CHAPITRE XI
Continuation du même sujet.
Les mouvemens de l’estomac sont réels , mais peu sensibles : ils sont proportionnés au volume des fibres charnues.
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Les intestins se meuvent plus manifestement que l’estomac, et à-peu-près à la manière de l’œsophage. Ils ont des fibres circulaires et des fibres longitudinales : les unes rétrécissent le canal , les autres le raccourcissent , et cela fait cheminer les substances dont il est rempli. On observe que les fibres musculeuses deviennent plus manifestes partout où leur puissance avait besoin de s’accroître : elles sont plus marquées là où les débris des alimens ont peine à circuler, là où ils s’endurcissent, là où ils ont à surmonter leur propre pesanteur. Les fibres longitudinales augmentent surtout au cæcum et au colon pour toutes ces raisons *, et davantage encore au rectum, où elles ont à vaincre la résistance d’un sphincter épais.
Les contractions de ces fibres ont quelquefois une grande rapidité, comme on le voit dans la dysenterie et dans certaines coliques.
Ordinairement ces contractions se font successivement de haut en bas, de l’estomac vers le rectum. Les mouvemens alors sont dits péristaltiques. Mais ils se font quelquefois du bas en haut, et alors on les dit anti-péristaltiques . Ces derniers mouvemens ont lieu toutes les fois que le conduit digestif éprouve quelque obstacle en 1 un de ses points , toutes les fois que le cours des matières y est entravé. Cela arrive dans les
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hernies, les étranglemens , et même dans les inflammations du ventre. Cela arrive même quelquefois sans qu’il y ait d’obstacles d’aucune espèce : on a vu des malades rejeter par la bouche des remèdes topiques, même des remèdes solides appliqués à Fextrêmitê de l’intestin. Il faut aussi remarquer que les mouvemens du conduit digestif, lorsqu’ils sont détermines par des maladies ou par des influences sympathiques , sont toujours anti-péristaltiques ; c’est-à-dire , l’opposé de ceux qu’on voit ordinairement dans les progrès d’une digestion normale. L’inflammation de la matrice ou des reins , la titillation du voile du palais , par exemple , déterminent des vomissemens, et seulement des vomissemens. Cependant le cerveau semble faire exception. En effet, les vives passions, les impressions soudaines de Famé, en même temps qu’elles remuent le cœur avec violence , font souvent con*^ tracter vivement le conduit digestif *, et dans ces cas les contractions se font presque toujours de haut en bas. La digestion alors n’est qu’ébauchée, et les intestins se délivrent prématurément de leur fardeau. Mais les mouvemens alors ne sont qu’ accrus ; ils se font du reste dans le sens naturel. Les mêmes effets s’obtiennent par l’irritation des nerfs pneumo-gastriques, là où ils entourent l’œsophage d’une sorte de plexus. Les mou-
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vemens musculaires s'accroissent alors comme la puissance nerveuse qui les dirige ordinairement.
Ces derniers phénomènes semblent démontrer que le mouvement des intestins vient des nerfs comme les autres mouvemens. On s’en assure directement en détruisant les nerfs pneumo-gastriques. Le premier moment qui suit la section de ces nerfs , est souvent marqué , comme plusieurs affections cérébrales , par des vomissemens et des mouvemens désordonnés des intestins. Mais bientôt ce mouvement s’affaiblit, et la digestion est par-là ralentie dans chacun de ses degrés. De nombreuses expériences ont mis ce fait hors de doute et de contestation (i).
Les alterations profondes des centres nerveux et la paralysie née de ces alterations n’ont pas seulement pour effet de nuire aux mouvemens du tube digestif en le privant de l’accession des muscles soumis à la volonté : il en résulte encore des phénomènes particuliers. Comme le sphyncter du rectum est un muscle volontaire , comme les autres muscles volontaires aussi, son action patit des alterations du système nerveux t les muscles clés parois intestinales continuant d’agir sans presque aucun affaiblissement , et ne trouvant plus d entraves dans le sphincter inférieur,
(0 Blainville , Brougton , Magendie.
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il en resuite que les débris alimentaires sont alors expulsés involontairement et sans régularité.
Les intestins et l’estomac ont chacun des sti— mulans propres de leurs mouvemens. La titillation du voile du palais , et le contact immédiat des substances corrosives et de X émétique , sont les plus puissans stimulans des mouvemens de l’estomac. Les intestins sont surtout excités à se mouvoir par l’impression du froid à la peau, et par des solutions salines et certaines huiles , ou certaines substances résineuses. Ces différens corps déterminent ce que Ton nomme un effet purgatif. Nous en parlerons plus particulièrement en traitant des Exhalations. Il y a ici deax effets simultanément produits : fluides nouveaux ou plus abondans 5 et contractions intestinales. Nous devons dire que ces secousses des intestins sont aussi quelquefois provoquées par des boissons toniques ou excitantes ; par le quinquina , le café , le the , et par beaucoup d’autres productions végétales. Le tabac aussi détermine des effets analogues en ceux qui n’en ont pas dès long-temps contracté l’habitude.
Il est aussi des substances qui rendent l’estomac et les intestins lents à se mouvoir. C’est ainsi qu’agit Yopium sur ces deux organes à-la-fois ; et cest à cause de cela qu’il ralentit la digestion et