CHAPITRE XXI
Autres obstacles aux mouveinens du cœur. Effets divers.
Hélas! combien le cœur a-t-il de maladies ! »
Il résulte de ce que nous avons dit sur le cours du sang, que ses obstacles au cœur sont de deux sortes, et que les résultats de ces obstacles sont de même de deux espèces.
Les entraves venues des poumons n’ont d’effet direct que sur les cavités droites du cœur et sur le sang veineux , tandis que les entraves venues de l’aorte rejaillissent sur la circulation entière, sur les artères , sur les poumons^ sur les cavités gauches et droites du cœur. Ces dernières cavités peuvent être d’abord isolément affectées mais non les cavités gauches.
Tout ce qui met obstacle au cours dti sang artériel a pour effet de dilater les cavités gauches du cœur et d’en entraver les mouvemens. Par exemple^ les rétrécissemens de l’aorte, l’engorgement, le durcissement ou la compression d’organes principaux, les courbures du tronc, les gibbosités , la compression ou l’oblitération des principales artères, les mutilations qui bornent le cours du sang, les amputations, etc. ] dans tous ces cas, le pouls est diversement altéré, selon qu’on
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le tâte au delà ou en deçà des obstacles ; les mouvemens du cœur sont alors plus forts, et la respiration toujours trouble'e. Quand c’est du poumon que vient l’obstacle , les cavités gauches du cœur et les artères , les cavités droites et les veines en ressentent les effets, mais ces dernières les ressentent davantage. Enfin , si les cavités droites sont isolément malades , le pouls et la respiration sont médiocrement altérés; mais alors le pouls est dans un désaccord formel avec les batte mens du cœur : car ces battemens sont forts, tandis que le pouls est, ou naturel, ou meme plus faible que jamais. Le principal symptôme des maladies des cavités droites du cœur est l’injection veineuse des organes: nous avons déjà fait pressentir les effets de cette injection.
Ces obstacles aux mouvemens du cœur ne vont pas seulement jusqu’à dilater les cavités de cet organe et les vaisseaux ; ils peuvent aussi causer la rupture des unes ou des autres : on a vu des exemples de tous ces accidens. Il est à remarquer que le ventricule gauche , quoique extrêmement épais, se rompt plus souvent que le ventricule droit. Cela paraît singulier ; mais en voici la raison. D abord, tout puissant qu’il est, le ventricule gauche est très-aminci vers sa pointe , là où ses fibres charnues se roulent en spirale. En eet endroit, le cœur n’a pas deux lignes d’épais*
54^ LIV. V, DES MOU VE MENS DE l’hOMME.
seur. Mais une autre cause des ruptures plus fréquentes des piliers et des parois des cavités gauches du cœur, est celle-ci . L’aorte est peu dilatable ; elle ne se dilate et ne se resserre que pour les phénomènes du pouls, et voilà tout. Passé cela, elle se rompt si elle est amincie ou déjà anevrysmatique ; ou, au contraire, c’est le cœur qui crève,, si l’aorte résiste. Les veines pulmonaires sont aussi assez peu dilatables. Or , les cavités droites sont dans des conditions fort différentes. Si le sang qu’elles font jaillir vient à éprouver des entraves , ou que ce fluide , devenu trop abondant , gêne leurs mouvemens , il y a de toutes parts autour d’elles des organes fort extensibles , dans lesquels le trop plein du sang trouve oii se répandre et se réfugier. Derrière elles, en effet, sont les veines-caves et les jugulaires dont le volume peut devenir énorme; en avant d’elles, sont les poumons, qui, grâce à l’action variable du diaphragme, sont toujours plus perméables au sang qu’aucun autre organe du corps.