CHAP. XXI1Ï , ARTÈRES ET VEINES
union , nous l’ignorons. Nous ne savons pas davantage selon quel mécanisme ou quels miracles ces vaisseaux devenus capillaires nourrissent nos parties et les pénètrent d’une égale chaleur : car c’est loin de nos regards et dans le plus profond mystère que se passent les événemens qu’il nous importerait le plus de connaître.
Les vaisseaux sanguins se développent parfois accidentellement : ils se dilatent dans les cancers et dans la formation de toutes les tumeurs. Toutes les fois qu’une partie est irritée, l’elfet le plus manifeste de cette irritation est de faire affluer le sang là ou est son siège. Nous ne savons pas encore ce qui arrive ici : nous ignorons si cet effet dépend uniquement du cours plus rapide du sang artériel, ou si le sang veineux concourt au phénomène par une marche ralentie ou même rétrograde dans les premiers momens. Boërrhaave disait que le sang, trompé de vaisseaux, s’adirait, se fourvoyait, et qu’à cela seul tenaient tous les phénomènes. Mais il est clair que Boërrhaave, nonobstant son rare mérite, a ignoré le fait comme nous l’ignorons nous-même \ et que ce serait nous fourvoyer à coup sûr que de suivre à tâtons une route hypothétique qui a déjà conduit tant d’hommes à l’erreur. Le moyen de connaître, c’est de s’avouer à soi-même sans dissimulation ce qu’on ignore.
On ne sait pas non plus lesquelles des veines ou des artères , ou si les unes et les autres egalement ^ donnent lieu à ces flux sanguins nommes hémorrhagies. Je parle de celles des hémorrhagies qui ont leur source dans le tissu même de nos organes , et sans lésion manifeste des vais» seaux visibles. Car lorsque le sang vient des gros vaisseaux , il est ordinairement assez facile de distinguer celui des veines d’avec celui qui viendrait des artères : sa couleur noire ou rouge , son mouvement uniforme ou saccadé, le bout du vaisseau qui le fournit, et le genre de compression qui en interrompt le cours ; ce sont là autant de signes distinctifs des deux sortes de sang, qui ne laissent guère de place à Terreur.
Enfin , les veines sont pleines , et vides sont les artères sur le cadavre : et ce phénomène paraît dû non seulement à l’énergie plus grande du ventricule gauche mais surtout à ce que la vie se termine par l’expiration. ( V oj . le chapitre ou l’on examine les changemens survenus dam les poumons après la mort . )
CHAP. XXIY, COURS DU SANG VEINEUX. 56q