CIIAP. XXVI , HISTOIRE DU POULS
Avant Galien, Erasistrate avait approfondi larl sphygmique ( art du pouls) autant que l’ignorance de ces temps reculés le pouvait permettre. L’histoire ne nous a pas seulement transmis le témoignage de la candeur de ce grand médecin: elle nous a conservé le souvenir des miracles dus à son extrême sagacité, en nous apprenant comment il découvrit dans le pouls non moins que dans les yeux d’Antiochus , et dans l’embarras de Stratonice, le secret de la maladie, jusque-là ignorée, du jeune prince.
Hérophilc aussi s’occupa du pouls ; il raisonna beaucoup à ce sujet : et comme Hérophile était un médecin très-savant et d’un esprit excessivement spéculatif, il fit de l’art du pouls un art si compliqué et si mystérieux, qu’aucun disciple n’y pouvait être initié, si d’avance il ne s’y était préparé par une étude sérieuse de la musique et de la géométrie (i). A en croire ce que rapportent les jésuites dans leurs relations sur la Chine, il paraîtrait que les peuples de ce grand empire ont conservé pure la doctrine d’IIérophile sans en retrancher aucune subtilité. Peut-être même ne doivent-ils rien à Hérophile, et peut-être
(1) Voilà cc qui a fait dire à Pline l’ancien : « ...Desertadeinde » et hœc secta est : quoniam necessc erat in eâ litleras scirc. » il est des sectes d.qnt on pourrait dire précisément l’opposé.
584 LIV* v ? DES mouvemens de l’homme.
Font-ils imite sans le connaître. L excuse si souvent alleguee pour des ventes d’homme à homme,, pourquoi ne l’alléguerai t-on pas pour des erreurs de peuple à peuple ?
Toujours est— il que jusqu’à Harvey la science &u pouls ne fui jamais que personnelle à chaque médecin, Manquant de toute hase solide, ne re- ]}osant sur rien de certain , la tradition fut i nipuissante pour en transmettre le secret d’une génération aux générations suivantes. Les tablettes dTIérophiie devinrent indéchiffrables pour Galien , comme aujourd’hui les tablettes de Galien sont illisibles pour nous. Ce fut toujours à recommencer.
Encore a présent , la science du pouls est fort boni ce, mais du moins sait-on les moyens de 1 agrandir. On ne connaît guère que trois ou quatre espèces de pouls très-significatifs. On sait que le pouls dicrote ou rebondissant annonce une disposition aux hémorrhagies , surtout aux hémorrhagies du nez. On sait que Yinciduus (qu’il est difficile de décrire) promet des sueurs ; et que 1 intermittent ( qu’il faut bien se garder de confondre avec ce pouls intermittent des vieillards, qui résulte des maladies du cœur ou de l’aorte’) annonce ou désigné des maladies du ventre, mais surtout la diarrhée ou des vomissemens. Ce dernier pouls surtout est bien rarement mensonger :
j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’en apprécier 1 importance. Dernièrement encore, je voyais une jeune malade qui, à la suite d’une chute > avait des évacuations doubles comme dans le choiera morbas : son pouls était intermittent . On donna de l’opium d’après mes conseils ( la lièvre était nulle), et le pouls intermittent disparut avec les autres symptômes.
La circulation une fois connue, et tous les amphithéâtres de l’Europe savante retentissant toujours des disputes dont elle était l’objet, ce fut, environ un siècle après cette découverte, un anglais, nommé Floyer, qui, le premier, lit l’application à Fart sphygmique des vérités qu'elle enseigne. Il étudia le pouls dans toutes les circonstances de la vie : il le vit différer dans chaque homme, selon l’âge ^ les saisons, les ali me ns,, la température, le climat, selon l’exercice ou le repos du corps , les occupations de l’esprit , les passions , le temps du jour , l’état de jeûne ou de réplétion \ selon le sommeil, la fatigue et mille autres conjonctures. 11 s’aperçut aussi qu’il existe de certains rapports entre les pulsations des arteres et la fréquence de la respiration , et il nota ces rapports. Et comme chaque personne a son pouls naturel et de santé parfaite que des choses infinies peuvent déranger, il donna le conseil un peu singulier d’employer comme ré-
gulateur tics actions et* du régime de chaque jour, une espèce de pendule qui rappelât sans cesse le pouls normal et qui pût toujours y ra-= mener. De meme qu’on mesure à l’aide d’un thermomètre la température des lieux ou l’on vit, Floyer voulait pareillement que chaque homme mesurât son pouls , et il lit un précepte du pulsiloge , comme Cornaro en faisait un de sa balance .
A-peu-près à la même époque ( 1707 ) , l’espagnol Solano étudiait le pouls avec persévérance et sagacité (deux qualités bien rares parmi ses compatriotes). 11 étudiait à Cordoue 3 son lieu natal % sous un médecin alors fameux dans la province, sous Joseph de Pablo, vieux praticien entêté des plus anciens principes , c’est-àdire des préjugés les plus invétérés.
La première espèce de pouls qui fixa l’attention de Solano de Lucques , fut le pouls dicrote ou rebondissant. Solano demanda a son maître ce que ce pouls signifiait, et s’il était quelque relation connue, quelque rapport constant entre ce pouls si remarquable et l’état des organes intérieurs. Là-dessus, Pablo , qui traitait d’hérésie la circulation du sang, et qui s’en tenait religieusement à Galien , Pablo répondit que ce pouls dépendait des fuliginosités des artères. Mais Solano , que les découvertes modernes