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CHAPITRE XXII

Remarques sur les mouvemens du cœur.

î\ Le cœur continue de palpiter dans le vide, alors même que ses cavités sont privées de sang; preuve que ses mouvemens sont indépendans du contact de l’air et du sang.

2°. Le cœur a fait circuler le sang en des fœtus n’ayant pas de moelle épinière ni par conséquent de cerveau ; preuve que ses mouvemens ne sont pas absolument dépendans de ces centres nerveux.

3°. On voit battre le cœur chez un fœtus de quelques semaines, et il continue encore de frémir que la vie ne donne déjà plus aucune autre manifestation.

4°. Le cœur, arraché de la poitrine, palpite encore avec violence , et soulève vivement la main qui le comprime. Il est donc le plus indépendant des organes.

5°. Il continue de palpiter durant quelques instans , alors qu’il est entièrement séparé de tous les organes ; mais tous les organes cessent d’agir, mais la vie s’éteint, au moment où le cœur est enlevé ou profondément blessé. Ce

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qu’ont dit Bacon et Haller, de criminels continuant de parler ou de contempler après l’arrachement du cœur*, de pareils faits, dis-je, n’inspirent qu’une respectueuse incrédulité, nonobstant ces témoignages d’hommes aussi illustres.

6°. Ce n’est pas pendant la dilatation des ventricules que le cœur se gonfle et réagit contre ce qui gêne ses mouvemens \ c’est pendant leur systole. L’erreur ou l’on était à cet égard avait fait penser que le cœur se dilate activement, comme il se contracte.

y0. Cet organe se durcit et se gonfle, mais se raccourcit, pendant la systole des ventricules } et cependant c’est alors, quoique plus raccourci que jamais, que le cœur va de sa pointe heurter les parois de la poitrine. C’est qu’en même temps les oreillettes se dilatent *, c est que les courbures des deux grandes artères distendues se redressent, et que la pointe du cœur est la seule partie de cet organe qui puisse céder à ces impulsions.

8°. Le cœur se fait ordinairement sentir vers la sixième cote du cote gauche , mais il peut se faire sentir à l’épigastre, ou devenir to ni;- à-fait insensible à l’extérieur , tant sa position alors est profonde. Quelquefois il est cache par le sternum , ou même il se fait sentir du côté droit. Cette disposition peut dépendre, ou d’un épanchement pectoral, ou d une transposition des Yiscei es.

CHAP. XXII, REMARQUES SUR LE COEUR. 5i\()

Dans les trois exemples que j’ai personnellement observes de ce fait,, il y avait, dans l'un, épanchement dans la plèvre gauche; dans le second, il y avait hépatisation partielle des deux poumons avec dilatation des cavités droites du cœur; et j’ai observé le troisième chez un jeune homme qui , dès l’âge le plus tendre , s’était livré aux pernicieux excès de la masturbation avec une espèce de frénésie.

9°. Dans l’état de calme parfait si nécessaire à la santé , on n’éprouve qu’un vague sentiment des mouvemensdu cœur. Mais quand cet organe palpite avec force, ému par les passions , excité par les grands mouvemens du corps , alors l’effet de ses battemens se fait sentir en toutes les parties vivantes : au crâne, aux oreilles, aux yeux, aux membres, aux viscères. C’est d ordinaire un signe de faiblesse lorsque le cœur fait manifestement sentir ses battemens , et qu’il se laisse influencer parles causes les plus légères.

io°. Je ne crois pas plus aux observations dont parle Haller, d’hommes portant deux cœurs nettement séparés, que je ne crois aux faits allégués par les adversaires de la circulation du sang, d’hommes ayant vécu privés d’un cœur. Il est clair que ces derniers faits ont été forgés , dans l’ardeur passionnée des discussions, pour réduire Harvey au silence et sa découverte au néant.

55o UV. V, DES MOÙVEMENS DE l’hoMMË.

i i6. On a dit qu’un Anglais nommé Cheync^ ainsi que M. Bayle (l’auteur d’un traité estimé sur la phthisie pulmonaire ), arrêtaient volontairement les mouvemens de leur cœur. Mais il est douteux que ce fût directement et sans l’entremise de la respiration et du larynx.

1 2°. On ne sait et l’on ne peut guère savoir précisément, du moins pour l’homme ( seul objet de notre étude), ni combien chaque cavité du cœur contient de sang pendant la vie, ni si le cœur se vide entièrement à chacune de ses contractions. Il est également impossible d’évaluer mathématiquement la force employée par le cœur. Des géomètres renommés ont commis à ce sujet des inconséquences et des erreurs, dont eût rougi même le moins scrupuleux des physiologistes du siècle passé (i).

Il faut d’ailleurs observer que c’est agir avec peu de précision que de chercher à évaluer 1 action du cœur en général : car les oreillettes n’ont pas la même force que les ventricules, ni le ventricule droit le même degré de force que le ventricule gauche.

i3°. Tout en s’occupant de la vaine recherche

(i) Homère nous fait juger de la force énorme de cet organe beaucoup mieux que les géomètres , lorsqu’il nous montre le cœur d’Alcathoüs faisant frémir la pique d’Idoménée dont il est transpercé. ( ILiade , chaut. XIII )

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