‹ Principes de physiologie médicaleChapitre 58 sur 163 · CHAPITRE XXXI IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI IL

Etat de 1 air respiré , et changemens qujil éprouve dans la

Respiration.

3 en dirai peu sur les changemens qu’éprouve 1 air dans les phénomènes de la respiration , car

CI1AP. XXXIII) ÉTAT DE l’aîR RESPIRÉ. 635

j ai peu de foi dans ce qu’on raconte de ses combinaisons. Le temps est venu où ce sont les physiologistes qui , après tant d’égaremens , vont enfin donner aux chimistes et aux physiciens l’exemple de la réserve.

Autrefois, lorsque avant d’étudier la médecine je me livrais à des études de chimie, on disait l’air atmosphérique composé de 0,27 d’oxigène, de 0,73 d’azote , d’eau vaporeuse, d’hydrogène et de gaz acide carbonique*, on disait que l’air était indispensable a la respiration comme à la combustion *, que dans les deux phénomènes il se décompose ; que l’oxygène, divisé en deux parts, s’unit, d’un côté, avec l’hydrogène du sang veineux pour composer les vapeurs aqueuses qu’emporte l’air expiré*, et d’un autre côté, avec le carbone du meme sang pour donner naissance au gaz acide carbonique (1).

Aujourd’hui les choses ont changé : l’air n’a plus 0^27 d’oxygène, il n’en a que 0^21 ; il n’a plus seulement 0,73 d’azote; il en contient o, 79- Il a toujours quelques fractions de gaz acide carbonique, mais plus du tout d’hydrogène.

Autrefois on disait : le poumon doit être bien chaud ; car c’est là qu’un dégagement de la chaleur vitale résulte de l’union des gaz. On diten-

(1) On dit ensuite que la quantité de l’oxygène variait depuis o,22 jusqu’à 0,28, et celle d'azote, par conséquent, de 0,78 à 0,72. Fourcroy , Philosophie chimique ( 1806 ).

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suite : le poumon doit être glace, car c’est là (jue 1 eau surabondante du sang s’évapore. D’autres dirent : ce n’est pas cela ; l’air absorbé circule avec le sang, et c’est dans le labyrinthe de la circulation que les gaz se combinent , et que se dégagé la chaleur : et d’ailleurs, ajoutait-on, le sang artériel a plus de capacité pour le calorique que n’en a le sang veineux (i). D’autres prétendirent que les lymphatiques du poumon s’emparent de l’oxygène, et que ce nestqu après avoirété porté dans les veines qu’il se combine ensuite au sang, à son second passage par les poumons. On a ajouté encore beaucoup d explications contradictoires enti e elles , quoique vraisemblables chacune en pai licubei . comme il s agissait d’une énigme dont le mot devait rester toujours caché , chacun s est donné la satisfaction d’exprimer le sien en s efforçant de le faire prévaloir. Mais, à moins de vouloir rivaliser l’ingénieux M. Coutanceau ou les alchimistes , il est clair que ces spéculations n’ont aucun but.

Voici les seules choses précises que nous sachions sur les changemens qui s’opèrent dans la respiration : i°. lair , qui entre f roid et presque sec dans les poumons , en est expulsé chaud comme le sang , et chargé de vapeurs ; o°. pen-

(1) Ce sont des chimistes, des chimistes illustres, qui ont fait ces suppositions !

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dant son séjour dans la poitrine, il a perdu de son oxygène, et s’est chargé de beaucoup de gaz acide carbonique (i); 3°. il y a plus d’oxygène dépensé que n’en exige le gaz acide carbonique produit; 4°. il y a plus de chaleur développée que n’en pourraient produire les gaz combinés dans les phénomènes ordinaires de la combustion ; en d’autres mots : la respiration , en tant qu’elle combine l’oxygène avec le carbone, ne produit pas toute la chaleur vitale (2); 5°. l’oxygene absorbé , le gaz acide carbonique exhalé , la chaleur produite, tout cela change pour chaque individu et selon d’innombrables circonstances; 6°. c’est moins la grande quantité d’oxygène de l’air respiré qui fait vivre , que cé n’est sa juste proportion dans son mélange avec l’azote ; 7 °. enün l’air renouvelé est nécessaire à la vie, l’azote pur est nuisible, l’hydrogène et le gaz acide carbonique sont mortels ; le sang rougit

(1) On ne s’accorde même pas , au sujet de l’azote, sur la question de savoir s’il y en a de produit ou de soustrait dans l’acte de la respiration. La plupart des chimistes pensent qu’il n’y en a ni d’absorbé ni d’exhalé ; M. Edwards assure qu’il y en a d’exhalé dans un air qui n’en contenait pas, et d’absorbé dans un air qui en contient. D un autre côté, M. Despretz, dans les expériences duquel j’ai une foi d’apôtre , atteste que toujours il y a de l’azote exhalé. MM. de Humboldt et Provençal sont aussi de cette dernière opinion. Est-ce aux physiologistes, je le demande, qu’il serait équitable de reprocher de pareilles dissidences?

(2) Recherches de M. Dulong et de M. Despretz ( 1826 , grand prix de physique remporté à l’Institut. )

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pai le contact de l’air 3 cct air perd de son oxygéné 5 et en même temps il acquiert du gaz carbonique : voila ce qu’on sait. Les proportions selon lesquelles se font ces changemens sont incertaines 3 mais ces changemens eux-mêmes sont indubitables.

Certes , nous respectons la chimie moderne pour tant de decouvertes qui ont valu aux arts d etonnans progrès } mais nous n’en espérons pour nous que de faibles secours. Mieux nous apprécierons ses merveilles^ plus nous résisterons à son dangereux ascendant * imiter ses procédés sévères est le seul avantage que la physiologie puisse tirer de ses exemples. Nous refusons donc formellement le don que les chimistes nous offrent d’hypotheses incertaines qu ils dédaigneraient pour eux-memes. Sans doute nous marchons lentement 3 mais le sol qui nous soutient est solide 3 et nous sommes surs au moins de ne plus rétrograder.

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