circulation du sang ? d’ailleurs leur calibre est si petit, sait-on si le contact de l’air et le refroidissement qu’il produit ne resserre pas leurs orifices ? 20. de ce que les veines absorbent, isolées des lymphatiques, je n’en conclurai pas quelles absorbent toujours : plusieurs faits ne prouvent-ils pas que certains organes n agissent que parce que d’autres se reposent ou sont mis hors detat d’agir? Toute
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bonne expérience physiologique met les organes clans toutes les conditions de la vie*
Mais les veines absorbent , cela est certain : on les trouve souvent remplies de substances pareilles à celles dont les parties d’où elles naissent sont imprégnées. J’ai vu plusieurs faits de ce genre qui ne me laissent plus aucun doute. M. Magendie en cite lui-même de très- remarquables. Je me souviens qu’en 18^3 il y avait à l’hôpital de la Charité un homme qui , dans une chute des toits, avait eu les membres tellement fracassés, que dès son arrivée à l’hôpital une de ses cuisses fut amputée. Cet homme mourut le septième ou le huitième jour (on ne savait pourquoi, car il allai t bien pour son état). Nous l’ouvrîmes, un des prosecteurs de la Faculté de Paris et moi (ce prosecteur distingué était , je crois , M. Blandin ) , voici ce que nous observâmes *, je ne rapporte ici que ce qui a trait à l’objet présent : après avoir constaté l’inflammation vive du péritoine , on en vint à examiner le membre amputé : la veine saphène était pleine de pus , même elle en contenait plus que de sang *, la proportion du sang était, à la vérité, plus considérable dans la veine iliaque , mais elle contenait également beaucoup de pus très-reconnaissable. Comme c’était du côté du moignon en suppuration , notez bien que ce fait seul ne m’aurait pas convaincu que les veines
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absorbent ; car les circonstances n’étaient plus ici ce qu’elles sont ordinairement dans des organes entiers : des veines coupées pouvant être restées perméables à l’extrémité d’une plaie suppurante, on n’aurait pu tirer de ce fait aucune induction convaincante relativement à ce qui se passe dans l’état normal. Mais voici ce que nous vîmes ensuite : les veines du coté opposé étaient remplies de pus dans toute l’étendue de la jambe et de la cuisse. Or, d’ou provenait ce fluide semblable au premier? J avoue que cela nous embarrassait infiniment, cela brouillait toutes nos
idées : car, comme nous étions seuls , rien ne nous pressait, et nous faisions les choses en les raisonnant et en conscience. Est-ce que , disionsnous, les veines seraient enflammées? mais non, voilà la teinte naturelle à leur surface interne. Est-ce que le pus proviendrait, des deux cotés , de la péritonite (laquelle avait donné lieu à une exsudation effectivement suppurante) ? mais la circulation ne saurait s’être faite à rebours*, et d’ailleurs les valvules s’y seraient opposées. Cependant nous disséquâmes tout le membre brin a brin sans presque en espérer de nouvel éclaircissement : mais arrivés au pied , nous trouvâmes un épanchement très-considérable, autre résultat de la chute qui avait motivé l’amputation de l’autre membre. Dès-lors plus de doute à élever
sur la source du pus trouvé dans les veines , plus d’incertitude qu’il n’eut été absorbé dans ce dépôt; et puisque nous en avions trouvé jusque dans les veines iliaques, il avait donc circulé avec le sang, et ce ne pouvait être un effet cadavérique. Ainsi, les veines absorbent .