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CHAP. XIV, DE LA NUTRITION

Observez que l’exercice et l’inflammation produisent l’un et l’autre des effets différens suivant qu’il s’agit d’un seul organe ou de plusieurs : l’inflammation , comme l’exercice , accroît la partie où elle a son siège : mais tous les deux agitant le cœur à l’excès, produisent l’amaigrissement de tout le corps.

Bacon (1) donnait un singulier conseil pour vivre long-temps et pour conserver l’embonpoint. Le corps ^ disait-il, ne dépérit que parce qu’il donne plus qu’il ne reçoit : or, c est par la peau, ajoutait-il , que se font les pins grandes déperditions*, pour vivre long- temps, nous n’avons qu à imiter les Anciens, qui usaient avec tant de soin et d’assiduité d’onctions huileuses : faisons mieux, bouchons les pores avec un enduit. Ce conseil avait l’extrême inconvénient de contrarier une des grandes nécessités de l’existence : et d’ailleurs ce qui ne peut s’en aller par la peau parvient toujours à s’échapper parles poumons, par les reins ou par la surface de l’intestin. Il y avait sagesse chez les anciens peuples du midi à modérer une transpiration que leurs habitudes gymnastiques rendaient excessive*, mais il serait d’une extrême imprudence à un anglais hypochondre , environné de brouillards , de vouloir

(1) Historia de f itâ et Morte.

8t)8 L1V . YII , DU SANG ET DE SES PRODUITS»

sous ce rapport imiter un citoyen de Piome ou d’Athènes. Maupertuis se couvrit de ridicule pour avoir pris au sérieux le précepte de Fillustre Vérulam , et le mordant docteur Akakia, inspiré par Voltaire , donna au secrétaire perpétuel de Berlin des chagrins qui ne finirent qu’avec sa vie. Cet enduit dont il voulait couvrir son corps, Maupertuis eut fait sagement d’en protéger ses nerfs trop irritables : le calme de l’âme n’est pas moins utile à la longévité qu’à l’embonpoint et au bonheur. L’estomac est comme les états , il a besoin de tranquillité pour prospérer : ses fonctions ne sont parfaites que dans le silence des passions ; toute fièvre , toute révolution lui est funeste. Le choix des alimens est aussi un objet essentiel.

Il est plusieurs lois connues relativement à la nature des alimens dont le corps a besoin pour ne pas dépérir : ces alimens doivent être variés ; toujours semblables, fussent -ils extrêmement nourrissans, le corps qui avait d’abord prospéré par leur usage, finit bientôt par dépérir : nous voyons encore ici un effet de l’habitude , l’une des grandes lois de la vie dont les conséquences sont innombrables. En outre, il faut à l’homme comme aux animaux des alimens azotés : M. Magendie a publié à ce sujet des faits d’une grande importance.

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Les organes du corps qui sont des premiers à ressentir les effets des mauvais alimens , d’alimens trop peu variés ou de l’inanition , sont ceux-là meme qui naturellement sont le moins vivans : les poils , les cheveux , les ongles , la cornée , les humeurs de l’œil , les dents ; tous ces organes s’altèrent à un égal degré toutes les fois que la nutrition languit par n’importe quelle cause; et n’usât-on le reste de la vie que d’une nourriture saine, variée et succulente, le premier dépérissement survit pour toujours à sa cause. Après les organes que je viens de citer, aucun n’est de plus près lié que le poumon à la perfection de la réparation nutritive : tout ce qui la fait languir favorise le développement des tubercules, ou, s’il en existe déjà, en accélère le développement et la fonte.

Dès que la nutrition languit, n’importe d’où en vient la cause, quelque locale quelle soit, les effets s’en font universellement sentir sur les organes, sur le sang qui abreuve ces organes, et sur les humeurs qui proviennent du sang : insensiblement les chairs deviennent flasques , les humeurs s’altèrent, il se produit des tissus nouveaux sans analogues dans un corps sain , plusieurs humeurs donnent lieu à des calculs, des gaz se développent en différens lieux, le sang sort de ses vaisseaux , une odeur fétide se dégage du

corps des animaux parasites , et des kystes s’y développent ; il se fait des infiltrations, des épanchemens en diverses parties , et comme en même temps de toutes parts règne la faiblesse , cela même rendant toutes les fonctions plus imparfaites , ne fait qu’accroître les premiers effets. Un pareil ensemble de symptômes n’est point un tableau de fantaisie , c’est une exquisse vraie de ce qu’on voit dans les derniers temps des fièvres graves , après des excès , dans le scorbut , et dans ce qu’on nomme empiriquement cachexie ou cacochymie.

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