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CHAPITRE XIII

Faits généraux concernant l’absorption. Circonstances nuisible*

ou favorables.

Nous avons dit que toutes les parties du corps absorbent ; mais cela est surtout vrai des parties dénudées ou ulcérées : on a vu le topique du frère Côme , appliqué sur un trop large cancer , causer l’empoisonnement comme si l’arsenic eût été introduit dans l’estomac (i); la teinture de myrrhe, dont on lave quelquefois de vieux ulcères, purge presque toujours (2) : une excoriation aux doigts a souvent exposé des chirurgiens et des accoucheurs à des maladies vénériennes; et c’est même sur de pareils faits que se fonde la possibilité d’inoculer la variole, le vaccin, la syphilis, la

(1) Voy. les Mémoires de Chirurgie de M. Roux, (a) Voy. Mémoires de Saucerolte.

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gale, même la rougeole (Home), et la plupart des autres maladies contagieuses , en supposant qu’il y en ait d’autres que celles-là. Ces premiers faits connus depuis long-temps firent songer les médecins au parti qu’en pourrait tirer la thérapeutique. On appliqua différens médicamens sur la peau , après en avoir aminci et frotté l’épiderme , et l’on vit qu’ils allaient à leur destination aussi bien que si l’estomac eût servi d’intermédiaire à leur action. On vit que le kina guérissait ainsi les maladies intermittentes, que les substances résineuses purgeaient, que le mercure faisait saliver, que les cantharides agissaient sur la vessie, que l’émétique faisait vomir, etc. Ces expérimentations firent même découvrir des propriétés nouvelles en des médicamens qu’on était loin d’en soupçonner doués. Ce fut ainsi, pour citer un exemple , qu’on vit l’émétique appliqué sur la peau faire naître une éruption assez analogue aux boutons du vaccin; et ce moyen est devenu depuis, entre les mains de quelques hommes habiles, un des plus puissans révulsifs dont la médecine puisse faire usage (1).

De ces faits épars, un médecin fameux de

(1) M. Aulenrieth a enseigné les moyens d'empêcher l'émétique appliqué sur la peau , d’aller agir sur l’estomac : l’illustre Jenner s’est aussi beaucoup exercé sur ce sujet.

884 L1V* vuû 1)U SANG ET DE SES PRODUITS.

Montpellier, M. C lires tien, a su faire un art nouveau ayant ses règles et ses pratiques. On trouve dans l’ouvrage que ce savant a compose sur la médecine ïatrcilep tique quelques préceptes utiles qu’aucun médecin ne saurait se dispenser de connaître. Cette méthode n’eût-elle pour seul avantage que de soustraire à Faction de l’estomac les remèdes qui ne la peuvent subir sans perdre leurs vertus > cela seul la rendrait recommandable à l 'attention de tous les médecins.

Mais cette absorption n’est nulle part plus manifeste qu’à la surface des membranes muqueuses, quelles qu elles soient : de Falcooi gardé long- temps dans la bouche produit l’ivresse, comme si l’estomac lui -même en éprouvait le contact *, de l’arsenic introduit par vengeance élans les organes génitaux d’une femme a aussitôt

«tonné lieu à des symptômes d’empoisonnement.

Il en est de même pour la membrane du poumon, et c’cst à cause de cela qu’il est si dangereux de respirer l’air infecté des infirmeries et des amphithéâtres. J’en dirais autant pour toutes les surfaces.

Après avoir constaté tous les genres d’absorption , on a dû chercher quelles circonstances les favorisent et quelles circonstances les entravent. D’abord on a cru observer qu’elle continuait après la mort, et c’est à cela qu’on a attribué la

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disparition de certaines infiltrations d’eau ou de sang qu’on cherche quelquefois en vain après la mort. Cependant , si l’on fait attention quelle déperdition de calorique éprouve le corps que la vie vient d abandonner , peut-êtr£ jugera-t-on qu’au îieu d’un phénomène d’absorption il s’agit tout simplement de la concentration des liquides refroidis et de l’espèce de vide survenu dans les petits vaisseaux , comme nous l’avons vu s’établir dans les poumons et par une cause toute pareille. On était parti de ce fait, qui me semble peu certain pour établir que la chaleur est la condition essentielle de l’absorption; il est sûr du moins qu’elle la favorise beaucoup, et voilàmême d’où vient que le sommeil rend l’absorption plus énergique : je parle de toutes les espèces d’absorption.

Tout ce qui ralentit le cours du sang, tout ce qui désempli t les vaisseaux favorise beaucoup l’absorption ; voilà pourquoi on donne les remèdes a jeùn , pourquoi l’on fait des frictions le matin : c’est l’instant le plus favorable à l’action des absorbans , celui par conséquent où la contagion est le plus à craindre. Il est étonnant combien l’absorption est énergique à la suite des grandes maladies, à la suite des purgatifs, des saignées et des longues abstinences; rien ne favorise davantage faction dcsmédicamens. Aussi l’ivresse

est-elle bien plus prompte a venir chez les hommes éjeùnés, faibles ou incontinens. C’est de là aussi que vient l’avantage de la diète et des évacuans chaque fois qu’il s’agit de solliciter la résorption d’un épanchement ou la fonte d’une tumeur. En général, la trop vive action du cœur nuit à l’absorption à l’égal de la pléthore , et voilà d’oii vient l’avantage de la digitale dans beaucoup d’hydropisies : mais il y aurait danger à abuser de ce remède *, car dès que l’action du cœur languit, tous les tissus sont gorgés de sucs et la chaleur diminue, deux conditions peu favorables à l’absorption. A la vérité, les urines deviennent alors plus abondantes , mais sans que l’exhalation des membranes séreuses diminue. Comme les besoins de la nutrition ne son t jamais plus grands qu’après des stimulations, il est bon de faire alterner les toniques , qui trompent d’abord ces besoins et qui plus tard les augmentent , avec les évacuations et la diète, qui les accroissent. Pden n’épuise plus promptement tous les matériaux de la vie que cette médication de bascule. L’usage prolongé des toniques produit toujours la maigreur ; mais elle est surtout déterminée par l’iode , qui resserre excessivement les tissus ] par le mercure , qui augmente toutes les exhalations*, et par la ciguë je ne sais comment. Ces trois médicamens et le fer sont ceux qui atté«*

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niient le plus puissamment tous les organes , surtout les glandes et le tissu cellulaire.

Lorsqu’on veut de prompts effets des médicamens, il y a plusieurs voies à suivre. i°. Après avoir affaibli les malades par des saignées ou par l’abstinence , on peut donner les remèdes projetés, unis à de petites doses d’alimens; car Faction de l’estomac se porte de préférence sur ces derniers. 2°. On peut aussi introduire le médicament dans l’intestin, si rien ne s’y oppose, en meme temps qu’on stimule l’estomac par quelques toniques 3°. Si les remèdes sont isolément mis en contact avec l’estomac , 1 abstinence ayant précédé, il faut éviter de les employer à l’état solide ; car son action , accrue par le besoin , pourrait les transformer , ou au moins en affaiblir les propriétés : il faut donc les donner à l’état liquide , ce qui en favorise la prompte absorption.

Il y a d’ailleurs plusieurs moyens d émacier certains organes locaux , sans prendre l’absorption pour auxiliaire : on parvient aux mêmes effets en entravant le cours du sang ou en agissant sur les nerfs. La compression d’un nerf, la ligature des artères produit l’atrophie , l’ulcération ou la mort des organes. On a usé dernièrement de ce moyen pour guérir des cancers ou plutôt des squirrlies : on a comprimé progressivement ces organes et les tissus qui les avoisinent.

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et sous l’influence d’une semblable méthode on les a souvent vus disparaître. Beaucoup de religieuses font usage d’un moyen semblable dans un but tout différent , qu’elles atteignent presque toujours. L’usure des os par certains anévrysmes montrait d’ailleurs aux médecins attentifs ce qu’on pouvait attendre de la compression et de l’affaissement des petits vaisseaux.

Mais si la compression, trop faible pour agir sur les artères, n’exerce d’action que sur les veines et les vaisseaux lymphatiques, alors, au lieu d’activer la destruction des organes, elle ne fait qu’entraver l’absorption. Pareille chose arrive si les vaisseaux sont obstrués, brûlés ou détruits : les caustiques empêchent l’absorption mieux encore que la compression des vaisseaux. Il en est de même de la succion et des ventouses. On conçoit bien que, quelle que soit la puissance absorbante des vaisseaux , ils ne pourront pomper les fluides qu’une force supérieure attire en sens contraire. II n’y a pas besoin d’admettre, pour expliquer ce fait, que l’absorption dépend de la force d’inspiration. Lue substance étant appliquée sur un lieu dénudé du corps, il est clair qu’elle ne saurait être absorbée dès-lors qu’une ventouse (i)

(1) O il a cité un exemple curieux de semblables faits : des sangsues ayant été appliquées sur une morsure de vipère , le ve-

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